‹ Lycée, ou, Cours de littérature ancienne et moderneChapitre 30 sur 140 · CHAPITRE X. — De l'Élégie et de la Poésie erotique chez les anciens · texte numérisé non relu

CHAPITRE X. — De l'Élégie et de la Poésie erotique chez les anciens

Les Latins, dans le genre de l'élégie et de la poésie erotique, ont encore été les imitateurs des Grecs; mais les modèles ont péri, et les imitations nous sont restées. Nous ne connaissons les élégies de Calliniaque, de Philétas et de Mimnerme que par la réputation qu'elles avaient chez les anciens, et par les témoignages glorieux des meilleurs critiques de l'antiquité. Quoique le mol élé(jie vienne du grec ëhyoç, qui signifie complainte, cependant elle n'était pas toujours plaintive ; elle fut originairement, comme aujourd'hui, destinée à chanter différents objets, les dieux, le retour d'un ami ou le jour de sa naissance, ou, comme a dit Boileau, elle gémissait sur toi cercueil. La meilleure de cette dernière espèce est celle d'Ovide sur la mort de TibuUe. L'élégie fut souvent le chant de l'amour heureux ou malheureux. C'est pour cela (pie j'ai cru devoir joindre ensemble ce que j'avais à dire de l'élégie et de la poésie erotique ou amoureuse. C'est dans ce dernier genre que Catulle s'est surtout distingué, et c'est par lui que je commencerai.

Catdlle. — Une douzaine de morceaux d'un goût exquis, pleins de grâce et de naturel, l'ont mis au rang des poètes les plus aimables. Ce sont de petits chefs-d'œuvre où iln'yapas un motquine soit précieux, mais qu'il est aussi impossible d'analyser que de traduire. On définit d'autant moins la grâce , qu'on la sent mieux. Celui qui pourra expliquer le charme des regards, du sourire, de la démarche d'une femme aimable, celui-là pourra expliquer le charme des vers de Catulle. Les amateurs les savent par cœur, et Racine les citait souvent avec admiration. On peut croire que ce poète tendre et religieux ne parlait pas des épigrammes obscènes ou satiriques du même auteur, qui en général ne sont pas dignes de lui , même sous les rapports du bon goût. Il y en a plusieurs contre César, qui , pour toute vengeance , l'invita à souper. Il ne faut pas trop admirer César, car les épigrammes ne sont pas bonnes ; et je croirais volontiers que le tact fin de César fit grâce aux épigrammes en faveur des madrigaux. Si Catulle lui récita ses vers sur le moineau de Lesbie , et son épithalame de Thétis et Pelée , son hôte dut être content de lui : il dut voir dans Catulle un génie facile , (jui excellait dans les sujets gracieux , et pouvait même s'élever au sublime de la passion.

L'épisode d'Ariane abandonnée dans l'île de Naxos, qui fait partie de l' épithalame, est du petit nombre des morceaux où les anciens ont su faire parler l'amour. On ne peut le louer mieux qu'en disant que Virgile, dans son quatrième livre de

l'Enéide, en a emprunté des idées , des mouvements, {piehjuefois même des expressions, et jus- (pi'à des vers entiers. L'Ariane de Catulle a servi à embellir la Didon de A irgile. Peut-on douter ([u'un homme qui a rendu ce service à l'auteur de l'Enéide n'eût pu devenir un grand poète, s'il eût aimé le travail et la gloire? Mais Catulle n'aima que le plaisir et les voyages, deux choses qui laissent peu de loisir pour les lettres. Il était né pauvre, et des amis généreux l'enrichirent, entre autres, Manlius, dont il fit l'épithalame, sujet usé dont il sut faire un ouvrage charmant , parce que le talent rajeunit tout. Il fut lié aussi avec Cicéron et Cornélius Népos : c'est à ce dernier qu'il a dédié son livre. Nous l'avons tout entier; il ne contient pas cent pages, et a rendu son auteui' immortel. A-t-il eu tort de n'en pas faire davantage ? Tous les écrivains de l'ancienne Rome l'ont comblé d'éloges , sans doute parce qu'il écrivait bien, peut-être aussi parce qu'il écrivait peu. Il suivit son goût, satisfit celui des autres, et n'effraya pas l'envie. Que lui a-t-il manqué ? Rien que de jouir plus long-temps d'une vie qu'il savait si bien employer pour lui-même. Il mourut à cinquante ans.

