‹ Lycée (volume 4)Chapitre 26 sur 37 · CORNEILLE. 2J · texte numérisé non relu

CORNEILLE. 2J

der de rien comparer à Corneille. J'y reviendraJ avec assez de détails quand il sera question dt Kacine. Pour ce qui est de Fontenelle, deux mo* tiis d'intérêt personnel doivent d'abord infirmer son jugement : il était petit- neveu de Corneille, et de plus ennemi déclaré de Racine. Leurs. démêlés étaient connus , et les actes d'hostilité rédn proque étaient publics. Ce n'est pas qu'on ne puisse se mettre au-dessus de . l'intérêt de la parenté , et même de celui de l'amour-propre ; mais la philosophie de Fontenelle ne put aller jusquelà. Il s'est montré trop évidemment partial dans sa PHe de Corneille et dans ses Réflexions sur la Poétique^ et l'on peut ajouter, sans lui ôter rien de ce qui lui est dû à d'autres égards, qu'il a. fait voir dans ces deux morceaux une connaissance très-médiocre des objets qu'il avait à traiter.

Quand Voltaire donna son Commentaire, on avait agité cent fois la question frivole de la prééminence entre Corneille e^t Racine : on crut qu'il avait voulu la résoudre , quoiqu'il n'en ait jamais dit un mot, et qu'il dise en propres termes que cette dispute lui a toujours paru très-puérile. H a raison, et ceux qui se sont imaginé qu'en relevant les défauts de Corneille on le mettait audessous de Racine , sont tombés dans une méprise très-commune, et même presque générale, qui montre bien que rien n'est si rare que de savoir prédsénient de quoi l'on dispute. On confond

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àeax choses très-distinctes, les auteurs et les ou-vrages. Quoi ! dira-t-on , n'est - ce pas la même chose ? Nullement. Il y en a d'abord une raison qiri est ici particulière, et de plus, il y en a une générale : toutes deux sont péremptoires. La raison "particulière, c'est que tous deux ont écrit en dit férens temps et dans des circonstances différentes. Corneille est venu quand il n'y avait encore rien de bon; il a donc un mérite qui lui est propre^ celui de s'être élevé sans modèle aux beautés supérieures. Racine ne s'est point formé sur lui, fl est vrai ; je le démontrerai bientôt : mais il a nécessairement profité des lumières déjà répandues; il a trouvé l'art infiniment plus avancé , il a pu slnstruîre, et par les succès de Corneille, et même par ses fautes. A partir de ce point , il n'y a donc plus de parité ; et alors sur quoi peut-on établir bien positivement le degré de génie de l'un et de l'autre? Cette distinction n'a pas échappé à Fontenelle : quoiqu'il ne l'ait faite qu'en général , il sentait bien où elle allait, et quel besoin il pouvait avoir de l'application. Voici comme il s'exprime très-ingénieusement : «Deux auteurs, dont l'un » surpasse extrêmement l'autre par la beauté de » ses ouvrages, sont néanmoins égaux en mérite, » s'ils se sont également élevés chacun au-dessus » de son siècle. Il est vrai que l'un a été plus haut * que l'autre; mais ce n'est pas qu'il ait eu plus » de force, c'est seulement qu'il a pris son vol

» dW lieu plus élevé.... Pour juger du mente » d'un ouvrage y il suffit de le CQasidérer en l»» » même ; mais pour juger du mérite de lauteiir^ » il faut le comparer à son siècle. »

