‹ Lyon à l'Exposition universelle de 1889 (volume 2)Chapitre 23 sur 97 · L'ÉCOLE DES BEAUX-ARTS DE LYON · texte numérisé non relu

L'ÉCOLE DES BEAUX-ARTS DE LYON

Par Auguste BLETON

es travaux de l'École des Beaux-Arts de Lyon ont été, à l'Exposition universelle, l'objet d'appréciations les plus -4\^V flatteuses. Ces éloges et la haute récompense décernée a ' l'École par le jury sont la meilleure réponse aux craintes parfois exprimées sur une prétendue décadence des études artistiques à Lyon. De temps à autre, des voix s'élèvent, en effet, pour déplorer que notre enseignement n'ait pas une tendance plus marquée vers ce qu'on appelle « le grand art. » Comme si l'art n'était pas une chose absolument une et s'il y avait deux arts, un grand et un petit !

C'est notre siècle seulement qui s'est avisé d'ériger cette distinction en système. « Nos pères, qui aimaient le beau partout où il se pouvait mettre, ne s'embarrassaient pas de ces vanités, et l'on eût fort étonné Benvenuto Cellini,

en lui disant que le sculpteur du Persée ne pouvait, sans déroger, ciseler une cuiller (i). » Toutefois, les contempteurs actuels de l'art appliqué à l'industrie ont eu des prédécesseurs. Nous lisons dans un mémoire relatif à l'École lyonnaise, à la date du 25 septembre 175 1, que c'est « un préjugé presque généralement adopté par tous les peintres de figure, mais surtout par les médiocres, que la fleur est une bagatelle. »

A la vérité, les auteurs du mémoire vont un peu trop loin et, pour éviter un extrême, tombent dans un autre. Il s'agissait de créer une classe de figure, et vingt » fabriquants dessinateurs » se réunissent pour démontrer l'inutilité de cette création, par la raison qu'on n'emploie « jamais de sujets d'histoire dans les robes » et que « le dessein de fabrique est moins de règle que de goût.» Ils se trompaient assurément sur le rôle que l'étude de la figure doit tenir dans l'enseignement du dessin. En tout cas, nous voyons que l'Ecole, en s'attachant aujourd'hui à diriger surtout ses élèves vers les applications industrielles, n'a fait que revenir à ses origines.

C'est en 1676 que le nom d'une institution publique pour l'enseignement des beaux-arts est prononcé la première fois à Lyon. Des lettres royales sont données par Louis XIV, pour l'établissement d'une Académie de dessin et de peinture ; mais aucuns fonds n'étant assignés pour cette école, le projet ne reçut pas d'exécution. Remarquons en passant que cette fondation précédait de près d'un siècle l'établissement de l'Ecole de Paris (1767). Mais, dira-t-on, le pouvoir royal n'avait point institué l'Académie de Lyon sans y avoir été sollicité. Comment se fait-il que cet acte soit resté sans effets ?

A défaut de documents précis, nous pouvons supposer, en cette affaire, quelqu'un de ces mystères dont fourmille notre histoire municipale. L'initiative d'une reconnaissance officielle était peut-être partie des « gens du roi », de l'intendant ou de la sénéchaussée, et le Consulat se tenait coi, heureux d'un insuccès et attendant le moment de reprendre l'affaire. Peut-être aussi le projet

(1) Discours de M. Jules Gimbcm, préfet du Rhône, à la distribution des prix de l'École, 1887.

A. BLETOX.

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soumis à la sanction souveraine comportait-il une allocation prélevée sur les deniers royaux, ainsi que le prévoient les actes suivants; or le roi, qui commençait à être aux prises avec les difficultés financières, ne donnant rien, le Consulat estimait qu'il n'y avait rien de fait.

Quoi qu'il en soit, au cours de la première moitié du xviue siècle, il se forme un enseignement, modeste d'abord, mais qui prend peu à peu des proportions satisfaisantes. Le professeur Douët tient un cours pour la fleur, subventionné par la ville. D'autre part, une Société des Amateurs des Arts avait fondé une petite école pour l'enseignement des principes du dessin. Aussi voit-on surgir le projet auquel nous avons fait allusion plus haut, d'ouvrir une classe pour la bosse et la figure. Les promoteurs ne devaient pas s'en tenir là, et le modelage eut bientôt sa place dans le programme. Désormais, l'enseignement est complet, hormis la géométrie et l'architecture qui viendront un peu plus tard.