Ovide. — Les ouM-ages et les malheurs d'Ovide l'ont rendu également célèbre. La postérité jouit des uns , et n'a pu encore expliquer les autres. Son exil est un mystère sur lequel la curiosité s'est épuisée en conjectures inutiles. Il est bien sûr que son poème de l'^rt d'aimer en fut le prétexte ; mais sa discrétion, appai-emmeut nécessaire, nous en a caché la véritable cause. Il répète en vingt endroits :

« Mon crime est d'avoir eu des yeux. Poiu-quoi ai-je vu ce que je ne devais pas voir? »

Qu'avait-il vu? C'est ce que nous ignorons. On a cru, on a même écrit de son temps qu'il avait surpris Auguste commettant un inceste. Rien n'est moins vraisemblable. Il eût été trop maladroit de rappeler sans cesse à ce prince ce qui devait le faire rougir. Il est plus probable qu'ayant un accès facile dans la maison d'Auguste, qui estimait ses talents , il fut témoin de quelque action honteuse à la famille impériale; et ce qui vient à l'appui de cette opinion , c'est que, après la mort d'Auguste, Tibère ne rappela point Ovide de son exil; d'où l'on peut conclure que, dans ce qu'il avait vu, Auguste n'était pas le seul (pli fut compromis. Quoi qu'il en soit, ce fut un abus de pouvoir, un acte de tyrannie très odieux, que d'exiler un chevalier romain pour la faute (i'autrui. Le prétexte de cette cruauté était absurde. Comment osait-on punir les vers d'Ovide, beaucoup moins libres que ceux d'Horace ? Ces

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réflexions oui ete faites, el il faut les répéler, |)arce qu'on ne peut pas trop souvent condamner l'injustice, surtout dans ceux qui peuvent êlre injustes impunément.

Ovide, accoutumé aux délices de Rome, et transporté, à l'âge de cinquante ans, aux extrémités de l'Empire romain, sur les bords de la mer Noire , dans un pays sauvage el sous un climat (rès rigoureux, aurait été assez puni, quand même il eût conmiis la faute la plus grave. Que sera-ce si l'on songe qu'il était innocent ? Il mérite sans Uoute la pitié , et l'on peut même lui pardonner d'avoir été accablé de son exil, comme Cicéron le fut du sien. Je sais que Gresset a dit :

Je cesse d'estimer Ovide Quand il vient , sur de faibles tous , 5Ie cliantcr, pleureur i[isipide, De longues lamentations.

Gresset en parle bien à son aise. Il faut se souvenir qu'il y a tel exil qui peut paraître pire que la mort ; et celui d'Ovide était de cette espèce. Sans parler de ses autres maux ; il était séparé d'une femme qu'il adorait , el la plus intéressante de ses élégies , sans nulle comparaison, est celle où il détaille les circonstances de son départ , la <lernière nuit qu'il passa dans Rome, et les adieux tendres et douloureux de son épouse. Ne jugeons pas le malheur de si loin , et ne croyons pas que la sensibilité soit toujours une faiblesse. Ce que je reproche à Ovide , ce n'est pas de sentir son infortune, elle était affreuse ; c'est d'en adorer l'auteur; c'est l'excès continuel et fatigant de ses flatteries prodiguées à son oppresseur; c'est cette l)asse idolâtrie qu'il porta au point de lui élever, même après sa mort, un autel où il sacrifiait tous les jours. Voilà ce que le malheur ne peut excuser, parce que rien n'oblige d'être vil. Au reste , sa bassesse et son encens furent perdus , et ses deux divinités , Auguste et Tibère, furent également sourdes pour lui.

Les élégies composées pendant son exil , et qu'il intitula les Tristes , sont , à l'exception de celle dont je viens de parler, généralement fort médiocres. Il joint à la monotonie du sujet celle du style : il y a trop peu de sentiments et beaucoup trop d'esprit. On voit (pie la douleur ne saurait passer de son ame jusque dans son style , et l'on croirait qu'il s'amuse de ses plaintes et de ses vers.

Ovide , né avec un génie facile et abondant , luie imagination riante et voluptueuse, et, comme a dit M, Marmontel,

Enfant gâté des Muses et des Grâces,

De leurs trésors brillant dissipateur,

Et des plaisii"s savant législateur,

Ovide était bien plus fait pour être le peintre des

voluptés que le chantre du malheur. Ses trois livres des Amours, ouvrage de sa jeunesse, ont tout l'éclat, toute la fraîcheur de l'âge où il les composa : il est impossible d'avoir plus d'esprit et d'agrément. Il n'a, je l'avoue, ni la sensibilité, ni l'élégance, ni la précision de TibuUe; il est moins passionné que Properce. On peut lui reprocher l'abus de la facilité, de fréquentes répétitions d'idées, et quelquefois du mauvais goût. Riais quelle foule d'idées ingénieuses et de détails charmants ? Quelle vérité d'images gracieuses et de mouvements toujours aimables ! Comme il aime franchement le plaisir! C'est là ce qui manque à tant d'auteurs qui ont voulu l'imiter. On voit trop que c'est un air qu'ils se donnent, et qu'ils sont beaucoup plus sages qu'ils ne voudraient nous le faire croire. Ils n'ont pas ce ton de vérité sans lequel on ne persuade jamais. Ils oublient qu'on n'a jamais bonne grâce à vouloir êlre ce qu'on n'est pas. Boileau a si bien dit :

chacun , pris dans son air, est agréable en soi. Ce n'est que l'air d'autrui qui peut déplaire en moi.

