CONTES
xnais qui, à ce titre, commence déjà à sentir dé rinclination pour lui. On ne trouve point ici de ces conversations de roman, mille fois répétées 4ans des situations pareilles. Hamilton sait s^y prendre autrement pour nous faire lire dans le cœur de Fleur-d'Épine. Tarare liu raconte , chemin faisant, comment il a été choisi pour peindre la belle Luisante , dont les yeux faisaient mourir tant de monde : <i Vous Tavez donc souvent re- » gardée? dit Fleur-d'Épine. — Oui, dit-il, tout » autant que jai voulu, et sans aucun danger , » comme je viens de vous le dire. — Uavez-vous ^ trouvée si merveill^sement belle qu'on vous » lavait dit? — Plus belle mille fois, répondit-îl.— • 1» On n'a que faire de vous demander, ajouta-t-elle, xt si vous en êtes d'abord devenu passionnément » amoureux; miais dites-m'en la vérité. Tarare ne » lui cacba rien de ce qui s'était passé entre Ini » et la princesse, pas même Tassurance qu'elle » lui avait donnée de Tépouser en cas qu'il réussît » dans son entreprise. Fleur-d'Epine ne l'eut pas » plus tôt appris, que, repoussant les mains dont » il la tenait embrassée , elle se redressa , au lieu » d'être pencbée sur lui comme auparavant. Ta- » rare crut entendre ce que cela voulait dire; et » continuant son jdiscours sans faire semblant de » rien : Je ne sais, dit-îl, quelle heureuse iii« » fluence avait disposé le premier penchant de la p princesse w ma faveur; mais ie sentis Uent^
396 COURS i)E LITTÉRATURE.
» que je n*ea étais pas digne par les agrémens de » ma personne, et que je le méritais encore moins » par les sentimens de mon cœur ; car je ne me D suis que trop aperçu depuis que Tamour que je » croyais avoir pour elle n'était tout au plus que » de Tadmiration. Chaque instant qui m'en éloi- » gnait effiiçait insensiblement son idée de mon » souvenir, et dès les premiers momens que je » vous ai vue, je ne m'en suis plus souvenu du » tout. Il se tut, et la belle Fleuivd'Epîne , au » lieu de parler , se laissa doucement aller vers » lui comme auparavant, et appuya ses mains i> sur celles qu'il remit autour d'elle pour la sou- » tenir. »
Dans la foule des peintures que l'amour a fournies ( et il en fournira jusqu'à la fin du monde ) , je ne crois pas qu'il y en ait une plus vraie, plus douce et plus gracieuse. Elle remplit le cœur de l'idée d un de ces momens délicieux qui sont faits pour lui , et qui sont d'un prix d'autant plus grand, qu'il semble que tout ce que l'amour promet soit encore au-dessus de tout ce qu'il peut donner.
Il n'y a personne qui n'ait lu et relu les Mé"
moires de Grammont : c'est de tous les livres fri-
voles , le plus agréable et le plus ingénieux ; c'est
l'ouvrage d'un esprit léger et fin, accoutumé,
. dans la corruption des cours, à ne connaître d'au-
' tre vice que le ridicule, à couvrir les plus maiir
CONTIf. 397
vaîses mœurs d'un vernis d'élégance , à rapporter tout au plaisir et à la gaieté. Il y a quelque chose, du ton de Voiture , mais infiniment perfectionné. L'art de raconter de petites choses de manière à les faire valoir beaucoup y e3t dans sa perfection. L'histoire de l'habit volé par Termes est en ce genre un modèle unique. Ce livre est le premier où l'on ait montré : souvent cette sorte d'esprit qu'on a depuis appelé persiflage ^ que Voiture avait mis quelquefois en usage avant qu'il fût connu sous ce nom , et qui consiste à dire plaisamment les choses. sérieuses, et sérieusement les choses frivoles. Lorsque le comte de Grammont dit , en parlant de son valet de chambre Termes : Je t aurais infailliblement tué^ si Je n^ avais craint de faire attendre mademoiselle d'Hamilton, il dit une chose très-folle du ton le plus sérieux , et n'en est que plus gai. Mais cet esprit demande beaucoup de mesure et de choix, et n'a rien de commun avec ce langage décousu, néologique, vague et burlesque , que de nos jours on a qualifié du nom àe persiflage ^ et qui n'est qu'une absence totale de sens et de goût, une espèce de badinage d'autant plus éloigné du bon ton , qu'il semble plus y prétendre.