Le mouvement est certainement dû à la Société des Amateurs des Arts. C'est une preuve qu'en dépit des reproches d'indifférence, si souvent adressés à la bourgeoisie lyonnaise, il s'est toujours trouvé, dans notre cité, des hommes épris de la cause de l'art, et payant de leur temps et de leur bourse.

En 1756, l'intendant Ber tin constatait, dans un mémoire, « le succès marque qui répondait aux espérances qu'on avait conçues de la nouvelle école. » Il demande qu'une somme de }.ooo livres, prélevée sur les droits payés par les étoffes et les dorures étrangères, soit attribuée à l'institution : on sait que la ville de Lyon était fermière de la douane des soies. Le Consulat, de son côté, accordait quelques subventions pour les frais de chauffage, éclairage et entretien. En 1763, après le départ des jésuites, la municipalité s'était réservé, dans le Grand-Collège, une chapelle située sous la bibliothèque, côté du midi, laquelle avait appartenu à une confrérie supprimée, dite des « Grands Artisans. » Le local fut divisé en deux dans sa hauteur, comme il l'est encore : le Collège des médecins occupa le rez-de-chanssée ; l'Ecole de dessin fut installée au-dessus.

La classe de figure dont nous avons déjà parlé avait été confiée au peintre Nonnotte. qui semble avoir été l'âme de cette organisation. Plusieurs écrivains

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n'hésitent pas à reconnaître que l'école de Nonnotte a servi de modèle à toutes celles qui se sont organisées depuis. Il avait pour adjoint Villonne, qui lui succédera. Perrache était chargé de la classe, de sculpture, et Péguon, de la fleur.

Les appointements des professeurs étaient de 700 livres. Le traitement des maîtres de peinture et de sculpture paraît avoir été à la charge de la Société des Amateurs, ainsi qu'un crédit de 500 livres, affecté à l'entretien d'un jardin — probablement situé à Vaise — où se cultivaient les fleurs nécessaires aux élèves. C'était une création à peu près indispensable, à une époque où il n'eût pas été possible de trouver en ville les matériaux que réclame une classe de fleur.

Il se produit, à la date de 1 ~6.\ , une proposition bien faite pour nous sembler singulière : c'est l'ouverture d'un cours en trois années, pour des jeunes filles de quatorze à quinze ans, auxquelles on apprendrait la peinture des fleurs sur tissu de soie. Le professeur en admettrait successivement trente, chaque année; ce qui porterait le nombre total à quatre-vingt-dix. Comme ce personnel devait être recruté parmi les orphelines de l'Aumône générale, et qu'en venant à leur travail, les jeunes filles devaient apporter leur nourriture, le professeur se bornait à leur promettre 4 sols par jour pendant la seconde année, 8 sols pendant la troisième; la première année était à titre d'apprentissage.

Une proposition de même nature est formulée, le 19 mars 1765, par « le sieur Lasalle », dessinateur. Il offre d'enseigner, pendant six ans, à vingt-quatre jeunes filles de neufàdixans, l'art de peindre en étoffes unies, mélangées ou moirées. Les leçons auraient lieu tous les jours, hormis dimanche et jeudi, de 2 à 5 heures, avec vacances du 1 5 septembre au 1 5 novembre. Ces élèves recevraient, au terme de leur instruction, une gratification de 1 ço livres.

Ceci témoigne qu'à un moment, les étoffes peintes furent en grande vogue. On avait pensé appliquer aux tissus de soie le mode employé pour les tissus de coton, qui furent d'abord décorés à la main avant de l'être par l'impression. Mais il est probable que les résultats, en ce qui concerne les soieries, furent peu satisfaisants et que l'industrie dut renoncer à ce procédé.

C'est en 1676, avons-nous dit, qu'est intervenu le premier acte du pouvoir central. Par une coïncidence remarquable et peut-être unique dans l'histoire d'une institution, c'est en 1776, juste cent ans après, que fut pris l'arrêt qui organise définitivement l'École de Lyon, et ce sera en 1876 qu'un décret lui donnera la forme que nous lui voyons.

A. BLETON.

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Voici comment débute l'arrêt d'octobre 1776 :

« Article premier. — L'Ecole de dessin et de géométrie pratique, formée depuis plusieurs années dans la ville de Lyon, en faveur des jeunes gens qui se destinent aux beaux-arts, aux arts mécaniques et aux différents métiers, est et demeure établie sous le titre d'Ecole royale gratuite de dessin et de géométrie. »

L'administration est confiée à un bureau composé de l'intendant de la province et du prévôt des marchands, administrateurs-nés, et de dix notables qui seront nommés, les premiers par le roi, les autres au fur et à mesure des vacances, par le bureau lui-même, à la pluralité des voix et au scrutin. Les places de professeurs seront données au concours et sont à la nomination du bureau. Il y a quatre titulaires et quatre adjoints : figure, modelage, géométrie, fleur et ornement ; à ces classes supérieures est annexée une classe de principes.