Et malheureusement cet air-là s'aperçoit tout de suite. Il en est des livres comme de la société : dans l'nn et dans l'autre il ne faut point avoir d'autre caractère que le sien. Ovide ne cherche pas à en imposer, et n'en impose point. Lorsque, dans la troisième élégie de son livre des Amours, il promet à sa maîtresse de n'aimer jamais qu'elle, et assure que de son naturel il n'est point inconstant , on en a déjà vu assez pour être bien sûr qu'il promet plus qu'il ne peut tenir, qu'il ne la trompe pas, mais qu'il se trompe lui-même. Aussi ne tarde-t-il pas à confesser qu'il aime tontes les femmes, et qu'il n'est pas en lui de ne pas les aimer toutes. Il ne manque pas d'en donner de très bonnes raisons; et cette confession, qui n'est pas très édifiante, est au moins une de ses plus jolies pièces. Il se plaint de cette malheureuse disposition à aimer, avec un sérieux qui est très amusant. On juge bien qu'il ne songe pas à intéi-esser par le tableau d'une belle passion. On ne peut pas êire moins scrupuleux en amour. Il ne traite {)as mieux que les autres cette beauté qu'il rendit si célèbre sous le nom de Corinne, et qui la première avait éveillé son génie. Il eut la discrétion de se servir d'un nom feint, parce que c'était une dame romaine : au lieu que Délie , Néera , Némésis el autres, célébi-ées par Tibulle et Properce , étaient des courtisanes. Quelques uns ont cru que cette Corinne n'était autre que Julie, iille d'Auguste, et que cette .liaison découverte fut la véritable cause de sa disgrâce. Sidonius Apollinaris l'a écrit expressément ; mais cette opinion est destituée de toute vraisemblance. S'il eût eu à se reprocher celte

lOC)

COLUS DE LITTÉRAILKE.

faute, auiail-il osedire sans cesse à Auguste qu'il ne l'avait offensé qne par une erreur involontaire? H paraît par ses écrits que cette Corinne l'aima passionnément, et que, si elle finit par lui être infidèle, c'est (|u'il lui en avait donné l'exemple. Il se plaint amèrement de sa jalousie continuelle dans une de ses élégies, et surtout de ce qu'elle le soupçonne d'une intrigue avec sa femme de chambre. Il faut voir (juel pathétitpie il met dans ses plaintes : que de protestations, de serments ! On serait tenté d'en être dupe. Mais il n'a pas envie qu'on le soit; car la pièce qui suit immédiatement, et ((ui peut-être partit avec l'autre , est adressée à cette même femme de chambre , qui était , à ce (lu'il nous apprend lui-même, une brune très pi- (|uante. Il l'accuse d'avoir donné lieu , par quel- (|ue indiscrétion, aux soupçons de sa maîtresse; il lui reproche d'avoir rougi comme un enfant lorsqu'elle l'a regardée ; il lui rappelle avec quel sang- froid il a su lui mentir, avec quelle intrépidité il s'est parjuré quand il a été question de se justifier, et finit par lui demander un rendez-vous. Il y a là de quoi décréditer à jamais tous les serments des poètes. Voilà les Amours de celui qui a fait l'Art d' ylimer. IMais il ne faut pas s'y tromper : le titre latin ne présente pas tout-à-fait l'idée que nous attachons à ce mot auner. Ce titre , Artis amaioriœ , signifie proprement ÏArtde faire l'amour; et en cela le poète araison, car l'un nes'apprend pas, et l'autre peuten effet se réduireenart. La division seule du poème suffit pour prouver le but de l'auteur : dans le premier livre, il traite du choix d'une maîtresse; dans le second , des moyens de lui plaire et de se l'attaclier longtemps. C'est à peu près le plan qu'a suivi Bernard; et l'on voit déjà le premier et le plus grand défaut commun aux deux ouvrages, c'est que dans l'Art d'Aimer, tant latin que français, on trouve tout , excepté de l'amour. On me dira qu'il ne [)0uvait guère s'y trouver. C'est donc un sujet mal choisi. On ne s'accoutume point à entendre parler si long-temps d'amour sans que le cœur y soit pour rien. L'imagination est trompée, et par conséquent refroidie. Je ne parlerai point ici du poème de Bernard, si ce n'est pour dire (pi'il est infiniment supérieur à celui d'Ovide par le mérite «le l'exécution. Déplus, Ovide est ici bien inférieur à lui-même. Ce poète , si agréable dans ses yimours, est en général médiocre et froid dans l'Art d'Aimer. Aussi est-il infiniment inoins difficile de réussir dans des pièces détachées «jue dans un poème régulier, ou il faut avoir un plan et aller à un but. Dès le premier livre , le lecteur sent tropfiucl'ouvragen'aurariend'attachant. Qu'est-ce qu'un iiiiiiierd',- vcis. pour vous apprendre à cher-