Un autre mérite d'Hamilton, et qui n'est pas commun , c'est que , dans la partie de ses contes qu'il a versifiée , il a particulièrement saisi la manière de narrer en vers. Voltaire citait surtout le
%d^ COURS DET tïWiRATXJRE.
cfttKttïiéticeftient èà BeUet^ coittâié ^ûii iMbrâMOi dtarmaM en w géftre. Cdiri de* quatte Fkcat^ ditis ne Test gnèrè imnns , mai&il est plus né^gé. Rien n est plus tH>nnn t[tte st jt^lie lettre aa cottte de Grammont ^ mêlée de prose ieft dé Vers :
Honneur des Htm éloignées , etc.
Mais voilà auseâ tout ee <fj^ a fidt de bon en poésie. Ses pièces de sèciéliè , ses iÉMtfsôns , dont on a fait un Yoltûâai^, ne sont pas m-âèssus de telles de Voitttre.
n en est de même dé €3iapeÔe. On tte sait pas ce qui lui appartient ^en p^pi^ da)^ <!è f^ofogé cfu'il fit en ccohniun aveô BaehàintnoM , 'ët^éfai est ae tout point un petk ekrf-d'^wrre. ialsst «icore un de ces ïnoréeaux qui ptt>uyeDt que le dernier cdèele eut, jusque dans les petites <;liOses, ime ori- ^alité et une riobessede talent qui lui sont pro^ ptes; car, quoique nous ayons pluâenrs V&yagts^ OÙ les auteurs de beaucoup de mérité , DesmiAijs,, Le Franc , M. de Parhy, ont essayé île rivaliser avec cdiii de Ohapelle , aucun ii'a pu en "approcher. Mais c'est là tout GhapeBe. S^ ânxtres poéiries^ qu*on a jointes à eëtles du chevalier '^AceiDy, ne les valent même pas, quoique câlés-d. soient éstréitiemenit iaibles. Chapelle devait jponrtaint se tirer assez bien de l'impromptu (qui d'arîHcurs est assez ami du vin), ^ Ton en jugé par les deux suivans , que je ne me souviens pas d'avoir
urriEs. 3g^
ftti iaxpinxaés nulle part, et qui sont en effet de ^ bagatelles ijui ne méritetit que leslionneurs 4e 1» trtditiotl f^ après ayoir eu ceux de \û table* i^ premier est adressé à Boileau , qui venait aussi 4e s'^ayer jusqu'à faire, entre deux tins, un petit çis^train contre Chapelle.
Ou*AVcc plaisir de ton haut style lé le Yoift descendre au quatrain !
B<Ai bleu, çic jV{Nirgniû de -bile £t 4*i])jures au genre humain »
Quand, renversant ta cruche à Fhuile»
Je tè mis le verre à la main !
LWtre est sur le femeux gourmand Broussin,, celui à qui le Fojrage fut adreisiBé.
Broussin , dés Tàge le plus tendire , Inventa la Sauce-Robert ; Mflis jamais il &e pUt appreUdre Ni son Credo ni son Pater,
SECTION ni.
' Lettres, Traductions, Gritiqutss.
