R. E. s. r. « Orcus
tôle. On l'opposait à Jupiter comme le dieu maléfique des ombres, antithèse du dieu bienfaisant de la lumière, mais on ne voit pas qu'on lui attribuât un pouvoir bien défini sur le sort des trépassés * . C'était aux dieux Mânes euxmêmes et spécialement aux parents du mort qu'était reconnu le droit d'accueillir ou de repousser celui-ci, lorsqu'il se présentait à la porte des Enfers. Ce pouvoir leur appartenait depuis l'époque lointaine où les Indo-Européens n'étaient point séparés, et il se rattache à ce culte des ancêtres qui a été commun à tous les peuples aryens, et dont certaines conceptions se sont conservées à Rome avec une fidélité remarquable. Si un corps n'a pas été inhumé ou incinéré selon les rites, les esprits refusent de recevoir le défunt, sans doute parce que celui qui n'a pas lobtenu des funérailles religieuses n'est point purifié de ses souillures et que son contact serait dangereux. Aux origines de la littérature grecque cette exclusion est déjà prononcée dans l'Iliade ^ : « Ensevelis-moi au plus vite », dit Veidôlon de Patrocle à Achille, « afin que je passe les portes de l'Hadès. Des âmes sont là qui m'écartent, m'éloignent, ombres des défunts. Elles m'interdisent de franchir le fleuve et de les rejoindre. » Et à la fin du paganisme le romancier Héliodore partage encore la même croyance'.
A Rome, c'est aux « dieux parents » qu'on s'adresse pour qu'ils consentent à recevoir parmi eux l'âme de celui qui descend dans l'Orcus. L'exclusion qu'ils peuvent prononcer nous fait remonter jusqu'aux temps lointains où. le vieux droit gentilice était encore en pleine vigueur. Les membres de la gens ou du yÉvoç ont un tombeau commim, ils participent au même culte funéraire ; l'étranger qui ne l'a point pratiqué ne peut se mêler à eux dans la tombe*. L'on s'explique que dans ce milieu social soit née la croyance que le nouveau mort devait aussi être accueilli par ses ancêtres défunts dans l'autre monde, et que celui qui n'avait pas été enseveli dans le sépulcre de ses pères n'était pas admis dans leur société aux Enfers. Car la vie d'outre-tombe reproduisait celle de cette terre (p. 68). Bien plus, c'étaient les Mânes de la famille qui se chargeaient de conduire leur parent jusqu'au séjour souterrain qu'il devait habiter à jamais avec eux : de même dans le cortège funèbre il était précédé pompeusement par les images de ses aïeux, qui lui montraient le chemin de sa dernière demeure. Sous l'Empire le thème de la réception des trépassés par
1. Aulu-Gelle, V, 12, 8 ; cf. A.-M. Colini, // tempio di Veiove (Bull. 00mm. archeologica com., LXX), 194a, p. 46.