BENSERADE
Victime dévouée aux chagrins politiques.
Fantôme révéré sous un litre onéreux l
Vois combien des grandeurs le comble est dangereux . Contemple de Fouquet les funestes reliques.
Et tandis qu'à sa perte en secret tu t'appliques , Crains qu'on ne te prépare un destin plus afireux.
11 part plus d'un revers des mains de la fortune : La chute , comme à lui, ie peut être commune g Nul ne tombe innocent d'oii Ton te voit monté.
Cesse donc d*animer ton prince à son supplice ^ Et , prés d* avoir besoin de toute sa bonté , Ne le fais pas user de toute sa justice.
La tournure des vers est un peu uniforme; mais elle est ferme, et la précision, Télégance, la noblesse peuvent racheter quelques fautes. Voici le sonnet de Fontenelle.
Je suis ( criait jadis Apollon à Daphné , Lorsque tout hors d'haleine il courait après elle , Et lui contait pourtant la longue kyrielle Des rares qualités dont il était orné ) ,
Je suis le dieu des vers, je suis bel-esprit né. Mais les vers n étaient point le charme de la belle. Je sais jouer du luth. Arrêtez. — Bagatelle.
Le luth ne pouvait rien sur oe cœur obstiné.
Je connais la vertu de la moindre racine.
Je suis , par mon savoir , dieu de la médecine*
Daphné courait encor plus vite que jamais.
Mais s'il eût dit : Vojez quelle est votre conquétCi» Je suis un jeune dieu toujours beau , toujours frais , Daphné, sur ma parole, aurait tourné la tête.
Pour traiter de -suite les genres de poésie qui
avaient du rapport entre eux, j'ai laissé en arrière la satire et le conte, qui, dès le temps de Malherbe , firent de grands progrès sous la plume de Régnier et de Passerat. Il suffit de dire, pour la gloire de celui-ci , que sa pièce intitulée F Homme métamorphosé en coucou est digne de La Fontaine. Il a eu, dans cette seule pièce, à la vérité, le naturel charmant et les grâces de notrejablier. Le sujet, quoique sans aucune indécence, n'est pourtant pas de nature à pouvoir s'en permettre une lecture publique. Mais on le trouve dans tous les recueils, et la pièce est si bien faite d'un bout à l'autre que j'aurais du regret de la morceler. Ce petit chef-d'œuvre du XVI*. siècle prouve encore ce que j'ai dit ailleurs , que tout ce qui comporte le style familier a été porté à un certain degré de perfection long-temps avant tout le reste. A l'égard de Régnier, on sait ce qu'en a dit Boileau , après avoir parlé d'Horace et de Juvénal :
De ces maîtres sayans disciple ingénieux ,
Régnier, seul parmi nous, forme sur leurs modèles.
Dans son vieux stjle encore a des grâces nouvelles.
Et ce qui était vrai alors n'a pas cessé de l'être aujourd'hui. Despréaux l'a bien surpassé , mais il ne l'a pas fait oublier, et que peut-on dire de plus à la louange de Régnier? Voilà donc tous les genres de poésies qu'on peut appeler du second ordre, parce qu'ils n'exigent point d'invention.
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déjà créées en France, où nous les verrons se perfectionner dans le siècle de Louis XIV et dans le nôtre. Il reste la poésie du premier ordre , l'épopée et le théâtre. Celui-ci va bientôt acquérir la plus haute splendeur, grâces au génie puissant de Corneille. La muse épique, moins heureuse, ne fit que bégayer, même dans un temps où toutes les autres parlèrent le langage qui devait leur appartenir.
C'est la seule couronne qui ait manqué à ce grand siècle, où d'ailleurs la France en a tant amassé qui ne se flétriront jamais. Il faut voir -quels obstacles purent s'opposer dans ce seul genre au progrès qu'elle faisait dans tous les autres.
