HISTORIQUE ET DÉFINITION
La luxation de l'épaule est fréquente. Elle représente environ la moitié du chiffre global des luxations.
Presque toujours la tête humérale, quittant la cavité glénoïde, vient se placer en avant d'elle. C'est le cas presque constant. Dans ce déplacement antéro-interne, elle peut occuper des positions variables, par rapport à l'apophyse coracoïde. Elle est extra-coracoïdienne, souscoracoïdienne, intra -coracoïdienne, sousg-claviculaire, suivant les étapes du mouvement pathologique.
La luxation en arrière est absolument exceptionnelle, elle n'est compaüble qu'avec un traumatisme considérable, déchirant la partie postérieure de la capsule.
La luxalion en haut, dont l'existence même est mise en doute, suppose une fracture de la solide voûte acromio-Claviculaire.
Le déplacement en bas de la tête humérale n'est pas aussi exceptionnel. Sur 100 luxations de l'épaule, 99 se font en avant et en dedans, et une en bas, sous la cavité glénoïde. Celte variété peut revêtir deux formes : l’une, sous-glénoïdienne simple dans laquelle, anatomiquement, la tête de l’humérus est accrochée sous le rebord de la glène. Cliniquement, le bras est en forte abduction, pouvant aller jusqu’à l'angle droit.
L'autre forme est la luxatio erecta, stade plus avancé
de la luxation sous-glénoïdienne. La tête humérale a passé complètement au-dessous du rebord glénoïdien et
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ténd à descendre vers le gril costal, à cause de la déchirure capsulaire et de l’arrachement partel des muscles sus el sous-épineux.
Cette position est accompagnée de phénomènes cliniques qui permettent de définir ainsi la luxatio erecta : « Elle est caractérisée par l'élévation du bras à côté de la tête, position de laquelle il est, impossible de l’abaisser sans provoquer une grande douleur. » ‘Stimson, Trealise o} dislocalions. ;
Mioperporpr : en donna la première description en 1859. Depuis cette époque, les cas publiés furent très restreints. En 1899, Srimsox, pouvait réunir neuf observalions. M. Tuer en a vu un cas et le relate dans le Précis de pathologie chirurgicale, tome IV, à l'article « Luxaton de l'épaule ».
Pierre Prost, consacre sa thèse (Paris 1909), à cette variété rare de luxation. Une observation lui fut fournie par un malade de GréGorre. Ces deux auteurs entreprirent une série de recherches cadavériques, pour expliquer le mécanisme du déplacement en bas et les raisons de la permanence de la position. Nous relaterons leurs expériences dans le détail.
La littérature médicale ne possédait aucun cas de luxatio erecta double. Nous en devons une très intéressante observation à l'obligeance de notre ami, M. le D*° MurarD, qui nous a inspiré le sujet de cette thèse. Nous l'en remercions vivement.
Le traumatisme concomitant ayant déterminé, quelques heures après l'accident, la mort du blessé, l'examen cadavérique permit de préciser la nalure des lésions et de confirmer pleinement les précédentes recherches expérimentales de Prosr et GRÉGOIRE.
ÉTIOLOGIE
1° Causes prédisposantes. :- Comme toutes les-autres variétés de luxation, celle-ci est une lésion des adultes. On. la rencontre entre 25 et 60 ans. Les os fragiles du vieillard se brisent, et ceux de l'enfant se décollent au niveau de la zone diaphyso-épiphysaire. Les professions de force sont les plus atteintes, bien que nous trouvions, dans l'observation de Jupp, une luxatio erecta chez un employé de bureau. Mais toutes les autres se sont produites à l’occasion d'efforts violents et de traumatismes graves.
2° Causes délerminantes. — La force nécessaire pour chasser la tête humérale de sa glène peut s'appliquer directement sur l'épaule. Ce mécanisme, par choc direct,’ portant immédiatement sur la surface articulaire de l'humérus, n'est pas le plus constant dans la variété ordinaire. Ici, nous ne trouvons aussi que deux fois une luxation de cause directe.
Le manœuvre de Busx tomba dans un escalier au moment où 1]-portait sur l'épaule un sac très lourd. OsEexBacu relate le cas d’un ouvrier qui reçut une poutre sur l'épaule, alors que le bras était en abduction.
Le plus souvent, la luxation relève d'une cause indirecte. Elle résulte d'une violence plus ou moins considérable, appliquée sur le membre supérieur, pendant que celui-ci se trouve en abduction et extension forcées.
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Le traumatisme n'est pas toujours intense. Jupp parle d'un employé qui se fit une luxatio erecta en tombant sur le plancher de son bureau. Dans sa chute, 1l avait étendu le bras pour saisir le bord de son pupitre.
Cependant, la violence est généralement plus grande pour triompher de la solide résistance ligamentaire. M. MurarD a constaté la double luxatio erecta chez un aviateur qui est Lombé sur les mains, de læ hauteur d’un toit de hangar.
Quelle que soit la force vulnérante et son point d'application, le membre lésé se trouve toujours dans la même position au moment de l'accident : en abduction et extension forcées. |
Mais celte situation n'est pas particulière à la variété de luxation qui nous occupe. Sans doute, on ne la trouve pas aussi exagérée dans les déplacements ordinaires. D'autres causes sont nécessaires pour donner la forme erecta. Nous tâcherons de les exposer et d'en démontrer le mécanisme.