CHAPITRE I. — LES VIEILLES CROYANCES
fait accueillir par Rome certaines de ses dévotions, et lorsqu'elle eut été conquise en 209, l'afflux de prisonniers tarentins dut introduire dans la population mêlée du Latium une foule d'esclaves qui y propagèrent la foi en l'Hadès hellénique. A cette introduction directe et massive d'éléments étrangers dans une ville qui déjà devenait cosmopolite, se joint l'action plus subtile des imitations littéraires : le théâtre s'inspirait des tragédies de Sophocle et d'Euripide, et l'on a remarqué que, lorsqu'il est question des Enfers, les écrivains latins reproduisent avec complaisance et même amplifient l'original qui leur sert de modèle .
Lorsque la mythologie infernale de la Grèce se répandit ainsi dans le centre de l'Italie, la topographie de l'empire de Pluton était déjà dessinée dans ses grandes lignes et la croyance à une rétribution posthume, qui s'était imposée aux Hellènes \ avait définitivement triomphé. Nous avons sur ce point une indication très précise de Polybe* qui attribue à tme sage politique l'invention des supplices « tragiques » dont Rome menaçait après leur mort les méchants pour les détourner de commettre leurs méfaits, et déjà Plante peut faire dire à un de ses personnages qu'il a vu beaucoup de peintures représentant les peines de l'Achéron^,
Comment s'est développée chez les Grecs la croyance à des tourments infernaux, de quels éléments, populaires ou littéraires elle s'est formée, quelles vicissitudes elle a subies, ce sont là des questions auxquelles il est difficile de répondre avec précision. La raison en est que ces peines infligées aux impies dans l'au-delà firent partie du credo enseigné surtout par des sectes mystiques, qui les opposaient à la félicité réservée aux initiés. Néanmoins on peut apercevoir la genèse et marquer l'évolution générale des idées que les Hellènes léguèrent à tout le monde romain ^.
Peu à peu s'était formée en Grèce une conception de l'Hadès qui devait devenir traditionnelle, et dont les caractères essentiels étaient fixés au moment où. les Latins l'adoptèrent. La croyance primitive, commune à beaucoup de