Si l'on en juge par le petit nombre d'hommes qui chez les anciens et chez les modernes ont eu le bonheur d'y réussir, ce doit être le plus difficile de tous. Il est soumis à moins d'entraves que la tragédie; il a bien plus d'espace, de moyens et de ressources : mais aussi sa carrière est immense, et il faut bien de l'haleine pour la parcourir d'un pas égal. Il n'est pas obligé de produire de si grands effets; mais ceux qu'il doit atteindre sont en plus grand nombre. Le poëte épique a presque toujours la liberté d'être poëte sans se cacher de Têtre, avantage que n'a pas le poëte tragique , qui parle toujours sous d'autres noms; mais aussi on lui impose l'obligation d'être toujours poëte autant qu'il est possible, et de soutenir le ton d'un homme inspiré. Enfin l'intérêt d'une ou deux siv. 9
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tuations et Tillusion du théâtre peuvent faire vivre un drame médiocre , au moins sur la scène ; mais le poëme épique , qui doit être lu, ne supporte pas la médiocrité, et la fable la nûeux faite ne saurait y racheter le défaut de style. Malgré tant de difficultés, les poètes épiques parurent en foule dans le dix- septième siècle : il est vrai que c'étaient pour la plupart des hommes sans talent. On ne connaît plus le titre de leurs poëmes qu# par les satires de Boileau. Le Charlemagne , le Childebrand y le Jouas ^ le Moïse y le Clovis , \AlariCy furent appréciés à leur juste valeur, même par les contemporains. La patience la plus infatigable ne soutiendrait pas la lecture suivie de ces ennuyeuses productions , à peu près aussi mauvaises par le fond que piar le style. Que dire , par exemple , d'un Scudéry qui s'avise de conduire le roi des Gotlis dans un désert , sur les côtes de la mer du Nord , où il trouve un Hibernois qui depuis trente ans s'est retiré solitaire dans une caverne pour lire et étudier à son aise? Ce studieux ermite lui prouve par un long discours qu'il n'y a rien de plus beau que la science , ce qui est fort utile et fort intéressant pour le roi goth qui va prendre Rome. H lui montre sa bibliothèque et lui en fait le détail circonstancié comme un catalogue de librairie. Voici, dit-il, les philosophes.
Par eux nous appreiuMift TadmiraUe physique, L'élU^e 9 la morale avec Téconomique ,
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La politise sage; et, d'an ¥«1 glorieux.
Par la métaphysique on va jusques aux cieux.
Be cet autre côté, Toîci, priace héroïque , Ceux de qui Tari d^nd de la mathématique.
Architectes, sculpteurs, peintres, musiciens. Géomètres certains , arithméticiens, Les mai Ire» de Toptique avec les cosmographes, Oux de ia perspective avec les gë«graphes^, etc.
Cette belle nomenclature et cette conversation si bien placée remplissent tout un cbant. C'est ainsi qu'écrivait ce Scudéry qui censurait en maître 1« vers de Corneille, lui citait sans cesse Aristote, et qui, malgré toute son érudition , ignore pourtant que l'éthique et la morale sont parfaitement la même chose , si ce n'est que l'un de ces deux mots est latin et l'autre grec. Il ne manque pas de dire dàu» sa préface qu'il faut de Térudition dans un poëxne épique : il s'autorise de l'exemple d'Homère, qui a &it voir dans ses ouvrages qu'il n'était rien moins qu'étranger aux diverses connaissances de son siècle; et il ne s'aperçoit pas que ce qu'il j a dans Homère de géographie , de physique , de médecine et d'arts mécaniques est rapidemeat . fondu dans la poésie que lui fournissait son idiome pittoresque. C'est ainsi que dés pédans se servaient mal à propos de l'exemple et de l'autorité des anciens pour les rendre complices de leurs sottises; et Ton voit clairement que, quand même ^'auteur diAlaric écrirait moins mal , son érudi^
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tion bibliographique serait encore dans son poëme un épisode ridicule.