cher une maîtresse? Le cœur réponil d'aboi-d (ju'on la trouve sans la chercher, et que cet an-angement ne se fait pas comme dans la tète du poète. Ovide vous envoie courir les places publiciues, les temples, les spectacles, la ville, la campagne, les eaux de Baeïs, pour trouver celle à qui vous puissiez dire , Je vous aune. Elle ne tombera pas du ciel , dit-il, il faut la chercher. Ne voilà-t-il pas une belle découverte? Viennent ensuite quantité de détails minutieux qu'il faut renvoyer au village des Petits-Soins, dans la carte de Tendre, et dont quelques uns pourraient être agréables dans une pièce badine, mais (jui ne doivent pas être des leçons débitées d'un ton sérieux. L'auteur y joint cinq ou six épisodes, plus insipides, plus déplacés les uns que les autres. A propos des spectacles, il raconte l'enlèvement des Sabines : s'il veut prouver les dispositions que les femmes ont à aimer, il choisit décemment la fable de Pasiphaé. En un mot, quoiqu'il y ait quelques détails ingénieux et quelques jolis vers , le tout ne présente qu'un ramage mesuré , et la facilité de dire des riens en vers faibles et néghgés.

Quand vous avez trouvé la femme que vous voulez aimer, Ovide met en question et très sérieusement si c'est un bon moyen pour devenir son amant que de commencer par être celui de sa femme de chambre. Il examine le pour et le contre, pèse les avantages et les inconvénients, et enfin il décide , pour rendre à chacun ce qui lui appartient, que la femme de chambre ne doit passer qu'après la maîtresse. On vient de voir que , sur ce point , il prêchait d'exemple. Encore une fois, tout cela pourrait faire le sujet d'une saillie poétique, d'un badinage; mais rédiger de pareils préceptes, c'est se moquer du monde.

Le second chant est le meilleur, quoiqu'il commence par un long épisode sur l'aventure de Dédale et d'Icare, aussi mal amené que ceux qui précèdent. Il est ici question des moyens de plaire, et l'on peut penser qu'Ovide n'était pas ignorant en cette matière , analogue d'ailleurs à la tournure de son esprit et à la nature même de son talent , où l'on remarque toujours , s'il est permis de le dire, une sorte de coquetterie. Il y a des endroits bien maniés; des observations que tout le monde a faites , il est vrai , mais exi)rimées d'une manière piquante, et ([ui manjuent beaucoup de connaissance des feuHues ; un é{)isode de Vénus surprise avec le dieu Mars, le seul (jui aille bien au sujet : mais , malgré ces beautés de détail , le vice de ce sujet se fait toujours sentir.

Ovide ai>j)aremment a voulu obtenir grâce auprès des fennues pour toutes ses iniidéfités; car il emploie à les instruire le troisième livre de son

ANCIENS. — POESIE

Art d'Aimer. Il leur enseigne comment il faut s'y prendre pour plaire aux hommes , pour avoir des amants , pour les garder; quel parti il eu faut tirer , à (juel point il faut les tourmenter pour les attacher davantage; combien elles doivent être en garde pour n'être pas trompées; enfin il va jusqu'à leur apprendre à duper les époux , les surveillants, et même un peu leurs amants. Il s'est bien douté qu'il y aurait des gens assez méchants pour trouver ses leçons inutiles : aussi commencet-il par poser en principe que les fenuiies trompent beaucoup moins que les hommes , et il ajoute qu'après nous avoir donné des armes contre elles, il est juste de leur en donner contre nous. Il se fait donner cet ordre par Vénus elle-même , et il s'en acquitte parfaitement. Il descend jusqu'aux plus petites circonstances , dans tout ce qui peut avoir rapport à l'art de plaire. Il marcpie quelle couleur d'habit convient aux brunes etaux blondes; il épuise la science de la toilette ; il prescrit la mesure du rire, selon qu'on a les dents i)lus ou moins belles : on ne peut pas être plus profond dans les bagatelles. Il ne néglige pourtant pas le solide , et s'occupe de leurs intérêts.

« L'homme riche, dit-il, vous fera des présents ; le jurisconsulte dirigera vos affaires; l'avocat défendra vos clients. Pour nous autres poètes , il ne faut nous demander que des vers. »

Il ne manque pas cette occasion de faire le plus bel éloge des poètes ses confrères , et surtout il affirme qu'il n'y a point d'amants plus tendres , plus constants , plus fidèles que ceux qui cultivent les muses. Voilà trois belles qualités qu'il nous accorde ; et l'on ne manquera pas de dire qu'en nous traitant si bien , il est un peu suspect dans sa propre cause , et que d'ailleurs son exemple affaiblit un peu son autorité. Je ne saurais en disconvenir; mais pourtant, s'il noi;s donne trop, ce n'est pas une raison pour nous refuser tout. Voyons, sans trop de partialité , ce qui doit nous rester de ce qu'il nous attribue. Tendres : il a raison ; les gens à imagination sont plus passionnés que d'autres , et il entre beaucoup d'imagination dans l'amour : ceux (pii en manquent doivent être des amants un peu insipides , et c'est pour cela qu'on a dit que les sots ne pouvaient pas aimer. Constants : c'est beaucoup ; ici Ovide nous flatte un peu. L'imagination est mobile : cependant il est possible que , distraite de temps en temps par d'autres objets , elle revienne toujours à l'objet de préférence; et si les poètes ne sont pas très constants, ils peuvent bien aussi n'être pas pkis inconstants que d'autres. Fidèles : oh ! c'est ici la grande difficulté. La fidélité , c'est la perfection ; et l'on sait tin'en approcher plus ou moins, c'est tout ce qui

