‹ Lycée, ou, Cours de littérature ancienne et moderne (volume 2)Chapitre 25 sur 38 · I. lO · texte numérisé non relu

I. lO

j/j6 COURS DJi LITTÉRAÏUHE.

Comme on voit cet oiseau qui porte le tonnerre ,

Blessé par un serpent élancé de la terre :

Il s'envole , il emporte au séjour azuré

L'ennemi tortueux dont il est entouré.

Le sang tombe des airs : il déchire , il dévore

Le reptile acharné qui le combat encore.

Il le presse , il le tient sous ses ongles vainqueurs ;

Par cent coups redoublés il venge ses douleurs.

Le monstre , en expirant , se débat , se replie ;

Il exhale en poisons les restes de sa vie ;

Et l'aigle tout sanglant , fier et victorieux ,

Le rejette en fureur, et plane au haut des cieux.

Remarquons d'abord que l'auteur, qui emploie douze vers pour en rendre huit, n'aurait pas établi dans le cours d'un ouvrage entier une pareille disproportion ; car ce serait alors paraphraser plutôt que traduire. Mais dans un fragment si court, Voltaire n'a vu qu'un tableau manié par trois célèbres anciens , et paraît avoir mis une sorte d'ambition poétique à y ajouter de nouveaux coups de pinceau. L'ennemi tortueux... le sang tombe des airs...

Il exhale en poisons les restes de sa vie :

tous ces traits, et le dernier surtout, qui est brillant, appartiennent à l'imitateur français. C'est une espèce de combat avec l'original ; mais , pour l'entreprendre , il faut être bien sûr de la trempe de ses armes.

COLHS 1)1. irili.ll AI l HE. 147

ciiArri'UE IV.

De la poésie épique chez les anciens.

Page 1