L OMBRE
De ta mère.
Cette ombre , que nous allons retrouver dans Sé^
miramis y serai tout à l'heure la aiatièBe de quelques réflexions^ Alcmépn , à qui Théaadre a ùit croire qii* il est fils d'un esclave et que ses paireu^ ne sont plus , ne comprenant pas ce que lui prescrit Amphiaraûs^ se persus^de^ on ne sait jpK^ur^ quoi, que cet ordre de venger son roi .sur une mère qu'il n'a pas, ne signifie autre chose, si ce tt'^st que les dieux ¥eulent punir son ambition et ftopposer à sa fortune. Il avoue à Érypfaile qu*il eut pour père un esclave , et qudques circonstances de son récit commencent à faire soupçonner à la reine la vérité fatale qui se découvre un moment après , quand le graod-prétre apporte une épée , qui est dans Argos le signe et Tattribut de la royauté, et la remet aux mains d'Alcméon pour vfinger Amphiaraiis. Éryphîle la r^coniîujt pour celle qu'Hermogide ravit à »n im quand il liassa;^a.
LE GfiMfD-PHÊTRE.
Voici ce même fer qui frappa votre enfance , Qu'un cruel, malgré lui, minisire du destin, Trouivlé p^r ses iorfaiU, laissa dans TOtre sein.
U ajoute que les dieux lui ont ordonné de gar^ der ce fer jusqu'au jour de la vengeance; «t ce jour e$t arrivée Tout se révèle: Érypbâlejeooonait son fils , et lui avoue son crime* Ceftte^flcène •est ia seule où il y ait un moment d'intérêt , qui iî^ul surtout à une douzaine de vers pathétiques, qui BOut à peu près les seuls que Pauteur ait r^pwtài
76 COURS DE UTTÉRATUBE.
dans le rôle de Sémiramîs. Mais cette scène même n'est encore qu'eflBLeurée , le rôle d'Alcméon y est nul.
Cruel Amphiaraûs ! al)ominable loi !
La nature me parle et Femporte sur toi.
O ma mère!
H Tembrasse , et c'est là tout ce que contient ce rôle dans une situation dont Voltaire a tiré depuis tant de beaux mouvemens.
Eryphile répond:
O cher fils que le ciel me renvoie!
Je ne méritais pas une si pure joie.
J'oublie, et mes malheurs, et jus<pi'à mes forfaits.
Et ceux cpi'un dieu t'ordonne , et tous ceux que f ai faits,
La^ faiblesse de ces vers , qui terminent une pareille scène, peut faire comprendre avec quelle négligence l'auteur avait ébauché sa pièce. Pour cette fois, ce n'est pas le sujet qui lui manquait ; c'est le travail du poëte qui manquait au sujet.
Le dénoûment est un combat singulier entre Hermogidc et Alcméon , sur le tombeau d'Ampbiaraiis. Hermogide y perd la vie ; et Alcméon, aveuglé par les dieux , frappe sa mère sans le vouloir et sans la connaître , comme Oreste tue Clytemnestre. Eryphile , en mourant , exprime à peu près les mêmes sentîmens que Sémiramis ; mais l'eflFet en est aussi différent que le style. Celui de cette pièce est en général faible, vague,
VOLTAIRE. SÉMIRAMIS. ^<y.
incorrect. Le peu de beaux vers qui s'y rencontrent ont trouvé place dans Sémiramis , dans Mérope, dans Mahomet^ le tout ensemble ne va pas au delà de quatre-vingts vers , dont plusieurs ont subi quelques cbangemens. En voici d'autres qu'il n*a pu lier à aucun sujet, et comme ils méritaient d'être conservés, l'auteur, qui n'a jamais riea perdu, les a cités dans un de ses ouvrages:
Vos oisifs courtisans , que les chagrins dévorent , S'efforcent d'obscurcir les astres qu'ils adorent. Là , si TOUS en crojez leur coup d'œil pénétrant , Tout ministre est un traître , et tout prince un tjran ; Vhymen n'est entouré que de feux adultères; Le frère à ses rivaux est vendu par ses frères; Et sitôt qu'un grand roi penche vers son déclin. Ou son fils ou sa femme ont hâté son destin.
. Qui croit toujours le crime en parait trop capable.
Ces vers furent d'autant plus remarqués , qu'on avait encore le souvenir assez récent des calomnies , aussi absurdes qu'abominables , répandues dans toute l'Europe sur la mort des petits-fils de Louis XIV, et sur celle du roi d'Espagne, Charles H.
Eryphile ne tomba pas, mais elle eut peu de succès. Un compliment en vers , beaucoup mieux écrit que la pièce , et qui en justifiait les nouveautés hardies, fiit extrêmement applaudi , et disposa le public à l'indulgence. Cependant il n'était pas posable que , sur un théâtre chargé de specta-
r^8 COORS DE LITTÉRATURE.
teurs , une ombre ne parût pas ridicule ; et c'est ce qui arriva encore dans la nouveauté de Sémi^ rands^ Ce n'était pas ici la faute de l'auteur; mais le parterre , accoutumé à son style, ne le retrouva pas dans Érjphite, et beaucoup d'endroits excitèrent des murmures. Hermogide fit rire lorsque, en revoyant dans Alcméon le fils d'Eryphile, il s'écriait :
Ciel ! tous les morts ici renaissent pour ma perte!
La quantité de variantes qui se succédèrent entre les représentations , et qui vont à plus de trms cents vers, prouve les efforts que l'auteur faisait pour satisfaire un public mécontent. Heureusement il le fut aussi de lui-même, retira sa pièce du théâtre, et ne la livra pas à l'impression. Il avait d'autres sujets dans la tête, et ne se souvint d'Erj'phile que lorsqu'il voulut faire Sémiramis.
