‹ Lyon à l'Exposition universelle de 1889 (volume 2)Chapitre 31 sur 97 · I IO · texte numérisé non relu

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seulement un juste tribut d'admiration donné à un enfant du pays qui fut un grand esprit et un noble cœur, c'était le signe manifeste et durable de l'évolution bienfaisante qui s'est produite en ce siècle dans les idées de la société lyonnaise. Elle a compris que l'industrie et le commerce, en abandonnant aux études désintéressées quelques intelligences d'élite, regagneraient au centuple ce qu'elles paraîtraient avoir perdu; qu'encourager la science et les lettres, c'était accroître indirectement la richesse publique et élever le niveau de la moralité générale, qui n'est pas moins nécessaire que la richesse. L'exemple d'Ampère était concluant : elle a tenu à proclamer très haut qu'il serait suivi. Et il le sera.

C'est aux sociétés savantes de la cité qu'il faut attribuer le mérite de cette heureuse évolution. Elles sont toutes, à l'exception de l'Académie qui remonte au début du siècle dernier, de création récente. Par des moyens différents, avec des ressources variables et des statuts parfois opposés, elles ont concouru au progrès, à la naissance même de la recherche scientifique, à Lyon, sous toutes ses formes. Les unes ont conservé la constitution ancienne des académies provinciales, accessibles à un très petit nombre de membres, recrutées par cooptation; les autres se sont, dès le début, largement ouvertes à toutes les bonnes volontés. Les premières, flattant la vanité, ont été les plus riches; les secondes, plus pauvres, ont suppléé à l'exiguité des cotisations par le nombre : toutes ont été également bienfaisantes.

C'est d'abord l'Académie des Sciences, Arts et Belles-Lettres qui est en correspondance avec les académies du monde entier, subventionne les recherches scientifiques, encourage les travailleurs et publie des mémoires qui, comme ceux de MM. Allmer et Dissard sur les fouilles de Trion, sont des oeuvres véritables. — C'est ensuite la Société d'Histoire Naturelle et Agriculture, organisée d'une manière analogue, qui a publié les travaux remarquables de MM. Arloing, Locard, Cornevin, Saint-Lager et groupé tous ceux qui, à Lyon, s'occupent de science agricole et d'histoire naturelle. — La Société de Médecine a été, longtemps avant l'institution d'une Faculté de médecine, le centre de ralliement des savants de la ville en cette spécialité, et ses Annales, une publication scientifique qui faisait honneur au corps médical de la cité.

La Société Littéraire a été, dans ces dernières années surtout, une sorte de Société d'histoire lyonnaise qui, parmi les Sociétés d'histoire provinciale, occupe un rang honorable. La Société Botanique et la Société Linnéenne, l'une beaucoup plus jeune que l'autre, se sont proposé la connaissance des richesses naturelles que renferme le bassin du Rhône, et, par des publications importantes, ont rempli

E. BOURGEOIS. L'ENSEIGNEMENT A LYON EN I 83o

leur programme. — L'Association Lyonnaise des Amis des Sciences naturelles s'est constituée auprès du Muséum, par l'initiative de son directeur, le docteur Lortet, pour enrichir encore cet établissement, déjà si riche. — La Société d'Anthropologie est une des premières qui ait été fondée en ce pays, à l'appel de Broca, et l'une de celles dont on fait le plus de cas à l'étranger : le nom de son secrétaire général, M. Chantre, est un sûr garant de son avenir et de ses services. — - La Société de Géographie est certainement la première en date des sociétés provinciales de cette sorte : par son bulletin, sa bibliothèque, ses conférences fort recherchées, elle met le public lyonnais au courant des découvertes géographiques, encourage les voyageurs, et leur offre le moyen d'exposer le résumé de travaux qu'ils ont poursuivis aux dépens de leur vie, pour la vérité et la patrie. — ■ La Société des Sciences Médicales joint ses efforts à ceux de la Société de Médecine, et publie avec elle le Lyon- médical. — Enfin la Société d'Economie Politique, puissante et riche, parce qu'elle a fait appel à tous les grands industriels, banquiers et commerçants de la cité, est un levier considérable de progrès, un moteur d'activité intellectuelle dans le monde du travail : elle l'éclairé, le guide et l'encourage.

