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CHAPITRE I. — LES VIEILLES CROYANCES éi

monstrueux dont le réalisme de leur art s'est plu à accuser l'aspect horrible et qui devaient dans l'autre monde châtier impitoyablement les réprouvés i.

D'autre part le peu que nous savons du contenu des « Livres sur l'Achéron », nous révèle que si, suivant eux, les décrets du Destin s'accomplissaient inéluctablement, on pouvait cependant retarder l'échéance fatale de dix ans pour les individus, de trente ans pour les Etats. Ces livres enseignaient aussi comment, grâce à l'immolation de certaines victimes à des dieux déterminés, les âmes humaines pouvaient être divinisées et acquérir l'immortalité ; elles devenaient ces dit animales, dont Cornélius Labéon continuait encore, sous l'Empire, à s'occuper longuement. Les combats de gladiateurs furent chez les Étrusques des jeux funèbres, où le sang des combattants revivifiait les âmes des morts, avant de devenir à Rome un spectacle cruel de l'amphithéâtre*.

Le titre même de libri Acheruniici, dérivé du nom de l'Achéron, montre que le prétendu Tagès y exposait certaines croyances helléniques, probablement répandues dans l'Italie centrale par le fameux oracle nécromantique de Cumes en Campanie^. Furtwângler * semble avoir démontré, en invoquant les représentations de pierres gravées, que dès le V^ siècle les doctrines pythagoriciennes de la métempsycose, d'une descente passagère dans l'Hadès et d'une réunion finale de l'âme avec les dieux célestes avaient été accueillies en Étrurie. Ces doctrines grecques s'y étaient étrangement amalgamées avec les croyances à un monde souterrain, où les Mânes des défunts étaient menacés par des démons affreux et protégés par des génies bienfaisants.

L'influence grecque et sa combinaison avec les traditions nationales se révèlent en Étrurie dans une foule de monuments funéraires. Un des plus significatifs est le beau sarcophage découvert à TorrerSan-Severo, près de Bolsène", et qui paraît dater du me siècle av. J.-C. Les deux longs côtés sont occupés par des représentations qui se correspondent : d'une part l'immolation des prisonniers troyens par Achille sur la tombe de Patrocle, de l'autre le sacrifice

1. F. de Ruyt, Charun.^ Bruxelles, 1934 ; Ducati Rendiconti Accad. Lincei, 1915, XXIV, p. 515 ss. et Storia deW arte Etmsca, Index, «. v. « Demoni » — Enfer étrusque en Campanie, cf. J. Heurgon, Ca-poue -préromaine, 1942, p. 428 ss.

2. Supra, II, p. 30. — Suivant M. Heurgon, ces combats de gladiateurs, propagés par les Étrusques en Campanie, furent introduits de la Campanie à Rome (o^. «if.,p. 430SS.).

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