Rien n'est plus juste, et dès lors on voit aom^ bien il serait difficile de dire précisément auqiid des deux il a fallu plus de force, d'esprit et de talent : à l'un pour faire le premier de belles cbc^ ses; à l'autre pour en faire ensuite de beauc^ip plus parfaites. Il entre nécessairement de l'arbi^ traire dans cette appréciation , et les bons esprits ne prononcent jamais que sur ce qui peut être rigoureusement démontré. Ils marqueront diSi^ rentes qualités dans les deux hommes que l'oa oppose l'un à l'autre; mais Os ne marqueront point de rang. H y a une autre raison pour s'can abstenir, et celle-ci est générale. Quand demt hommes , travaillant dans le même genre , ont un "mérite supérieur et pourtant d'une nature diffé-» rente , il est extrêmement difficile de prouver que Tun doit être au-dessus de l'autre. Je l'ai déjà dit ailleurs, la préférence alors est au choix de tout le monde. Quand on est d'accord qu'Homèce eê Virgile sont tous deux de grands poètes , Gicém et Démosthènes tous deux de grands orateurs, comment s'y prendra-t-on pour m'empêcher de préférer celui-ci ou celui-là ? Quoi que vous puissiez dire, celui des deux qui aura le plus de rap*ports avec ma noanière de penser et de sentir sera

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toujours pour moi le plus grand. Aussi, lorsque QuîntOien préfère Cicéron à Démosthènes, il ne donne cette préférence que comme son propre sentiment, et non pas comme une décision. De même 9 quand Fénélon préfère Démosthènes , il dit simplement : J'aime mieux ^ il ne dit pas : // faut aimer mieux. Voltaire , sans rien prononcer sur Corneille, sanble pencher pour Racine; mais jamais il n'a rien décidé; jamais il n'a dit : L'un est plus grand homme que l'autre.

S'agit-il donc de décider qui des deux avait le plus de génie ? Je crois que personne ne peut le savoir , si ce n'est Dieu , qui leur en avait donné beaucoup à tous deux. Mais s'agit-il des ouvrages? demande-tK)n quels sont les meilleurs, les plus beaux, les plus parfaits? Ceci est diflFérent et peut se réduire en démonstration; car il y a des principes reconnus et des effets constatés. Le bon sens, la nature, l'expérience, le cœur humain , voilà les arbitres infaillibles qui ont ici le droit de juger; et de ce que je viens de dire il suit que la grandeur personnelle de Corneille n'est nullement intéressée dans ce jugement. J'ajoute qu'autant la première question est oiseuse, autant l'autre est Utile, parce qu'elle est une source d'instruction, parce que l'on y peut procéder avec méthode, clarté, certitude; parce qu'il importe de montrer, et à tous ceux qu'on veut éclairer , et à tous ceux qu'il faut confondre, que l'exemple d'un homme

€ORNBILLE. H^'J

tel que Corneille, quand il s'est trompé, n'e&t point une autorité; que les fautes sont partout des, fautes; que, s'il a fait beaucoup, il na pas tout fait; qu'après lui l'on a été , dans des parties essentielles, infiniment plus loin que lui, et que l'art est plus étendu que l'esprit d'un homme. Et voilà, puisque le temps est venu de tout dire, ce qui souleva toute la populace littéraire au moment où le Commentaire parut. Voilà ce qui excita ces clameurs insensées, qui, répétées par tant d'echos, au milieu de la multitude qui n'examine point, produisirent une commotion si vive et près» que universelle, qui ne se calma qu'avec le temps , mais qui n'est plus aujourd'hui qu'un ébranlement faible et sourd, comme le murmure des flots qui fait souvenir de la tempête. Ces secousses passagères, ces convulsions épidémiques, lorsque les causes secrètes en sont bien connues, peuvent fournir un jour des mémoires curieux ; car l'his-* toire httéraire, comme toutes les autres, est celle des passions humaines; et la postérité sait gré à celui qui ne les a pas ménagées : elles sont aussi trop méprisables. Quel était donc le motif de ce grand soulèvement de tant d'auteurs ou d'aspirans? Ce n'est pas que la gloire, de Corneille leur fût bien chère, et d'ailleurs ils savaient bien qu'elle n'était pas attaquée; mais ils s'efforçaient de le faire croire, parce que ses défauts leur étaient précieux. 11 résultait du Commentaire, que Cor*