Ainsi, sciences historiques, géographiques, médicales, naturelles, science de la richesse, de la terre et de l'homme, toutes les sciences humaines ont, à Lyon, leurs représentants, leurs apôtres, leurs bienfaiteurs. Sait-on qu'elles disposent, dans cette cité généreuse, et par la libéralité des particuliers seulement, d'un budget annuel de près de quarante mille francs, qu'elles ont à leurs services près de douze publications différentes! Sans doute, il vaudrait mieux pour la science que ces Sociétés formassent un faisceau plus étroit : moins nombreuses ou plus rapprochées, elles lui rendraient plus de services encore. Mais elles lui en ont rendu, en ce siècle, un du moins, entre tous, qui est inappréciable : elles l'ont mise en honneur dans une cité qui autrefois ne la connaissait pas, ne la pratiquait pas, la redoutait même. Elles ont défriché un terrain jusque-là inculte, où s'élève déjà, grâce à la fécondité naturelle du sol, aux sacrifices de l'Etat, de la Ville et des particuliers, un grand arbre aux rameaux puissants, à l'ombre duquel le générations viendront se reposer du labeur du jour, l'arbre de science et de vérité.

Sur ce terrain, en effet, il se fait à l'heure présente, une expérience qui peut être décisive pour, l'avenir de la cité et de notre pays en général. Reprenant une tradition glorieuse de l'ancienne France, l'Etat a reconstitué en province un enseignement supérieur qu'au siècle dernier il avait abandonné, et

qu'en ce siècle il n'avait pas encore songé à rétablir. Rompant d'autre part avec une tradition mauvaise de despotisme administratif, il a donné à ces Facultés nouvelles le droit et le moyen de se gouverner elles-mêmes. Aussitôt, à Lyon, les professeurs du haut enseignement public ont compris les devoirs que leur créait cette liberté même; ils ont cherché à connaître les besoins et les intérêts de la cité pour les servir, justifier les services qu'ils en avaient reçus et fonder un jour sur cette réciprocité de bienfaits une grande institution durable. L'élan a été donné à la Faculté des Sciences, par la création d'un service horaire et météorologique, d'une école des hautes études de chimie industrielle, dans les Facultés des Lettres et des Sciences par le concours que donnent leurs professeurs à la Société d'Enseignement professionnel et au Cercle Commercial, à la Faculté de Médecine par les services rendus aux hôpitaux de Lyon.

Les professeurs des différents ordres, pour s'aider dans cette œuvre de leurs relations, s'éclairer mutuellement de leurs avis, se sont rapprochés les uns des autres et leur union a été plus étroite qu'elle n'est peut-être nulle part ailleurs en France. C'est pour affirmer cette cohésion, et non par une maladroite imitation du passé ou de l'étranger qu'ils réclament aujourd'hui le titre d'Université. C'est enfin pour avoir droit de cité à Lyon, pour se rapprocher de la ville aussi intimement qu'ils se sont rapprochés les uns des autres, qu'ils veulent devenir membres non de telle ou telle Faculté de l'Etat, mais de Y Université de Lyon. Ils prétendent être non seulement dans la ville, mais de la ville.

L'année 1&89 sera plus tard une grande date dans l'histoire des hautes études à Lyon; car les Lyonnais auront, cette année, entendu le premier appel qui ait été adressé en France par les professeurs de l'Etat aux hommes soucieux de la grandeur morale et intellectuelle du pays, en faveur de l'enseignement supérieur. Et le nombre est bien plus grand que par le passé, des Lyonnais capables d'écouter cet appel. Fondée il y a un an à peine, la Société des Amis de l'Université lyonnaise compte déjà près de six cents membres. Elle a son programme très net et l'ambition très noble de mettre la science lyonnaise au rang où se sont élevés depuis longtemps l'industrie et le commerce de la cité. Elle peut déjà raconter le bien qu'elle a fait, des bourses distribuées à des étudiants, des subventions à des publications qui portent au loin le nom et le renom de Y Université de Lyon. Elle espère que l'Etat, frappé des bienfaits de sa politique éclairée et de l'effet des libertés qu'il avait données, accroîtra les uns en augmentant les autres. Elle attend et réclame la consécration officielle de V Université de Lyon; elle compte enfin que la cité tout entière viendra à ceux

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