CONTES
de la fatalité , de tout temps enraciné dans les têtes orientales : il revient dans toutes leurs £abt blés , dont le fond est presque toujours un passage rapide de Texçès du malheur au faîte des prospé-
.rites, de Tabjection la plus basse àix plus haut point d'élévation, et de l'ivresse de la joie au comble de l'infortuiie ; il semble qu'ils n'aient eu pour
: objet que de nous faire comprendre à quel point nous sommes assujettis à cette destinée éternelle, écrite sur la table de lumière i Et il faut encore observer que ces révolutions extrêmes ont toujours été beaucoup plus fréquentes chez eux que parmi nous , parce que la volonté d un seul hom-
.me, dans les gouvernemens asiatiques, peut en un •noment tout renverser et tout confondre , et ique
: ce même homme , par la même raison , peut pas-
, ser de la grandeur au néant aussi facilement qu'il
.y précipite les autres. Les états despotiques sont nécessairement le théâtre le plus mobile de tous
. les jeux de la fortune.
1 Les Mille et une Nuits sont une sorte de peinture dramatique des peuples qui ont dominé dans
. rOrient. L'audace et les artifices de leurs femmes, qui osent et risquent d'autant plus qu'elles sont plus rigoureusement captives, l'hypocrisie de leurs religieux, la corruption des gens de loi, les fiiponneries des esclaves , tout y est fidèlement représenté , et beaucoup mieux que ne pourrait faire le voyageur le plus exact. On y retrouve aussi de
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ces traditions antiques ^ue plusieuTS nations ont rapportées à leur manière. Lliistcnre de Phèdre d celle de Cîrcé y sont très-visées à reconnaître. Plusieurs endroits ressemblent à des traits Instotiques des livres juifs. Cette aventure de Joseph , la plus touchante peut-^être que ïantiquité nous Mt transmise ^ cet emblème dd Tenvie qui anime des frères contre un frère , se retrouve aussi, en |Mirtie dans les Contes arabes , mais d'une matiière bien inférieure à celle do Touvrage hébreu. 'Quant k la manière dont ces contes sont amenas, on ne saurait en faire cas. L'on sait que ê'aventure de Joconde sert de fondement auK '^MiUe et une Nuits, et que le Sultan Schak-Biar, irrité de l'infidélité d'une sultane , prend le parti >de faire étrangler tous les matins la nouvelle épouse de la veille, pour éviter les acddens du lendemain. Si le moyen est sûr, il est violent; iÉnais enfin la fille . de son visir parvient à &ire <;esser ces noces meurtrières , et à sauver sa jHtl- -pre vie en amusant le sultan par des contes. On peut en conclure que Schak-Riar aimait mi^ix <les contes que les femmes , et qu'il était à peu près aussi raisonnable dans sa déma^^e que dkns 4a cruauté. II faut pourtant avouer que toutes les Ûstoires du premier volume sont arrangées de manière à exciter tellement la curiosité dès le ^mmencanent , qu^en éSkt il est bien difficile de isr'avoir pas envie de savoir le reste ^ surtout lors-
qvton peut dire ceqi^e le suhan disait de sa femoÊ» en se levant : Je la forai tou/ôttr$ bien mcmrit demain.
Les contes persans, que Ton appelle MiUe et un Jours, ont un fondemeat pluà iràionnaUet.
n ^agit de persuader à une îeuiie prinbease ^irop prévenue contre les homaïaB , qu'il» peuvent être fidèles en amoor; et en ieffet, k plupart dea col^ tes persans sont des exemples de fidâité. Plo^ sieurs sont du plus grand intérêt; mais il jr a moins de variété ^ moins d'inveûtic» qlie dans les Mille et une Nuits. Oh s'aperçoit d'aiUeurs qu'ils sont TouVrage d'un religieux , à la multitude de traditions tirées de la théologie musulmane ^ et à la haine &natiqùe qu^ respirent contre la rd>gion des Mages/ détruite par ks succcskeurs ds Mahomet.
