SUR HERCULE
Un peu de miel , un peu de lait ,
Rendent Mercure favorable.
Hercule est bien plus cher, il est bien moins traitable : Sans deux agneaux par jour, il n'est point satisfait. On dit qu'à mes moutons ce dieu sera propice :
Qu'il soit béni. Mais entre nous.
C'est un peu trop en sacrifice :
Qu'importe qui les mange , ou d'Hercule ou des loups ?
La dernière est nne des plus jolies qu'on ait faites : c'est Laïs sur le retour, consacrant son miroir dans le temple de Vénus, avec ces vers :
Je le donne à Vénus , puisqu'elle est toujours belle :
Il redouble trop mes ennuis.
Je ne saurais me voir en ce miroir fidèle , JNi telle que j'é ais , ni telle que je suis.
Martial, chez les Latins , a aiguisé l'épigramme beaucoup plus que les Grecs. Il cherche toujours
' Il y a dans ['Anthologie beaucoup d'autres épigrammes ingénieuses, piquantes, satiricpies, dont on pourrait faire des épigrammes françaises. Il ne leur manque qu'un traducteur comme Voltaire : si cet homme extraordinaire n'en a ti'aduit que quelques unes, c'est qu'il s'occupait de choses plus importantes.
à la rendre picpianie; mais il s'en faut bien qu'il y réussisse toujours. Son plus grand défaut est d'en avoir fait beaucoup trop. Son recueil est composé de douze livres ; cela fait environ douze cents épigrammes : c'est beaucoup. Aussi en pourrait-on retrancher les trois quarts sans rien regrette»-. Lui-même s'accuse, en plus d'un endroit, de celle profusion; mais cet aveu ne diminue rien de l'importance (pi'il a attachée à ces nombreuses bagatelles. Elles nous sont parvenues dans le plus bel ordre, tel qu'il les avait rangées, et même avec les dédicaces à la tète de chaque livre. Cela est fort consolant sans doute, mais pas assez pour nous dédommager de la perte de tant d'ouvrages de Tile- Live , de Tacite et de Sallusle , que le temps n'a pas respectés autant que le recueil de ]Martiai. Le premier livre est tout entier à la louange de Domitien. La postérité lui saurait plus de gré d'une bonne épigramme contre ce tyran. Au reste, ces louanges roulent toutes sur le même sujet : il n'est question que des spectacles que Domitien donnait au peuple, et RIartial répète de cent manières qu'ils sont beaucoup plus merveilleux que tous ceux qu'on donnait auparavant. Cela fait voir quelle importance les Romains attachaient à cette espèce de magnificence, et en même temps combien il était peu difficile de flatter l'amour-propre de Domitien.
Martial est aussi ordnrier que notre Rousseau dans le choix de ses sujets; mais il y a l'infini entre eux pour le mérite de l'exécution poéti([ue. Rousseau a excellé dans ses épigrammes licencieuses, au point d'en obtenir le pardon , si l'on pouvait pardonner ce qui est contraire aux bonnes mœurs. Martial , pour être obscène, n'en est pas meilleur ; et , condamnable en morale , il ne peut pas être absous en poésie : autant valait, ce me semble, être honnête. Il dit quelque part qu'un poète doit être pur dans sa conduite , mais qu'il n'est pas nécessaire que ses vers soient chastes. On peut lui répondre qu'au moins il ne faut pas qu'ils soient licencieux. Le petit nombre d'épigrammes qu'on a retenues de lui est heureusement de celles qu'on peut citer partout. J'en ai traduit une qui peut servir de leçon à Paris comme à Rome, et qui ne corrigera pas plus l'un que l'autre : elle est adressée à un avocat.
On m'a volé : j'en demande raison
A mon voisin, et je l'ai mis en cause
Pour trois chevreaux , et non pour autre chose.
Il ne s'agit de fer ni de poison :
Et loi , tu viens , d'une voix emphatique ,
Parler ici de la guerre punique ,
Et d'Aunibal , et de nos vieux héros ;
Des triumvirs , de leurs combats funestes.
Eh ! laisse là tes grands mots , tes grands gestes :
Ami , de grâce, un mot de mes chevreaux.