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LE MEUBLE

ET LA MAISON FLACHAT & COCHET

■^g ^ ^ .fe3TV^TN ^82, à 'a suite de l'Exposition organisée au Palais de ^ HSR l'Indus

jstrie par l'Union Centrale des Arts Décoratifs, le rapporteur du Jury des récompenses s'exprimait ainsi :

« Si nous avons dû, à cause de ses récompenses anté- « Heures, placer M. Fourdinois en tête de l'industrie « parisienne (pour le meuble) la province peut réclamer » le même honneur pour MM. Flachat et Cochet, égale- « ment hors concours. »

MM. Flachat et Cochet ont obtenu à l'Exposition universelle de 1889 une médaille d'or. Leurs amis s'attendaient à mieux.

A quoi attribuer cette déconvenue ? A la composition du Jury. On n'y voyait figurer ni connaisseurs désintéressés, ni architectes ou artistes compétents ; mais en revanche nombre de fabricants, de concurrents, experts, sans doute, dans la technique de leur art, mais engagés eux-mêmes dans des voies spéciales et plus soucieux des exigences de la mode et des goûts temporaires que des considérations de l'art seul.

Peut-être faut-il voir dans la composition du Jury l'explication du petit nombre de hautes récompenses attribuées à cette classe de l'art décoratif relativement à d'autres moins importantes et beaucoup mieux partagées.

La maison Flachat et Cochet était la seule maison lyonnaise représentant l'industrie du meuble à l'Exposition universelle ; ces notes en ont pris une couleur un peu personnelle, peut-être ; mais nous sommes loin de le regretter, en raison non seulement de la valeur des produits exposés par cette maison mais surtout de la place qu'elle occupe en province et des services qu'elle y rend.

Le meuble est fait pour entrer dans un certain ensemble de choses d'art, et doit être apprécié par des juges au courant du mouvement artistique, et en vue de son appropriation avec le milieu auquel il est destiné.

L'exposition du meuble causait quelque déception à cet égard. Sans s'arrêter aux formes bizarres, prétentieuses, aux couleurs hurlantes exposées par de grands magasins doublés d'entreprises industrielles trop exigeantes, on rencontrait de fort belles choses, copiées avec un soin remarquable sur des modèles anciens, puis des spécimens d'inspiration archaïque, sauf leurs allures trop tapageuses, et dont l'utilité, l'usage, ne s'indiquait pas nettement sous l'avalanche ornementale. Mais on s'étonnait de n'y presque pas trouver ce qui eût dû surtout y être, le meuble, le meuble fait pour l'usage de la classe moyenne, pour les gens d'un goût sûr, que leur fortune permet de satisfaire. Ce meuble, répondant à nos besoins actuels, d'une exécution irréprochable, ornementé avec discrétion, même dans les spécimens les plus riches, la maison Flachat et Cochet le présentait à peu près seule, et non comme type d'exposition, mais comme spécimen de sa fabrication courante. Elle y avait joint en outre les tentures, la dorure, la miroiterie, la sculpture, les moulages, c'est-à-dire tout un ensemble de choses destinées à se rencontrer, à vivre ensemble, et qu'il est avantageux pour l'harmonie du tout de ne pas traiter séparément.

Cette exposition prouvait la continuité de l'effort, récompensé en 1878 par une médaille d'or; le but, choisi depuis longtemps, poursuivi avec constance et sans dévier un instant ; la note caractéristique du goût de la maison obstinément maintenu entre les grossières décorations du meuble vieux chônc et les splendeurs, d'ailleurs disparues, des Fourdinois, entre la reproduction servile des anciens et les fantaisies inconsidérées des trop modernes. C'était la réalisation d'un programme qui eût en tout point satisfait les Lyonnais d'antan, comme il en charme quelques-uns de nos jours, programme d'artistes et de gens de bon sens. Il n'était point, paraît-il, pour plaire également partout.