La critique de l'une est l'éloge de l'autre : tous les défauts que j'ai remarqués dans la première sont remplacés par les beautés qui en sont Fopposé; Malgré la conformité d'objet dans la plupart des scènes principales, l'intervalle entre ces deux pièces est si grand, que l'une semble être d'un écolier qui a quelque talent, et Tautré d*un maître. Ce n'est pas qu'il n'y ait beaucoup à reprendre dans le merveilleux des moyens et dans la marche de la pièce; mais les caractères, les sentimens, le développement des situations, les effets tragiques^
VOUPMtX. SÉMIRAMIS, 'J^
les couleurs locales, sont d'une main sûre et longtemps exercée. Non-seulement la fable est infiniment mieux entendue, mais le lieu où il Ta placée lui donnait, les plus grands avantages; et il nen a négligé. aueucu H y a loin d'une Éryphile à peine connue dans la mythologie , k cette fameuse Sémiramis dont le nom est une époque dans ces temps reculés qu'on nomme héroïques; et la souveraine la plus célèbre delà plus ancienne monarchie de l'Orient offre bien plus à l'imagination des spectateurs et à celle du poëte que la souveraine ignorée du petit royaume d'Argos. Aussi a-t-il commencé par lui donner ce qui manque à Enyphile, un* grand caractère. Ses crimes n'ont été que ceux de l'ambition; et si elle a eu besoin d'un complice , elle a su le contenir : elle ne 1 a jamais aimé , et ne le craint pas ,
J'ai su quinze ans entiers, quel que fût son projet, Le tenir dana le rang de mon premier sujet.
Si elle fut coupable , si elle ne cherche point à se justifier à ses propres yeux, si sa conscience lui fait dire,
Plus les ncetids sont sacrés, plus les crimes sont grands: J'étais épouse, Otane, et je suis sans eaocuse ; Deyant les dieux yengeurs mon désespoir m*accuse ,
les témoignages qu'on rend à la gloire de son
80 COURS DE UTTÉRATURE.
règne, la relèvent d'autant plus à nos yeux, qu'elle ne songe pas à s'en prévaloir. Otane lui dit :
Ninus, en tous cliassant de son lit et du trône. Eu TOUS perdant, madame, eût perd'} Babjrlone. Pour le bien des mortels vous prévîntes ses coups; Babylone et la terre avaient besoin de vous ; Et quinze ans de vertus et de travaux utiles, Les arides déserts par vous rendus fertiles , Les sauvages humains soumis au frein des lois , Les arts dans nos cités naissant à votre voix» Ces hardis monumens que Funivers admire , Les acclamations de' ce puissant empire , Sont autant de témoins dont le cri glorieux A déposé pour vous au tribunal des dieux.
Âssur lui-même , qui la hait , rend hommage h sa supériorité. Il n a pu ni la séduire ni Tintimider.
Je connus mal cette âme inflexible et profonde : Rien ne la put toucher que Tempire du monde.
Elle en parut trop digne, il le faut avouer : Je suis, dans mes fureurs, contraint à la louer. Je la vis retenir, dans ses mains assurées De Tétat chancelant les rênes égarées , Apaiser le murmure, étouffer les complots.
Gouverner en monarque, et combattre en héros; Je la vis captiver et le peuple et Tannée.
Ce grand art d'imposer même à la renommée Fut Tart qui sous son joug enchaîna les esprits: L'univers à ses pieds demeure encor surpris.
Que dis-je? Sa beauté, ce flatteur avantage^ Fit adorer les lois qu'imposa son courage; Et quand, dans mon dépit, j'ai voulu conspirer^ Mes amis consternés n'ont su que l'admirer.
VOLTAIRE. SÊMIRAMIS. 8i
Si depuis quelque temps l'ombre de Ninus qui l'obsède lui inspire cette épouvante dont toutes les grandeurs humaines ne peuvent garantir une conscience troublée par le crime ; si ce fantôme , en réveillant ses remords, la jette quelquefois dans l'abattement, et la forcé à se cacher, dès qu'elle reparaît , elle reprend tout son ascendant; et le poëte a su peindre avec la même force, et son repentir, et sa grandeur.
Sémiramis, à ses douleurs lime.
Sème ici les chagrins dont elle est déTorée : L*horreur qui répouvante est dans tous les esprits. Tantôt remplissant Fair de ses lugubres cris , Tantôt morne , abattue , égarée , interdite ; De quelque dieu vengeur évitant la poursuite. Elle tombe à genoux vers ces lieux retirés , A la nuit y au silence, à la mort consacrés.
Séjour où nul mortel n*ose jamais descendre.
Où de Ninus mon maître on conserve la cendre. £Ile approche à pas lents , Fair sombre , intimidé. Et se frappant le sein de ses pleurs inondé.
A travers les horreurs d*un silence farouche , Les noms de fils , d*époux, échappent de sa bouche. Elle invoque les dieux ; mais les dieux irrités Ont corrompu le cours de ses prospérités.
Toute la terreur de la tragédie est empreinte dan& ce tableau. Mais Mitrane, qui vient de le tracer, ' nous dit un moment après :
De ses chagrins mortels son esprit dégagé Souvent reprend sa force et sa splendeur première : J'j revois tous les traits de cette âme si iière ,
au. 6
8a COURS DE LITTÉRATURE,
A qui les plus grands rois, sur la terre adorés. Même par leurs flatteurs ne sont pas comparés.
Et dans un autre endroit :
Mais la reine a paru , tout s*est calmé soudain ; Tout a senti le poids du pouvoir souverain.
Enfin , c'est surtout dans la scène où elle s'explique avec Assur , c'est là qu'elle se montre tout entière , et qu'on voit que, née pour commander aux humains, elle ne cède qu'à la justice des Dieux. L'auteur a eu soin de faire ressortir encore ce caractère par le contraste de celui d'Assur. Assur est un scélérat endurci, qui a corrompu jusqu'à sa conscience; et ce personnage , livré à l'horreur qu'il nous inspire, sert, comme il le doit, à faire valoir le personnage qui doit nous intéresser. U met son orgueil à braver les dieux et les remords.
Je vous avoûrai que je suis indigné Qu on se souvienne encor si Ninus a régné.
Craint-on , après quinze ans, ses mânes en colère Ils se seraient vengés, s*ils avaient pu le faire. D'un éternel oubli ne tirez point les morts : Je suis épouvanté , mais c*est de vos remords. Akl ne consultez point d'oracles inutiles :
Cest par la fermeté qu'on rend les dieux faciles. Ce fantôme inouï , qui paraît en ce jour.
Qui naquit de la crainte , et l'enfante à son tour. Peut-il vous effrayer par tous ces vains prestiges? Pour qui ne les craint point, il n'est point de prodigef.
VOLTADIE. StelHiM». )^
lis sont Tappàt grossier des peuples ignorans. L'invention du fourbe, et le mépris des grands.