Chapelain a plus de jugement que Scudéry : la marche de son poëme est plus raisonnable, et pouvait avoir quelque intérêt , s'il avait su écrire. Voltaire a blâmé le choix de son sujet, qu'il ne croyait pas susceptible d'être traité sérieusement. Un de mes confrères à l'Académie française a combattu cette opinion avec beaucoup d'esprit , et l'on peut croire en eflFet qu'avant l'existence d'un autre poëme , fort différent de celui de Chapelain, l'héroïne d'Orléans, appelée la Pucelle y pouvait avoir dans la poésie la dignité qu'elle a dans l'histoire. Mais je doute , même dans cette supposition , que cette époque de l'histoire de France pût fournir à l'épopée un ouvrage intéressant. U est bon qu'un poëme trouve l'imagination déjà prévenue pour le héros; et ni Dunois, ni Charles VU, ni même Jeanne d'Arc, malgré son courage et ses exploits, n'ont joué, ce me semble, un assez grand rôle pour remplir la majesté de l'épopée : c'est là surtout que l'héroïsme doit être au plus haut point. Je ne parle pas des fictions que ne permettent guère une époque si récente et le heu de la scène si voisin : lés fictions aujourd'hui ne se présentent naturellement que dans l'éloignement des temps et des lieux. L'auteur de la Henriade s'en est passé; maïs il est soutenu par l'intérêt attaché, au nom de son héros , et par les
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beautés d une philosophie aimable qui remplace , du moins en partie, le charme des fictions poétiques ; et malgré ses ressources et son talent supérieur pour la versification , il est resté fort audessous d'Homère , de Virgile et du Tasse , pour l'imagination et l'intérêt; tant la machine de l'épopée a besoin des ressorts du merveilleux!
La dureté du style de Chapelain est célèbre , et il a été de son vivant assez tourmenté par Boileau pour obtenir aujourd'hui qu'on laisse en paix sa cendre. Mais si l'on veut voir encore un exemple des fausses idées que l'on prenait alors dans les anciens législateurs des beaux-arts , si mal interprétés par les modernes , il n'y a qu'à lire la préface où il rend compte du dessein de son poëme et de la manière dont il a voulu conformer son plan aux principes d'Aristote. Le philosophe grec a dit que l'épopée avait pour objet non pas le réel, mais le possible, l'universel; ce qui signifiait simplement que le poëte n'était point astreint à la vérité historique , et qu'il était le maître de présenter les faits , non pas tels qu'ils étaient , mais tels qu'ils pouvaient être. Chapelain abuse de ce précepte si clair et si raisonnable, pour l'appliquer à un système d'allégorie , rêverie purement moderne, et qui n'a jamais existé dans la tête des anciens ; et voici comme il nous explique le mystère de son poème : c'est le terme dont il se sert avec beaucoup de raison comme on va voir.
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tt Je lèverai ici le voile dont ce mystère est » couvert, et je dirai ea peu^ de paroles quafin » de réduire Taction à l'universel^ suivant les pr6- » cep tes , et de ne la priver pas du sens allégorique » par lequel la poésie est faîte un des principaux » instrumens de rarchitecto&iqaey je disposai la » matière de teUe sorte que la France devait re- » présenter rame de Vhoxwfne en guerre avec elle- » même, et travaillée par les plus violentes de » toutes les émotions; le roi Charles , la volonté^ ». maîtresse absolue, et portée au bien par sa na- » ture, mais, facile à porter au mal par l'apparence » du bien ; l'Anglais et le Bourguignon , sujets et » ennemis de Charles, les divers transports de » V appétit irascible qui altèrent l'empire légitime % de la volonté; Amaury et Agnès, l'un favcuri et » Tautre amante du prince , les différens mouve- » mens de Vappétit concupiscible qui corrompent » l'innocence de la {volonté par leurs inductions et » par leurs charmes ; le comte de Dunois , parent 31 du roi , inséparable de ses intérêts et champion » de sa querelle > la vertu qui a ses racines dans » la volonté , qui nouôntient les semences de la » justice qui sont en die , et qui combat toujours » pour l'affiranchir de la tyrannie des passions; » Tannegui, chef du conseil de Charles, Venten- » c/eme/i^ qui éclaire la volçnté aveugle; la Fucelle 9 qui vient assister le monarque contre le Bour^ 9 guignon et l'Anglais , et qui le délivre d'Agnès