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Car l'école lyonnaise du meuble fut célèbre. Des chefs-d'œuvre sortirent des mains d'artistes ignorés, et on se rappelle la masse de richesses incomparables et insoupçonnées que fit mettre en lumière notre Exposition Rétrospective. Nulle part, l'art du bois ne fut représenté de façon aussi triomphale. Nous avons encore sous les yeux ces meubles, blonds, fauves ou sombres, aux patines variées et chatoyantes, parcourant toute la gamme des bruns, aux lignes ingénieusement agencées, aux modelés fins, souples et hardis.

C'est à cette école que puisèrent MM. Flachat et Cochet, avec une moindre richesse, une égale franchise, en s'inspirant de nos besoins actuels. Avec une moindre richesse, c'était une difficulté du programme. Faire de beaux meubles en ne lâchant pas la bride à l'ornementation, c'est faire de bonne prose sans adjectifs ni adverbes. Il faut payer comptant et ne livrer que des idées franchement écloses.

Et quand c'est l'art industriel qu'on prend corps à corps, la tâche est plus ardue encore. Il faut un homme ayant conscience de cette tache, composant et dessinant, préparant le travail, sachant recruter le personnel, le débarrasser des mauvaises habitudes contractées, lui inspirer de l'intérêt pour le résultat à atteindre, et faisant converger au même but les efforts de tout ses collaborateurs.

Mais si, avec du talent, avec de l'énergie et de la patience, on peut arriver au résultat atteint, former un personnel, produire, on n'arrive point aussi aisément à constituer l'élément aussi indispensable — le public, la clientèle.

Faites-nous du nouveau, dit ce public, — qui n'achète que de l'ancien. Du nouveau? — Qui se met à sa table, dit un de nos amis, avec le projet de faire ce qui n'a jamais été fait, est sûr d'accoucher d'une bêtise. Le nouveau ne se cherche pas, il se rencontre. L'art n'est ni dans l'excessif ni dans l'excentrique, témoins ces sièges à cornes, ces tentures à hallebardes qui affligent parfois nos regards.

On ne songe pas assez, en cherchant du neuf à tout prix, par quelles insensibles successions de légères modifications, les formes usuelles ont varié. Il faut analyser ces formes ; s'abstraire de tous les détails d'ornements qui amusent l'oeil, et isoler mentalement le squelette dont les lignes essentielles s'infléchissent un peu plus, ou se raidissent davantage, ou se redressent petit à petit. C'est ainsi qu'on voit se dérouler paisiblement la marche des styles, sans que, sauf de rares exceptions sous l'influence d'artistes de génie comme Boule, la modification soit plus heurtée ou moins rationnelle que celle des formes dans la nature.

Cette recherche du nouveau quand même est la plaie de notre époque. Aucune autre ne l'a connue, et c'est la pierre d'achoppement de tout progrès. Au lieu d'évolutions naturelles et progressives, on procède par bonds et l'on se casse le cou.

C'est en suivant cette mode que la masse des pseudo-amateurs se jette sur la reproduction incessante et grossière de tous les styles successivement remis en honneur. Nous ne parlons pas, bien entendu, des amateurs véritables qui ont formé des collections et fait l'éducation de l'œil moderne, mais de ceux que contente le vieux remis à neuf, le marcottage de panneaux extraits ici et replacés dans des châssis empruntés parla.

Ces meubles conçus en vue de leur destination, point turbulents d'allures, sont des ouvrages soignés, solidement assemblés, ne semant pas leurs moulures décollées, ne perdant pas leurs plaquages effeuillés à toutes les intempéries. Ils sont pris surtout dans ce beau noyer, sans égal parmi les plus rares essences, dont la sculpture en plein bois est parée d'un réseau de veines, courant à la surface des reliefs, suivant le caprice du ciseau, les rattachant aux fonds et enrichissant la forme sans en faire perdre le sens.

Ce sont bons et honnestes meubles, propres à rester dans les familles et à faire honneur aux petits-fils comme aux aïeux.

