DU GENRE DÉMONSTRATIF
gir le méchant qui oserait les démentir ou les repousser. Enfin , ce n'est point ici Veffet toujours incertain et variable d'une lecture particulière , où chacun a tout le loisir de lutter contre sa conscience , et de se préparer des défenses et des refuges. J'ose dire à l'orateur de la patrie : Si tous ses représentans sont réunis pour t'entendre , s'ils délibèrent après t'avoir entendu , c'est pour assurer ton triomphe et le sien. J'en atteste un des plus nobles attributs de la nature humaine , l'empire de la vérité éloquente sur les hommes rassemblés. Les plus justes et les plus sensibles reçoivent la première impression; ils la communiquent aux plus faibles , et l'étendent en la redoublant de proche en proche : la conscience agit dans tous ; dans les uns^ le cotirage dit tout haut^ oui ; dans les autres , la honte craint de dire non ; et s'il reste un petit nombre de rebelles opiniâtres , ils sont renversés , atterrés , étouffés par cette irrésistible impulsion , par ce rapide contrecoup qui ébranle toute la masse d'une assemblée; et comme la première lame des mers du nouveau monde pousse le dernier flot qui vient frapper les plages du nôtre , de même la vérité , partant de l'extrémité d'un vaste espace , accrue et fortifiée dans sa route, vient frapper à l'extrémité opposée son plus violent adversaire , qui , lorsqu'elle arrive à lui avec toute cette force , n'en a plus assez pour lui résister.
O utinamL'**, Ml^U pour que Téloquence por • litique acquière géuér^lemeut ce caractère et c^t empire , il fent supposer d^abord quç Te^prit n^^ tioual e^t jg^éuéraleip^ut h^n et «aiu , coimn^ il > Tétait daps 1q9 l^eau^ siècles de la Gr^e ç| die ^ Rome ; et U faudrait ip'attendre à uu effet tPUt coptrairç , ^i uue nation nombreuse ^ tro^v^it tQut à CQHp composée de parleurs et d'audit^m t pr^isémeut à l'époque pu , ayant perdu Je ff ^fi . de la religiou et de la morale, ^Ue aui^aitr wmï rpmpu le jpug de toute autorités Alpr^ le (i^Jaitt . même , dans ceux qui parleraient , serait h fim souvent as^ryi et dépravé par ce^x qui éPM$ÇK raient , ou ne ^r^it pa^ écputé ; alors Je^ d^r^otàn»» dpminan^ de$ orateurs de ^ette multitude m&emè^ seraiei^t , pu k complaisance servilfi qui flatO la» passions et les vices, pu la gipsçièr^ e^rpujtme do rigaoranpe , ivre du plaisir d'avoir tant d'auditeurs dignes d'elle , ou l'hprrible impudence du Qrâw^ déchaîné , parlant en maître devant des complicet et des enclaves.
SECTION IIL
ÉLOQjU]ÇN€E PB hA ClA/lB.
UOraison funèbre.
liçs sujets d'éloquepçe que le siëde de Louis XIV a vu porter au pJuis ^laut degré de perfiection sont, sans contredit , le sermon et l'oraispo ùmibre.
A r^ga^d de^ germons , Ton sait assez ce qu'ils ^l^ewt dans las deujç âgçs qui oui précédé Iç fiian, etcequ'éui^t jies Meaot , les Maillard , et ce Barl^ dont les savans di3aieat ea latin : « Nescit proi'^ » diçare gui nescit barletisare : Ne sait prêchw I) qui ne sait barletiser. » On s'est égayié partout sur leurs &fc^^ grotesques et iud^entes* Nous ^vops d^ s^ritnons de la Liguç : ils joignent l'atrocité k cette grossièreté dégoûtante qui dut uéce^ s^Wient dirpinuar k m^sum^ que la politesse s'introduisait dans tous les états, à la $uite de Tordra qui renaissait avec l'autorité. Mais le pre- Toim^, dit Voltaire, ^wi\/?( entendre dam la chaire wie raison toujours éloquente , ce fut £k)urdaloue. P^t-être faut'^l un peu restreindre cet éloge en l'i^liquant. Bourdalouie fut le premier qui eut toujour<s dans la chaire Téloquence de la raison : il ^ut hk substituer à tous l^s défauts de ses con-*tea)porain/(. H leur apprit le tou convenable à la gravité d'un saint ministère , et le soutint constam* i^ut dans ses uontibreuses prédiçatiops. Il mit de côté l'étalage diss citations projlanes, et les petites ret^erches du bel-esprit. Uniquement pénétré de l'esprit d^ l'Évapgile et dç la substance des livres saiuts , il traite soUdem^ut un sujet , le dispose av^ m^étbode^ l'approfondit avec vigueur. Il est concluant daus s^s raisonuemen^ » sûr dans sa noiarcbe , <^lair et iustructif dans ses résultats. Mais il a peu de ce qu'on peut appeler les grandes
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parties de Torateur , qui sont] les mouvemeiis ^ rélocution , le sentiment. C'est un excellent théologien , un savant catéchiste plutôt qu'un puissant prédicateur. En portant toujours avec lui là conviction, il laisse trop désirer cette onction précieuse qui rend la conviction efficace.
Tel est en général le caractère de ses sermokis. Ceux de Cheminais y autre jésuite , ne sont pas sans quelque douceur ; et celle qu'il mettait dans son débit lui procura une vogue passagère , dont l'impression fut le terme , comme elle l'a été de la réputation de Bretonneau et de quelques autres sermonnaires leurs contemporains, qui depuis long-temps ne sont plus guère lus. Les sermons même de Bossuet et de Fléchier ne répondent pas à la célébrité qu'ils ont acquise dans l'oraison funèbre ; et sans parler de la foule des prédicateurs médiocres , il suffit de dire que , lorsqu on eut entendu, et plus encore, lorsqu'on eut lu MassiUon , il éclipsa tout.
Bossuet et MassiUon sont donc les modèles par excellence que nous avons à considérer principalement dans l'éloquence chrétienne , l'un dans l'oraison funèbre, et l'autre dans le sermon. Je commencerai par le premier, en me conformant à l'ordre des temps , et même à celui des choses , puisque l'oraison funèbre réunit plus de parties oratoires , exige plus d'art et d'élévation que le sermon.