PLAN EN RELIEF DE LYON
par Mr et Mme DESTIPS
as? N a beaucoup remarqué à l'Exposition un plan en relief au 1/20,000 de la ville de Lyon. Ce plan était dû à un jeune professeur de nos écoles municipales, M. Destips. Il offrait ceci de particulier que ses auteurs, M. et Mme Destips, étaient parvenus à vaincre une très réelle difficulté, et quoique ce plan fût à gradins, à y faire M3~siw? figurer en relief les noms les plus importants. Les routes, fortifications, les ponts et les autres détails topographiques du sol étaient également figurés en relief. Enfin un emploi habile et judicieux des couleurs et un ingénieux système de numérotage achevaient de rendre la lecture de ce plan aussi facile que celle d'une carte plane quelconque.
C'était un résultat qu'on n'avait pas atteint jusqu'alors et dont M. et Mme Destips furent vivement félicités. Leur beau travail obtint une médaille de bronze, pendant qu'un manuscrit, rédigé par M. Destips sur l'enseignement rationnel de la géographie valait de son côté à son auteur une médaille de bronze. M. et Mme Destips ne s'en sont pas tenus à ces premiers succès. Ils ont entrepris un plan en relief du département du Rhône qui n'a pu malheureusement être terminé assez à temps pour être envoyé à l'Exposition, mais qui est beaucoup plus considérable et bien supérieur à tous les points de vue au plan de Lyon.
Ses auteurs ont mis d'ailleurs deux ans à le terminer afin de joindre à la valeur scientifique de leur œuvre une véritable valeur artistique. Leurs patients efforts ont été récompensés par le résultat; leur plan du département est une véritable merveille de fini et d'exécution délicate et savante.
Inutile d'ajouter que tout le mérite revient à M. et Mme Destips, qui ont exécuté eux-mêmes tous les travaux, la construction des reliefs, le moulage, la gravure, la peinture, et notamment la préparation des cartes. M. Destips est en effet un excellent géographe et qui a fait ses preuves. Elève de M. Berlioux, dont la méthode scientifique modifia si profondément l'enseignement de la géographie, il montra pour ces études des aptitudes vraiment rares. En 1881, au Congrès de géographie de Lyon, il obtint une médaille de bronze; en 1885, au Congrès scolaire organisé à Lyon, ses travaux géographiques lui valaient le renouvellement de cette récompense. Depuis lors, chargé de l'enseignement de la géographie, à l'écoie municipale de la Croix-Rousse, M. Destips s'est toujours pénétré de cette vérité qu'on n'apprend bien et qu'on ne retient que ce qui intéresse et il s'est efforcé de rendre son enseignement intéressant en donnant à ses jeunes auditeurs une idée exacte, une vue frappante de la configuration des terrains et de la forme du sol qui jouent un rôle si considérable dans l'histoire des peuples, leurs goûts particuliers et la situation de leurs cités. Cette préoccupation l'a amené à se préoccuper de la construction des plans en relief dont nous avons parlé et à l'établissement de cartes planes donnant l'illusion du relief et des formes du sol et indiquant, au premier coup d'œil, l'altitude des lieux. Ces cartes ainsi établies seront prochainement réunies en atlas et nous ne doutons pas qu'elles ne soient appelées à rendre dans les écoles et dans les centres universitaires les plus grands services. Ainsi, par un juste retour des choses, les recherches entreprises par M. et Mme Destips dans l'intérêt de leurs élèves, le dévouement professionnel qu'ils ont apporté à leur instruction, leur vaudront une large et légitime part de réputation et de profit et bénéficieront indirectement au corps tout entier des instituteurs Lyonnais qui doit être honoré et fier de compter dans ces rangs des maîtres comme eux.
L'ÉCOLE DE COMMERCE pour les Jeunes Filles
DIRIGÉE PAR MiU LUQUIN
armi les établissements scolaires qui font le plus d'honneur qp§^ à notre ville, il faut faire figurer en première ligne l'École Iu^^Jm^ de Commerce pour les jeunes filles. Elle n'a point une ^i^fëMf^Ssi origine officielle et ne porte pas l'estampille de l'État, &/Êèà^JM maiS Cette œuvre absolument originale, telle qu'auparavant ^^-QÇQk^Qs dans aucune ville de France, il n'en existait de semblable, témoigne de ce que peut de fécond l'initiative individuelle quand elle est mise au service d'une idée généreuse et poursuivie avec autant de zèle et de dévouement que d'intelligence et de sens pratique. Il y avait en effet dans l'instruction des jeunes filles une lacune regrettable. On passait sans transition de la jeune fille riche aimant l'étude pour elle-même et pour en retirer un charme de plus en ajoutant l'élégante culture de l'esprit à ses dons naturels, à la jeune fille pauvre qui doit vivre du produit de ses doigts laborieux, qu'elle
excelle à coudre un corsage, à peindre des emblèmes ou à fabriquer des fleurs artificielles dans l'active monotonie de l'atelier. Il y avait cependant toute une classe intermédiaire de jeunes filles, dans une situation mixte, intéressante à tous les points de vue et dont on ne se préoccupait pas, les laissant aux prises avec toutes les difficultés de la vie, contre lesquelles rien ne pouvait les prémunir. On avait tenté de leur donner l'accès d'une carrière libérale et on les avait poussées dans l'enseignement. Mais bientôt les cadres ont été pleins, les nominations retardées, les listes de postulantes indéfiniment allongées, et il semblait que la société ne pût rien faire pour les jeunes filles qui n'étaient pas assez riches pour se dispenser de tout gain personnel, et pas assez pauvres pour avoir eu le bonheur d'apprendre un métier manuel. Il fallait pour songer à remédier à un aussi triste état de choses, l'infinie tendresse d'une femme et pour arriver à un résultat pratique, il fallait que cette femme d'élite mît au service de sa conviction passionnée de véritables trésors d'énergie et d'infatigable persévérance. Ce fut en 1856 que Me"e Luquin, une Lyonnaise du terroir, alors jeune institutrice conçut l'idée qu'il y avait une œuvre utile à faire, en assurant aux jeunes filles dont nous venons de parler, une éducation commerciale, capable d'offrir à leur activité de nouveaux débouchés, moins aléatoires que l'enseignement, et assurant à toutes celles d'entre elles qui le voudraient, si nombreuses fussent-elles, une carrière sûre, honorable, lucrative. Certes les difficultés ne manquaient pas ; il ne suffisait pas de créer cet enseignement, d'en préparer les programmes et d'en faire comprendre aux intéressés les immenses avantages ; il fallait plus encore, il fallait triompher de la routine, des préjugés des commerçants faire pénétrer dans le courant de l'opinion publique cette idée simple et vraie qu'à l'homme appartiennent les entreprises actives, lointaines, les travaux où la force physique est indispensable, ceux qui exigent les vastes conceptions et les responsabilités effectives mais que la femme peut trouver sa place légitime à ses côtés, comme auxiliaire fidèle, collaboratrice sûre, employée soit aux comptoirs, soit aux écritures et dans les magasins privés comme dans les grands établissements. M"e Luquin ne se dissimula pas les difficultés de sa tâche, mais elle eut la conviction, justifiée par le résultat, qu'elle les surmonterait. Elle eut foi en elle-même, en son idée, en son œuvre, et dans les heures les plus critiques, cette foi profonde sans laquelle nul succès n'est possible, ne l'abandonna jamais.
Les débuts furent modestes. L'école-type, sur le modèle de laquelle toutes