RACINE. LES FBÈRE5 ENNEMIS
périence et de la faiblesse de cet âge de s^approprier d'abord ce qu'il y a de plus aisé à inriter/ c'est-à-dire les fautes. Ainsi l'on voit dans /es*' Frères ennemis un Créon qui, dans le tempd même où il n'est occupé qu'à brouiller ses deux neveux , et à les perdre l'un par l'autre pour leur succéder, est bien tranquillement et bien froidement amoureux de la princesse Antigone , comme Maxime l'est d'Emilie, et rival de son fils Hémon qu'il sait bien être l'amant préféré. Il finit par faire à cette Antigone , qui le hait et le méprise ouvertement , une proposition tout au moins aussi déplacée et aussi déraisonnable que celle de Maxime à Emilie. Lorsque Étéocle et Polynice sont tués , que leur mère Jocaste s'est donné la mort, qu'Hémon et Menécée , les deux fils de Créon , viennent de périr à la vue des deux armées , Créon , qui est resté tout seul , n'imagine rien de mieux que de proposer à Antigone de l'épouser. On sent qu'une pareille scène, dans un cinquième acte rempli de meurtres et de crimes , suffirait pour faire tomber une pièce. Antigone ne lui répond qu'en le quittant pour aller se tuer comme les autres personnages de la tragécCe. Créon n'a pas le courage d'en faire autant, apparemment pour qu'il soit dit que tout le monde ne meurt pas ; mais il jette de grands cris, et finît par dire qu'z7 va chercher du repos aux enfers.
On retrouve aussi dans les Frères ennemis ces
Ss8 COtTES DE UTTÉRATURÏ.
longs monologues sans nécessité , cjii'il était d'usag(* de- donner aux acteurs et aux actrices comme lés mctrceaux les plus propres à les faire briller^ et jusqu'à des stances dans le goût de celles dé Pofyeucte et diHéracUuSj espèce de hors-d'œuvrè qui est depuis long-temps banni de la scène, où il fbrmait une disparate choquante, en mettant trop évidemment le poëte à la place du personnage. On y retrouve les déclamations, les maximes gratuitement odieuses , et même les raisonnemens alambiqués, à la place du sentiment; défauts où Racine nest jamais tombé depuis: Jocaste parle à ses deux fils à peu près comme Sabine dans les Horaces parle à son époux et à son beau-firère; elle veut leur prouver en forme qu'ils doivent là tuer. Et remarquons , en passant, combien il y â quelquefois peu d'intervalle entre le faux et le vrai. Que Jocaste, au désespoir de ne pouvoir fléchir ses deux fils, leur dise qu'il faudra qu'ils lui percent le sein avant de combattre, qu elle se jettera entre leurs épées, ce langage est convenable; mais qu'elle dise :
Je 8i(is de tous les deux la commane ennemie , , Puisque yotre ennemi reçut de moi la vie :
Cet ennemi sans moi ne Terrait pas le jour ; S*il meurt, ne faut-il pas que je meure à mon tour? M*en doutez point , sa mort me doit être commune : Il faut en donner deux, ou n*en donner pas une;
ces subtilités sont beaucoup trop ingénieuses. Ga