Une somme de 5,000 livres est assignée à l'entretien de l'Ecole, prélevée, pour une moitié, sur la caisse des étoffes étrangères, et pour l'autre, sur les revenus municipaux. L'arrêt autorise, en outre, l'Ecole à recevoir « tous legs et donations qui auraient pour objet son avancement, son soutien et sa décoration. » Enfin, il est dit que l'École est établie et sera logée à perpétuité « à l'hôtel commun ». Que si nous voulons connaître l'emploi du crédit ouvert à l'Ecole ainsi réorganisée, nous trouverons que les quatre professeurs principaux reçoivent un traitement de 700 livres, le professeur de principes 600, les adjoints chacun 1 50. De plus, 1 ,800 livres sont affectées au chauffage, à l'éclairage, aux frais de modèles et aux prix. Soit, au total : 5,000 livres.

Notons, toutefois, que certaines difficultés durent entraver le fonctionnement de l'institution ; car un arrêt du Conseil, rendu à la sollicitation de l'intendant et du prévôt des marchands, intervint encore à la date du 1 1 août 1870. Mais, sauf l'enseignement de l'architecture qui est joint à celui de la géométrie, rien ne paraît avoir été innové par ce dernier acte administratif.

Jusqu'à la Révolution, les classes de dessin, sculpture, fleur et principes, se sont tenues à l'Hôtel de Ville, dans un des pavillons de la petite cour; la classe de géométrie pratique et d'architecture, dans le bâtiment du Concert.

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Nous avons tenu à exposer sommairement les origines de l'École, parce qu'elles nous semblent peu connues et qu'il s'y trouve, à notre avis, de précieuses indications. C'est, tout d'abord, une œuvre d'initiative privée à laquelle les pouvoirs locaux et l'autorité supérieure apportent leur sanction et leur appui : caractère commun à toutes nos institutions lyonnaises et qui ne pouvait manquer à cet établissement. En second lieu, tout nous montre que la pensée première de cette création fut de fonder un enseignement d'art appliqué à l'industrie, sans exclure les études, non pas d'un ordre plus élevé, mais d'un ordre autre. L'utilité de cet enseignement était tellement sentie qu'aussitôt après la tourmente révolutionnaire et dès l'an VI, une école de dessin industriel est rétablie. Un décret du 25 germinal an XIII (16 avril 1805) approuve cette restauration, et, en 1807, l'école est érigée en École nationale cl spéciale, avec classe de peinture, de sculpture, de fleur et de principes. L'année suivante, on y joint une classe de mise encarte, et peu après une classe d'architecture. La classe de gravure date de 1833 seulement; l'enseignement de l'art décoratif fut introduit en 1854, sous le nom de classe d'ornement.

Mais la constitution définitive de notre Ecole est due au décret du 1 décembre 1876, rétablissant l'ancien bureau dont nous avons parlé, sous la forme d'un Conseil d'administration investi de fonctions analogues, quoique un peu diminuées. Après avoir traversé des phases relativement brillantes, l'institution, pour les esprits clairvoyants, donnait des signes de décadence visible. Personne n'ignore que c'est, en grande partie, à M. Aynard que revient le mérite de cette œuvre de réorganisation, grâce à laquelle l'enseignement a reçu une impulsion plus vive, plus conforme aux traditions et aux véritables intérêts artistiques de la cité.

Dans le décret, il n'est pas fait mention pour l'Ecole, de l'aptitude à recevoir des dons et legs. Mais cette capacité lui est, de droit, conférée par la loi du 1 1 floréal an X, qui l'étend à tous les établissements d'instruction publique, d'ordre supérieur. La Société des Amis des Arts, qui s'est dissoute récemment, se propose, au moyen de l'excédent de son actif, de doter l'Ecole d'un prix à décerner chaque année : ce sera la première application du principe.

Aujourd'hui l'Ecole compte dix professeurs, plus deux préparateurs ou répétiteurs. Il est fait aux élèves des cours d'anatomie appliquée aux beaux-arts, d'histoire de l'art et d'archéologie, de géométrie descriptive et de mathématiques. Quant au cours de mise en carte, il a complètement disparu depuis trente ans bientôt. La place de cet enseignement technique n'est point dans une école

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d'art, et c'est sous l'impulsion d'un sentiment, inconscient peut-être, mais bien justifié, que la mise en carte, fondue d'abord dans un cours de composition applicable à l'industrie, a été finalement éliminée.