Voilà un langage à la portée de tout jeune au teur qui saura &îre des vers; mais celui de Se mi* ramis demandait toute la maturité du grand talent. Il importait d*àbord, pour mettre le repentir au-dessus de la scélératesse intrépide y que ce repentir ne pût se confondre avec la faiblesse. Semiramis s'exprime de manière à n'en être pas accusée. Elle sait qu' Assur, descendant de Bélus , et le premier de l'empire après elle, prétend à la main d'Azéma , princesse du sang : d'un autre coté y forcée par les oracles des dieux à choisir un époux y elle sait que nul n'a plus que lui le droit d'y prétendre , et que la voix publique l'y appelle. C'est sur ces deux points qu'elle veut lui parler, et voici de quel ton :
Vous le savez assez : mon superbe courage S*ëtait fait une loi de régner sans partage.
Je tins sur mon hjmen Tunivers en suspens ; Et quand la voix du peuple, à la fleur de mes ans. Cette voix qu*aujourd*liui le ciel même seconde , Me pressait de donner des souverains au monde , Si quelqu'un put prétendre au nom de mon ëponx. Cet bonneur, je le sais , n*appttRftenait qu*à vous. Vous deviez Fespérer; mai» vova pûtes connaître Combien Sémîramîs craignait d'avoir un maître : Je vous fis, sans former un Ken si fatal.
Le second de la terre, et non pas nras égal.
C'était assez, seignenr, et j'ai l'orgueil de croire Que ce rang aurait pu suifire k TOtre gloire.
84 COUBS DE LITTERATURE.
Après lui avoir fait part des ordres qu'elle a reçus de l'oracle d'Ammon , elle continue :
Je connais vos desseins et Yotre politique :
Tous Youlez dans Tëtat vous former un parti ; Vous m*opposez le sang dont tous êtes sorti ; De TOUS et d*Âzéma mon successeur peut naître. Vous briguez cet hymen , elle y prétend peut-être ; . Mais moi, j,e ne veux pas que tos droits et les siens. Ensemble confondus , s*arment contre les miens. Telle est ma volonté constante , irrévocable : C'est à vous de juger si le dieu qui ra*accable A laissé quelque force à mes sens interdits , Si vous reconnaissez encor Sémiramis , $i je puis soutenir la majesté du trône.
Je vais donner, seigneur, un maître à Babjlone : Mais, soit qu*un si grand cboix honore un autre ou vous „ Je serai souveraine en prenant un époux.
Assemblez seulement les princes et les Mages : Qu'ils viennent à ma voix joindre ici leurs suffrages. Le don de mon empire et de ma liberté Est Tacte le plus grand de mon autorité :
Loin de le prévenir, qu'on l'attende en silence.
Quand on sait parler ainsi aux hommes, on peut ensuite parler des dieux, comme Sémîramis.
Le ciel à ce grand jour attache sa clémence : Tout m'annonce des dieux qui daignent se calmer ; Mais c'est le repentir qui doit les désarmer. Croyez-moi, les remords , à vos yeux méprisables, Sont la seule vertu qui reste à des coupables. Je vous parais timide et faible : désormais Connaissez la faiblesse ; elle est dans les forfaits. Cette crainte n'est pas honteuse au diadème; Elle convient aux rois, et surt<v«i « ^ous-mémcy
Et je TOUS apprendrai qu*on peut , Bans s'ayîlir. S'abaisser sous les dieux , les craindre et ies servir.
C'est ainsi que l'on concilie l'effet moral qui résulte du repentir avec l'effet théâtral qui tient à la grandeur du personnage; et combien même le pouvoir de la religion et de la conscience paraît plus imposant et plus marqué quand il agit à ce point sur une âme de cette trempe ! Ce mélange de fierté et de remords qui distingue Sémiramia est un caractère absolument original; il n'a de modèle ni chez les anciens ni chez les modernes. Les critiques qui s'élevèrent de tous côtés contre la pièce , au moment où elle parut , ne manquèrent pas d'en compter et d'en exagérer les défauts; mais nul ne rendit justice à ce rôle, qui est un des plus beaux que Voltaire ait conçus.
L'amour qu'elle a pour son fils sans le connaître, amour qui, dans la Sémiramis de Crébillon, n'est qu'un égarement odieux et indécent , est ici ce qu'il devait être, un instinct de la nature mal démêlé, sans trouble et sans passion. Cette nuance n'est que légèrement indiquée dans Éryphile, elle est décidée dans^ Sémiramis : l'une rougit d'un penchant qu'elle se reproche, l'autre s'applaudit d'un attachement qu'elle croit inspiré par le ciel; et quelle noblesse, quel intérêt dans les motifs qui déterminent son choix !
Tu sais ^*aii9L plaines de Scjrthiet Quand je yengeais U Perse et tobjugiuit rAtie^
Ce hém ^mmmm pae il
Ce berw« emÈmré de captîfe et de
liToArii ea t oagitfaot » de se» mains frioapittntes
Dts rfrvf"** TaiDcns les dépouilles anglanfci,
Ams ysemier aspect » tout moa coear élonBé
Par Mi powoir secret se seniii fIraiW :
ie s'eo pus affûblir le cbarme încoBcerable;
Le reste des morfek ne sembla méprisable....
Otene lui dit :
Quoi! de ramonr emûa coonaissez-Tous les charmes? Et pooTez-Yous passer de ces sombres alarmes An tendre sentiment qni vous parle anjomd'hni?
SÉMIIAMIS.
Non , ce n*est point Famonr ^i m*entrame rers lui :
Mon âme par les jenx ne peut être vaincue.
Ne crois pas qn*à ce point de mon ran|^ deseendae^
Écoutant dans mon trouble un cbarme subiDraenr,
Je donne à la beauté le prix de La valeur :
Je crois sentir du moins de plus nobles tendresses.
Mialheupeuse ! est^e k moi d'éprouver des faiblesses^
De coaaaitre rkmeur-et ses fatales lois?
Otane, que veux-tu ? Je fus mère autrefois.
