PYRRHUS
Ah : madame , les Grecs , si j'en crois leurs alarmes . Vous donneront bientôt d'antres sujets de larmes.
AIVDllOMAOUK.
Et quelle est cette peur dont leur coeur est frappé? Seigneur, quelque Troyen vous est-il échappé ?
PÏBRUUS.
Leur haine pour Hector n'est pas encore éteinte. Ils redoutent son fils.
ANDROiWAOUE.
Digne objet de leur crainte ; Un enfant malheiweux qui ne sait pas encor Que Pyrrhus est son maître, et qu'il est fils d'Hector !
On peut comprendre tout ce que peut sur elle l'intérêt de cet enfant. Lorsque Pyrrhus, las d'être rebuté, revient à l'hymen d'IIermione, et a promis de livrer Astyanax , Andromaque ne craint point de s'abaisser aux pieds d'une rivale qui doit la détester; elle ne craint pas de s'exposer à son orgueil et à ses mépris. L'amour maternel peut tout supporter et tout ennoblir.
où fuyez-vous , madame ?
N'est-ce pas à vos yeux un spectacle assez doux , Que la veuve d'Hector pleurant à vos genoux ? Je ne viens point ici , par de jalouses larmes , Vous envier un cœur qui se rend à vo^ charmes. Par une main cruelle , hélas! j'ai vu percer Le seul où mes regards prétendaient s'adresser! Ma flamme par Hector fut jadis allumée ; Avec lui dans la tombe elle s'est enfermée. Mais il me reste un fils... Vous saurez quelque jour, Madame , pour un fils jusqu'où va notre amour, Mais vous ne saurez pas , du moins j(; le souhaite , En quel trouble mortel son intérêt nous jette , Lors((ue de tant de biens qui pouvaient nous llatter. C'est le seul qui nous reste, et qu'on veut nous l'oter. Hélas ! lorsque , lassés de dix ans de misère , Les Troyens en courroux menaraient votre mère , J'ai su de mon Hector lui procurer l'appui : Vous pouvez sur Pyrrhus ce que j'ai pu sur lui. Que craint-on d'un enfant qui survit à sa perte ? Laissez-moi le caciier en quelque iie déserte ; Sur les soins de sa mère on peut s'en assurer, lit mon fils a-vec moi n'apprendra (lu'à pleurer.
Hermione la quitte avec dédain. Pyrrhus entre sur la scène. Céphise exhorte sa maîtresse à tâcher de le fléchir. Andromaque en désespère ; elle n'ose même jeter les yeux sur lui, Pyrrhus, qui n'attend qu'un regard et ne l'obtient pas , dit avec emportement :
Allons aux Grecs livrer le fils d'Hector.
A ce mot elle tombe à ses pieds. Il lui reproche
son inflexibilité.
Sa grâce à vos désirs pouvait être accordée ; Mais vous ne l'avez pas seulement demandée. C'en est fait.