‹ Lyon à l'Exposition universelle de 1889 (volume 2)Chapitre 17 sur 97 · J. COSTE-LABAUME. - LES BEAUX-ARTS A LYON · texte numérisé non relu

J. COSTE-LABAUME. - LES BEAUX-ARTS A LYON

tistes Loubet, Poncet, de la Brély, Scohy, Fornier, Mazeran, Ollivier, les peintres de figure ou de genre Tollet, Reynaud, Marius Roy, Barriot, de Gaudemaris, Robin, Lévigne, Salle, Villard, de Bélair, Cornillac, Rougier, les fleuristes, Baudin, Martin, Médard, Besson, les décorateurs, Domer, Bardey, Détanger, qui, tous, à des degrés divers, méritent une mention pour avoir affirmé aux Expositions parisiennes la vitalité de notre Ecole lyonnaise.

Cette Ecole si variée dans ses manifestations porte en elle, répétons-le, la marque spéciale de notre tempérament et de notre caractère.

Ce mysticisme, ces tendances philosophiques, cette mélancolie dont nous gardons l'ineffaçable empreinte, se retrouvent chez les saintes diaphanes d'Hippolyte Flandrin, où le corps laisse transparaître l'àme, dans les hautes conceptions de Chenavard, synthèse de l'humanité, dans les compositions symboliques de Puvis de Chavannes, sur lesquelles plane un si vague dédain de la forme, non moins que dans les œuvres de nos paysagistes portés surtout aux impressions rêveuses et attristées chères aux maîtres flamands.

Ciels orageux, soleils couchants, crépuscules mystérieux, horizons noyés d'ombre, feuillages rouilles de l'automne, glaces de l'hiver, c'est à ces mélancolies et à ces frissons de la nature que s'est complu le pinceau de Guindrand, d'Hector Allemand et de Chenu. Ruysdaël et Hobbema auraient vite reconnu des élèves dans nos artistes.

Appian nous a apporté, sans doute, les marines ensoleillées de la Provence, elles ont eu le succès que méritait cette nouveauté, servie par une grande habileté de facture, mais la sincérité et le charme de son talent se manifestent mieux encore dans ses vues du Bugey, ses ciels gris reflétés par des eaux transparentes et surtout dans ses admirables fusains où il ne connaît pas de rivaux.

En littérature comme en art, nous sommes songeurs, notre poésie et nos impressions aiment à s'envelopper d'une brume derrière laquelle l'âme se replie et quand un rayon de soleil arrive jusqu'à nous, ce sont nos fleurs qui s'en font gloire.

A ce charme intime et pénétrant, nous savons cependant unir la précision et la netteté lorsqu'il s'agit de reproduire l'œuvre d'un maître, d'en serrer la forme et de vulgariser avec le burin les chefs-d'œuvre du pinceau.

La patrie d'Audran et de Boissieu n'a point laissé tomber en quenouille les traditions de ces maîtres dont les successeurs se nomment Dubouchet, Chipiez, Danguin, Lépagnez, Miciol, Vibert, Drevet.

Dubouchet et Danguin ont leurs noms gravés au bas de nos plus belles estampes. Le Corrège ni Raphaël n'ont à se plaindre de ces respectueux interprêtes.

Dans le domaine de l'architecture, nous avons le droit d'inscrire sur les pages de notre Livre d'Or, Philibert Delorme, Simon Maupin, dont la lignée s'est perpétuée avec les Chenavard, les Dardel, les Echernier, les Tisseur, les Hirsch, les Pascalon, les Coquet, les Gaspard André, un pur Lyonnais celui-ci, dont le rare talent s'assaisonne de cette pointe de gouaillerie tranquille et en dedans où se fleure l'inimitable parfum du terroir.

Si la sculpture occupe une place restreinte, cela tient aux conditions difficiles que rencontrent les pétrisseurs de glaise et les tailleurs de marbre. Les monuments sont rares, la production laborieuse, les matériaux coûteux; il faut vivre.

Ce problème décourage bien des débutants qu'aurait pu tenter la gloire de Coustou, de Coysevox, de Chinard ou de Lemot. Cependant, nous pouvons noter plus d'une œuvre remarquable due au ciseau des Lyonnais; les bas-reliefs de Guillaume Bonnet, au Palais de Justice, le monument des Légions du Rhône, de Pagny, si plein de mouvement et de flamme, la gracieuse allégorie de Peau d'Ane, d'Arthur de Gravillon, qui figurait dans les galeries du Champ de Mars.

Nos places publiques voient s'élever encore le bronze d'Ampère, par Textor, le marbre de Jussieu, par Aubert mentionné à Paris; la belle horloge symbolique de la Bourse, dont l'ingénieuse composition représentant l'heure naissante, l'heure présente et l'heure passée, est du Lyonnais Bonassieu ; les puissantes sirènes de la place des Jacobins, ont été taillées en plein marbre par le lyonnais Degeorges et le sculpteur Carrier a pris rang parmi les maîtres du ciseau.

Cette énumération n'est point sans honneur pour notre amour-propre.

Plus d'un de ces artistes a quitté Lyon, il est vrai, et s'est éloigné d'une terre natale, où il craignait de ne point trouver assez ample moisson de gloire et d'argent.

C'est, hélas! le grand obstacle au développement et à l'essor artistique en province.

L'absorption parisienne nous enlève la plupart des hommes d'espérance et de talent qui estiment trop minces la réputation et les avantages d'une renommée locale. Peintres ou sculpteurs se trouvent inévitablement attirés parle grand foyer

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