Kes malheureuses mains à peine cultivèrent
Ce fruit d^un triste hjmen que les dieux m*en1evêreiiÉ«
Seule, eaipr»ie ask chagrins ^i venaient m*alameiv
N'ayant autour d^ moi rien qi^e je pusse aimer»
Sentant ce vide affreux de ma grandeur suprême ,
M*arraohant 4 mascour, et m*êvitant moi-même,
J'aî;ehtrcfaé le repotdans cee grands monnmcns^.
D*une âme qui se fuit trompeurs amusemenst .
Le repos m*ëchappait. Je sens que je le trouve ;
Je m'étonne enseeret dii= charme-que j*éprouye«
Arzace m^ tienift lieu d*tai ^poux et d'wn âk.
VOLTAIRE, SÉMîRillflB^ Bj
Et de tous mes trayanx « et du monde vommu Que je TOUS dois d*enceii8 » 6 puissance céleste 1 Qui , me forçant de prendre un joue^ jadb funi^te. Me préparez au nœud cpie j*ayais aUiorré, En m*eiBbra8«[U d*un feu par TOu»«ilme'intpiré;
£31e B'a point vonla , comme ErjpUley éloigner ee filis dans son enfonce/ et le priver dii trône; Vest Assnr qui s'est eSbvcé en t^iecret de le faire ^périr, et c'est Phradate qui Ta sau^, et ïa élevé près de hii dans la Sejthie. Le tike de ce' jeune prince est d'une couleur moins netive que eelfti de Sémiramis , mais il n'est pas d'un pinceau lûeims iierme et mdins tragique, H a devant le sdpefbe Assur toute la hauteur d'un guerrier et d^un héros; avec le grand- prêtre, des sentimens de respect pour les dieux; avec sa mère, toute la sensâbitité filiale. Lorsqu'il n'est connu encore que par les exploits qui ont illustré l'obscurité de sa naissance supposée , lorsqu'il passe pour le' fils de Phradate, il a pour Sémiramis la tendre vénéi^atîon d'un sujet fidèle; il l'admire comme souveraine, il la (ihârit comme sa bienfaitrice. H est épris dé la jeune Azéma, qui M doit sa liberté et qui aitne son 'libérateur; et cet amour est beaueonp plus convenable que celui d'Alcméon pour Eryjiîdle , esj>ècc dé méprise qui ne produit rien et dôiit oti ne peut rien attendre. Cet amour été Mnîas et icPA- %%éma n'est pas au premier i^ang dans la pièce , mais îl ne saurait y nuire : il répand' plus d^'ù'té-
rét sur la situation de ces deux jeûnes amans dont le sort dépend de Sémiramis , et qui sont en butte à la haine et à la jalousie du traître Assur. Celuici même n'est pas inutile à Teffet général de la pièce : tout Todieux de son caractère détourne sur lui Ta version des spectateurs, et les dispose à plaindre , à excuser les fautes que Sémiramis se reproche si amèrement , et dont il se vante avec une orgueilleuse férocité. Le poëte, qui avait enfin appris à creuser, à approfondir le sujet quil nV vait d'abord qu ef&euré , se proposait de tirer un grand efiet de pitié et de terreur de la situation d*une mère criminelle, qui ne retrouve son fils qu^au moment où les dieux le lui montrent comucne le vengeur de Ninus , et de la âtuation d'un fils tendre et respectueux qui ne retrouve une mère qu au moment où les dieux lui ordonnent de la punir. Le génie de Voltaire n'est pas resté audessous de cette combinaison, et Ton convient que le quatrième acte de Sémiramis est un des morceaux les plus tragiques qu'il ait mis sur la scène. Le cinquième, quoique réprâiensible dans les moyens, se soutient, après le quatrième, par Teffet théâtral, par le tableau frappant et neuf de Ninias sortant du tombeau de Ninus, les mains teintes d'un sang qu'il croit être celui d* Assur , e^ qu'il reconnaît pour celui de sa mère lorsque jcette infortunée reine se traîne expirante sur les marches du tombeftu ^ appelant à son secours le fils
YOLTAIRB. SÉMIRAMIS. 89
qui vient de rimmoler : un tel spectade est vraiment celui de la tragédie.
Voltaire a su ^ comme dans Mahomet , mêler ici les impressions de la pitié à l'horreur du parricide; il arrache des pleurs quand Sémiramis fi*écrie :
VieDS me venger, mon fils. Un monstre sanguinaire Un traître I un sacriiëge assassine ta méré.
riniàs.
jour de la terreur I ô crimes inouis !
Ce sacrilège affreux, ce monstre est votre fîls. * Au sein qui m*a nourri cette main s*est plongée; Je TOUS suis dans la tombe „ et tous serez vengée.
^ SÊMllAMIS.
. Hélas ! }j descendis pour défendre tes jours; Ta malheureuse mère allait à ton secours.
Jl'ai reçu de tes mains la mort qui m*était due.
MIHIAS.
Ahl c*est le déifier irait à mon âme éperdue. J* atteste ici les dieux qui conduisaient mon bras, Ces dieux qui m*égaraient...
sêmiràmis.
. Mon fils , n*acliéTe pas.
Je te pardonne tout , si , pour grâce dernière , Une si chère main ferme au moins ma paupière. Viens , je te le demande au nom du même sang Qui t*a donné ia Tie et qui sort de mon flanc. Ton cœur n*a pas sur moi conduit ta main cruelle ; Quand Ninus empira, j*étais plus criminelle.
Xen sub assez punie. 11 est donc des forfaits Que le courroux des dieoz ne pardonne jamais.
^ COUHS BE LITTâftATUHE.
