‹ Lyon à l'Exposition universelle de 1889 (volume 2)Chapitre 44 sur 97 · L ECOLE DE COMMERCE POUR LES JEUNES FILLES · texte numérisé non relu

L ECOLE DE COMMERCE POUR LES JEUNES FILLES

jeunes filles. Le commerce de détail, comme le commerce de gros en occupe un grand nombre.

Enfin quelques élèves d'élite munies des grades supérieurs académiques et du diplôme d'études commerciales, ont été, par arrêté de M. le Ministre du Commerce, déléguées au professorat de l'Enseignement technique commercial au Havre, à Amiens, à Saint-Etienne, à Toulouse ; elles vont collaborer par leurs efforts à la mission poursuivie par leur directrice.

Les services rendus par l'Ecole ont été récompensés.

Les Ministres du Commerce et de l'Instruction publique lui ont accordé leur tout puissant patronage et l'ont dotée de subventions annuelles. Des médailles l'ont signalée à l'attention publique aux Expositions universelles. Les récompenses accordées au personnel sont venues aussi encourager le dévouement le plus absolu.

Depuis de nombreuses années, M"e Luquin a l'honneur d'être Officier de l'Instruction publique; ses travaux personnels sur l'Enseignement commercial, publiés pour compléter son oeuvre, ont eu la sanction de l'Académie des sciences morales et politiques et ont obtenu un prix de l'Institut.

Mlle Coste, sous-directrice de l'École, collaboratrice de l'œuvre à laquelle elle s'est vouée tout entière depuis près de vingt-cinq ans, a, depuis plusieurs années, les Palmes académiques accordées aussi à M"e Grivet et à MmeEssertail, toutes deux adjointes professeurs depuis la même époque.

Viennent enfin les récompenses accordées à l'Exposition de 1889.

C'est qu'elle était très remarquable cette Exposition qui comprenait les travaux des élèves, collections géographiques, enseignement théorique et pratique de comptabilité, comptes-rendus de l'École depuis sa création; méthodes, programmes, travaux personnels de M"c Luquin publiés en 1859 et en 1883 pour faciliter le développement de cette oeuvre moralisatrice et tracer la voieaux jeunes professeurs ; enfin le Livre d'Or de la Maison renfermant l'historique et la statistique de l'Ecole; un vrai livre d'or où sont inscrits les noms de plus de six mille élèves, qui, pendant cette période de trente-quatre ans, ont reçu les bienfaits de cette éducation spéciale; rien n'était oublié dans cette longue liste, on trouvait à côté des noms des élèves les positions diverses qu'elles ont pu acquérir à la sortie de l'Ecole.

Une médaille d'or a été décernée à l'École.

Les professeurs collaboratrices ont obtenu des suffrages du jury:

M"e Luquin une médaille d'or; M"e Coste une médaille d'argent.

M. le Ministre du Commerce a voulu témoigner sa satisfaction en accordant à l'École deux récompenses spéciales; de splendides volumes ont été offerts en son nom aux deux élèves collaboratrices dont les travaux ont été les plus remarqués à l'Exposition.

M"e Luquin a complété son programme d'études spéciales en créant, en 1880, un cours complet d'enseignement télégraphique qui donne aujourd'hui les meilleurs résultats. Les élèves sortant de ce cours sont immédiatement admises au concours de l'Etat ; placées par l'administration elles sont rétribuées après un court stage et forment depuis dix ans le principal recrutement du bureau central du Télégraphe place delà République.

Ainsi une série de carrières fort honorables et fort bien rétribuées, jusque là fermées aux jeunes filles s'ouvre maintenant devant elles pour diminuer le nombre des déclassées et des désespérées. C'est aux efforts courageux, à l'initiative hardie de M"e Luquin qu'on devra cette réforme pratique, cette conquête par la femme du droit au travail qui lui vaudra le droit au respect et à l'admiration de tous. L'humble grain semé sur la terre lyonnaise a levé une riche et féconde moisson. L'école qu'une simple institutrice conçut et créa en 1856 est aujourd'hui comme un tronc vigoureuxet fort qui pousse dans toutes les directions de robustes rameaux. Fondée loin des agitations stériles de la politique, elle contribuera plus que les revendications tapageuses, à relever la condition matérielle et morale de la femme dans notre chère patrie. Ce sera l'éternel éloge d'une femme de bien qui a été en même temps une femme de cœur, d'intelligence et de volonté, d'avoir pressenti, recherché et provoqué ce résultat.

INSTITUTION NOLOT

N des plus remarquables plans exposés au Palais des Arts libéraux, dans la section de l'instruction publique était assurément celui qui concernait la maison d'institution de M. Nolot.