est domié à notre fragile nature. On lit, il est vrai, dans la liste des personnages d'un opéra de Quinault. Troupes d'amants fidèles; mais on sait aussi que cela ne se trouve par troupes qu'à l'Opéra : c'est le pays des merveilles. Et puis , il faudrait s'entendre, et savoir à quel taux l'on met la fidélité, et combien de temps il faut aimer pour être réputé , en conscience, amant fidèle. Chacun là-dessus fera sa mesure, parmi les hommes s'entend; car toutes les femmes n'auront qu'un cri, et diront. Toujours, sans se donner même le temps d'examiner si elles sont de force à soutenir leur dire , et si on ne les embarrasserait pas quelquefois en les prenant au mot. Toujours est le mot de l'amour et de l'illusion; mais il ne faut pas croire que ce soit celui du mensonge. C'est de très bonne foi qu'on le prononce quand on aime. Le propre de l'amour , et c'est là aussi un de ses grands charmes , c'est d'avoir toujours raison, même (piand il n'a pas le sens commun , et d'être toujours vrai en ne débitant que des chimères. Il est aussi impossible à celui qui aime bien de ne pas croire qu'il aimera toujours , qu'il l'est à un homme de sang-froid de concevoir comment l'amour peut durer toujours. L'essentiel n'est donc pas, après tout , même pour les femmes , d'être toujours aimées , mais de l'être bien parfaitement , de l'être de manière à se persuader de part et d'autre que cela ne saurait finir ; comme l'essentiel n'est pas d'avoir la plus longue vie, mais d'avoir la plus heureuse. Or , en ce sens , les poètes ne sont pas les plus mal partagés; car nous sommes convenus tout à l'heure qu'ils aimaient parfaitement , c'està-dire , comme des fous : la folie en ce genre est la perfection. Je me flatte que ce petit commentaire sur Ovide ne paraîtra pas hors du sujet , et que ni les femmes , ni les amants , ni les poètes , ne peuvent s'en plaindre.

Ovide ne borne pas là ses leçons , mais les dernières sont d'un genre qui me force à borner celte analyse. Cependant je ne finirai point cet article sans rendre encore hommage à la variété fertile et au caractère aimable de cet écrivain, qui a su se plier avec succès à des genres si différents. J'ai parlé ailleurs de ses Métamorphoses, et l'on sait quelle place éminente elles occupent parmi les plusbelles productions de l'antiquité. Ses Fastes , dont nous n'avons ((ue les six premiers livres , sont bien inférieurs , niais ne sont pas non plus sans mérite : cet ouvrage est aux Métamorphoses ce qu'est un dessin à un tableau. Les Fastes ont peu de coloris poétique; mais on y remarque toujours la facilité du trait. Ses Héroïdes, sortes d'épitres amoureuses que l'on peut rapprocher de ses Élégies , ont le défaut de se ressembler toutes

par le sujet. Ce sont toujours des amantes malheureuses et abandonnées. C'est Piiyllis qui se plaint de Démophoon, Ilypsipyle de Jason, Déjanire d'Hercule , Lacdamie de Protésilas, etc. On conçoit la monotonie (jui résulte de cette suite de plaintes , de reproches , de regrets (pii reviennent sans cesse. Mais on ne saurait employer plus d'art et d'esprit à varier un fond si uniforme. Il y a même des morceaux touchants et d'une sensibilité qui doit nous faire comprendre aisément le grand succès qu'obtint sa tragédie de Mèdée. Nous ne l'avons plus ; mais Quintilien a dit qu'elle faisait voir ce que l'auteur aurait pu faire , s'il avait su régler son génie au lieu de s'y abandonner. Il faut avouer, en effet, avec les critiques les plus éclairés , qu'Ovide , dans tous ses ouvrages a plus ou moins abusé d'une facilité toujours dangereuse quand on ne s'en délie |>as. Il ne se refuse en aucune manière de répéter la même pensée ; et, quoi- (pie souvent elles soient toutes agréables, l'une nuit souvent à l'autre. On [)eut lui reprocher aussi les faux brillants, les jeux de mots, les pensées fausses , la profusion des ornements. Ainsi, venant après Virgile, Horace et Tibulle, les modèles de la perfection , il a marqué le premier degré de décadence chez les Latins, pour n'avoir pas eu un goût assez sévère et une composition assez travaillée.