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» et d' Amaury, la grâce di^me , qui , dans l'em- » barras on l'abattement de toutes les puissances » de rame y vient raffermir la {volonté ^ soutenÎ!^ » t entendement , se joindre à la i^rtu , et , p« » un victorieux eShtt , assc^ttissant à la allante » les appétits irascible et concupisdhle cjuî la » troublent et ramollissent ^ produire cette paix iU'^ D térieure et cette parfaite tranquillité , en quoi » toutes les orptnions com^nDent que consiste le » souverain bien. »
On connaissait déjà, grâces à Boileau, quel^ ques traits de la nmsede Ghapeiaizi^ ntais j'ai cru que peu de gens connaissaient sa prose, et que cet échantillon pouvait paraître curieux. On vok qu'il est bon quelquefois de toutjire, et de feuil* leter jusqu'aux préfaces de ces poudreux auteurs, placés comme des épouvantais dans les bibliothèques , où il» semblent se défendre par leur masse in-foUê , autant que par l'elBroi que leur seul titre inspire. Il fismt btei» ne pdsr s'épouvanter, et se ré* soudre à acheter quelques découvertes par un peu d'ennui. On trouvera tf abord tout simple qu'il n*y ait pas beaucoup de poésie dans une tête remplie de ce galimatias ufvétaphjsique. Mais, dans le fait, ce n'était qu'un tribut payé à la nacde géf^ralement reçue d'affecter une érudition scolastique; et il est probable qoe Chapelain , dont l'ouvrage, ridicule par le style, n'est pas déraisonnable par le fond , avait arrangé toutes ses allégories sur son
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plan déjà tout fait , et non pas son plan sur ses allégories. Ce qui rend cette opinion plausible y c'est que le Tasse lui-même donna une explication à peu près semblable de sa Jérusalem délivrée y qui n'en est pas moins un ouyrage admirable. On sait qu'il ne prit ce parti que pour répondre aux critiques qui avaient blâmé ses fictions , et pour les rendre respectables sous le voile de l'allégorie morale et religieuse ^ qui semblait alors devoir tout consacrer.
Parmi tous ces malheureux poëtes épiques ensevelis dans la poussière et dans l'oubli y celui qui eut le plus d'imagination est sans contredit le père Lemoine, auteur du Saint-Louis. Ce n'est pas que son ouvrage soit fait pour attacher par la construction générale ni par le choix des épisodes. Il invente beaucoup , mais le plus souvent mal ; son merveiUeux n'est le plus souvent que bizarre ; sa fable n'est point liée, n'est point suivie; il ne sait ni fonder ni graduer l'intérêt des événemens et des situations : c'est un chaos d'où sortent quelques traits de lumière qui meurent dans la nuit. Mais dans ses vers il a de la vei^ve , et l'on trouve des morceaux dont l'invention est forte , quoique l'exécution soit très-imparfaite. Voilà ce qu'on aperçoit y quand on a le courage, à la vérité difficile y de lire dix-huit chants remplis de fatras , d'enflure et d'extravagance. Mais pourquoi cet auteur, né avec du talent; pourquoi l'auteur du
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Moïse y SaintrAmand, qui n^en était pas dépourvu^ pourquoi Brébeuf, qui en avait encore davantage; pourquoi ces trois hommes n'ont-ils écrit que d'il-lisibles ouvrages , précisément à la même époque où Corneille donnait tous ses chefs-d'œuvre? Ce n'est pas seulement à cause de la disproportion du génie : sans égaler les sublimes conceptions de Corneille, on pouvait du moins mériter d'être hi*. Qui donc les a détournés si loin du but , quand lui seul savait y atteindre? qui leur a fait parler^ un langage si étrange , quand le sien était souvent si beau dans dnna et dans les Horace? Il faut chercher dans le ton général de leurs écrits le principe de leur égarement : il est d'autant plus digne d'attention que c'est absolument le même qu'on a voulu et qu'on voudrait encore faire revivre au miUeu de tant de grands modèles, et qui contribue le plus à corrompre le goût et à ranaener la barbarie après un siècle de lumières. C'est le facile et malheureux abus du style jGguré ; c'est la folle persuasion que la poésie consiste, non pa& dans le choix des figures, mais dans leiu* accumo-^ lation ; non pas dans la justesse et la vérité des métaphores, mais dans leur hardiesse bizarre;, c'est l'habitude de croire qu'il faut être toujours outré pour être fort, exagéré pour être grand,, recherché pour être neuf. Ouvrez le Saint-Louis , et vous ne lirez jamais vingt vers sans y trouverce caractère constamment soutenu , c'est-k-dlre
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l'enflure de la diction dès que l'auteur veut s'élever. "N eut-il peindre une flotte nombreuse :
Jamais un camp plus beau ne roula sur la mer , Mi plus belles forêts ne Tolèrent en l'air.