Le genre épistolaire eut dans le dernier âècle une assez grai^de importance : il avait &it la réputation de Balzac et de Vcwture, suivis par cette foule d'imitateurs ^ àiarckè toujours à la siuite des succès. Si les modèles ne sont plus guère lus , les copistes sont entièrement oubliés. Le& gens
ifoO C01TB8 DE UTTAiaTUBS.
pliH curieux que difficiles Yont encore chercher des anecdotes dans les lettres de Gui-Patin , dans eelles de madame Dunoyer, dans celles de Marana , connues sous le nom di Espion TurCj etc. Tous ces livres, décriés auprès des gens instruits, ne sont guère que des recueils de satires grossières , ou d'historiettes romanesques et de contes populaires, alimens passagers de la malignité d'une génération, rebutés parla suivante. Un seul recueil de lettres a mérité de passer jusqu'à nous , et de vivre dans la postérité ; et c'est celui dont l'auteur ne songeait à faire ni un roman , ni une satire , ni un ouvrage quelconque. Tout le monde me prévient , et nomme madame de Sévigné.
Cest avec justice qu'on lui a dit dans un poëme dont le sujet , ébauché dans un temps plus heureux y n'est guère de nature à être achevé dans le nôtre :
Charmante Sëyigûë , quels honneurs te sont dus !
Tu les a mérités, et non pas attendus.
Tu ne te flattais pas d*ayoir pour confidente
Cette postérité pour qui Ton se tourmente*
Dans le cœur de Griçnan tu répandais le tien :
Tes lettres font ta gloire, et sont notre entretien.
Ce qu'on cherche sans fruit, tu le trouyes sans peine.
Que tu m*as fait pleurer le trépas de Turennel
Qui te surpassera dans Fart de raconter?
Ces portraits d'une cour qu'on se plaît à citer
Se retracent chez toi bien mieux que dans Thistoire:
Ces héros , dont ailleurs je n*appris que la gloire »
Je les Tois, les entends, et conyerse ayec eux • ete.
Si le plus grand éloge d'un livre est d'être beau- <îOup relu , qui a été plus loué que ces Lettres ? Uleâ sont de toutes les heures : à la ville , à la campagne^ en voyage, on lit madame de Sévigné.
N'est-ce pas un livre précieux , que celui qui vous amuse , vous intéresse , et vous instruit presque sans vous demander d'attention ? C'est l'entretien d'une femme très-aimable, danis lequel on n'est point obligé de mettre du sien; ce qui est un grand attrait pour les esprits paresseux, et presque tous les hommes le sont, au moins la moitié de la journée.
Je sais bien que les détails historiques d'un siècle et d'une cour qui ont laissé une grande renommée font une partie de l'intérêt qu'on prend à cette lecture. Mais la cour d'Anne d'Autriche et la Fronde sont des objets piquans pour la curiosité , et madame de Motteville est un peu moins lue que madame de Sévigné. Il y a donc ici un avantage personnel. Et qui pourrait l'ignorer ou Je méconnaître? C'est le mélange heureux du naturel, de la sensibilité et du goût, c'est une manière de narrer qui lui est propre. Rien n'est égal à la vivacité de ses tournures et au bonheur de ses expressions. Elle est toujours affectée de ce qu'elle dit et de ce qu'elle raconte : elle peint comme si elle voyait , et l'on croit voir ce qu'elle peint. Une imagination active et mobile , comme l'est ordinairement celle des femmes , l'attache vui. 26
40a COJDBS IM& LlTTÉItATfJRE.