On peut obararer ici les diflfêientes nuances qui distinguent des sajets dont le fond parait le même. Clytenmestre menrt aussi parr là main de son fils; mais il eut été imposable de placer dans Electre ou dans Oteste cette seine où la mète meurt dans les bras de son fils , et qui est d\kn si grand pathétique. C'est que les circonstances personnelles sont très-différentes. Qjtemnestre est un personnage qu'on ne peut que faire supporter, et sur lequel ne peut jamais reposer Kntérêt : elle a aussi des remords , mais elle vit depuis quinze ans dans l'adultère avec le complice de son crime ; elle n'est connue que par ce crime , dont le motif a été une pasàon perverse pour un vil assassin. Sémiramis n'est point dans l'habitude du crime ; le sien a en du moins qnelqne excuse et de plus nobles motifs , et surtout il est couvert en partie par l'éclat d'un règne glorieux, par une foule de belles actions qui montrent une grande âme dans cette même femme qiû a commis une grande faute. Cette admiration , mêlée de tendresse qu'avait pour elle Ninias avant de la reconnaître pour sa mère, était suffisamment justifiée, et rend sa douleur bien plus vive après Te coup affireux et involontaire qu'il vient de frapper. Le pathétique de la reconnaissance que l'on a vue au quatrième acte, leurs larmes qui se sont confondues, les acoen» de la nature qu'on a entendus des deux côtés; tout contribue à rendre
cette mort iiédmiante pour le spectateur coioime pour Ninias. Et c'est la diversité de ces deux rôles de Sémiramîs. et de Glytemuestre , doat Tun amène des efikfrsisnpérieors à ceux de Tajutre, qui fait qu'un sujet à peu près semblable dans les deux pièces csft en total bien plus heureux dans Sémiramis que dans Oreste. On ne peut^j dans celui-ci , porter l'intérêt que sur Tamour réciproque- d'uB; firére «t dune sœur^ et celui d'une mère et d'un fils est tout autrement puissant pour nous émouvoir. Aussi nous savons que Voltaire, qpi travaillait à ces deux pièces presque en même t^oips , composait Tune avec plaisir , et l'autre avec eflR>rt.
On aime à voir que lés regrets et les larmes dé Ninias adoudasent là punition de Sémiramis ; et l'union de ce prince avec Azéma , ordonnée par sa mère expirante , mêle aussi à son malheur une espiéranoie dé consolation que l'on adopte volontiers. Ces sortes d'adoudssemens ne sont pas inutiles dans les dénoûiïiens où l'infortune tombe sur des personnages qui ont attiré l'af^tion ou la compassion des spectateurs.
Le catadtère d*Oi*oSs , pontife de Babylbne , et chef des Magçs, est parfaitement , exprimé dans ces vers, qui .ccmtifiQfieat l'^biïâ^^ du
sacerdoce »
« • • OiMcar«t solH&ire'i;
Renferme dans les s«Im db'toft-saittt Mi^itflèito ^
g2 COTJBS DE LITTÉRATUBE.
Sans vaine ambition , sans crainte , sans détour , On le voit dans son temple et jamais à la cour. 11 n*a point afifecté Forgueil du rang suprême , Ni placé sa tiare auprès du diadème.
Moins il yeut être grand, plus il est réTërë.
Le langage qu'il tient à Sémiramis est conforme à ce portrait :
Je remplis mon devoir , et j^obéis aux rois.
Le soin de les juger n*est point notre paf tage ; C*est celui des dieux seuls. \
n était d'autant plus essentiel de lui donner ce caractère , qu il est dans toute la pièce l'organe des volontés et des vengeances célestes , et que , forcé par le ciel d'armer le fils contre la mère , il eût été odieux , s'il n'eût paru fait pour se prêter avec douleur à ce triste ministère.
Le style de Voltaire n*a jamais eu plus de pompe que dans cet ouvrage, et n*a pourtant que celle qui convient au sujet , sans lieux communs et sans déclamation. Le lieu de la scène est expliqué dès les premiers vers , avec une magnificence de détails faite pour annoncer le ton majestueux qui régnera dans toute la pièce.
Que la reine en ces lieux, brillans de sa splendeur. De ton puissant génie imprime la grandeur 1 Quel art a pu former ces enceintes profondes p Où l*Euphrate égaré porte en tribut ses ondes , Ce temple, ces jardins dans les airs soutenus , Ce Taste mausolée où repose Ninut ,
VOLTAIHE. SÉMIRAMIS. g3
tlemels monumens moins admirables qu'elle ?
G* est ici qu'à ses pieds Sémiramis m'appelle. Les rois de l'Orient, loin d'elle prosternés. M'ont point eu ces honneurs qui me sont destines.
Il est tout simple quArzace, qui na jamais quitté la Scythie, soit firappé de tout ce qu'il voit dans le palais de Babyloue ; et son étonnement a dû fournir au poète les couleurs de cette expo* sition descriptive. Arzace , dès le commencement , BOUS donne la haute idée qu il a lui-même et qu'il doit avoir de Sémiramis.
Aux plaines d'Arbazan quelques succès peut-être , Quelques travaux heureux m'ont assez fait connaître ; £t quaud Sémiramis , aux rives de l'Oxus, Vint imposer des lois à cent peuples vaincus. Elle laissa tomber, de son char de victoire.
Sur mon front jeune encore un rayon de sa gloire. Mais souvent dans les camps un soldat honoré Rampe à la cour des rois , et languit ignoré.
C'est sur ce même ton , dont la noblesse est toujours intéressante, qu'il rend compte à la princesse Azéma de la première audience qu'il a eue de Sémiramis.
Je me suis yu d'abord admis en sa présence.
Elle m*a fait sentir, à ce premier accueil »
Autant d'humanité qu'Assur avait d'orgueil; Et , relevant mon front prosterné Ters son trône t M'a vingt fois appelé l'appui de Babylone , Je m'entendais flatter de cette auguste ygîx Dont tant de souverains ont adoré les lots; Je la voyais franehir cet immense intervalle
Qu*a mis entre elle et moi la nuj^eetë royale.
Que j'en étais toucké ! qu'die était » à mes yeuXr
La mortelle^ après tous, la plus attnlilaMe auxdîeiix!
Au troisième acte , la pompe du spectacle se joint à celle du stjle^ et la justifie. Chu sait que depuis jéthalie on n'avait rien vu sur la scène d'aussi auguste que l'appareil de cette assemblée où Sémiramis doit choisir un époux, et l'on n'ayait pas non plus fait entendre de plus beaux vers que ceux que Voltaire lui fait prononcer sur le trône qu elle va partager. Cet appareil n'est pas une vaine décoration ; c'est l'action même , et le style est digne de l'action.
Si la terre, quinze ans de. ma gloire occupée»
Réyéra dans ma main le sceptre a?ec l'épëe^
Dans cette même main qu*un usage jaloux
Destinait au fuseau sous les lois d*un époux ;
Si j'ai, de mes sujets surpassant Tespérance,
De cet empire heureux porté le poids immense ,
Je Tais le partager pour le mieux maintenir ,
Pour étendre sa gloire aux siècles à venir.