C'est à Galland et Petis de La Croix que no0s avons l'ohUgation (et c'en est Une véritable) de nous avoir fait connaître les contes arabes et pem sans. Le premier a écrit avec une grande a^l^ gence; le second^ avec plus de correction ^ et to^s deux avec du naturel. Au teste» il n'y a peu6*ét9e personne qui n'ait entendu raconter ce qui arriva au traducteur d^ Mille et une Nuits « quelque temps après la puUication de son premier volume^ où il répétait si souvent : Ma chère soBUFy si vous ne dormez pas, conte^^^moi un dece^s contes, etc« Quelques jeiiaes g^iSi que cette t^
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pétition contihuélle avait impatientés ( et ils n'é* taient pas les seuls) , imaginèrent d'aller réveiller ce pauvre Galland au milieu d'une nuit d'hiver, en criant de toute leur force sous sa fenêtre : M. GaUànd! M. Galland! H ouvre enfin la fenêtre , et demande ce qu'on lui' veut, ilf •' Gàllând^ n* est-ce pas vous qui nous ai^ez donné ces beaux Contes arabes ? — Oui , Messieurs , c*est moi. -^- Eh bien! M. Galland , si vous ne dormez pas , contez-nous un de ces contes, etc.
n faut bien , à propos de contes , descendre à ceux qu'on appielle particulièrement Contes des Fées, ne fut-ce que pour observer le tort qu'on -a eu de les croire bons pour des enfans, sous prétexte de la moralité qu'on y joint. Cette iespèce d'instruction , que l'on peut leur donner beaucoup mieux de toute autre manière , ne balance pas , à beaucoup près, l'inconvénient de remplir leur *&ible cerveau d'ogres, de loup&-garoux , de sorciers , en un mot, de tout ce qui est propre à entretenir la peur et la crédulité, deux &iblesses dangereuses, qui de l'imagination passent quelquefois dans le caractère ; tant les premières impressions ont de force , surtout quand les enfans ont l'esprit naturellement borné, et que leur condition ne les met pas à portée d'àcqùérir des lumières. Il n'est jamais bon à rien de tromper l'enfance; au contraire, c'est Tâge dont il importe le plus de soigner les premières idées, parce qu'il
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•en reçoit plus facilement Tempreinte. On ne saurait croire combien les premières erreurs , gravées dans une imagination tendre , ont produit souvent de très-mauvais effets. La raison , qui vient ensuite , ne détruit pas toujours radicalement ce qu'ont fait la nourrice et la gouvernante. U est bien étrange que l'on ait cru la tête d'un enfant plus faite pour le mensonge que pour la vérité : elle est également ouverte à Tun et à Tautre ; il ne s'agit que de mettre la dernière à sa portée» C'est un principe sûr , que tout ce qui peut former le jugement et affermir le courage ne saurait être trop tôt mis en œuvre dans l'éducation des enfans : les abuser et les efirayer est toujours un mal. L'imagination^ que Montaigne appelle si bien la folle de la maison y na que trop de facilité pour s'en rendre la maîtresse; et, au lieu de lui ouvrir toutes les portes, on ne saurait de trop bonne heure mettre la raison en sentinelle pour écarter la Jolie.
Plusieurs collections récemment publiées font voir combien l'on a été fécond dans ces bagatelles, et que quelquefois des personnes d'esprit et de mérite n'ont pas dédaigné de s'y exercer. On peut mettre de l'art et du goût jusque dans ces frivolités puériles. Madame d'Aulnoy est celle qui paraît y avoir le mieux réussi ; elle y a mis l'espèce d'intérêt dont ce genre est susceptible, et qui dépend, comme dans toute fiction, d'un degré de
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yraisembiançe cfmsesnè daas le meiPvmSUms^ #t dune simpliâté de style eoaTaoable k la p^itûsie idu sujet.
Mais il convient de mettiis à part Hasailtoo , esprit <mginal, ^i^ pressé pair des dames, de h cour, de £iire des contes dans le goût de9 Mille et une Nuits , qui étaient en grande fiiveiir, prit le parti d'en faire, comme Cervantes avait fiât tm livre de chevalerie, nuds poia: «'en moquer. H affecta d'encliérir sur la bizarrerie des fictions, et de la pousser jusqu'à la folie; nouûs cette folie est si gaie, si piquante, si Ùen assaisonnée de plaisanteries, relevée par des s^es A heureuses et si imprévues, que l'on y reconnaît à tout mooMnC un homme très^upérieur aux bagateU^ dotit il s'amuse. Il va plus loin dans Fleuri Épine r il y a des traits d'une vérité charniante , et de l'intérêt dans les caractères et les situations. L'objet en est moral et trés^gréablement rempK; c'eflt de Êdre voir qu'avec beaucoup d'esprit, de cou** rage et d'amour, un homme sans figure et eansi fortune peut vaincre les plus grands ofastadies, et que dans les femmes la grâce l'emporte sur la beauté. Hamilton devait en effet vfuiter la gtAoe: son style en estplein« Il suflirait, pour le prouver , de se rappeler le tableau de Tanure, emmenant avec lui , sur la jument Sonnante, la jeune FleurdTEpine , qu'il a tirée des noAina de la fée Deutue, et qui ne le Gomait «nocve que pottr swi libératna^