Faits pour leur destination, ce n'est pas dire que tables et buffets répondent à ce qu'on attend d'une table ou d'un buffet, mais, dans une large acception, qu'ils auront, avec cet air de famille qui réunit les objets sortis de la main d'un artiste, la physionomie qu'il faut pour s'harmoniser à la demeure à laquelle ils sont destinés, les proportions pour bien s'encadrer dans l'espace qui les reçoit, et quelque chose du caractère de ceux qui auront à s'en servir.

Tout est là. Respecter la matière qu'on emploie, s'attacher à bien rendre le programme donné; plier les formes à ses exigences, orner sobrement, suivre les traditions sans s'y asservir ; prendre le nouveau quand on le rencontre, sans courir après de peur de l'excentrique, c'est là faire de l'art.

Ces enragés de vieilleries n'en réclament pas moins du nouveau. Ce sont les plus désolés de l'indigence des temps, en même temps que les plus hostiles à toute tentative personnelle. Plus l'artiste a mis de lui-même dans son œuvre, moins ils la prisent, déroutés qu'ils sont dans leurs mesquins aperçus, dans

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leurs étroites et incomplètes connaissances. Ils critiquent avec assurance et découvrent-ils un détail qu'ils ignorent, le signalent avec mépris, disant : ce n'est pas de style. Aussi leur érudition relative fait-elle souvent fausse route; tel cet amateur qui demandait avec gravité : « Oh! pourquoi avez-vous doré ce meuble Renaissance. A la Renaissance, on ne dorait pas. » — Et le meuble n'était pas Renaissance, et à la Renaissance on dorait.

Or comme l'art, et surtout l'art qui attend acheteur, demande pour se développer un milieu favorable, on peut juger par là du concours que le public apporte à l'éclosion de cet art neuf qu'il réclame et auquel il tourne le dos. Hier il lui fallait du Louis XVI, du Louis XVI pur (on sait que là où il n'y a pas un flambeau, une guirlande ou une colombe, le Louis XVI n'est pas pur) et les lèvres des dames se tendaient merveilleusement pour prononcer ce mot pur. Aujourd'hui il ne faut que du vrai empire. Demain, sans doute, du Louis-Philippe de la bonne époque.

Aussi nos artistes qui, comme MM. Flachat et Cochet, persévèrent dans leurs efforts et travaillent à assurer leur individualité, ont-ils bon courage et vrai mérite. Disons bien vite qu'ils sont quelquefois récompensés par les encouragements des gens de goût, qui, s'adressant à eux, sont sûrs d'être satisfaits.

Leur préoccupation de composer, pour une destination déterminée, un meuble qui cadre bien avec son milieu, y prenne de la valeur et lui en ajoute, les guide dans la véritable voie de la tradition, qui amène parfois à faire légitimement du nouveau et qui est autrement méritoire que la production exceptionnelle d'une pièce sur laquelle se sont concentrés tous les efforts.

Nous pouvons citer un exemple bien caractéristique. C'est le programme d'un meuble que nous avons vu exécuter dans les ateliers Flachat et Cochet. Dans une grande pièce de la physionomie de laquelle il fallait tenir compte, il s'agissait de disposer contre une paroi, un bahut peu saillant, haut sur pattes à cause d'une bouche de chaleur. Ce bahut devait contenir rangées debout, et permettant une facile recherche, un grand nombre de gravures. Le devant devait s'ouvrir, sans que son développement gênât, le couvercle soulevé servait de support aux gravures à bonne hauteur et en bonne pente. Enfin, ce meuble d'un programme assez neuf devait être décoré dans le goût de la Renaissance, restant toutefois modestement à sa place et n'attirant pas l'œil.

Voilà l'un de ces programmes particuliers comme il s'en rencontre à chaque instant et dont il se faut tirer avec honneur.

