CORNEILLE
' Lorsque j'ai rendu compte de \ Œdipe grec, j'ai dté les vers sur la fatalité , qui se trouvent dan^ celui de Corneille , et ce sont les seuls qui xnéritent d'être retenus. J'ai cité aussi, à propos du sublime d'expression, les quatre beaux vers que l'on distingue dans l'exposition diOthoUy exposition à laquelle Voltaire donne beaucoup d'éîc^es.
n y en a quatre dans Sophonishe^ qui sont aussi d'une expression énergique. Us sont dans la bouche du vieux Syphax, et sont en même temjps la critique de son rôle.
Que c est um imliëcile et honteux escLiTtge Que celui d*un époux sur le penchant de l'âge, |
<*- Quand , sous un front ridé qu on a droit de haïr , ^
Il croit se faire aimer à force d*obéir!
A l'égard diAgésilaSy Fontenelle s'exprime ainâ : <c II faut croire qu'il est de G>meille , puisque son » nom y est; et il y a une scène d'Agésilas et de » Lysander qui ne pourrait pas facilement être » d'un autre. » Cette louange est fort exagérée. Le ton de cette scène est noble, et les pensées ont assez de dignité; mais la versification en est faible.
Andromède et la Toison d^or sont ce qu'on appelle des pièces à macbines. Elles ne furent point représentées par les comédiens de l'hôtel de Bourgogne : la première le fut sur le théâtre qu'on appelait du petit Bourbon i l'autre en Normandie, V, 19.
:|Q0 COURS DE UTTÉBATURE.
chez le marquis de Sourdéac , à qui nouf devions rétablissement de TOpéra. Ces pièoes à machines ^ OÙ le chant se mêle de temps en temps à la déda^ xyiation, étaient encore une nouveauté qu'essayait le talent de Corneille , trente ans ayant les opéras de Quinault, et qui prouve qu'il a tenté tous les genres de poésie draniatique.
Le spectacle de la Toison (ïor^ donné depidâ (UT le théâtre du Mar^s ^ réussît beaucoup par un appareil de représentation que Ton n'avait jamais VU|t et fut oublié quand on eut les che&-d'œnvFS lyriques de Quinault. Mais les amateurs ont cou* serve dans leur mémoire ces quatre vers du prologue, qui exprimaient une vérité devenue bien plus sensible long -temps après que Corneille les eut faits. C'est la France qui paiie :
A Taincre tant de fois mes forces t afEaiUiflsent; L'état •titflerissanf, mais les peuples gémissent : L^ars membres ^léehainiés eomrhemt ^ soM met lunitft fkitty Et la gk>ire du trône accable les 8i:qeti«
Ce dernier vers est parfaitement beau.
La comédie du Menteur^ qui précéda de vingt ans celles dé Molière, fut empruntée des Espagnols y comme le Cid : ainsi nous devons à d'heureuses imitations, embellies par la muse de Cor-
* Courber n'est point «n verbe ncntre : c'est un verbe actif qui demande un régime* Plqyer était le mot propre, s'il eAt pu entrer dans le vers.
néSle f la première tragédie touchante et llBk première comiédie de caractère que Ton ait vuet sur notre théâtre; et Tauteur fut dans l'une et dans Vautre également supérieur à tous ses contemjxv-i isdns. C'est dans le Menteur qu'on entendit pour 1» première fois sur la scène la conversation deshon«» nétes gens. On n'avait eu jusque-là que des farces grossières, telles que les Jodelets de Scarron,, et de mauvais romans dialogues. Uintrigue dn Menteur est faible , et ne roule que sur une mé-' prise de nom qui n'amène pas des situations fort comiques. Mais la facilité et l'agrément des men^ songes de Dorante, et la scène entre son père efr lui, où le poëte a su être éloquent sans sortir cbi. ton de la conaédie , font encore voir cette piècet avec plaisir au bout de cent cinquante ans. La suite du Menteur ndi pas été aussi heureuse; mais Voltaire pense que, si les derniers actes répo!»* daient aux premiers, cette suite serait au-dessus du Menteur. Plusieurs vers de cette dernière pièce sont restés proverbes , mérite unique avant f Molière.
Il reste à tracer un résumé des qualités distinp^. tives du génie de Corneille, des parties de l'art ok il a réussi , et de celles qui lui ont mai^qué» Ce sera une occasion de rassembler sous un même point de vue quelques observations essentielles à la théorie du théâtre , qui eussent été moins frappantes, si je les avais dispersées dans l'analyse sud*
dncte que j'ai faîte de ses ouvrages. C'est aussi le moment de réfuter les méprises et les injustices àe Fontenelle. Mais il est à propos auparavant d'examiner lea moti& de la partialité qui a dicté trop souvent les jugemens qu'on a portés sur Corneille.
Il a eu le sort de tous les grands hommes. De son vivant, et au milieu de ses succès, les Scudéry, les Claveret, les d'Aubignac, et vingt autres barbouilleurs de cette force , lui disputaient son mérite, ne pouvant lui disputer sa gloire, et censuraient indistinctement ses défauts et ses beautés. Lorsque, dans la vieillesse de ses ans et de son génie, on eut vu s'élever à côté de lui la jeunesse irillante de Racine, des beaux-esprits jaloux, des courtisans qui faisaient quelques jolis vers , et à qui Racine ne laissait rien , parce qu'il en faisait supérieurement, se mirent à exalter au delà de toute mesure le vieil athlète qu'ils regardaient comme hors de combat, pour rabaisser injustement le triomphateur qui occupait la lice. De Ik ces éloges prodigués par Saint-Évremond à des pièces aussi mauvaises de tout point que Sophonisbe et Attila; ces cabales des ducs de Nevers et de Bouillon contre Phèdre ; ce sonnet platement satirique de madame Deshoulières; cet acharnement de madame de Sévigné à répéter que Racine nHrà pas loin , qu'// passera comme le café ( le café et Racine sont restés ), c^ il faut bien segar-