"tf~\ Une longue pratique de l'enseignement, une expérience ^)4/ de dix-huit années avaient conduit M. Nolot à se préoc- ^JiJ, cuper des conditions hygiéniques si défectueuses dans lesquelles sont installés, au point de vue du chauffage et de l'éclairage, la plupart des établissements d'instruction publics et privés. Personne n'a perdu le souvenir de ces salles d'études où la température, traversant subitement toutes les variations, passait d'une chaleur démesurée, étouffante, à un froid presque glacial. Personne non plus n'a oublié les effets funestes des becs de gaz qui, laissant échapper des produits de combustion dangereux, contaminaient rapidement l'atmosphère des pièces où ils étaient allumés et dont la lumière, mobile et brûlante, a causé tant d'ophtalmies et compromis à toujours la vue de tant d'élèves.

M . Nolot, que le développement de son institution amenait à faire construire une maison spécialement aménagée, chercha à obvier à ces deux inconvénients capitaux pour donner à ses jeunes élèves tout le confortable hygiénique dont on

ne saurait trop se préoccuper. C'est le résultat de ces recherches qu'il a appliqué dans sa nouvelle installation et qu'il a exposé à Paris dans l'espoir de créer un précédent à imiter.

Le système est simple. Un générateur multitubulaire de vingt-cinq mètres carrés de surface de chauffe a été établi pour fournir la vapeur nécessaire au chauffage, à la buanderie, à une salle de bains et à un moteur à vapeur d'une force de douze chevaux. Ce moteur actionne à son tour une machine dynamoélectrique pour la production de l'électricité et une pompe pour le service des eaux.

Voilà les grandes lignes de l'installation; reprenons-la en détail.

La vapeur fournie par le générateur circule dans toute la maison, du rez-dechaussée aux combles. La pression indiquée par un détendeur, placé près du générateur, peut varier de cinq cents grammes à un kilo, suivant les besoins.

Les surfaces de chauffe consistent en poêles en fonte, à lames ou ailettes, très élégants et très coquets, dissimulés aisément dans les encoignures des pièces ou dans les embrasures des fenêtres, ne tenant aucune place et ne présentant ni inconvénient ni danger. Parfois ils sont placés à l'intérieur des cheminées elles-mêmes, et ce n'est pas un des moindres étonnements du visiteur que de constater la chaleur uniforme et douce qui règne dans l'appartement sans apercevoir de feu dans les foyers, ni cendres ou charbons sur le parquet.

On est agréablement surpris aussi, en passant des diverses pièces dans le vestibule, l'escalier et les corridors, de ne ressentir aucune différence dans la température, qui est maintenue à peu près partout à 17 ou 180.

Chaque poêle est muni d'un robinet de réglage et d'arrêt indépendant, de façon à permettre à chacun de se chauffer à sa guise et sans les exagérations et surtout les variations des anciens systèmes, encore malheureusement en usage. 11 n'est pas besoin d'ajouter que l'installation se complète par d'abondantes prises d'air extérieur qui assurent une ventilation parfaite.

La vapeur du générateur alimente en outre un réchauffeur placé dans la buanderie et qui sert à chauffer un réservoir fournissant l'eau nécessaire à la salle de bains où se trouvent tous les appareils hydrothérapiques désirables.

Le même moteur actionne une pompe qui prend l'eau du Rhône dans un puits très profond où les graviers forment un filtre naturel et l'élève dans un réservoir de trois mètres cubes placé dans les combles à une hauteur de dix-huit mètres. De là, l'eau se distribue aux robinets placés à tous les étages et dans

INSTITUTION NOLOT

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tous les services; mais il est interdit d'en faire usage pour la consommation. C'est l'eau de la Compagnie prise, comme on le sait, en amont de la ville, qui sert à la boisson et à la cuisson des légumes. Par surcroît de précautions, un filtre Chamberland, système Pasteur, est établi sur le branchement et ne livre l'eau que soigneusement épurée.

Il nous reste à parler de la dernière utilisation du générateur à vapeur. Nous avons dit qu'il actionnait un moteur qui actionnait lui-même une machine dynamo-électrique. Tout l'éclairage de la maison, comme tout le chauffage, provient donc d'une source unique et c'est précisément de cette concentration de services que résulte l'économie notable, une économie de 40 °/0 sur l'ensemble des services constatée dans la première année, malgré les défectuosités inévitables du début.

L'éclairage électrique est produit par des lampes à incandescence, du système Edison-Swan. Elles brûlent dans le vide, dans des ampoules de verre fermées hermétiquement et par conséquent ne laissent échapper dans l'atmosphère aucun gaz dangereux.

Le courant engendré par la dynamo est maintenu automatiquement à une tension constante quel que soit le nombre des lampes allumées, par la résultante des effets de la double excitation en série et en dérivation des inducteurs ou électro-aimants.