C'est en se mettant bravement en face des exigences modernes, expressions de besoins réels et non des fantaisies injustifiées; c'est en se pliant docilement aux circonstances, qu'on peut se trouver sur le chemin de ce nouveau tant réclamé.

Ce qui sera fait dans cet ordre aura son caractère original et pourra durer. Le neuf factice et sans racines sera éphémère et bientôt rejeté.

Chercher à bien faire et non poursuivre coûte que coûte ce qui n'a pas encore été fait, s'inspirer des œuvres anciennes par leur connaissance parfaite, sans perdre de vue le programme tracé et le but à atteindre, c'est toute la formule de l'art et du style qui constitue peu à peu une époque. Les anciens n'ont pas fait autrement.

La maison Flachat et Cochet est des plus anciennes, et peut servir d'exemple caractéristique des échelons successifs que peut gravir une industrie, modeste à son origine, grâce à l'intelligence et la persévérance de ses chefs, par la suite des idées, la tendance continue à l'amélioration des produits, la recherche des débouchés, l'extension des diverses branches de l'industrie qu'elle exploite.

Son histoire est celle d'une bonne partie des arts décoratifs à Lyon; et aujourd'hui encore, après avoir successivement excellé dans l'encadrement, la miroiterie, la décoration intérieure des maisons particulières et des édifices publics les plus étudiés à ce point de vue, l'ébénisterie de luxe dont nos planches donnent quatre magnifiques spécimens, elle aborde avec le succès qui a toujours répondu à ses efforts, les tentures et l'art du tapissier, pour, dans un ensemble donné, ne rien laisser, qui ne sorte de ses ateliers, traité avec le soin le plus scrupuleux et le sens artistique le plus élevé.

En 1785, existait rue Mercière un miroitier, Benoît Guillon ; son fils Antoine vint s'établir plus tard place Confort, puis quai de l'Archevêché où il eut pour successeur Charles Guillon, son fils.

VITRINE LOUIS XIV en bois de noyer sculpté rehaussé d'or (App.a tenant au Musée d'art et d'industrie ds Lyon)

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En 1855, M. Jean Flachat, élève de M. Dupasquier, éminent architecte lyonnais, et qui avait eu pour condisciple dans ce cabinet plusieurs de nos architectes contemporains, abandonnait l'architecture pour entrer comme dessinateur chez Charles Guillon. Celui-ci fut enlevé par une courte maladie cette même année. M. Cochet figurait aussi déjà depuis quelques semaines dans le petit personnel de la maison.

L'un comme l'autre étaient familiarisés avec ses travaux; car soit par la situation d'ancien collaborateur qu'y occupait le père de M. Flachat, soit par suite d'une étroite amitié entre les familles, ils avaient grandi dans les ateliers de Charles Guillon, où en se jouant ils participèrent quelquefois aux travaux les plus faciles, comme l'estampage des bandes de perles et de rubans dans les moules en soufre.

Les ateliers d'ornements et de moulage, ainsi que la menuiserie étaient alors montée Saint-Barthélémy, 19, où ils sont restés jusqu'au mois d'avril 1870.

Ch. Guillon était un chercheur, homme d'initiative et goût. Ses successeurs se sont efforcés de s'inspirer de son esprit de progrès, et de suivre ses traditions. Sous la direction de l'architecte Exbrayat entr'autres il avait participé aux rares travaux décoratifs qui se traitaient à Lyon dans la période comprise depuis 1845 jusqu'à sa mort.

11 avait remplacé par le carton-pierre les ornements qui venaient d'abord de Strasbourg sur des modèles du style empire le plus pur et qui étaient reproduits en une pâte très lourde et très dure portant le nom de son lieu d'origine.

Nous pouvons citer parmi les travaux de cette époque qui subsistent encore l'ancien cercle musical du quai Saint-Antoine, qui a été depuis théâtre du Gymnase et théâtre Guignol, et le café Grand place des Terreaux.