A le considérer du côté moral , quoique ses écrits , comme a dit un de nos poètes , Alarment un peu l'innocence ,

il n'a du moins montré dans ses poésies que cette espèce d'amour que l'on peut avouer sans honte ; et c'est mi mérite presque unique dans la corruption des mœurs grecques et romaines. Il dut à sa passion extrême pour les femmes d'être préservé de la contagion générale. Il était d'un caractère très doux , et lui-même se rend ce témoignage dans tm endroit de ses Tristes , que la censure n'a jamais atla([ué sa personne ni ses écrits : aussi était-il l'ami et le panégyriste de tous les talents. Tous les écrivains célèbres <iui fiuent ses contemporains sont loués dans ses vers avec autant de candeur que d'affection; et il en est plusieurs parmi eux dont les ouvrages ont été perdus , et (|ui ne nous sont connus que par ses éloges.

Properce. — Les poésies de Properce respirent toutes la chaleur de l'amour, et cpielquefois de la volupté; et Ovide l'a bien caractérisé lorsqu'il a dit, en parlant de ses élégies, les feux de Pioperce:

Et rroiicrce souvent m'a confite ses feux. Sœpé niilii solitus recit^rc Properlius ignés.

Mais il fait un usage trop fré(iuent de la mythologie, et ses citations, trop facilement enipnmt(''es de la Fal)le, ressemblent plus aux lieux communs

d'un poètequ'aux discours d'unamant. Une chose qui lui es-t particulière parmi les poètes erotiques, c'est qu'il est le seul qui n'ait célébré (prune maitresse. Il répète souvent à Cynthia qu'elle seule sera à jamais l'objet de ses chants : et il lui a tenu parole. Cependant il ne faut pas croire qu'il ait été aussi lidèle dans ses amours que dans ses vers, car il fait à un de ses amis à peu près le même aveu qu'Ovide.

« Cliac un , dit-il , a son défaut : le mien est d'aimer toujours quelque chose. »

Il convient que c'est surtout au théâtre qu'il ne peut s'empêcher de désirer tout ce qu'il voit. Il avoue même à Cynthia qn'il a eu quelque goût pour une Lycinna , mais si peu , si peu , que ce n'est pas la peine d'en parler. Après tout, à juger de cette Cynthia parle portrait <pi'il en fait, elle ne méritait pas plus de fidélité. Jamais femme n'eut plus de disposition à tourmenter , à désespérer un amant ; et jamais amant ne parut si malheureux et ne se plaignit tant que Properce. C'est même ce qui répand le plus d'intérêt dans ses ouvrages; car on sait que rien n'intéresse tint que la peinture du malheur. On plaint d'autant plus Properce , qu'après avoir bien reprodié à sa maîtresse ses duretés, ses hauleiu's , ses caprices, il finit toujours par une entière résignation : il murmure contre le joug : mais le joug lui est toujours cher , et il veut le porter toute sa vie. Il parait que, malgré l'hiconstance de ses goûts, il avait un penchant décidé pour Cynthia, et revenait toujours à elle comme malgré lui. C'est une alternative de louanges et d'injures qui peint au naturel les différentes impressions qu'il éprouvait tour à tour. Tantôt il la représente comme plus belle que toutes les déesses; tantôt il l'avertit de ne pas se croire si belle , parce qu'il lui a plu de l'embellir dans ses vers, et.de vanter l'éclat de son teint, quoiqu'il siU fort bien que cet éclat n'était qu'emprunté. Ici, il lui attribue toute la fraîcheur de la jeunesse ; ailleurs il lui dit qu'elle est déjà vieille. Enlin , après cinq ans, il perd patience, il rompt sa chaîne, et ses adieux sont des imprécations dans toutes les formes; ce qui fait douter ([ue cette chaîne soit en effet bien rompue , car l'indifférence n'est pas si colère. Aussi, après ces adieux solennels (pii finissent le troisième livre , on voit dans le quatrième reparaître Cynthia , (|ui , toujours assurée de son pouvoir , vient chercher son esclave dans une maison de campagne , où il soupait avec deux de ses rivales. Elle est si fiu-ieuse et si terrible , qu'à son aspect ies deux compagnes de Properce commencent par prendre la fuite, et le laissent tout seul vider la (|uerelle. Cynthia , après l'avoir bien Itatlu . consent à lui pardonner , à

ANClErsS. — POESIE.

condition (ju'il cliassera l'esclave qui s'est mêlé d'arranger cette partie de campagne; qu'il ne se promènera jamais sous le portique de Pompée, rendez-vous ordinaire des femmes romaines; qu'il n'ira point dans les rues en litière découverte , et qu'au spectacle il aura les yeux baissés. On voit «ju'elle le connaissait bien, et qu'elle savait de quoi il était capable. Properce se soumet à tout, et devient plus amoureux que jamais : et puis liez-vous aux imprécations et aux ruptures !