Pour obéir aux dieux, dont Tordre irrévocable
Fléchit ce cçeur altier si long-temps indomptable*
Ils m'oot ôté mon fils : puissent-ils m'en donner
Qui y dignes de me suivre et de vous gouverner ,
Marchant dans les sentiers que fraja mon courage.
Des grandeurs démon régne éternisent louvragel
J'ai pu choisir, sans doute, entre des souverains;
Mais ceux dont les états entourent mes confins ,
Ou sont mes ennemis , ou sont mes tributaires :
Mon sceptre .n*est point fait pour leurs mains étrangères f
Et mes premiers sujets sont plus grands à mes jenx
Que tous ces rois yaincos par moi-màou ou par eux
Bélus naquit sujbt : ^il eut le diadème, Il le dut à ce peuple , il le dut à lui-même. J*ai , par les'mémes droits , le sceptre que je tiens, iffattresse d*un état plus raste que les siens, J*ai range sous Vos lois yingt peuplas de l'aurore Qu*au siècle de Bélus on ignorait encore :
Tout ce qu'il entreprit je le sus achever.
Ce qui fonde un état le peut seul conserreTf Il irèus faut un héros digne d'un tel empire Digne de tels sujets , et , si j'ose le dire » Digne de cette main qui ya le couronner , Et du cœur imdomptë qne je yais lui donner.
J*ai consulté les lois , les maîtres du tonnerre^ L'intérêt de l'état , l'intérêt de la terre ; Je fais le bien du monde en nommant un époux. Adorez le héros qui va régner sur vous ; Voyez revivre en lui les princes de ma race.
Ce héros, cet époux , ce monarque est Arzace.
Ce vers , qui frappe à la fois de terreur , mais par difFérens motifs, Arzace, Azéma, Assur et Oroës, peut rappeler celui du troisième acte êHIphigénie :
Il l'attend à Fautel pour la sacrifier.
Et peut-être Voltaire, qui ne trouvait rien dk si beau que cette scène , où un seul mot met dans une situation si terrible Clytemnestre , Achille et Iphigénie , a-t41 cherché à produire un effet à peu près semblable. Mais quoique celui de Sémiramis soit ici fort théâtral , quoiqu il l'emporte même pour le spectacle , il n'y a pas à beaucoup près rintérét d!Jphigéme. On conçoit aisément que le
^ COURS DE LITTÉRATUBE.
danger de la fille , le désespoir de la mère , et rindignation d'un amant tel qu'Achille , font une tout autre impression que les amours de Ninias et d'Azéma , et l'ambition trompée d'Assur. Ici Voltaire le cède k Racine , dans la partie où il a le plus souvent quelque avantage, dans celle de l'intérêt. Il faut convenir que celui de Sémiramis ne commence réellement qu'au quatrième acte»
où il est à la vérité très-grand , ainsi que dans le cinquième. Mais il y en a peu dans les trois premiers ; et c'est le principal défaut de cette pièce , que j'ai considérée jusqu'ici dans ses beautés , et qu'il faut examiner dans ce qu'elle a de défectueux, en rendant justice aux ressources étonnantes que l'auteur a employées pour remplir, autant qu'il était possible , le vide des premiers actes.
Ils se passent tout entiers en préparations , et l'action ne commence véritablement qu'à cette scène qui termine le troisième acte. C'est là seule* ment, c'est lorsque Sémiramis a fait choix d'Arzace pour son époux , que les personnages commencent à être en situation ; et cette marche est essentiellement défectueuse. Le premier acte seul est accordé au poè'te pour exposer ses faits et préparer ses ressorts. Ils doivent agir dès le second , sans quoi la langueur se fait sentir. Voyez Athaliey la plus simple de toutes nos pièces : la venue de cette reine dans le temple, les motifs qui Ty amènent*
VOLTÂIBE. SÉMIRAMIS. g^
T'ogatoire que subit l'enfant, ont déjà com-
^^s le second acte le péril de Joas et les
spectateur. Voyons maintenant Se-
nremîer acte , la scène entre Ninias
* "^e semble nous promettre la ré-
'^es de ce jeune prince qui ne t ; c'est dans cette vue que .ant, l'adresse au pontife, qui X le guider. Oroës sait tout ; il sait ot fils de Sémiramis. Pourquoi ne le . pas ? Pourquoi attend-il que sa mère choisi pour époux? Pourquoi l'expose- t-il aux idngers d'un inceste? Il se contente de lui apprendre que Ni nus a été empoisonné , et il ajoute:
Je n*eii puis dire plus. Des pervers éloigné. Je lève en paix mes mains vers le ciel indigné. Sur ce grand intérêt, qui peut-être vous touche. Ce ciel, quand il lui plaît, ouvre et ferme ma bouche.
Je vois bien dans ces vers l'excuse que le poëte a voulu se préparer; mais est-elle suffisante? Sa pièce est fondée sur le merveilleux ; il suppose le grand-prêtre conduit par l'inspiration céleste . c'est donc ici qu'il faut examiner ce qu'est le merveilleux dans la tragédie , et ce qu'il en fait dans la sienne.
