‹ Lyon à l'Exposition universelle de 1889 (volume 2)Chapitre 24 sur 97 · STYLISATIONS · texte numérisé non relu

STYLISATIONS

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A. BLETON.

ENSEIGNEMENT DES ARTS D'J DESSIN

beau, ont été trop longtemps méconnus. Tous nous avons encore présents à l'esprit ces tissus chargés de fleurs et de fruits que l'artiste arrangeait comme s'il se fût agi d'un tableau. Entre une peinture ou un pastel, tendu dans son cadre et accroché à la hauteur des yeux, et une robe qui flotte en plis mobiles, il n'existe pourtant aucune assimilation possible. Discerner et choisir est une condition essentielle de l'art, sinon la photographie brutale serait supérieure à toutes les productions du génie humain.

Il est dur d'avouer que le mauvais exemple était parti de haut. Les Gobelins avaient dévoyé le goût, en s'ingéniant à reproduire des peintures de maîtres, et des gens qui eussent passé indifférents devant les œuvres originales, se pâmaient d'aise à la vue d'une copie exécutée à la navette. C'est ainsi que des effets de flûte obtenus sur le violon semblent à quelques-uns le nec plus ultra de l'art musical; si le virtuose pouvait imiter le trombonne sur la chanterelle, l'enthousiasme n'aurait plus de borne.

Cette singulière façon de concevoir le rôle de l'art n'est nullement celle de M. Hédin, directeur de l'Ecole de Lyon. On sait qu'il est en même temps professeur de la classe d'art décoratif et qu'il partage avec M . Castex-Dégrange l'enseignement des applications industrielles (1). M. Hédin y apporte tout le goût d'un artiste et toute la précision d'un architecte. Les natures possédant ce double tempérament sont assez rares. Il ne faut pas moins, cependant, pour faire un décorateur; car l'art décoratif est fils de l'architecture, comme les fleuves.de la mer, et, pareil aux fleuves, il doit retourner à son point de départ.

Qu'il s'agisse d'un meuble, d'un vase ou d'une tenture, vous rencontrerez, dans toutes les compositions des élèves, cette valeur de la ligne, cette harmonie des tons, cette mise au point qui constituent la décoration véritablement artistique. Les styles sont scrupuleusement observés et il ne se produit aucun de ces mélanges bâtards où des époques se heurtent et se combattent, semblables à des choristes qui chanteraient des airs différents. Ce côté scientifique de l'art, trop de nos artistes l'ignorent encore. Le cours, professé par M. Bayet, a justement pour objet de donner aux futurs artistes ces notions indispensables que des études historiques et archéologiques peuvent seules leur fournir. Une restitution, particulièrement remarquée, du Monument choragique de Lysicrate a montré quels fruits les élèves peuvent retirer de cet enseignement.

(1) Les bandeaux aux armes de la ville de Lyon, qui figurent dans cet ouvrage, sont la reproduction de deux compositions décoratives exécutées dans la classe de M. Hédin.

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C'est ici le lieu, puisque nous parlons des cours annexes, de mentionner le nom de M. le docteur Léon Tripier, qui occupe d'une façon si magistrale la chaire d'anatomie à l'École des Beaux-Arts. Une part des succès de nos élèves peintres et sculpteurs revient assurément à l'éminent praticien. A qui ne connait de l'homme que le « mannequin » extérieur, sans qu'on lui en ait découvert et fait étudier les ressorts intimes, il sera toujours difficile de traduire, dans ses créations, le sentiment de la vie et de la réalité.

Si l'enseignement de Panatomie est nécessaire au peintre et au sculpteur, les principes de la stéréotomie ne le sont pas moins à l'architecte et ceux de la perspective à quiconque se réclame du titre d'artiste. Le dessin, a-t-on dit avec raison, est la probité de l'art; mais le dessin ne vaut que par l'observation rigoureuse des lois qui régissent les distances et les rapports des corps entre eux : c'est M. le professeur Girardon qui est chargé de démontrer aux élèves ces vérités trop souvent mises en oubli.

Toute cette partie des travaux de l'Ecole est très intéressante à suivre pour quiconque s'occupe d'enseignement. Ce sont les armatures et les points d'appui d'un édifice dont le public n'est appelé à connaître que la montre extérieure. On peut y joindre, au même titre, les ouvrages des classes de bosse et de principes, où débutent, moyennant une préparation commune, les futurs élèves des classes supérieures et spéciales. Qui, d'entre ceux de la génération mûrie sous sa direction, méconnaîtrait tout ce qu'il doit à la méthode précise, ferme et nette de M. Danguin, l'éminent graveur, chargé de la division de bosse? Ce n'est que justice de citer aussi M. Loubet et son adjoint pour la partie géométrale, M. Péreyron.

En arrivant aux classes de principes, nous nous trouvons peu à peu au niveau moins élevé, mais non inférieur, où siègent nos Ecoles municipales de dessin. Vulgariser ce langage universel qui parle aux yeux et fournit au moindre artisan les moyens de traduire, pour lui et pour les autres, sa pensée : c'est le but que s'est proposé la ville de Lyon, en créant les sept Ecoles dont les travaux figuraient en bon rang à l'Exposition universelle.

A. BLETON.

ENSEIGNEMENT DES ARTS DU DESSIN

A ces Écoles il faudrait peu de chose pour en faire des institutions de premier ordre. Directeursetprolesseurssont bons, quelques-uns même excellents; beaucoup d'entre eux sont jeunes et en pleine période d'activité. Mais si le talent est un facteur indispensable en matière d'enseignement artistique, la méthode pédagogique ne saurait être négligée, sous peine de n'avoir que des ateliers, là où l'on voudrait des écoles. L'art, pour sûr, ne s'apprend pas comme la grammaire et l'arithmétique. Encore faut-il qu'il y ait un plan général d'études, que tout ne soit pas livré à l'improvisation et abandonné à l'initiative individuelle de chaque maître; encore faut-il que la diversité ne confine pas à la divergence.

Le jour où une direction sage et prudente aura donné à nos Ecoles municipales de dessin cet appoint de cohésion et de force qui leur manque, Lyon n'aura plus rien à envier. A côté de l'École des Beaux-Arts, dont l'accès semble réservé aux jeunes gens pour qui l'art doit être une profession, la ville de Lyon possédera un ensemble d'institutions de second rang, non moins bien ordonnées, non moins fécondes en résultats, ouvertes à tous les travailleurs et préparant à l'industrie lyonnaise des succès de plus en plus marqués.

LISTE DES RÉCOMPENSES

Classe 5 bis.

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