En effet, beaucoup de personnes inclinent à regarder une école des beauxarts comme une maison d'apprentissage où, en classant les jeunes gens en autant d'ateliers qu'il y a de branches de l'art, on leur montre un métier. Beaucoup s'étonnent aussi que le même enseignement initial soit imposé au peintre, au sculpteur, au décorateur, à l'architecte, et restent un peu interdits, lorsque vous leur laites observer que les principes du dessin sont uniformes pour tous les artistes, comme les règles de l'orthographe et de la syntaxe pour tous ceux qui écrivent. Les professeurs eux-mêmes n'ont pas toujours été assez persuadés de cette vérité, pourtant si simple.

De là, tant de fausses impulsions et tant d'éducations incomplètes. C'est par un enseignement fortement discipliné que notre Ecole des Beaux-Arts s'est relevée de l'état de défaillance où elle était un moment tombée; c'est en introduisant le même esprit de méthode et de direction dans nos Ecoles municipales de dessin, que les promesses brillantes de ces écoles se changeront avant la prochaine Exposition universelle en résultats effectifs.

La classe de peinture de l'École des Beaux-Arts avait envoyé plusieurs figures peintes ou dessinées, dont trois exposées dans le vestibule du Palais des Beaux-Arts et les autres empilées dans des cartables. Tout le monde a pu remarquer combien était exigûe la place concédée aux écoles d'art. Les quelques châssis appendus. seules pièces offertes aux regards du public, ne pouvaient donner une idée des travaux, et c'est en feuilletant les collections du premier étage, qu'il devenait possible de faire une étude complète. Les académies dessinées d'après le modèle vivant, sont, d'ailleurs, la partie la plus remarquable de l'envoi fait par les élèves de M. Poncet, le collaborateur d'Hippolyte Flandrin.

Pour la sculpture, la nature des travaux ne permettait pas même cette ressource d'un appoint de documents, dans les galeries du haut. Deux bustes et trois panneaux décoratifs représentaient seuls une classe qui se tient pourtant au

premier rang et qui, depuis trois années consécutives, a l'honneur de fournir le lauréat du prix de Paris. On sait que, chaque année, à la suite d'un concours en loges, un élève de l'Ecole — peintre, sculpteur, graveur ou architecte — - est envoyé, pour trois ans, à l'Ecole des Beaux-Arts de Paris, nanti d'une pension que paient en commun l'État et la ville de Lyon.

L'enseignement de M. Dufraine offre ceci de particulier, qu'on trouve toujours, à la tète de sa classe, deux ou trois élèves dont les travaux se tiennent de si près, par ordre de mérite, que le jury est chaque fois embarrassé pour classer les concurrents à la fin de l'année scolaire. Aussi la médaille décernée à ce professeur, à l'Exposition universelle, lui a prouvé en quelle estime son enseignement est tenu.

Dans le même panneau que la peinture et la sculpture, figurait un des bons ouvrages de la classe d'architecture, dirigée par M. Louvier : un projet de bibliothèque et musée. Car il est de tradition que, dans les écoles, les élèves architectes font tout le temps des monuments : l'emplacement est toujours à souhait et, du coût de l'exécution, il n'est jamais question. De cette éducation il leur reste, pour la vie, une tendance à faire grand, et c'est, sans doute, la raison pourquoi votre architecte dépense régulièrement mille francs où vous n'en vouliez dépenser que trois cents.

Plaignons, toutefois, l'élève architecte. Un des côtés fâcheux de son art, c'est que le plan le mieux ordonné reste lettre close pour le public. Tout au plus, les profanes pourront-ils apprécier le profil heureux d'une façade ou certains détails ingénieux, mais il faut des connaissances techniques pour juger du reste. Seul de tous les artistes, l'architecte est dans l'impossibilité de présenter autre chose qu'un tracé hiérioglyphique de l'œuvre qu'il a conçue. Ce qui explique — nous pouvons bien le dire entre profanes — tant de déceptions pour nous et pour l'architecte lui-même, lorsque son projet arrive à réalisation.

A. BLETON. - ENSEIGNEMENT DES ARTS DU DESSIN

Les travaux des classes de fleur et d'art décoratif ont été remarqués entre tous, par les hommes compétents. C'était la première (ois, en effet, que l'École de Lyon se manifestait par de véritables œuvres d'art susceptibles d'applications industrielles. La voie des traditions glorieuses était enfin retrouvée, et le premier pas était un pas de maître.