Il est également reconnu que la tragédie peut admettre le merveilleux, et qu'elle ne le peut que sous certaines conditions. U peut être emii. 7
^8 GOEIBS DE UTTiBATURS;
plojé de deux itianières , on comme moyen, ou ett acdoii. Il Test comme mo}r€adam'//2&^^^^^ ou l'orade/qiii demande le sacrifice de' la pxiiicesse^ justifie la conduke d'Agsaaemnon;, et sevt de fondezu^st à tonte la pièces Jl l'est de même dans Électre^y où le panidde d'Oresie est ordonné par les dieux., et n'est supporté ipie sous. ce point de me* Il pourrait Têtre de même daaas Alcestùy dans quelques autres sujets de la &ble^ Les modernes , comme les anciens , ont^ fait usage de cette première espèce de merveilleux : la seconde, celle qui est en action,, a souffisrt parmi nous plus de difficulté. Euripide et Sophocle ne se feisaient aucun scrupule de faire paraître sur la scène des divinités et des ombres ; Horace , dont le goût était sévère , exige avec raison que ces ressorts extraordinaires ne soient mis en œuvre que dans le cas d'une absolue nécessité , et d'iuie importance d'objet proportionnée au merveilleux qu^on emploie. Pour nous, plus difficiles encore^ nous avions, jusqu'à Voltaire, renvoyé ce merveilleux au théâtre de la fiction , à l'Opéra. L'auteur de Sémiramis prouve très-bien dans sa préface que ce scrupule n'est point fondé , et que le merveilleux , appuyé sur les idées religieuses reçueschez toutes les nations, ne blesse par lui-^néme ni la raison ni les bienséances théâtrales. Se» raisons sont trop connues pour les répéter ici; et comme elles ne peuvent être détraitesjr il est per-
mis d'ea conclure que «ceux qui p^aeent avoiy faik} le procès à Toaibre deNinus^ en disant qu^ /rai^} ne crayons pascaux revenons^ faisaitoâ; une ^ptl^ ^ rodie^ et non pâjs une critiqueu Mais Up^iâe juiménie en principe qu^U it^fael^ ne 4oit pas'être ; reçu dans la tragédie , s'il a y pacaU pas tdUemenli . nécessaire qu'on ma puisse rien Hiettse à la place, et que le ^ectateux attende et déàrel'intèrveittion céleste ^ là où les xnoyens.liuniains ne suifiaent . pas. Je. crois quil a raison:, je suppose/ par exeno- ? pie , qu on ait mis Tinnocence dan^i un dajçig^ tellement inévitable, et quV>n l'ait rendue pea*- '■ dant cinq actes teUenoent intéressante , qucm ne ; puisse sauver la victime et contenter. le specte^teui? ; que par un prodige^, j'ose croire quufi homme de ) ^énie pourrait le hasarder avec succès. Yoltiaire . s'applaudit , et ce n'est pas sans £dpdement , d'ai- • voir préparé l'apparition de Ninus par tout ce qui précède; et il est sûr qu'il a répandu sur toute liai pièce un nuage religieux qui en impose à Timàgi-/ nation, et qui est vraiment l'ouvrage de l'art « A.ussi , quoique le spectre de Ninus ait toujpurs nui à l'e&t de Sémiramis plus qu'il ne lui a servi., tant que les spectateurs , confidndus sur la sc^ni» avec les acteurs , s'opposaient à l'illusion plus né^ cessaire à ce genre de spectacle qu'à tout autre, ce même spectre, depuis que le théâtre est libre, a . fait une impression analogue au reste de la pièce. Mais, en le jugeant sur les principes de l'auteur
est-il ce qu'il devait être? est-il absolument nécessaire? Non ; car tout ce qui se passe dans la pièce pourrait se passer sans lui : le grand-prêtre sait tout et peut tout dire. Il eût donc fallu ^ pour rendre indispensable l'apparition de Ninus, que personne ne fut instruit du crime de Sémira^ mis, que lui seul pût empêcher l'inceste, révélef le 'forfait, et commander la punition. Je suis fort loin de comparer à Sémiramis un monstre de tragédie tel que Hamlet , de Shakespeare ; mais j*avoue que, dans l'auteur anglais , le spectre est beaucoup mieux motivé, et produit plus de terreur que celui de Ninus. Pourquoi? C'est qu'il vient dévoiler ce que tout le monde ignore, et, de plus, qu'il ne parle qu'au seul prince de Danemarck. Cette dernière circonstance n'est pas indiflFérente : je ne crois pas qu'un spectre doiye paraître sur la scène à la vue d'une grande assemblée; au milieu de tant de monde, ]a terreur s*afiaiblit en se partageant. L'auteur a cru rendre le prodige plus imposant par tout cet appareil ; mais , en cherchant avec soin pourquoi il ne produit jamais qu'un effet médiocre , il m^a para que les véritables raisons sont celles que je viens d'exposer. Je ne prétends pas substituer ici mes idées \ celles d'un maître tel que Voltaire, et je sais qu'il est fort différent d'indiquer ce qui n'est pas bien , ou de trouver ce qui serait mieux ; mais il me semble que si Ninus fût apparu devant Kinia^
VOLTAIEE. SÉMIRAMIS. lOI
seul et dans le silence de la nuit, et <{ue, sans avoir avec lui une longue conversation, comme le spectre anglais avecHamlet, il eût, en quelques mots , révélé le crime et demandé la vengeance , il eût pu inspirer beaucoup plus de terreur.
Dans le plan de Voltaire, que vient dire l'ombre à Ninias ? De sacrifier à sa cendre , d'expier des forfaits et d'écouter le pontife. Mais Arzace , que son père en mourant a envoyé vers Oroës; Arzace, qui le regarde conune son guide , comme le dépositaire et l'arbitre de ses destinées, est tout disposé à l'écouter, à lui obéir. De quoi donc s'agissait -il? D'une explication entre Oroës et Ninias , explication qui est encore nécessaire , même après l'apparition de Ninus, puisque Ninus ne découvre rien ; et alors je reviens à la question d'où je suis parti : Pourquoi cet Oroës ne dit-il pas , dès le premier acte , tout ce qu'il ne dit qu'au quatrième? Ce que je viens de développer sur la nature du merveilleux tragique a fait tomber d'avance la raison frivole qu'allègue le grand-prêtre , que le ciel ouvre et ferme sa bouche quand il lui plaît ? Point du tout : il est évident ici que c'est quand il plait au poëte ; car nous sommes convenus que le merveilleux ne doit pas être arbitraire et gratuit, qu'il doit y avoir importance et nécessité. Et où est la néce»* site que le grand -prêtre, qui doit apprendre k Ninias que Sémlramis est sa mère , et qu'elle a
't02 COURS DE LTTTiRATITHB
empoisonné Nînns , le lui apprenne le soir plofôt qne le matin ? Il n y en a pas la moindre raison plansiUe. La seule que le spectateur ne sent que
'trop , et qni n'en est pas nne, c'est que la révélation , Ëiite an premier acte , rapprocherait trop
'la catastrophe, et Tendrait KntervaBe très-diJEcile
' à remplir. Mais c'était an poëte à trouver des motife sufSsans pour difl^rer cette révélation , et ce
' n'en est pas un que de faire dire au pontife qu'i7 parle quand il platt aux dieux.
