‹ Lycée, ou, Cours de littérature ancienne et moderneChapitre 4 sur 140 · NOTICE SLK LA HARPE · texte numérisé non relu

NOTICE SLK LA HARPE

toirr des f^oymjes , ses traductions de Suétone et du Canioëns, les trois journaux dont la rédaction I)rincipale lui fut confiée, son séjour de dix-huit mois à Ferney, ses liabitudes dans une foule de irrandes maisons, son assiduité aux séances académiques; si l'on réfléchit ({u'il n'avait que quarante ans lorsqu'il commença son cours au Lycée par l'analyse raisonnéede Platon, d' Aristote et des trois tragiques grecs, on ne demandera point d'autres [)reuves non seulement qu'il avait peu étudié, mais même qu'il avait peu lu dans leur langue originale des auteurs dont un seul , Aristote , ou Platon, par exemple, occuperait facilement pendant une année les veilles laborieuses d'un savant helléniste qui les lui aurait exclusivement consacrées. Que si comparant ensuite, le li\Te à la main, l'élendue donnée à l'analyse des deux in-folio de Platon avec l'espace si complaisant et si remarquable accordé à l'analyse d'une tragédie de Voltaire , on se demandait compte des motifs d'une disproportion de travail aussi peu eu rapport avec lesauteurs quien font l'objet, ne serait-on pas forcé de se répondre à soi-même que La Harpe, pressé d'expédier sur mémoire communiqué une cause dont il n'avait pas pris connaissance, s'en dédommageait et en dédommageait généreusement ses auditeurs, lorsqu'il arrivait à des objets mieux appropriés à ses études et à ses goûts, et sur lesquels il était certain d'attirer bien plus sûrement l'atlenlion et l'intérêt de la plus belle moitié de son assemblée. C'est là sans doute une excuse valable pour l'orateur qui parle en public ; mais l'excuse s'évanouit pour le lecteur qui veut une instruction solide, et qui malheureusement ne trouve que des aperrus là où il s'attendait à des résultats positifs et satisfaisants.

i.a Harpe est déjà replacé sur son terrain quand il se rencontre avec les premiers classiques latins ; on s'en aperçoit à la facilité avec laquelle il les parcourt et les juge : Virgile, Ovide, Lucaiu, les l)rincipaux discours de Cicéron, les traités les plus manjuants de Sénèque , jusque-là tout va à merveille ; l'embarras devient sensible lorsque des iliscours de l'orateur romain il passe à ceux des traités philosophiques qu'une prudence très louable arrête sur le seuil des collèges ; et quand il arrive aux poètes ou aux sophistes du troisième et du (luatrièine siècle de l'empire; alors la lumière (|iii le coiuhiit s'affaiblit par degrés, et il ne recommence à marcher d'un pas sur et intrépide qu'à la lueur des (lambeaux rallumés au génie de Léon X et de François i'•^

Il avance alors à pas de géant jus(juau grand siècle de Louis XIV, el il traverse également avec fermeté les premières années du siècle (pii l'a vu

naître; (piand il est arrive à répo([ue ou les chefs de la littérature devinrent ou ses prolecteurs ou ses rivaux, des obstacles d'un autre genre viennent arrêter la sûreté, la régularhéde sa marche : la censure ou la louange se ressent de l'exagération de son caractère. Voltaire est exalté d'abord sans mesure , Gilbert dénigré sans ménagement. Depuis, il a rectifié ses jugements sur Voltaire; mais le malheureux satirique n'a reçu aucune espèce de consolation ; peut-être La Harpe pensail-il de bonne foi que les meilleurs vers devenaient détestables quand ils étaient dirigés contre lui. Ainsi, pour apprécier les jugements de La Harpe sur ses contemporains, il serait bon de se pourvoir d'une es[)èce de thermomètre physico-liUéraire oii l'on aurait marqué d'avance, à côté du tube où serait i*enfermée la bile du critique, le degré habituel de fermentation que tel auteur excitait. Fréron, Clément, Gilbert, occuperaient le haut de l'échelle; Linguet , Dorai , IMercier, descendraient ([uelques degrés plus bas ; Delille, Marmontel, Thomas, correspondraient à peu près au point de défiart , au zéro de la température bilieuse; el enfin la liqueur sinistre coulerait entièrement et jusqu'à nouvel ordre aux pieds de Voltaire ; nous avons vu le temps où le nom du grand homme la faisait bouillonner plus vivement même (jue celui de Fréron.

Le Cours de Littérature, pris, repris et quitté à trois époques bien différentes de la vie de La Harpe, présentait des disparates chociuantes qu'une révision sévère a fait totalement disparaître; ses doctrines y ont reçu des mains de l'auteur l'iiomogénéité, qui seule peut leur donner de la consistance. La religion et la morale ont applaudi à cette heureuse réformation, et le goût y a gagné. Je résume en peu de mots mes observations , continue le même crilitjue, sur les différents ouvrages de La Harpe, /f'aririclc el Philoctéte ves- ! teront au théâtre; Tcuuju el Félime, V Ombre de Duclos , la Ilépouse d'Horace à foliaire , orneront un recueil bien choisi de p jésics erotiques, satiriques, et légères ; YÉlncje de Jiacine, de Catinai, de La Foviaiue, de Féneîon, assurent à La Harpe, très près de Thomas , une place distinguée dans le second rang de nos orateurs ; V Apologie , le Triomphe de la Iïeli(jiou , sont deux ouvrages à part,<|ui attestent un talent élevé au-dessus de lui-même par l'inspiration religieuse , mais qu'il est impossible de classer, parce qu'ils ne sont achevés ni l'un ni l'autre; mais si jamais le buste de La Harpe élail placé dans l'enceinte d'une société littéraire, on n'écrirait point sur le socle ces mots : Le pocle ou l'orateur ; ou y écrirait le Quiiitilieii fraiieais. » W.

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