ïiBULLE. — Tibulle a moins de feu que Properce; mais il est plus tendre, plus délicat : c'est le poète du sentiment. Il est surtout, comme écrivain, supérieur à tous ses rivaux. Son style est d'une élégance exquise , son goût est pur , sa composition irréprochable. Il a un charme d'expression qu'aucune traduction ne peut rendre , et il ne peut être bien senti que par le cœur. Une harmonie délicieuse porte au fond de l'ame les impressions les plus douces : c'est le livre des amants. Il a de plus ce goût pour la campagne , qui s'accorde si l)ien avec l'amour ; car la nature est toujours plus belle quand on n'y voit qu'un seul objet. Chaulieu, le disciple d'Ovide et le chantre de l'inconstance , parle ainsi de Tibulle dans une épitre à l'abbé Courtin :

Ovide , que je pris pour maître ,

M'apprit qu'il faut être fripon,

Alîbé , c'est le seul moyeu d'être

Autant aimé que fut Nason.

Catulle m'en fit la leçon.

Pour ïibuUe , il était si bon ,

Que je crois qu'il aurait dû naîli'e

Sur les rivages du Lignon ,

Et qu'on l'eût placé là , peut-être ,

Entre Lafare et Céladon.

Au surplus , il- ne serait pas juste d'exiger, daiis des poésies amoureuses, cette unité d'objet nécessaire à l'intérêt d'un roman. Tibulle lui-même, amoureux de si bonne foi , a chanté plus d'une maîtresse. Il paraît que Délie eut ses premières inclinations , et c'est elle qui lui a inspiré ses meilleures pièces. Némésis et Nééra la remplacèrent tour à tour. Et qui sait , après tout , si c'était Tibulle qui avait tort ? Il est sûr au moins que celles qu'il aima conservèrent de lui un souvenir bien cher, puisque nous apprenons de ses contemporains que Délie et Néraésis , qui lui survécurent (car sa mort fut prématurée ) , suivirent ses funérailles, et avec toutes les marques de la douleur. Celaient pourtant des courtisanes , mais on sait qu'à Rome et à Athènes il y a eu des femmes de cette condition qui tenaient un rang très distingué par leur esprit, leurs talents , et le choix de leur société ; et sans doute les maîtresses d'un homme tel cpie Tibulle n'étaient pas des femmes ordinaires. Je ne dirai rien de Gallus , plus connu par ses

liaisons avec les plus beaux esprits de son temps , et par les beaux vers de Virgile , que par ceux qu'il nous a laissés. Quintilien lui reproche ime versification dure, et les fragments que nous en avons justifient ce jugement *. C'est à Tibulle qu'il en faut revenir ; c'est lui qu'il fautrelire quand on aime; c'est en le lisant qu'on se dit : Heureux l'homme d'une imagination teiKlre et flexible, qui joint au goût des voluptés délicates le talent de les retracer, qui occupe ses heures de loisir à peindre ses moments d'ivresse, et anive à la gloire en cha-ntant ses plaisirs ! C'est pour lui que le travail de produire devient une nouvelle jouissance. Pour parler à notre ame , il n'a besoin que de répandre la sienne. Il nous associe à son Iwnheur en nous racontant ses illusions et ses souvenirs; et ses chants , pleins des douceurs de sa vie , ses chants , qui ne semblaient faits que pour l'amour qui repose , ou pour l'oreille de l'amitié confidente , sont entendus de la dernière postérité.

Quelque difficulté qu'il y ait à traduire Tibulle, je n'ai pu résister au plaisir d'en essayer du moins une imitation : j'ai choisi la première élégie, selon moi , la meiUeurede toutes.

Qu'un autre , poui-suivant la gloire et la fortune ,

Troublé d'une crainte importune , Empoisonne sa vie et trouble son sommeil ; Que , dévouant à Mars sa pénible carrière , La trompette sinistre et le cri de la guerre

Retentissent à son réveil ; Pour moi, qui des grandeurs n'ai point l'ame frappée, Puissé-je sans rien craindre , et sans rien envier, Cacher tranquillement près d'un humble foyer Ma pauvreté désoccupée !

Que , souriant à mes loisirs , Toujours la flatteuse espérance M'offre dans le lointain la champêtre abondance Ornant l'étroit enclos qui borne mes désirs , Que des biens que j'attends l'agréable promesse

Suffise à mes amuscmen s.

Je soignerai ma vigne et mes arbres naissants ; Armé de l'aiguillon , de mes bœufs indolents

J'irai gourmander la paresse.

Qu'avec plaisir souvent j'emporte dans mon sein

L'agneau s'égarant sur la rive , Le chevreau qXi'en courant sa mère inattentive

A délaissé sur le chemin!

J'offrirai de mes biens les rustiques prémices Aux dieux de la vendange , aux dieux du labouieur. Divinités des champs, qui l'êtes du bonheur. Vous recevez toujours mes premiers sacrifices. J'épanche le lait pur en l'honneur de Paies, Je présente des fruits sur l'autel de Poraone , Et des épis que je moissonne J'assemble et forme luie couronne Que ma main va suspendre au temple de Gérés.