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aeille, hors dans deux ou trois pièces, avait tait' de beanx morceaux plutôt que de belles trargé-*' dies ; et sans cesse le commentateur lui opposait la perfection de Racine , et la présentait aux poëtes comme le modèle dont il fallait s'approcher : et' c'était là précisément ce qu'on ne voulait pas. Pourquoi? Cest que, sans égaler Corneille, il est plus aîsé, surtout aujourd'hui, de foire qtit^ ques beaux morceaux, qu'une belle tragédie; c'est qu^l n'y a personne qui ne se flatte intérieurement d'avoir asseï de beautés pour faire excuser beaucoup de fautes. Ce sont là de ces choses qu'on n'avoue pas au public, mais qui n'échappent pas à ceux qui sont dans le cas d'y voir de près. H fallait bien en imposer à ce public. Et que fai* sait-on ? L'on mettait en avant l'honneur de Corneille , qui n y était pour rien. On n'essayait pas la discussion; la partie n'était pas soutenàble. Mais on criait: Il a manqué de respect à Corneille. Non , assurément. On ne peut le louer davantage ni mieux; car il n'a loué que ce qui devait Fêtre. — Mais il relève cent défauts pour une beauté. — îl fallait les relever, puisque tant de gens sont ten* tes de les prendre , ou intéressés à les faire prcn^* dre pour des beautés. Ces défauts existent-ils oti n'existent-ils pas? — N'importe , quand il dirait la vérité : il ne fallait pas la dire.

Ce dernier raisonnement, qui paraît à peine concevable , était cdui d'hommes qui se piquent

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en littérature d'une profonde politique. Xavoue, quant à moi, que je ne puis la comprendre ni m'y accoutumer. H fendrait une bonne fois 8 expliquer et dire ce qu'on prétend. Y a-t41 des mystères en littérature ? Y a-t-il des traditions à la fois erronées et respectables y qu'il feiUe conserver sous un voile que personne ne peut déchirer sans être sacrilège? Quoi! les opinions de l'esprit sur les art$ de l'esprit ne sont pas libres? Je conçois que le» vérités qui peuvent blesser les vivans soient délicates et dangereuses; mais celles qui ne regardent ques les morts, faut-il aussi nous les défendre? Et dans les disputes purement littéraires , où il semble que le seul danger doive être d'avoir tort , le danger le plus grand de tous sera-t-il d'avoir raison ?

Ce qu'il y a de pis , c'est que le public , qui a autre chose à faire que de s'initier dans les mys-* tères de la politique des gens de lettres , ne s'est que trop souvent, sans le savoir, rendu le complice de la médiocrité , qui a besoin de préjugés et d'erreurs, et qui combat sans cesse celui qui ose dk*e la vérité. Qu'en arrive -t-il? C'est que rien n'est si rare, parmi ceux qui écrivent, que de parler de bonne foi à ceux qui lisent; et ce même public est trompé sans cesse par ceux qui devraient l'éclairer. Les uns, par animosité -et par passion, tâchent de lui faire croire ce qu'ils ne croient pas éux-mémes ; les autres , par disedmulation ou par

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faiblesse , souscrivent à ce qu'ils ne pensent paar Cest à propos de ce commerce de mensonges , qvé fait pitié à une àme franche et libre , que Y6^ taire écrivait dans une lettre particulière : «Je croîs » que dans le fond votre ami p^^nse comme vous 1» sur ce Dante. Il est plaisant qut , même sur ces » bagatelles , un homme qui pense n ose dire son D sentiment qu à Toreille de son ami. Ce monde* » ci est une pauvre mascarade. Je conçois à toute » force comment on peut dissimuler son opinion n pour devenir cardinal ou pape ; mais je ne con^» V çois guère qu'on se déguise sur le reste. »

U ne s'est guère déguisé en effet; et l'une des choses qui dans la postérité donneront le plus de prix à ses ouvrages littéraires , c'est qu'on s'aperçoit en le lisant qu'il ne veut pas vous tromper. La vivacité de son imagination fait qu'il a toujours l'air de laisser échapper son secret; il cause avec TOUS comme s'il était sans témoins y et toutes ses pensées paraissent des premiers mouvemens. Je ne puis pas avoir le même mérite à dire ma pdatsée , parce qu'eUe est infiniment moins de conséquence que la sienne ; mais c'est pour mdi une raison de plus de la dire ; et quand mes principes m'en font un devoir , et mon caractère un besoin, c'est encore une excuse que j'ai auprès de ceux qui m'écoutent.

