‹ Lycée, ou, Cours de littérature ancienne et moderneChapitre 3 sur 140 · NOTICE SUR LA HARPE · texte numérisé non relu

NOTICE SUR LA HARPE

et reparut avec un nouvel éclat dans la chaire du Lycée, où sa première leçon fut une espèce d'amende honorable. Il pouvait terminer paisiblement sa carrière ; mais accoutumé à vivre dans une lutte coutinuelle, il porta lui-même atteinte à sou repos et à la considération dont il jouissait en dhuV^aanllaCorrespondance littéraire que, depuis 1774 jusqu'en 1791 il avait entretenue avec le grand-duc de Russie. L'apparition de ce Um'c, où il juge presipie tous les écrivains avec la dernière rigueur, et où ses décisions sont dictées trop souvent par l'amour-propre et par des préventions haineuses, réveilla toutes les animosités qu'il avait depuis long-temps soulevées contre hii^ aussitôt il en parut un autre ayant pour titre : Correspondance turque, pour servir de supplément à la Correspondance russe (1801). On y donne des anecdotes fâcheuses arrivées à La Harpe, les épigraranies sanglantes dont il a été l'objet, on y passe en revue ses diverses productions auxquelles on refuse à peu près toute espèce de mérite ; en un mot, on paraît ne vouloir lui "laisser d'autre titre que le Cours de Littérature, ((ui a mis le sceau à sa réputation et lui a mérité le nom de Quintilien français.

Ses écrits et ses discours contre le parti philosophique lui attirèrent bientôt im ordre qui l'exilait à vingt-cinq lieues de Paris; il obtint ensuite, cependant , de regagner à Corbeil la retraite où déjà il avait échappé aux marais infects de Sinnamary : mais le dépérissement de sa santé lui fit accorder de revenir à Paris, où il mourut le 1 1 février 1803, dans sa soixante-quatrième année.

M. de Fontanes, au nom de l'Institut, répandit sur sa tombe les fleurs de l'amitié. M. Chazet prononça , en 1 805 , son éloge à l'ouverture des cours de l'Athénée ; mais M. Lacretelle aîné . successeur de La Harpe à l'Académie française, le jugea, dans son discours de réception, avec une sévérité qui fut trouvée excessive.

On a publié les OEuvres de La Harpe, accompagnées d'une notice sur sa vie et sur ses ouvrages, par M. de Saint-Surin, Paris, 1821-1822, 16 vol. in- 8°. Cette collection renferme le Théâtre , 2 vol.; les Poésies, i vol.; les Éloges, Discours et Mélanges, 2 vol.; les Doiize Césars, de Suétone, 2 vol.; la Lusiade, les huit premiers chants de la Jcsuralem délivrée, et fragments de la Pharsale, 1 vol.; le Psautier, 1 vol.; Correspondance, 4 vol.; Littérature et Critique, Philosophie du dix-huitième siècle, 2 vol.; fragments de V Apologie de la Religion. Pour avoir les œuvres complètes de La Harpe dans le même format , il faut ajouter aux 16 volumes précédents V Abrégé de l'Hîstoiredes rouage-, Pari>;, 1 820-1 821 , 24 vol.;

ses Commentaires sur Racine et sur le théâtre de Voltaire ; enfin son /Ajcée ou Cours de Littérature. publié jusqu'à ce jour en 16 volumes, et dont les douze premiers seulement parurent du vivant de l'auteur.

« Le grand intérêt qui s'attache au Cours de Littérature, dit M. Duviquet, la curiosité vive et soutenue qu'il excite, le piquant de la critique, le plaisir de comparer ses propres jugements à ceux d'un censeur aussi exercé que La Harpe , enfin l'immensité des connaissances en tout genre dont cet ouvrage est l'unique et précieux dépôt, toutes ces causes ou séparées ou réunies ont élevé le Cours de Littérature à une telle hairteur, qu'avec bien de la peine les autres productions de La Harpe peuvent éviter de se perdre dans l'ombre d'un monument aussi colossal.

Ce que Louis XIV disait à Boileau, « Je vou.< crois , vous vous y connaissez mieux que moi , » la plupart des lecteurs de La Harpe peuvent le lui dire sans excès d'humilité; c'est un guide habituellement sûr, auquel on doit s'abandonner avec confiance toutes les fois que l'on n'a pas à craindre que ses passions, en l'écartant de la route, n»nous égarent avec lui.

Il est donc bien essentiel de signaler, surtout aux jeunes gens, les caractères principaux auxquels ils peuvent reconnaître que le juge n'est pas monté à jeun sur son tribunal, et que quelque fumée ou d'amour-propre ou d'intérêt personnel lui a porté à la tête ; je réduis ces caractères à deux. Je pense qu'il faut marcher avec précautioji sur les pas de La Harpe, toutes les fois qu'il parle des auteurs anciens, et surtout des auteurs grecs; et qu'il faut également s'en défier lorsqu'il cite à sa barre les écrivains avec lesquels il a eu des relations spéciales ou d'opposition ou d'amitié. Je suis convamcu que , plus d'une fois , il s'est hasardé à juger superliciellement , sur la foi d'autrui, sur des traductions infidèles, ou sur des commentaires inexacts, et qu'en cela il cédait à l'ambition de ne pas paraître reculer devant la tâche immense qu'il s'était témérairement imposée ; d'un autre côté, je soupçomie qu'étant sensible el extrêmement irritable, il a dû se laisser prévenir souvent par des senlimentsde gratitude ou de vengeance qui ont rompu l'écjuiHbre de son impartialité naturelle.

Si l'on se rappelle les travaux continuels auxquels La Harpe n'a cessé de se livrer depuis sa sortie du collège , travaux presque tous étrangers à la littérature grecque, la quantité des pièces (pi'il a données au théâtre, et dont une seule (Philoctéte) est moins une traduction de Sophocle qu'une imitation de Féuelon, mn Abrégé de l'IIis-

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