La machine dynamo-électrique auto-excitatrice Edison tourne à une vitesse de 1 ,000 à 1 , 100 tours et peut développer une énergie électrique de 4,800 watts. Son rendement électrique est de 95 °/0 et son rendement mécanique atteint 90 a 92 °/o du travail transmis sur sa poulie de commande. Le courant, en sortant de la dynamo, se rend à un tableau de distribution et de là se divise dans les différents réseaux ou circuits qui parcourent toute l'institution et à l'aide de divers appareils charge une batterie de vingt-huit accumulateurs qui permet de supprimer la dynamo et d'alimenter, notamment pendant la nuit, quelques lampes des différents réseaux pour faciliter le service de surveillance.

Nous ajouterons en terminant qu'avec ce mode d'éclairage et de chauffage, les causes d'incendie provenant du mode habituel, sont totalement supprimées.

Telle est brièvement résumée l'installation, on peut dire, modèle, que M. Nolot a eu l'initiative courageuse d'organiser chez lui. Cette tentative d'un simple particulier, pleinement couronnée de succès, méritait d'être notée comme un progrès réel au point de vue des conditions matérielles que l'enseignement

doit présenter dans l'intérêt des élèves. L'exemple de M. Nolot a été si concluant qu'il a déjà trouvé un imitateur. Le département du Rhône a décidé d'installer le même procédé de chauffage et d'éclairage dans les bâtiments de la Nouvelle Préfecture, et il est probable que la municipalité l'installera dans la Nouvelle École de Santé militaire.

Voilà qui en dit plus long que tous les éloges, sur les avantages multiples et la commodité extrême du système que les plans de l'institution Nolot ont si utilement vulgarisé à l'Exposition de Paris.

L'avenir de l'éclairage par l'électricité est en effet dans les installations particulières et restreintes, parce que les fils conduisent des courants à trop faible tension pour être dangereux. Mais que dire des grandes accumulations électriques en vue des distributions urbaines? « Il n'y a pas, dit Edison, de procédé d'isolement connu qui puisse emprisonner, confiner ces courants à haute tension pour plus d'un temps limité ». 11 y a donc un péril considérable dans les canalisations électriques, telles qu'on les établit pour distribuer l'électricité aux clients de toute une ville. Ce danger, si nettement indiqué par Edison et si réellement constaté par M. Harold P. Brown, le grand praticien des Etats-Unis, disparaît avec les installations d'éclairage électrique, telles que celles de l'Institution Nolot et de la Nouvelle-Préfecture.

Bronze antique des 'NJcropoles protohistoriques de VOssethie.

EXPOSITION RÉTROSPECTIVE Du travail et des Sciences anthropologiques

ERNEST CHANTRE

Sous-Directeur du Muséum des sciences naturelles.

Secrétaire général de la Société d'Anthropologie,

Membre du Comité d'organisation de l'Exposition rétrospective du travail

et des sciences anthropologiques.

Ernest Chantre a exposé dans cette section quelques spécimens des belles collections archéologiques et anthropologiques qu'il a recueillies au Caucase durant ses divers voyages.

On remarquait dans la première catégorie de nombreux bijoux, des ustensiles divers et des armes en bronze quelquefois incrustés de fer, provenant des nécropoles que M. Ernest Chantre a fouillées en 1879 et en 1881 en Ossethie, au centre de la grande chaîne Ponto-Caspienne, et qui remontent à l'époque dite du premier âge du fer.

Dans la seconde catégorie, on a pu voir une précieuse série de crânes, de Caucasiens proto-historiques (la seule qui existe) dont quelques-uns portent des traces d'une déformation crânienne des plus curieuses.

M. Ernest Chantre a encore exposé dans cette section une carte ethnologique du Caucase, et enfin son important ouvrage intitulé : Recherches

anthropologiques dans le Caucase (5 vol. in-40 avec cartes et planches). Cette remarquable publication, richement illustrée, renferme des reproductions des principaux monuments archéologiques recueillis et décrits par l'auteur, et des types choisis des populations qu'il a été appelé, le premier, à étudier scientifiquement.

La plupart des illustrations de cet ouvrage ont été exécutées par des artistes lyonnais, et les photographies reproduites sont dues à l'auteur. Enfin la publication tout entière a été imprimée à Lyon.

En dehors de la section I, M. Ernest Chantre a exposé, dans la galerie réservée aux missions scientifiques du Ministère de l'instruction publique, de très intéressantes séries de photographies et de photogravures représentant des objets antiques recueillis par lui en Syrie, en Mésopotamie et dans le Kurdistan, ainsi que de nombreux types anthropologiques.

Le départ de M. et Mme Chantre pour une nouvelle mission au Caucase, au moment où nous composons cet ouvrage nous a empochés de recueillir des renseignements plus complets sur son exposition. Pour suppléer à cette lacune nous donnons, avec le programme de cette section, les gravures que M. Chantre a gracieusement mises à notre disposition.

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