Je voudrais, s'il était possible, me rendre compte «le ce contraste extraordinaire 9 de cette étonnante

gorubiixe. Sot

disproportion qui rend le même homme dW moi^ ment à l'autre si différent de lui-même. Tout le monde en a été frappé dans Corneille; on a dit et répété que nul n avait monté si haut et n'était tomhé si has : de son temps on Tavait senti. Nous nous souvenons de ce que disait Mohère, que Cor-^ neille avait un lutin qui lui dictait de temps en temps de beaux vers , et qui ensuite l'abandonnait. Les visites de ce lutin étaient bien heureuses, mais ses éclipses étaient bien fréquentes. On en con* vient , et personne , que je sache , n'en a cherché les raisons. Il ne s'agit pas de ces inégalités qui se trouvent plus ou moins dans tout ce qui sort de la main des hommes. Ici l'on passe à tout mo-*^ ment d'une extrémité à l'autre , et il semble que l'esprit de Corneille fût formé de qualités con* tradictoires; ce qui ne se rencontre dans aucun, des grands génies de la Grèce , de Rome et de la France. Je hasarderai sur ce sujet quelques aperçus : c'est tout ce que je puis. Il faut d'abord établir les faits.

L'élévation et la force paraissent appartenir na-turellement au génie de Corneiile. Tout ce qui peut exalter l'âme, le sentiment de l'honneur!^ dans le vieux don Diégue; celui du patriotisme , dans ]e vieil Horace; la férocité romaine, dana son fils; l'enthousiasme de religion, dans Polyeucte; l'ambition effrénée, dans Cléopàtre; la générosité, dans Sévère et dans Auguste; l'hoo»

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neur de venger un époux tel que Pompée par des moyens dignes de lui , dans le rôle de CornéUe; tous ces différens caractères de grandeur, il les a connus y il les a tracés.

Il est (ordinaire à Thonime d'avoir plus ou m(»xi8 les défauts qui avoisinent ses qualités. Ainsi j que Corneille ait porté quelquefois la grandeur jus^ qu à l'enflure ^ et l'énergie j usqu'à l'atrocité ; qu'il passe du sublime à la déclamation , et de la vigueur du raisonnement à la subtilité sophistique^ rien n'est plus concevable. Mais ce qui l'est bearucoup moins , c'est que ce même Corneille , qu'on peut appeler par excellence le peintre de la grandeur romaine, ait fondé l'intrigue de deux de ses pièces (et je ne parle que de celles qui sont restées au théâtre) sur l'avilissement de tous les plus grands personnages de l'ancienne Rome, de César , de Pompée et de Sertorius. Que sera-ce si l'on se rappelle que c'est le même homme qui se vante en vingt endroits de n'avoir jantais peint l'amour que mêlé d'héroïsme , qui ne le croit digne de la tragédie qu'avec ce mélange, et qui prétend que tout autre amour ne peut qu affiidir et effëminer Melpomène? Je n'examine point encore ë quel point ces principes sont faux; mais je demande comment il a pu les contredire à ce pmnt dans l'application, ou les entendre si mal. Quel héroïsme a-t-il pu voir dans l'amour de César pour Cléopâtre, ou de Cléopâtre pour César? Qu'y

CO&KEILLK. 3o2k

a-t-îl d'héroïque dans l'une , lorsqu'elle dit ( car il l'a ut absolument citer) :

PartcNit en Italie, aux Gaules, en Espagne ,

X^a fortune le suit, et F amour Taccompagne.

Son bras ne dompte point de peuples ni de /icKar

DoAt il ne rende bonunege au {pouvoir de mes yeva. ;

£t de la môme main dont il quitte ]*épée ,

Fumante encor du sang des amis de Pompëe ,

Il trace des soupirs, et, d\in sfjle plaintif,

Dana son dianip de TÎetoîre il se dit mon eapfif.

Oui » tout yiciorieux il m*êcrit de Pharsale ;

Et si 9a diligence à ses Ceux est égale ,

Ou plutôt, si la mer ne s opiiose à ses feux^

L'Egypte le Ta voir me présenter ses Toeux.