jKicctsfiÎTemcait à tous les objets : dès qu elle s'en oecupe , ils pvennent lai grand péjuvoir sur elle. .Yojez dans ses Lettres la mort dk Turense : pet- .sonne ne l'a pleuré de si bonne ioi , mais aussi personne ne Ta tant fait pleurar* C'est la plus attendrissante des oraisons funèbres de ce grand boninie«. Mais ce n'est pas seulemaiht, il &ut IV vouer» parce ^e tout est vrai et senti ; c'est qu'on ne se méfie pas d'une lettre ccmime d'an pan^^Flique. C'est une terrible tâche que de dire : Ecoute^^moi, je vais louer : écoutez- moi t et vous allez pleurer. Alors précisément on pleure et <m admire le moins qu'on peut ; et lorsque l'orateur lums jr a forcés, il a fait son métier» et Ton peut ^mettre sur le compte de son art une partie ds la gloire de son héros* Madame de Sévigné pro* luiblement n'aurait pas £»it le beau discours de Fléchier; et si elle produit plus d'impressioisi ^ s^e&t qu'elle s'entretient familièrement avec nous, ^qu'elle n'a pcûnt de mission à remplir, que son .âme parle à la nâtre sans annoncer le de^ein de loi parler, et qu^elle nous communique tout oe •qu'elle sent*
Ceux qui aiment à réfléchir ^ à tirer une instruction de leur plaisir même peuvent trouver dans ces Lettres un autre avantage ^ c'est d'y voir sans nuage l'esprit de son temps, les opinions qui régnaient, ce qu'était le nom de Louis XIV, ce f^'était la cour, ce qu'était la dévotion, ce qu'é-
tait un prédkatenr de Yersaittes, ce qjcté^t le confesseur du nà, le jésuite La Chaise, chee qui Xâixembourg accusé allait Cnre une retraite; cet assemblage de Êdblesse y de râipoo et d^agrémetit qui caractérisait les Sstaax» les plus câëbreè; •cette délicatesse dVsprit qcà daus les eeurtisao^ se mâait à Tactulatioa ; ce ton qui était encore un peu celui de la cheralerîe et de HiéroÎAne , et q^i n^ezduaît pas le talent de Fintrigue. Il est peu de livres qui donnent plus k penser à ceux qui lîsetit pour réfléchir, et non pas seulement pour s'amuser.
Une autre remarque à feire sur madame de Sévigné , c'est qu'on peut montrer beaucoup de goût dans son style et fort peu dans ses jugemens , parce que notre style est notre esprit , et que nos jugemens sont souvent Tesprit des autres, surtout dans ce qu'on appelle le monde. £es gens de lettres sont sujets à mial juger, par un intérêt qui va jusqu'à la passion ; les gens du memde, d'abord par une indifférence qui leïir &it adopter légèrement l'avis qu on leur demne , ensuite par un entêtement qui leur fait souteirir le parti qu'ils ont embrassé. Voilà ce qui fait durer plus ou moins les préventions de société , source de tant d'injustices : de là celles de naàdame de Sévigné envers Racine , dcmt elle a dit <^il passera comme te café. Elle se défendait de l*admirer , pour ne pas avoir l'air de revenir Mir
Corneille. On croirait pourtant qu'il n*y a rien de plus simple et de plus aisé que d'admirer à la fois deux grands écrivains ; mais il n'en est pas > ainsi de la plupart des hommes. H semble qu'ils n'aient tout au plus que ce qu'il faut pour en goûter un , qu'ils soient jaloux; dans leur opinion comme on l'est dans l'amour, et qu'ils ne puissent pas souflBrir que l'on compare rien à l'objet de leur choix ; et puis ne faut-il pas se dédommager sur Tun de la justice que Ton rend à l'autre, .et &ire la part de la malignité? On ne loue presque que pour rabaisser ; et , sans sortir de notre temps , j'ai vu , depuis vingt années , sept ou huit écrivains dont chacun a été à son tour le seul poète , le seul génie , le seul talent que nous eussions. Il est vrai que le temps a mis tout le monde d'accord en les faisant tous oubHer ; et il est bien juste de faire place à d'autres.
On a fait à madame de Sévigné un reproche
plus grave, mais qui n'est nullement fondé : on
a prétendu qu'elle faisait parade, dans ses Lettres j
d'un sentiment qui n'était point dans son àme ;
qu'en un mot, elle n'aimait point sa fille. Cette
accusation est non-seulement dénuée de preuve ,
mais de probabilité ; on n'affecte pas de ce ton-là;
et si madame deSévigné ne sentait rien, qui donc
■ l'obligeait à cette effiision de tendresse ? A quoi
' bon cette pénible hypocrisie ? Heureusement elle
. est impossible. On contreferait plutôt le ton d'un
TRADUCTIONS. 4o^ -
amant que le cœur d'une mère ; et madame de.' Sévigné ne pouvait puiser, <jue dans le sien cette . procUgieuse abondance d'expressions qui ne pou- . vait se sauver d'une ennuyeuse monotonie qu'à, force de vérité.