La mort prématurée de Ch. Guillon, au moment où le percement de la rue Impériale était le point de départ des grands travaux qui allaient régénérer le vieux Lyon, laissait Flachat et Cochet très inexpérimentés; de plus les ornemanistes de valeur étaient à cette époque fort rares à Lyon.

Ils acceptèrent néanmoins la charge et associèrent leur bonne volonté au courage et au grand sens des affaires de la veuve de M. Guillon.

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En 1859, M. J. Flachat devenait le gendre et l'associé de Mme Ch. Guillon. En 1861, J. Cochet entrait également dans la famille et c'est ainsi que la maison peut faire remonter sa fondation à plus d'un siècle.

A cet historique de la direction, ajoutons quelques détails sur les premiers essais et sur les transformations successives qu'ont subies les spécialités de la maison.

Miroiterie. — Encadrement. — De 1840 a 1845, 'e doreur et le miroitier n'avaient pas à se soucier de varier et d'améliorer beaucoup l'ornementation de leurs ouvrages, la mouluration en faveur était le cadre à doucine ou à talon orné de coins ou angles composés d'un cuir à coquille avec un œuf bruni et des rinceaux très plats et dorés en mat comme le corps principal de la moulure.

De 1845 à 1850, ce fut la bordure à roses qui devint en faveur. Le profil changea; une perle brunie à l'intérieur, un damasquiné ou gravé or bruni sur fond mat, et sur les angles du cadre une grosse rose en relief dorée brunie accompagnée de jetées de fleurs et feuillages très plats, enfin une torsade brunie entourait le tout, tel était le programme inévitable.

Peu ou pas de couronnements.

Ce n'est que vers 1854-1855, peu avant la première Exposition universelle de Paris que l'on apporta plus de recherche dans l'ornementation du cadre.

Jusque-là on s'était peu préoccupé de faire du style ; on ne se préoccupait même pas suffisamment de s'inspirer des bons modèles des xvne et xvine siècles ni de leur conservation.

C'est alors que vivait dans nos murs un estimable commerçant, devenu gros industriel, qui achetait cadres, meubles, consoles des meilleures époques, pillait les églises d'Auvergne et brûlait tout ce qui portait trace de dorure pour en retirer le métal précieux. Plus tard, devenu millonnaire, il eut des remords, reconnaissons-le, et regretta ses premiers errements. C'est que, depuis, le vieux meuble avait pris plus de valeur que l'or qui le couvrait.

C'est donc depuis 1860 plus particulièrement que l'art de l'encadrement s'est transformé et que toutes les époques et tous les styles ont été mis à contribution avec un certain succès.

MM. Flachat et Cochet revendiquent l'honneur d'avoir tracé la voie ici par les innombrables compositions de M. J. Flachat dans cette spécialité et

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d'avoir contribué à introduire l'emploi du bois et de matières qui ont détrôné la lourde bordure dorée.

DJcoration et ornements en pâte carton-pierre et slaaf. — Vers 1840 et plus tard encore, croyons-nous, on employait pour l'ornementation des boiseries et des plafonds des motifs en pâte dite de Strasbourg.

Les ornements les plus demandés se réduisaient à quelques types de rosaces à feuilles d'eau ou d'acanthe allongées, entourées par une couronne de lauriers très plats, de quelques chapiteaux, pilastres, beaucoup de modillons pour larmiers de corniches. Le tout du plus pur style empire.

De 1 845 à 1850, le carton-pierre se substituait à la pâte de Strasbourg.

Le style empire fut remplacé par une sorte de Renaissance Louis-Philippe d'une allure étrange composée de cartouches en cuirs très tourmentés de bracelets et de bandeaux à cannelures dont l'ornementation du théâtre du Gymnase peut donner une idée.

Ce fut l'époque Louis XV, croyons-nous, qui fut reprise la première et l'on traita dans ce genre quelques travaux, assez réussis pour l'époque, comme les Salons de l'ancien Cercle du Commerce, rue Puits-Gaillot, et le café Grand place des Terreaux.

