Tome
étonnante et de cet éclat imprévu qui marquèrent les beaux jours du Lycée , je me vis entraîné rapidement , et presque sans y penser, bien au-delà de mes premières vues ; et des encouragements toujours nouveaux me domiant sans cesse de nouvelles forces pour un travail toujours renaissant, je vis s'ouvrir devant moi une vaste carrière (pie je n'aurais jamais osé entreprendre, s'il m'eût été donné d'en mesurer toute l'étendue, mais qui , s'agrandissant par une progression insensible , me conduisit enfin vers un terme où je n'ai pu parvenir que parce que tout concourait à m'en dérober l'éloignement. En effet, le premier aveu que je dois faire, c'est qu'une telle entreprise était certainement au-dessus de mes forces s'il fallait qu'elle fût également remplie dans toutes les parties qu'elle embrasse, et que je n'ai pu également approfondir. J'ose dire même (pic l'on peut douter qu'un seul homme pût en venir à bout : il faudrait réunir trop de (îivers talents et de diverses connaissances dont je suis fortéloigné. Nous avons, il est vrai, une multitude de livres didactiques ou de recueils bibliographiques dont je contesterai d'autant moins le mérite, que plusieurs ne m'ont pas été inutiles; mais tous traitent d'objets particuliers, ou ne sont , dans les choses générales , que des nomenclatures et des dictionnaires. Mais c'est ici, je crois, la première fois , soit en France, soit même en Europe, qu'on offre au public une histoire'' raisonnée de tous les arts de l'esprit et de l'imagination, depuis Homère jusqu'à nos jours, quil n'exclut que les sciences exactes et les sciences i physiques. Je ne puis trop répéter combien je me sens au-dessous d'un si grand sujet, et si l'on me croyait ici moins modeste que je ne le veux paraître , c'est qu'on me croirait aussi plus ignorant que je ne suis; car il suffit d'avoir étudié, comme je l'ai fait, {pielques uns des objets de ce Cours , pour sentir, comme moi, qu'un seul peut-être demanderait toute la vie d'un artiste, et d'un bon artiste , pour avoir toute son intégrité et toute sa perfection. Mais on a vu comment j'ai été amené à ce plan. On verra aussi quels efforts j'ai faits depuis douze ans pour le remplir, au moins selon mes moyens; et sans doute ceux qui sauront le mieux tout ce qui devait s'y trouver, seront aussi ceux qui excuseront le plus volontiers tout ce qui doit encore y manquer.
Ceux-là aussi comprendront qu'il m'en a coûté beaucoup plus pour me resserrer, ([u'il ne m'en eût