Le faux est toujours fade, ennuyeux, languissant; Mais la nature est vraie , et d*abord on la sent.
C'est Boileau qui l'a dit ; et si ce n'était pas lui , ce serait la raison.
Les traductions tiennent une grande place dans l'histoire littéraire du siècle passé , et n'en ont conservé aucune dans le nôtre. De celles qui sont en vers , rien n'est resté que l'exorde du premier, livre de Lucrèce , par Hénaut , quoique généralement assez médiocre. De celles qui sont en prose , les plus renommées dans leur temps , et les plus passables ^ sont celles de Yaugelas , de d' Ablancourt et de Tourreil. Le mérite qui les fit justement estimer était une attention à la pureté et à l'exactitude du langage, fort utile aux progrès dont il était alors susceptible. Mais il eût fallu joindre à ce travail le talent de se pénétrer de l'esprit de l'auteur , et de le faire parler en fran^ çais comme dans son idiome naturel. Ils sont tous bien loin de cette force ; aucun ne peut soutenir la comparaison avec les originaux , aux yeux de ceux qui les connaissent. La traduction d'un grand écrivain est une lutte de style et une
4^ GOUBS m uniiiTURE.
riralité 4e génie. Ceux qui en avaient alon s^y mai pas engagés : ce n*est ^j/ae daia ce siècle qne , les reatourees de la langue étant plus gén^. Talement reconnues ^ et les genres commençant k s'épuiser ^ quelques hommes supérieurs se sont: aperçus qu'il pouvait y avoir de la gloire à faire revivre un ancien ; et ce n^est aussi que de nos jours que les traductions ont été des ouvrages de talent et des titres durables de célébiâté.
La critique , dont il me reste & parler ^ est gjénérale ou particulière : la première examine la tlléorie de 1 art ; la seconde , Tapplication bonne an mauvaise des principes dans les ouvrages des anistes* H était naturel qu'à F'époque cnï tous las genres de littérature étaient cultivés k TenTi, avec plos ou moins de succès , on en discutât les rtgles« Mms^ comme je rai Êiit observer ailleurs , le talent va plos vite que le goût, et celui-ci ne se fimne que long-^emps après , par la compa^ fnison da bon et du mauvais , et par l'étude des modèles. Corneille avait donné tous ses chefsdVsuvre , et il n*y avait pas encore en français une poétique supportable. La Pratique des Théâtres, de l'abbé d'Aubîgnac , est nn lourd et ennuyeux Mmnsentaire d' Aristole , fait par un pédant sans esprit et sasis jugpment , qui. entend mal ce qu'il mla,et qui croit connaitre Le th^tre parce qu'il •ait le grec. Redisons, à la louange de la poésie^ ifoe c'est k die que Ion doit le premier ouvrage
^ eflnt les élémeos da boa. goAt.^ ^ eet tmr trage ^ cf<e9t r^#< /metijwe de DfsprétnK» H j m mille fiiîs plw li profiter ihiiB ce >€p!û a dit de Im tragédie et des attirer genres de poésie , en iMi petit nombre de vers , qœ dans tous les traii^ que Ton faisait de son temps» Celai dn P. Le Bosan^ mxt la poésie éjH^pie n'apprendra jamais rien ànn poëte. On oonfondait alors rérudition avec le jugement , et Ton ne songeait pas que tont le monde peut détenir érudit, et ^foe la natuœ senle peut donner nn bon esprit , qne Tétade perfectionne. Sans cette lumière nntiuneUe, toutes les connaissances acquises ne peurent cpie cook duire y par une route kborieuse , à Terreur et aur cbiinères : le traité du P. Le Bosm en est templî. • .(
Cest à tm Fénélon qu*il convenait de donner îles préceptes sur Kart d'écrire ; aussi ses J9ikîogues sur f éloquence de la €^îr« , et sa LeUre^ â t Académie française , respirent le bon goût , qtxnque jetés mir le papier avec la &cilité rapide de cet illustre écrivain , qui , occupé d'autres fàyjets , et mettant peu d'impoitance à acs oamposi*^ tîons , dont il disait une aorte de délassement, ne se cropiit pas oMîgé de les approfonn^r.