' Il est difficile d'en juger; car il ne nous reste qu'un vers de Gallus, et le voici, tel que Vibius Sequester l'a cité :

Vno tellures ilividlt amnc dliiif.

Les poésies qui portent le nom de Gallus ne sont pas de lui : on les attribue à un écrivain barbare , nommé Maxi^ mien.

Vous , jadis les gardiens d'un plus ample liéritage , Avant que des destins j'eusse éprouvci loutrage , Mais de ma pauvreté devenus protecteurs , O pénates consolateurs , Jadis le sang d'une génisse \ ous payait le tribut de mes nombreux troupeaux ; Aujourd'hui le sang d'un agneau Est mon plus riche sacrifice.

Vous l'aurez cet agneau , le plus beau de mes dons. Vous venez du hameau la folâtre jeunesse Autour de la victime exprimant l'allégresse, Demander en chantant des vins et des moissons. Ah : prêtez à leurs chants une oreille facile , lit ne dédaignez pas notre simplicité.

Le premier vase aux dieiux autrefois présenté

Fut pétri d'une simple argile.

Je n'ai point regretté le bien de mes aïeux ,

Content de mon champêtre asyle , Content de rejjoser sur la couche tranquille

Où le sommeil ferme mes yeux.

Oh ! qu'il est doux , lorsque la pluie

A petii, bruit tombe des deux, Ue céder à l'attrait d'un sommeil gracieux! Qu'il est plus doux encor, la nuit, près de Délie, De se sentir pressé dans ses bras amoureux , Et d'entendre mugir l'aquilon en furie!

Ce sont là les plaisirs que je demande aux dieux. Qu'il soit riche , celui que des travaux sans nombre Ont comblé de trésors si chèrement payés ; Je suis pauvre , et je vais chercher le frais et l'ombre , Assis près d'un ruisseau qui murmure à mes pieds. Ah ! périsse tout l'or de la superbe Asie , Si, pour l'aller ravir, il faut quitter Délie.

S'il faut lui coûter quelques pleurs.

Que Messala prétende aux lauriers des vainqueurs , Et que des ennemis les dépouilles brillantes Ornent de son palais les portes triomphantes ; Moi , je suis dans les fers d'une jeune beauté ,

Je vis sons les lois de Délie.

Pourvu qm^je te voie, ô maîtresse chérie! Je renonce à la gloire , à la postérité ;

II n'est pohit d'honneurs que j'envie :

Rien ne vaut mon obscurité.

Oui , j'irais avec toi , sur un mont solitaire.

Conduire un troiqieau sur tes pas ; Je consens à n'avoir d'autre lit que la terre ,

Pourvu que tu sois dans mes bras.

Eh: d'un lit somptueux l'éclatante parure

N'en écarte pas les ennuis ; La pourpre et le duvet , les eaux et leur murmure ,

Ne font pas la douceur des nuits.

Qu'importe à nos désirs la couche la plus belle ,

Lorsqu'on y veille dans les pleui-s , Lorsqu'on appelle en vain la maîtresse infidèle

Qui porte ses amours ailleurs?

llélas! sans les amours comment souffrir la vie? Quel cœur, quel cceur d'airain, ô ma chère Délie!

Goûtant le bonheur d'être à toi.

Pourrait te préférer mu^ gloire frivole?

Les triomphes du Capitole Valent-ils \m regard qu(( tu jettes sur moi?

Ah ! que ma paupière mourante Se tourne encor vers toi dans mon dernier moment;

Que , par un dernier mouvement.

Je presse cucor les mains dans ma main défaillante, i u pleureras sans doule auprès de mou bûcher.

Tes yeux, ces yeux si pleins de charmes,

Bép.uidrout sur moi quelques larmes ;

Tu n'as pas un cœur de rocher.

Tu pleureras. Délie; et l'amant jeune et tendre.

Et l'amante , objet de ses vœux ,

Te verront honorer ma cendre , Et s'en retourneront les larmes dans les yeux. Mais garde d'outrager ta belle chevelure , De blesser de ton front l'ivoire ensanglanté. Aux mânes d'un amant c'est faire ti'op d'injure

Que d'attenter à ta beauté.

Hâtons-nous , dérobons à la Parque inflexible Le moment de jouir, d'aimer et d'être heureux : Le temps entraîne tout dans sa course insensible ; La mort viendra bientôt de son voile terrible

Couvrir nos amours et nos jeux.

Le temps n'épargne point les amants et les belles , Et l'Amour ne sied pas au déclin de nos ans ; Il ne repose point ses inconstantes ailes

Sur une tête à cheveux blancs.

Je suis encor à lui, je vis sous sa puissance.

Content du peu qui m'est resté , Je coule en paix mes jours sans chercher l'opulence,

Et sans craindre la pauvreté.

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