‹ Lycée (volume 2)Chapitre 48 sur 71 · XI · texte numérisé non relu

XI

3o6 COURS BB LITTERATURE.

IDIMÉ.

Tu m offenses.

Frappe, et totmie snr toi tes bras enéaDglaixiéSa

ZAMTIi

Eh bien! imite-moi.

IDA. ME, lui saisissant le bras.

Frappe, dis-je....

Geagîs paraît tout à coup, et leur arrache le fer que se disputaient leurs mains tremblantes. Il est frappé de ce spectacle; sa grand âme est émue de tant de courage et de tant de vertu. Ils le pressent de prononcer leur arrêt.

H va Fétre, madame, et tous allez rapprendre. Vous me rendiez justice et je vais vous la rendre. À peine dans ces lieux je crois ce que j'ai vu ; Tous deux je vous admire, et vous m*aYez vaincu. Je rougis , sur le trdne où m*a mis la yictoire , D'être au-dessous de tous au milieu de ma gloire. En vain par mes exploits j*ai su me signaler ; Vous m'avez avili: je tcux vous égaler.

J'ignorais qu'un mortel pût se dompter lui-même ; Je l'apprends : je vous dois cette gloire suprême : Jouissez de Tbonneur d'avoir pu me changer.

Je viens vous réunir, je viens vous protéger. Veillez, heureux époux, sur l'innocente vie De l'enfant de vos rois , que ma main vous confie. Par le droit des combats j'en pouvais disposer ; Je vous remets ce droit dont j'allais abuser. Croyez qu'à cet enfant, heureux dans sa misère, Ainsi qu'à votre fils je tiendrai lieu de père : Vous verrez si l'on peut se fier à ma foi.

Je fus un conquérant, vous m'avez fait un roi.

( ui Zamti. ) Soyez ici des lois l'interprète 8ii]N'£me;

YOLTAIBS, "LCfVFBEaN DE SA CHINE. 39^

Bendez leur ministère aiMsi -saint que yons-Miéine : Enseignez la raison, la justice et les mœurs. Que ïes'peuples vaincus gouyement les yaincpieurs; Que la sagesse régnent préside au cmirage; Triomphez de la faroe, elle tous doit konuBage i •Ten donnerai Texemple^ et votre souverain Se soumet à vos lois les annes à la main.

Sans doute un poète philosophe a ea quelque plaisir à tracer cette époque si gloriease pour Im sagesse et la raison , et il l'a peinte avec des trait» sublimes. Ce vers ,

Triomphez de la force, elle tous doit homAm^e«

est une bien belle réponse à celui-ci que disait- Zamti au premier acte :

La sagesse n*est rien : la force a tout détruit.

Ce dénoûment, si satisfaisant pcmr ^.e ^ecta-» teur y a contribué beaucoup à assurer le succès de cette tragédie, qui est mêlée de grands défauts* et de grandes beautés. Quoique fort loin d'être du premier ordre, c'est ime de celles de l'auteur où son talent a paru le plus original. Elle est richement semée de tous les brillans de la poésie , quoiqu'au milieu de cette ponupe la nëgli^noe se* laisse voir quelquefois. Beaucoup de détails sont remarquables, non-seulement parleur nouveauté hardie, mais par la difficulté heureusement vain-^ coe ; (&n voici un acempie. Voltaire a ea sokm^

3o8 COURS DE LITTÉRATURE.

de faire contraster partout la férocité guerrière d'Octar avec la générosité de Gengis. Octar n'est point un confident ordinaire : le poëte s'eji est servi habilement pour représenter en lui les mœurs tartares , que son plan l'obligeait d'adoucir dans le personnage de Gengis -Kan. Il ne pouvait ofii*ir un trait plus fort et plus marqué de ces mœurs guerrières, que l'étonnement où est Octar que son maître puisse faire un moment d'attention aux refus d'une captive : il ne conçoit seulement pas que Gengis puisse balancer à user des droits de la force. C'est certainement ce que devait dire Octar, et ce qui est de temps immémorial conforme aux mœurs de tout l'Orient j mais c'est ce qui était fort périlleux à exprimer dans une tragédie, et devant des spectateurs aussi délicats que les Français ; rien n'était plus près du ridicule ou de l'odieux : ces sortes d'épreuves sont la gloire d'un grand écrivain.

Je ii*appris qu*à combattre, à marclier sous vos lois.

Mes chars et mes coursiers, mes flèches, mon carquois,

Voilà mes passions et ma seule science ;

Des caprices du cœur j*ai peu d'intelligence :

Je connais seulement la victoire et nos mœurs ;

Les captives toujours ont suivi leurs vainqueurs.

Cette délicatesse, importune, étrangère.

Dément votre fortune et votre caractère.

Dt qu'importe pour vous qu'un esclave de plus

Attende en gémissant vos ordres absolus?

La réponse de Gengis n^était pas moins difficile ;

VOLTAIRE. L ORPHELIN DE LA CHINE. Sog

elle a fourni à l'auteur des vers de la poésie la plus noble et la plus intéressante.

Qui connaît mieux que moi jusqu'où va ma puissance ?

Je puis, je le sais trop , user de violence.

Mais quel bonheur honteux, cruel, empoisonne.

D'assujettir un cœur qui ne s*est point donné ,

De ne voir en des yeux dont on sent les atteintes

Qu'un nuage de pleurs, et d'éternelles craintes.

Et de ne posséder, dans sa funeste ardeur.

Qu'une esclave tremblante à qui l'on fait horreur!

Cest certainement la première fois, depuis que le théâtre est épuré , qu'on a discuté de semblables idées dans une tragédie ; et ce qui prouve l'art de l'auteur, c'est que la magie de son style les a tellement ennoblies , qu'on n'a pas même fait attention à ce qu'il avait risqué à les employer. En ce genre , le chef-d'œuvre de l'audace poétique est sans doute d'échapper aux yeux du plus grand nombre , comme ces édifices hardis dont la con<« struction est au - dessus des procédés ordinaires : la multitude y passe sans se douter du péril que l'art a vaincu , et l'artiste s'y arrête pour admirer ce que le génie seul a pu oser.

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