INSPECTION DES ÉCOLES
Rapport de M. Ragot, inspecteur primaire à Lyon, indiquant le système suivi pour l'inspection des écoles primaires et la direction imprimée aux études.
Récompense : Médaille de bronze.
Cette brève analyse suffit pour se rendre compte de l'esprit qui préside au développement de l'enseignement primaire à Lyon. Nos instituteurs ne se contentent pas de suivre par routine les sentiers battus et de s'inspirer uniquement des anciennes méthodes. Ils veulent faire d'eux-mêmes, ils cherchent à créer de nouvelles formules didactiques, ils rompent avec le passé, ils ne craignent pas les innovations souvent heureuses et cette activité intellectuelle, dans toutes les branches de l'enseignement, est aussi profitable aux élèves qu'aux maîtres eux-mêmes.
L'instituteur n'est plus le vieux maître d'école d'autrefois qui pensait avoir fini sa tâche quand il avait appris à lire aux enfants qu'on lui confiait. Il a d'autres ambitions, il veut être aussi un éducateur d'àme, il veut éveiller progressivement, rationnellement, la curiosité inquiète des jeunes esprits dont il a la charge. Il sait qu'on ne retient bien que ce qui a intéressé, et il s'efforce par la variété de ses connaissances d'attirer et de captiver l'attention de ses petits auditeurs. Ses travaux personnels témoignent aussi qu'il a conscience de sa valeur, de son véritable rôle. Les recherches qu'un grand nombre d'instituteurs ont faites dans les archives des mairies de leur commune ou de leur canton, leur ont permis de constituer de précieux trésors pour ces histoires locales jusqu'à maintenant ignorées et dont l'ensemble formera un jour la véritable histoire du pays. D'autres se sont préoccupés avant tout de l'enseignement géographique. Ils se sont efforcés de montrer cette science, si aride quand on l'étudié seulement dans la sèche nomenclature des atlas, sous un jour nouveau, en levant la carte de la
région qu'ils habitent. Beaucoup enfin ont résumé le fruit de leur expérience personnelle, de leur pratique didactique dans des mémoires qui témoignent de leur zèle intelligent, de leur bonne volonté, de leur dévouement.
Le corps des instituteurs du Rhône peut être fier justement des récompenses qui lui ont été décernées; elles sont le prix bien gagné d'un labeur incessant et le témoignage bien faible de la sympathie qu'il inspire à tous ceux qui l'ont vu à l'œuvre.
Encore à Paris n'a-t-on pu le juger que d'une façon imparfaite. Le crédit restreint qu'on avait mis à sa disposition ne lui a pas permis de faire largement les choses et de prendre un brillant essor. Mais si l'on veut juger de ce dont il est capable, il faut le voir à sa tâche, chez lui.
Une population de plus de cinquante-quatre mille enfants a passé, pendant l'année 1889, dans quatre cent trente-sept écoles, publiques ou privées, maternelles ou élémentaires, et dans six écoles supérieures, dirigées par un personnel de treize cent cinquante-neuf membres seulement.
Une observation tout à l'avantage de la valeur professionnelle de nos instituteurs est que cent soixante-neuf d'entre eux seulement ne sont pas pourvus de brevets. Sur ce nombre, on compte dix-sept instituteurs laïques, tous du reste dans les écoles privées.
Il n'est pas inutile, dans cette brève revue de l'enseignement primaire, de mentionner d'une façon spéciale la maison d'instruction où se sont formés tous ces jeunes talents qui sont l'honneur de nos écoles.
L'Ecole normale d'instituteurs compte cinquante-huit élèves dont vingt-un admis l'année dernière au concours. Sur vingt-sept élèves sortant en 1889, quatorze ont obtenu le brevet supérieur.
Les résultats obtenus par l'École normale d'institutrices sont encore plus brillants. Sur vingt-six élèves sortants en 1889, vingt-cinq ont obtenu leur brevet supérieur.
Le budget de cette école s'élève à 59,000 francs environ, celui de l'École normale de garçons à 75,000
A côté des écoles de toute nature que nous venons de citer rapidement, il faut noter, comme favorisant le développement si remarquable que l'instruction publique a reçu dans notre département, les institutions auxiliaires de l'enseignement.
Ces institutions sont les suivantes :
i° Les bibliothèques scolaires;
2° Les bataillons scolaires;
3° Les bibliothèques pédagogiques;
4° Les conférences pédagogiques;
5° Les caisses des écoles;
6° Les caisses d'épargne scolaires ;
7° Les cours d'adultes.
Quelques détails sur chacune d'elles.
i° Bibliothèques scolaires. — En 1889, il y avait 103 bibliothèques avec 14,4:55 volumes. Le nombre des prêts s'est élevé à 49,413. Il y a à Lyon trois bibliothèques pédagogiques.
20 Bataillons scolaires. — 775 élèves environ de plus de douze ans, pris dans les écoles des six arrondissements, forment un bataillon scolaire régulier.
Conférences pédagogiques. — H y a trois conférences à Lyon par année; la dernière a pour objet le choix des livres classiques; elles sont suivies avec exactitude.
Caisse des Ecoles. — - A Lyon, il n'existe pas de caisse des écoles organisée conformément à la loi du 2 mars 1882'; mais sur le budget de la Ville qui, en 1889, s'est élevé à 1,913,275 francs pour l'enseignement primaire, figurent des articles spéciaux pour les fournitures classiques, secours aux enfants (aliments et vêtements), disiribution de livrets, etc., comme il est indiqué ci-dessous :
i° Fournitures de livres, matériel 1 10,000 francs.
20 Secours aux enfants 35,000 »
3° Distribution de prix 30,000 » '. 181,608 fr.
40 Achat de cartes 5,000 »
50 Dons et legs pour livrets de fondation. . 1 ,608 »
Cette somme est ainsi annuellement dépensée et concourt puissamment à l'œuvre entreprise par d'autres sociétés parmi lesquelles il faut citer le « Denier des Ecoles ».
Caisses d'Epargnes. — En 1889 on comptait 109 caisses, 8,138 livrets et une épargne totale de 61 ,800 francs.
ENSEIGNEMENT PRIMAIRE
Cours d'adultes. — Il y a eu l'année dernière 19 cours (dont 7 de femmes) d'ouverts qui ont reçu 791 élèves des deux sexes.
La Société d'Enseignement professionnel a entretenu 1 50 cours dont 57 de femmes. Ces cours ont été fréquentés par 5,400 élèves dont 1,800 femmes.
Cette énumération suffit à montrer avec quelle généreuse émulation est partout et par tous soutenue dans notre ville la cause de l'instruction primaire. C'est là une constatation rassurante pour la vitalité et la prospérité de ce pays. Il est bien vrai de dire en effet que l'enseignement secondaire et surtout l'enseignement supérieur sont indispensables à un grand peuple. Là est la source de son activité morale, de son prestige, de son éclat extérieur ; mais il ne faut pas oublier non plus l'enseignement primaire, il est la base suprême de tout l'édifice social, la force vive de l'État, il est le bas de laine et comme l'épargne intellectuelle de la nation. C'est avec des gros sous qu'on a fait la fortune et le génie de la France.
Henri Martin.