La nature est, pour l'artiste, la source de toute inspiration ; mais l'art a pour mission de rapprocher le réel de l'idéal, et c'est justement lorsqu'il veut embellir et anoblir les objets à l'usage des hommes, que l'art doit être plus soigneux que jamais d'associer ces deux éléments, allant du réel à l'idéal et revenant de l'idéal au réel. Il y réussit en s'attachant à reproduire scrupuleusement les oeuvres de la

nature, dans leur ensemble d'abord, puis dans leurs détails, et en cherchant à dégager de chacune de ces œuvres, plantes ou animaux, les caractères typiques de l'espèce. Les lignes essentielles du modèle choisi sont seules retenues ; inscrites dans des contours çéométriques, assouplies au caprice de l'artiste ou aux nécessités du sujet, ces formes caractéristiques, bien loin de faire oublier la nature, devront, au contraire, plus fortement ramener l'œil et la pensée au type originel qui en a été le point de départ.

Prenons, comme exemple, trois fleurs dont la structure offre une certaine parenté : marguerite, coréopsis et chrysanthème des jardins. Lorsque l'artiste cherchera à les styliser — c'est le terme adopté — il constatera que les pétales de la marguerite se développent sous forme de rayons allongés; les pétales du coréopsis s'inscrivent dans un triangle et ceux du chrysanthème dans un rectangle. D'où trois genres de stylisation, troismotifs de décoration très différents bien qu'issus de fleurs ayant de grandes analogies. Styliser, c'est donc exagérer

Fenouil.

LYON A L'EXPOSITION UNIVERSELLE DE I uOQ

les caractères naturels; c'est, selon l'expression d'un maître en cet art délicat, faire « une caricature élégante », en pliant à des formes mathématiques un schéma tiré de la nature.

Les contours extérieurs ne sont pas seuls à fournir matière à stylisation. Il y a les nervures et la structure intime; le dessous de quelques feuillages — du croton,-par exemple — peut, par sa bigarrure, offrir un thème à de riches variations. La couleur elle-même, moyennant certaines outrances ou certaines

interprétations, produira des effets inattendus. La stylisation tirée de la couleur est qualifiée de féminine, par opposition à la stylisation de la ligne, dite masculine. De ces deux interprétations savamment combinées, résulte une harmonie d'autant plus intense que l'accord sera plus complet.

Là est tout le secret de l'attrait captivant qu'exercent sur nous les compositions décoratives, appliquées aux objets les plus vulgaires : une pièce de vaisselle, un fragment de carrelage, un lé de tissu. Dans la nature, tout est

BLETON.

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noble, et pour idéaliser les documents qu'elle nous prodigue, il suffit d'un effort sincère et bien dirigé. Chacun des peuples qui se sont fait un nom dans l'art a demandé son inspiration à la flore, à la faune, aux accidents du sol natal : pour

l'antique Egypte, c'est le lotus, le palmier, l'ibis ; pour la Grèce, l'acanthe, le laurier et les méandres de l'Eurotas; pour l'Orient, la grenade et le lion; pour les Indous, la vigne, l'œillet et la rose. En France, l'art du moyen âge a,

suivant les provinces, emprunté ses motifs au lierre, au trèfle, au chardon, aux eaux et aux bois. C'est à ces saines et fécondes traditions que la jeune

srénération de nos décorateurs tend à revenir.

Est-il rien de plus commun chez nous que l'ancolie aux feuilles trilobées, le fenouil à la tige fuselée et la rave épanouie en fleurs d'un or pâle? Voyez quel parti ornemental les élèves de M. Castex Dégrange ont su tirer de ces végétaux répandus à profusion par la nature. Et encore ne pouvons-nous ici traduire les riches et fantaisistes colorations auxquelles se prêtent ces simples documents : c'est la stylisation masculine réduite à ses propres moyens. L'ancolie groupe ses fleurs et ses feuilles en une bordure magistrale; le fenouil se courbe en un rinceau de l'effet le plus décoratif, et la prosaïque rave s'agence elle-même en un motif que le plus délicat n'oserait traiter de banal.

BLETON.

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Dans une autre composition, les deux règnes, végétal et animal, s'associent (p. bandeau en tête de ce chapitre.)

Le héron au long bec, emmanché d'un long cou, le feuillage de l'arum sauvage et le panache échevelé d'une graminée fournissent les éléments d'une décoration où la nature se retrouve avec tous ses caractères, mais pliée par l'art aux exigences du sujet.

Ces principes, qui sont les seuls justes puisque, seuls, ils satisfont à la fois le besoin du vrai et le sentiment du

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