A Fégard de hr critique partieulîènr, le livre du' fésoite BouboutB , intitaolé Ai Manièrede bien jpmsersur les onpiraffes d^espnk ^ eut daas«te tatnps iieaaeonp plus de réputation quïl n'en méritait^
4o8 COURS DE UTTERATURE.
Le titre n^est pas modeste, et l'ouvrage Test en-: core moins. L'auteur y donne des leçons sous le nom d'Eudoxe (mot grec qui sigmfîe celui qui pense bien)j à Philanthe (autre mot grec qui veut dire amateur desjleurs ) ; et dans ces dialogues , £udoxe*Bouhours se fait à lui-même , par la bouché de Philanthe 9 de petits complimens assez flatteurs, tels que celui-ci.: « Je ne vous admire guère moins n que Pline admirait les ouvrages de la nature, D tant je trouve que vous raisonnez juste sur une » matière si abstraite. » Remarquez que cette ma-^ tière si abstraite nest point la nature, mais la délicatesse de pensée et de style ; et qu Eudoxe vient de débiter sur ce sujet un véritable galimatias, si bien qu ila fini par dire : « Je ne sais si » vous m'entendez. Je ne m'entends pas moi" 1» même, et je crains à tout moment de me perdre -1» dans mes réflexions. » Il faut croire que Tadmi- ' rateur Philanthe entend Eudoxe mieux que cet Eu* > doxe ne s'entend lui-même , ou que Philanthe est comme bien des gens , qui admirent d'autant plus qu'ils comprennent* moins.
On aperçoit trop dans la vanité d'Eudoxe celle d'un régent de collège, accoutumé à parler à des écoliers, et qui se croit un grand homme parce qu'il est écouté par des enfans. Cependant une des prétentions de Bouhoiirs les plus marquées est celle d'avoir le ton d un homme du monde. H y vivait en effet conoime beaucoup de jésuites ; mais
GHITIQUE. 409
il prouve que cela ne suffît pas toujours pour dépouiller FéCorce du pédaatisme. Son adversaire, Barbier d- Aucour , qui voyait beaucoup moins le monde , connaît infiniment mieux les convenances délicates qui échappent souvent au P. Boubours. C'est que le bon esprit devine tout. Celui du jésuite était fort superficiel : c'était un homme let» tré, qui savait Titalien et l'espagnol; mais son ; goût est fort peu sûr ; il est vétilleux sur les mots^ et se trompe souvent sur les choses. Voiture est son héros , et il le loue beaucoup de ses sottises. n met Rapin à côté de Virgile , et cela est un peu fort, même pour un jésuite parlant d'un jésuite. Il était de la destinée de Port-Royal de les combattre avec les armes du bon goût. Barbier d' Aucour traita leurs beaux-esprits comme Pascal et Arnaud avaient traité leurs casuistes et leurs théologiens. Les sentimens de Cléante sont , je croîs^ après les Provinciales j qu'il suffit de nommer, le seul livre polémique qui ait assuré à son auteur une réputation qui a duré jusqu'à nous; et l'ouvrage en est digne : c'est, à très-peu de chose près, ce que la critique littéraire a produit de meilleur dans le dernier siècle. Barbier d' Aucour me dispense d'en dire davantage sur le P. Bouhours , dont il â relevé les défauts de manière à ne rien laisser à désirer. Et ce n*est pas un de ces critiques comme il y en a tant , qui , ne sachant que reprendre des fautes faciles à apercevoir , montrent eux-mêmes
4lO COURS BK LmrÉàATURE.