C'est aux artistes , pour qui surtout sont Ëdtes ces réflexions , à se demander ce qu'ils pensent
* de cette espèce ' de hardiesse sans exemple , de
' concevoir un plan où Texposîtnon est réellement au quatrième acte ; qudle idée ils doivent se
'former d'un poëte qui ose hasarder cette étrange contravention à la première de toutes les règles,
'l>ien plus risquaMe par ses conséquences que
Tapparition d'une ombre; et d'un poète qui s'en tire avec succès. Mon dessein n*est sûrement pas de consacrer les fautes parce qu'eOes ont réussi ; au contraire , je vais faire voir combien il serait
' dangereux de s'en autoriser et d'en faire un principe. D'abord , cette £siute n'est pas du nombre de celles dont Voltsâre disait , lorsqu'on les lui faisait remarquer : Critiques de cabinet , qui ne
font rien pour le théâtre. EUe y fait beaucoup ; elle ^t la cause de là langaeur qui se fait sentir généralement dans le deuxième et le troisième
VOLTAIRE. SÉMIRAMÎS. lôî-
aete^ jusipi'à la grande scène d'apparat qui esdte du moins la curiosité. Jasque-là , nulle émotîM , nulle action ; les personnages ne sont jamais «n situation les nns arec les autres; et c'est une preuve de Timportance qu^l feut attacher à Tobservation des rè^es essentâdB:es , Idont la violation entraîne de semblaHles inconvéniens. Mais comment n'ont-ils pas empêché que la pièce ne s'établît au théâtre ? La raison qu'on en peut donner ne peut assurément pas prescrire contre les règles de Fart , ni rassurer ceux qui le cultivent. C'est que Voltaire a soutenu le deuxième et le troisième acte par tout ce que le génie poétique peut fournir de beautés de détail. Il n'a pas pu faire que l'on fût ému , et qu'on ne s'aperçût pas du vide d'action ; mais, par le sentiment de l'admira^n qu'inspirent le dialogue, le développement des caractères et l'éclat de la poésie , il a du moins soutenu l'attention ; et ensuite le grand tragique des deux derniers actes , dont l'impression est la dernière qtfon reçoit, a fait oublier ce qui manquait aux premiers. Cest le cas peut-être d'appUquer ce vers d'un ancien ^ :
Si non errdsset , Jecerat ilU minus,
11 aurait fait bien moins ; s'il n^avoit^pas failli.
Mais aussi, pour s'autoriser d*un pareil exemple, il faudrait faillir comme Voltaire.
^ Martial.
I04 COUBS DE LITTÉRATURE.
te
Si je n ai pas admis rintervention céleste comme une excuse valable du silence d'Oroës au premier acte, j'avouerai y malgré les critiques, qu'elle me parait suffire pour justifier l'entrée de Sémiramis dans le ^tombeau. Je sais qu'il eût été plus simple et plus prudent de n'y descendre que bien accompagnée , ou d'y envoyer cinquante soldats ; mais il est reçu que les dieux conduisent tout dans la pièce, et ici l'objet est important, et, suivant l'expression d'Horace , digne de l'intervention des dieux. Elle est même expressément prédite. Ninus a dit à sa coupable épouse qui s'approche de son tombeau :
Quand il en sera temps , je t*y ferai descendre.
Oroës dit k Ninias :
La victime y sera ; c*est assez vous instruire : Reposez-Yous sur eux du soin de la conduire.
lïous sommes donc préparés à un événement extraordinaire qui doit amener la punition terrible de Sémiramis , immolée par son fils dans la tombe de l'époux qu'elle a fait périr. Il y a ici proportion entre les effets et les moyens, et c'est tout ce que l'art exige. Sémiramis est égarée , sans doute, quand elle entre dans la tombe où est Assur ; mais Oreste ne l'est-il pas quand il tue sa mère en croyant ne frapper qu'Egisthe ? Les dieux ne sont
VOLTAIRE. SÉMIRAMIS. Io5
pas de trop lorsqu'il s'agit d'un pareil crime et d*un pareil chàtmieiit.
Le style de Sémiramis , si brillant de poésie ^ n est pas à beaucoup près aussi pur, aussi châtié que celui de Mérope : on voudrait en retrancher un certain nombre de vers ou négligés , ou incorrects , ou destitués d'harmonie. Cette pièce fut composée trè&-rapidement : l'auteur en changea quantité de vers dans le cours des représentations, et la corrigea aussi vite qu'il l'avait faite. Elle fut accueillie par la cabale la plus violente qu'il eût essuyée depuis Adélaïde. Tout le monde se faisait un devoir de prendre parti pour Crébillon, comme s'il était défendu de surpasser son rival. Il avait fait une mauvaise Sémiramis j oubliée depuis trente ans ; mais on s'en souvint quand Voltaire voulut en donner une meilleure. Elle ne tomba pas cependant : mais la première représentation fut très-orageuse j et les autres furent médiocrement suivies. De tous côtés , la critique se (kisait entendre : elle avait de quoi s'exercer : mais il eût fallu rendre justice aux beautés , et cette justice n'est venue que long-temps après. On se souvient encore de ce vers, le dernier d'une épigramme qui courut alors:
Le tombeau de Niniis est celui de Voltaire.
On a cité partout le prétendu bon mot dePiron, à qui l'auteur demandait ce qu'il pensait de cette
I06 COURS DE LirobuTimE.
pièce : Fous voudriez bien que je teusse faite^ Cette réponse , qui prouve seulement le peu de ^ suceès qu'avait alors Sémiramis , n'a rien de plaisait que la confiance d'un homme qui, n'ayant . jamais (ait dans le genre tragique rien qui valût . une scène de Sémiramis , pariait à Voltaire du > ton d'un rival. Le changement qu'a éprouvé le théâtre depuis qu^on a dté les banquettes , et le talent de notre Le Kain , ont enfin mis cette tra- ^die à <sa place ; et si de grands dé&uts ne permettent pas qu die soit comptée parmi les pièces du premier ordre , ses beautés poétiques et théà- . traies la rangent au moins parmi les premières du sêCQndJ
OAl^EAVATiOirs SUm LE STl^LB DE SEMIRAMIS.
1. De ses chagrins mortels son «sprit dé^^agé âovTent reprend sa force et sa splendeur première.
Splendeur ne se dit pr<^rement que des objets . C3:térieurs : la splendeur d*un règne, d'une fôte , d'une cérémonie , du trône, etc. H ne peut se dire de tesprit.