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chefs d'industries lyonnaises. L'élan était donné : sans se soucier de l'État, qui ferait mieux et surtout plus vite, s'il savait associer à ses réformes ceux qu'il prétend servir, la ville de Lyon et toutes les classes de la cité se sont procuré à leurs frais et à leur idée l'outillage intellectuel nécessaire à leurs besoins. Elles ont mis cent années à réaliser un programme que bien des esprits entrevoyaient déjà à la fin du siècle dernier, que la France a bien des fois entrevu en ce siècle et qu'elle a par malheur trop souvent perdu de vue; mais elles l'ont, elles du moins, réalisé pleinement : c'est un rare exemple, et presque unique, d'initiative éclairée, de sagesse pratique, d'obstination dans la vérité.
A côté de cette expérience heureuse, il s'en fait, mais depuis quelques années seulement dans cette cité, une seconde qui n'aura pas moins d'importance, pour son avenir et pour l'avenir de la science en notre pays. Lyon, ville commerçante et industrielle, a été longtemps rebelle et presque hostile aux institutions de haut enseignement. Elle n'avait pas sous l'ancien régime d'Université et craignait d'en avoir. L'esprit lyonnais s'est heureusement transformé à cet égard depuis quelque temps : la municipalité lyonnaise a construit en 1876 un véritable palais pour les Facultés des Sciences et de Médecine. Elle a, pendant dix ans, entretenu à ses frais des Facultés de Médecine et de Droit qui, du premier coup, grâce à ses largesses, ont pris le premier rang parmi les Facultés similaires de France. Elle a institué des cours municipaux dans les autres. Aucun effort ne lui a paru trop considérable pour rattraper le temps perdu, aucun sacrifice trop lourd pour donner enfin à la cité la puissance scientifique et intellectuelle qui convient à la seconde ville de France. Son Muséum est aujourd'hui un des premiers d'Europe, son Observatoire, un des mieux outillés qu'il y ait chez nous ; et ses collections botaniques comptent parmi les plus belles. Tout récemment encore, la municipalité a donné un rare exemple de libéralisme éclairé en remettant la direction de ses bibliothèques à une commission d'hommes spéciaux, qui, ailleurs, est purement consultative, et qui a reçu ici de pleins pouvoirs et de larges ressources pour réorganiser et entretenir ces dépôts précieux, la demeure sacrée « des honnêtes gens des siècles passés ».
Tout le monde à Lyon a applaudi à ces efforts. On a compris que les villes enrichies par leur travail ne tarissent pas les sources de leur richesse en favorisant les travaux de l'esprit, qu'elles créent au contraire comme des réservoirs d'idées et de progrès, d'où découleront par la suite, à travers mille canaux souterrains, et avec une régularité féconde, de nouveaux éléments de prospérité. Il y a deux ans, Lyon élevait une statue à Ampère. Ce monument n'était pas