L'ouverture de la rue Impériale, vers 1855, attira à Lyon une légion de sculpteurs et modeleurs sûrs de trouver de l'occupation dans tous les grands travaux qui se succédèrent, tels que la construction du Palais de la Bourse qui fut confiée en entier à MM. Flachat et Cochet en association avec le sculpteur parisien Clauses qui était venu s'établir à Lyon depuis peu.

On ne connaissait alors ni les ressources du moulage à la gélatine, qui permet des refouillements inconnus jusque là, ni celles de la reproduction des épreuves en staaf qui peuvent être faites sur des dimensions presque colossales.

Les premières applications de staaf en grands morceaux faites par MM. Flachat et Cochet ont eu lieu vers 1877, pour la décoration de la salle du théâtre des Célestins sous la direction de M. Gaspard André, architecte (1).

(1) Les modelages ont été exécutés par l'infortuné Louis Regard ancien élève de la maison. Regard avait acquis le talent le plus complet. Il était occupé aux études de la maquette de la fontaine de la place des Jacobins pour M. André, lorsqu'une catastrophe mit fia prématurément à la carrière de ce précieux collaborateur.

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Depuis lors, son emploi, qui procure de notables économies et permet d'abréger considérablement les délais d'exécution, n'a pas été circonscrit à la reproduction de l'ornement, mais il a été étendu à l'établissement de tous les corps d'architecture qui, se trouvant élevés au-dessus des hauteurs d'appui, n'ont pas besoin d'offrir la résistance de la menuiserie.

En 1886, le foyer du Grand-Théâtre a pu en cinq mois être ainsi complètement transformé. Sauf les portes et les soubassements, tous les reliefs qui couvrent les murs et le plafond sont rapportés en staaf. Parmi les travaux de ce genre les plus complets, dûs à MM. Flachat et Cochet, nous avons à citer le Cercle de la Villa des Fleurs et le Casino à Aix-les-Bains.

Sous l'influence d'un mouvement général vers les choses artistiques les familles lyonnaises apportèrent plus de recherche dans l'aménagement et dans l'ameublement de leurs demeures.

C'est alors que, frappés de l'importance des ameublements, que nos concitoyens commandaient forcément à Paris par suite de l'impossibilité absolue de les trouver ici en harmonie avec la richesse introduite dans les agencements des appartements, MM. Flachat et Cochet pensèrent qu'ils possédaient quelques-uns des plus précieux éléments pour s'essayer avec quelque succès dans l'industrie du meuble d'art, dans la composition duquel ils voulaient faire entrer cette allure et la note architecturale qui lui manquaient d'ordinaire.

Les Sicard, les Daubet et Dumarest, les Grange étaient certes d'habiles ébénistes, les meubles en plaqué verni qui sortaient de leurs ateliers étaient d'honnête et bonne construction, mais il ne fallait leur demander aucune trace de style.

Le succès que MM. Flachat et Cochet recueillaient à l'Exposition de 1878 récompensait leurs efforts et ils persévérèrent dans cette nouvelle branche en créant, en produisant une somme de travail considérable, dont malheureusement le Jury de 1889, n'a tenu aucun compte.

Une ferme et digne protestation de MM. Flachat et Cochet fut appuyée non seulement par la Chambre de Commerce, mais par nos architectes les plus qualifiés : MM. Journoud, Echernier, Hirsch, André, Pascalon, Coquet dont le concours, constatons-le aussi, avait eu son influence artistique sur la maison, ainsi que par M. Terme, directeur du Musée d'Art et d'Industrie.

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La faveur du public devait sans doute donner une large compensation à ce déni de justice, mais il n'en restait pas moins, contrairement à l'attente de tous les connaisseurs et gens de métier, qu'à cette grande manifestation de 1889, la maison Flachat et Cochet n'avait pas été classée à la place qu'elle occupait en réalité par la valeur de ses produits.

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