Il Tient , aa Cbanniott^ jusque dans nos murailles ,

Cberdber auprès de moi le prix de ses batailles ,

BToffrir toute sa gloire, et soumettre à mes lois

Ce cœur et cette main qui commandent aux toh ;

XI i&a rigueur mêlée aux faTcuit de la guerre

Ferait ua malbeureux du maître de la terre.

Qu'y a-t-îl ^héroïque dans l'autre , lorsqu'il dit 11 la reine :

Celait peur coo^rir mu bien si précieux

Que coipbattait partout mon bras ambitieux »

Et dans Pharsale môme il a tiré l'épée

Plus pour le conserrer que pour Taincre Pompée.

Je Tai Taincu, princesse, et le dieu des combats

If^p faTorisait meins que vos divins appas.

Ils conduisaient ma main , ils enflaieût mon courage :

Cette pleine Tictotre est leur dernier ouTrage.

Ccsi Teffet dt« ardckirt qn*îla darment m*iat|^rér«

Et Toa beaux jrcux enfin m'ajant tût soupirer»

Pour faire que Totre âme aTec ^oire j réponde,

Iffont rendu le premier et de Rome et du monde f

3o4 COURS DjB LITTÉRATURE*

(Test ce glorieux titre, à présent effectif.

Que je viens ennoblir par celui de captif.

Voilà donc le langage que prête à César un homme <jui se pique de ne point affadir la tragédie ! Et quelle fadeur plus ridicule que celle de César qui n'a vaincu k Pharsale que pour Cléopâtre ? Quelle coquetterie plus froide que celle de cette reine qui parle de ses rigueurs comme d'un tonnerre ? Et quel roman est écrit d'un plus mauvais style? Expliquez après cela ce qu'il écrit à Saint - Evremond : « Vous confirmez ce que j'ai avancé sur la » part que l'amour doit avoir dans les belles tra- » gédies, et sur la fidélité avec laquelle nous de- » vons conserver à ces vieux illustres les carac-- » tères de leur temps et de leur humeur. » Eh bien ! il croyait donc que le caractère du temps et de d'humeur de César était de se battre à Pharsale pour Cléopâtre, et de se dire son captif? On a dit quelque part qu il fallait que Corneille eut eu des mémoires particuliers sur les Romains : ce qu'il y a de sûr, c'est que ceux qui nous restent de César le représentent sous des traits un peu différens.

Deux autres vieux illustres , Sertorius et Pompée, sont encore bien plus étrangement dégradés. Pourquoi Pompée demande-t-il une entrevue à Sertorius? C'est pour voir sa femme Arîstie qu'il a eu la lâcheté de répudier pour obéir k Syila ;

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c'est pour lui dire qu il est désespéré d'avoir pri s une autre femme, mais qu'il n ose ni la quitte r ni reprendre Aristie ; c'est pour la supplier de lui être toujours fidèle, et d'attendre que la mort de Sylla lui permette de revenir à ses premiers liens. Tel est l'objet d'une très-longue scène entre lui et sa femme, où celle-ci ne manque pas de lui faire sentir toute son abjection. Je n'ai pas le courage d'en rien citer : il suffit de montrer le grand Pompée dans une situation pareille , pour faire comprendre qu'il est impossible de mettre en scène un héros d'une manière plus indigne de lui et de la tragédie. On ne peut lui comparer que le vieux Sertorius, qui dit :

Xaime ailleurs. A mon âge, il sied si mal d^aimer. Que je le cache même à qui m*a su charmer.

Celle qui l'a sic charmer, c'est Viriate; mais on peut juger de cet amour par le parti que prend Sertorius au premier mot que lui dit Perpenna de l'amour qu'il ressent de son côté pour cette même Viriate. Il la lui cède sur-le-champ, et le recommande à la reine de Lusitanie, malgré les avances que celle-ci lui fait à lui-même. Il est vrai qu'il finit par lui dire en soupirant :

Je parle pour un autre, et loulefols, hclas ! Si vous saviez....

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