fort peu d^esprit en attaquant eekd d'aaisrui. H a de la méthode, da sens et des priBdpes. En in- £qaant Terrear, 3 j substitue la vérité ; il met le hem goût à la place du mauvais. E& MfanaM >»
qtiW a fait, il montre ce qu*il feut fam; il pense juste et 3 écrit Hen ; il varie son ton en propor^ tion dès objets, et sa plaisanterie est fine et dé» cente, autant que sa raison est sc^ide et lumi^ neuse*
Il e&t été à souhaiter que la critique eût eu tocitet ces qualités, lorsqu'elle devint périodîqftte danr Fei^pèce d'ouvrage que Fon appela Joummix. Oa sait qu'ils doivent leur ori^e à celui des SavanSy commencé en 1665 par Denjs Saflo , qui , ayant rbabitude de faire, pour son usage particulier, des extraits de ses lectures, imagina, non smos fondement , que cette métbode pourrait être de qutelque irtilité pour le public. £1 s'associa plusiean gens de lettres pour l'aider dans ce travail , dont Bayle prouva depuis Futilité. Des savams Xtks^ connus , tels que Basnage , Bernard , Lederc , et «autres , s'exercèrent dans le même genre , et forent imités par tontes les nations lettrées. Ces journaux ne traitîâent le plus souvent que des scienees et des objets d'érudition ; les ouvnq^ dlmaginaciim et de goût, et de littérature agréabte , j tenakait fort peu de place. On laissait au puMie & \» jnger, aux artistes à les discuter, et au temps à fixer leur Tang. Les journaux alors n'étaient guère que dts
cmnriQiis. 4< <
dissertations sérieuses sur des éents scsienx , et Ton songeait plus à ViDstruction qu à ramasement; Le seul Bajle eut assez de talent pour réunir Tun çt Tautre ; mais la plupart des matières qu'il trai« ^tait ajant été depuis mieux connues et plus appro^ foodies, ses Lettres sur la république des lettres j qui le mirent au-dessus de tous les journalistes de son temps, ont dû perdre beaucoup de leur intérêt et de leur utilité dans le nôtre. D'ailleurs, il n y travailla que peu d'années ; et quelque circonspection qu'il apportât dans la critique , il en sentit bien vite le danger, et y renonça.
Les querelles des savans avaient déjà éclaté dans ces journaux , et en remplissaient une partie; mais, par la nature niéme des objets , elles avaient peu de juges , et n'intéressaient pas la multitude , conune celles de Scudéry et de d'Aubignac avec Corneille, qui avaient occupé tout Paris.
C'est dans le Mercure galant , dont Visé fut le fondateur en 1 672 , que l'ignorance et l'envie eurent bientôt un bureau d'adresses fait pour tout le monde , parce qu'on y parlait des ouvrages que tout le monde lit : c'est là que Molière et Racine étaient dénigrés. Mais le ton aigre des censures de Visé , d'autant plus mauvais critique qu'il était mauvais auteur , était encore de la modération , si on le compare au scandale de nos jours.
C'en était un d'une autre espèce que le livre de Perrault sur le Parallèle des Anciens et des M(h
4ia COURS DE UTTKRATUAE.
demes , qui fit tant de bruit ; mais comme Texamen de ce livre, et des réponses qu*on y a faites , est une occasion toute naturelle de réduire à ses termes cette question souvent agitée , sur laquelle cent ans écoulés depuis Perrault ont pu donner de nouveaux aperçus , je remets à en parler à la fin de ce Cours , lorsque , les anciens et les moderne» ayant passé sous nos yeux dans tous les genres , il sera plus facile d'établir la comparaison.
FIN nu TOME HUITIEME.