Le soleil, pour les yoir, aronça la journée.
Les ailes de leurs mâts à Fair ôtent le jour.
Concevez , s'il est possibie , coniment on ôte le jour à Fair. 11 appelle une lance un long f rêne Jerré , les étoiles un roulant émail. Yeut-ii peindre des pavillons flottant dans les airs :
L*or de son pavillon jouait avec le Tent.
Un guerrier reçoit-il un coup dans les yeux :
Et la nuit lui survint par les portes du jour.
Un enfant est-il venu an monde en donnant la mort à sa mère :
Je sortis d'une morte , et je naquis sans mère.
Parle- 1- il de guerriers dont la fureur étincelle dans leurs regards :
Leur cœur monte à leurs jeux, et par leurs yeux menace»
Un autre tombe-t*il en défaîUance :
n a la nuit aux jeux et la mort au visage.
Un auteur de nos jours a imité heureusement cette heureuse tournure , en disant d'une femme :
La perle aux dents ^ la neige an sein.
Voilà conmie le bon goût se perpétue.
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Ce sont ces erreurs et ces travers que Boileau. combattait, lorsqu'il disait , dans son Art poétique :
La plupart, emportés cTime fougue insensée, Toujours loin du droit sens Tont chercher leur pensée ; Ils croiraient s'abaisser , dans leurs vers moBstmeux, S'ils pensaient ce qu'ua autre a pu penser comme eux.
Ce sont ces ridicules , si long-temps en crédit , dont Molière se moquait dans son Misanihropem
Ce stjle figuré dont on fait vanité ,
Sort du bon caractère et de la mérité.
Ce ii*est que jeu de mots, qu*affectatioià pure.
Et ce n est point ainsi ^e parle la nature.
Radne et Despréaux avaient ramené la poésie à son véritable esprit : ils avaient écrit parmi nous comme Horace et Virgile chez les Latins^ Bousseau dans ses belles odes, Voltaire dans sea belles tragédies et dans la Henriadey avaient suivi la même route. Les vrais principes du style , fondés sur la nature et le bon sens, sur, des hkh dèles avoués dans tous les siècles , semblaient irrévocablement fixés^ Il était reconnu que plus on s'en approchait , plus on avait de talent ; que plus on s'en éloignait, moins on savait écrire. Mais qu'est-il arrivé? C'est ici le lieu de développer ce que j'ai indiqué plu&eurs fois , de démontrer un. fait qpi doit avoir sa place dans l'histoire litté*
raire , ei qui , moins sensible peut-être aux yeux dés gens du monde , occupés d'autres choses , a dû frapper davantage les gens de l'art, intéressés, comme de raison , à l'objet de leurs études. La littérature a ses temps de schisme et d'hérésie ; différentes erreurs ont régné à différentes époques : j'aurai l'occasion de les rappeler successivement. Celle dont je veux parler ici s'est accréditée depuis environ dix ans, on la retrouve érigée en système dans une foule d'écrits de toute espèce , mais Surtout dans des compilations périodiques qui sont malheureusement ce qu'on lit le plus. Cette théorie, que je vais combattre, est née de l'impuissance. On a senti la prodigieuse difficulté de produire des beautés nouvelles sans s'écarter du bon sens : les mauvais auteurs , devenus plus forts par leur nombre, par leur réunion, par tous les moyens dont ils disposent , se sont lassés d'avoir toujours devant les yeux cette comparaison des écrivains classiques qui les mettait à leur place , et cette rigueur des principes reçus qui servait à les juger. Ils se sont crus en état de secouer le joug, et au moment de pouvoir risquer une révolte ouverte. Ainsi, d'un côté, en renversant tout l'édifice de notre système théâtral , élevé par les Corneille , les Molière, les Racine, les Voltaire; en foulant aux pieds avec mépris toutes les règles qu'ils ont suivies , on a imprimé ces propres mots : Il flotte enfin dans les airs, le drapeau de la guerre lit^