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CHAPITRE I. — LES VIEILLES CROYANCES

les dieux Mânes dans l'Elysée, élargi et vulgarisé par la rhétorique, devint un des motifs habituels introduits dans la composition des « épicèdes » ou « consolations » et il fut amplement développé par l'imagination des poètes, qui se plurent à montrer des personnages illustres accueillant le mort qu'ils voulaient louer. Mais ses origines, on le voit, nous ramènent jusqu'à l'antique religion aryenne.

Ces Mânes propices seront des divinités tutélaires qui favoriseront leurs descendants en cette vie et les préserveront des maux qui les menacent dans l'autre. La protection accordée par la gens à chacun de ses membres était une obligation si stricte, que si l'un d'eux périssait victime d'un homicide, la vendetta contre le meurtrier devenait un devoir pour ses proches. L'individu obtenait ainsi du groupe social auquel il appartenait une sauvegarde que ne lui assuraient pas encore les lois pénales de la cité. Elle ne disparaissait pas à son décès, mais se prolongeait au-delà de sa vie terrestre, grâce au secours qu'accordaient à son ombre les « dieux parents ». L'éloge funèbre d'une noble femme qui avait sauvé son mari proscrit à la fin de la République, se termine par le vœu : « Je souhaite que les Mânes des tiens te concèdent le repos et ainsi te protègent » ' . Mais à ces mêmes Mânes on attribuait le pouvoir d'appeler à eux ceux qui devaient quitter ce monde terrestre et d'abréger leurs jours ^. Ces antiques conceptions de la puissance des esprits des morts et de leurs relations avec les vivants eurent beau être obscurcies et même éliminées par de nouvelles croyances eschatologiques, elles devaient se propager à travers les siècles dans la foi populaire et l'écho affaibli en est perceptible jusqu'à la fin du monde antique.

L'idée que les ombres habitent une demeure commune, cachée dans les entrailles du sol, existait dès les origines de la cité : c'est ce que montre unJ rite de naïveté grossière qui avait gardé une forme archaïque. Suivant une tradition que les Romains empruntèrent vraisemblablement aux Étrusques^, lorsqu'on fondait une ville nouvelle, on creusait au centre une fosse, qui devait servir à établir la communication entre les Enfers et le monde d'en haut. Les colons y jetaient les prémices de fruits ainsi que d'autres offrandes et aussi une motte de terre de leur ancienne patrie : ils établissaient ainsi le contact rompu avec les Mânes de leurs aïeux. Selon toute probabilité cette fosse était

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