L ECOLE DE COMMERCE POUR LES JEUNES FILLES
nos grandes villes organisent aujourd'hui des institutions semblables, fut ouverte, il y a 34 ans, sous le nom bien simple, bien modeste de Cours de comptabilité pour les jeunes filles. Melle Luquin groupa d'abord autour d'elle une soixantaine d'élèves. C'est dans ce noyau de la première heure que l'école trouva plus tard ces maîtresses dont le dévouement incomparable l'a amenée au degré de florissante prospérité où nous la voyons maintenant. On suivit avec curiosité, cette tentative intéressante. Il y avait là en germe une petite révolution sociale, un essai humanitaire qui correspondait bien aux idées de l'époque. La Ville et la Chambre de Commerce l'encouragèrent, par de modiques subventions, pour le principe. Mais bientôt, il fallut se rendre à l'évidence. Il y avait là plus qu'un essai intéressant, il y avait une œuvre utile, moralisatrice, pratique, et chaque année en consacrait à la fois les résultats et les bienfaits.
En 1868, sous l'impulsion généreuse d'un grand maître de l'Université, M. Duruy, alors Ministre de l'Instruction publique, qui la visita, l'Ecole fut dotée d'une subvention de son département à la condition, « disent les rapports de l'époque, » que serait propagé l'enseignement commercial pour « les jeunes filles et que M"c Luquin préparerait à cet enseignement des insti- « tutrices professeurs. » Depuis lors la modeste école a grandi.
Le gouvernement de la République comprit ce que renferment de résultats pratiques les programmes de l'enseignement professionnel des jeunes filles ; il encouragea cette œuvre ; la Ville et la Chambre de Commerce augmentèrent leurs subsides et le Ministre du Commerce sanctionna, par des subventions et des récompenses des efforts aussi persévérants.
Aujourd'hui l'Ecole est devenue une institution modèle ; aussi chaque année, c'est dans le Palais municipal, sous la présidence du Maire et en présence des notabilités lyonnaises les plus autorisées, que sont proclamés les noms des élèves auxquelles sont accordées les récompenses : prix et livrets de Caisse d'épargne donnés par les Ministres du Commerce et de l'Instruction publique. C'est dans cette fête du travail qu'est lue la liste de celles qui ont obtenu le diplôme d'études commerciales. Ce diplôme décerné aux élèves, après un examen sévère, acquiert par la haute compétence du jury spécial qui le délivre, une valeur officielle et devient pour ces jeunes filles la garantie sincère et certaine des connaissances acquises à l'Ecole.
Lyon a donné la preuve de ce que réserve pour l'avenir des jeunes filles l'enseignement commercial.
LYON A L'EXPOSITION UNIVERSELLE DE l88;;
Il y a quatre ans, le Ministre du Commerce, M. Lockroy voulut visiter, à son passage en notre ville, l'Ecole de commerce des jeunes filles ; frappé des résultats obtenus il chargeait M"e Luquin de la mission d'honneur de propager et d'organiser dans les grandes villes cet utile enseignement.
Depuis lors M"e Luquin, nommée inspectrice générale, a parcouru la France. L'idée qu'elle propage est maintenant universellement acceptée, les municipalités répondent à ses sollicitations et créent sinon des Ecoles de commerce au moins des sections commerciales annexées aux Ecoles primaires supérieures et aux Écoles professionnelles. Saint-Etienne, Marseille, Toulon, Toulouse, Nîmes dans le Midi ; Nantes, Tours, Nancy et d'autres villes encore ont réclamé à l'École de Lyon, ses méthodes, ses programmes, ses professeurs ; elles ont parfois envoyé leurs institutrices se former à son enseignement.
L'École de Lyon est devenue l'École Type.
Malgré ses nouveaux devoirs, malgré les sollicitations les plus instantes et les perspectives les plus brillantes, la nouvelle inspectrice générale n'a point voulu abandonner son École lyonnaise, elle tient à l'œuvre à laquelle s'attache son nom.
L'idée dont elle a eu l'honneur d'être la promotrice fait brillamment son chemin ; elle est maintenant universellement acceptée et à côté des écoles normales d'institutrices ne tarderont pas à se dresser partout, comme un heureux dérivatif, les écoles d'enseignement commercial.
Mais il ne suffisait pas de munir les jeunes filles d'un diplôme nouveau; c'était là seulement la première partie de la tâche de M"° Luquin; la seconde et la plus difficile consistait à faire reconnaître par les négociants et les industriels la possibilité avantageuse de confier à des jeunes filles, instruites et expérimentées, certains emplois jusque-là réservés à des commis du sexe fort. L'appui de la Chambre de Commerce, celui de grands industriels, que l'entreprise de M"e Luquin avait séduits et convaincus, leva tous les obstacles et le compte-rendu de la dernière année scolaire nous fournit à ce sujet des renseignements intéressants.
Parmi les élèves sorties des rangs de l'École, la plupart sont aujourd'hui placées. Les grandes maisons de banque, la Recette générale, la Caisse d'épargne, la Société lyonnaise ont réclamé à l'École ses élèves d'élite. Vingtdeux d'entre elles sont entrées, au concours, dans ces établissements; d'autre part, les maisons industrielles de Lyon ont ouvert leurs comptoirs à ces vaillantes