Tandis que leurs sujets tremblons de murmurer
Voilà un exemple de cette règle que j'ai rappelée ailleurs ^ et <pii défend de décliner le participe présent d'un verbe quand il en régit un autre a« mi)jen de la particule de. Tremblant , oMte , est un adjectif verbal qui ne peut régir un ^verbe. JX fallait donc écrire tremblant de murmurer ^ et non pas tremblans. Mais cette faute, devenue aujourd'hui si commune partout, par une suite de l'ignorance presque générale de la langue , ne peut être attribuée ici qu'aux imprimeurs. Voltaire ne pouvait ignorer ni violer gratuitement une règle m essentielle.
3. De nos honteux soldats les alfanges errantes A genoux ont jeté leurs armes impuissantes.
AJfange est un vieux mot tiré de l'arabe, qui signifie épée. Voltaire, curieux apparenmient de faire usage de ce mot étranger , parce qu'il est :fionore, l'a détourné de soa acception , et l'a employé pour phalanges , bataiUons y etc. Il valait
TOLTAIRB. l'orphelin BE LA CHINE. 5ll
mieux ne pas s'en servir. Mais il fit entendre pour la première fois , dans eette même pièce , un mot peu usité jusqu alors, et qui a fait depuis une grande fortune : c'est celui d^ hordes , affecté originairement aux tribus errantes des Tartares. Ce mot était parfaitement à sa place dans F Orphelin], et peut s'appliquer aussi à toute peuplade guerrière ou nomade. On en a fait depuis un abus ridicule en le mettant partout , même dans le langage familier , à la place de tourbe , qui seï*alt le mot convenable. C'est ainsi que la multitude ignorante confond et dégrade les expressions réservées pour le style noble^ qui en devient tous les jours plus difficile.
Voltaire est aussi le premier (ce me semble) qui ait hasardé de franciser l'adjectif latin hj"perhoreus , et d'en faire le mot hjrperhorée ( la horde hyperhorée)^ mot très-nombreux, et beaucoup plus commode pour la poésie que celui Shj^ perboréens , qui était seul en usage ( peuples hyperboréens , pays hyperboréens).