‹ Lyon à l'Exposition universelle de 1889 (volume 2)Chapitre 18 sur 97 · J. COSTE-LABAUME · texte numérisé non relu

J. COSTE-LABAUME

LES BEAUX-ARTS A LYON

de la capitale; les uns, n'est-ce pas le plus grand nombre, s'y brûlent les ailes et reviennent à nous blessés et meurtris. D'autres font leur trouée et oublient troc facilement la main qui soutint leurs premiers pas.

Toujours est-il qu'au milieu de l'encombrement et de la mêlée parisienne, bien des talents se pervertissent, bien des caractères s'abaissent et finissent par ne demander le succès qu'au charlatanisme et à l'intrigue, — ces deux plaies vives qui s'élargissent de jour en jour.

La lutte pour les médailles et les rubans devient plus ardente que jamais et le cabotinisme envahit tout.

Comment réagir, comment retenir en province, dans le calme et la dignité de l'art, cette nuée de jeunes gens qui fuient à tire d'ailes vers la terre promise.1

N'y aurait-il pas avantage à voir renaître les traditions d'antan, où chaque grande ville se montrait jalouse de maintenir ses écoles et de garder ses artistes?

Aurions-nous eu sans cela ces manifestations variées dont Rome, Florence, Venise, Madrid, Séville, Cordoue, Anvers, Bruxelles, Amsterdam se sont partagé la gloire.- Raphaël ou Rembrandt, le Titien ou Velasquez, Véronèse ou Murillo n'auraient-ils pas été amoindris, n'auraient-ils pas vu leur puissante originalité s'effacer et s'éteindre dans ces promiscuités moutonnières, dans ces batailles vulgaires dont le théâtre est le paillasson des ministères?

Si nous ne pouvons revenir à ces temps héroïques, il faudrait tout au moins ne pas décourager les artistes de province, en méconnaissant leur talent, en les rayant systématiquement de toutes les listes de récompenses réservées aux seuls et uniques Parisiens.

Dans cette courte étude sur les arts à Lyon, nous pensons avoir démontré que le génie de notre vieille cité n'est point en décadence.

A l'Exposition du Champ de Mars, notre Ecole des Beaux-Arts tenait, haut la main, la première place et les travaux de nos élèves promettaient des maîtres.

Le beau livre que dédie aujourd'hui un éditeur amoureux de sa ville aux manifestations multiples de l'activité lyonnaise dans toutes les branches du travail et de l'industrie, apportera un témoignage durable de la place importante que tiennent nos artistes et de l'estime qui leur est due.

En citant la plupart de leurs noms dans le passé et dans le présent, en rapprochant les modestes des illustres, nous avons tenu à montrer que la famille

est nombreuse et qu'à l'ombre de la gloire des maîtres, croît une génération qui saura, espérons-le, se montrer digne des aînées.

Que l'oubli des faveurs ou des réclames parisiennes ne décourage personne ; la réputation arrive à son heure, d'autant mieux assise et solide qu'elle fut moins surchauffée, et dût-elle se limiter à notre horizon lyonnais, on peut sans déchoir se contenter de l'éclat d'une couronne murale que vingt siècles n'ont pas ébranlée sur le front de l'antique et glorieuse cité.

Coste-Labaume.

Arthur de GRAVILLON. — Peau d'Ane.

EXPOSANTS LYONNAIS

Groupe I. — Classe I

Page 1