‹ Lycée, ou, Cours de littérature ancienne et moderneChapitre 61 sur 140 · G COURS DE L · texte numérisé non relu

G COURS DE L

J'oserai, à l'occasion de celte note, proposer un avis contraire à celui de Voltaire, qui trouve faible ce vers :

Ou qu'un beau désespoir alors le secourût.

Je sais que c'est l'opinion commune ; mais estelle bien fondée? Je n'appelle faible que ce qui est au-dessous de ce qu'on doit sentir ou exprimer. Or, je demande si, après ce cri de patriotisme romain, Qu'il nwurîii, on pouvait dire autre chose que ce que dit le vieil Horace. Sans doute, en jugeant par comparaison, tout paraîtra faillie après le mot qui vient de lui échapper. 3Iais en ce cas, dès qu'on a été sublime, il faudrait se taire; car on ne peut pas l'être toujours , et nous avons vu (îeniièreraent dans Cicéron qu'il est insensé d'y jirétendre. La nature , (pie l'on doit consulter en tout, exige seulement (jue l'on suive l'ordre des idées qu'elle prescrit. Hoiace devait-il s'arrêter sur le mot Qu'il »ioi(ruf.'Tl est beau pour un Romain, mais il est dur pour un père; et Horace est à la fois l'un et l'autre : on vient de le voir dans l'adieu paternel qu'il faisait tout à l'heure à son fils. Quelle est donc l'idée qui doit suivre naturellement cet arrêt terrible d'un vieux républicain. Qu'il mourût? C'est assurément la possibilité consolante que, même en combattant contre trois, en se résolvant à la mort, il y échappe cependant; et après tout, est-il sans exemple qu'un seul homme en ait vaincu trois? Pourquoi donc Horace n'embrasserait-il pas cette idée, au moins un instant? C'est Rome qui a prononcé Qu'il mourût; c'est la nature qui , ne renonçant jamais à l'espérance, ajoute tout de .suite :

Ou qu'un ])cau désespoir alors le secourût.

Je veux bien que Roiiie soit ici plus sublime que la nature : cela doit être. Mais la nature n'est pas faible quand elle dit ce qu'elle doit dire. Telles sont les raisons qui m'autorisent à penser que, non seulement ce vers n'est pas répréhensibie, mais même qu'il est assez heureux de l'avoir trouvé.

.Alais, en admirant dans le vieil Horace cette ( nergie entraînante, cette grandeur de sentiments qui laisse pourtant à la sensibilité i»aternelle ce qu'elle doit lui laisser, oublierons-nous ce que lions devons d'éloges aux rôles de Curiace et du jeune Horace si habilement contrastés ? Le dernier montre partout ceîte espèce de rigidité féroce qui, dans les premiers temps de la répui)li(iue , enduroissait toutes les vertus romaines, et qui convenait d'ailleurs à un guerrier farouche, qu'on voit dans la suite de la pièce répandre le sang de sa sœur, pour avoir fait entendre dans le bruit de sa victoire les emportemeutsd'ime amante malheureuse. Curiitce. au contraire, fiiit \oir une fermeté mesu-

ITTERATUKE.

rée, et même douce, qui n'exclut point les sentiments de l'amoin- et de l'amitié. C'est avec cette opposition si belle et si dramatique que Corneille a fait un chef-d'œuvre de la scène entre ces deux gueiTiers; et si l'on oublie quelques fautes de diction, quels vers! quel style!

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