‹ Lyon à l'Exposition universelle de 1889 (volume 2)Chapitre 90 sur 97 · NOËL FRÈRES · texte numérisé non relu

NOËL FRÈRES

'ne industrie spéciale est celle de la fabrication des pipes. La Maison Noël frères, de Lyon, a eu, dans cette /jj branche du travail, une exposition tout particulièrement brillante. Elle a été fondée en 1808 ; les oncles du "°v\ propriétaire actuel, M. François-Auguste Noël, avaient . Yâ[ importé cette industrie des Ardennes, d'où ils étaient '^^^ns^^^JlÀ venus avec un certain nombre de familles ouvrières. C'est en effet la caractéristique de cette fabrication que l'hérédité y est presque nécessaire. Pour faire de bons ouvriers, il faut tout jeune avoir été élevé dans les ateliers, où, en se jouant, on apprend l'art de façonner habilement l'argile. Ainsi la fabrique de pipes de M. Noël, située à Lyon-Vaise, 10, rue de la Pyramide, est-elle une sorte de phalanstère où l'esprit de la plus généreuse solidarité anime les patrons et les ouvriers, et facilite tous les rapports. Les ouvriers sont là de père en fils; les générations se succèdent dans les ateliers, sous l'œil des anciens occupés à de mêmes travaux. On cite en particulier trois d'entre eux, auxquels leurs longs services ont valu une médaille d'honneur et qui sont dans la maison Noël depuis sa création.

Pour donner une idée de l'importance de cette maison et de la réputation de ses produits, il surfit d'indiquer que le chiffre moyen des affaires de 1830 à 1848, a été de 60 à 100,000 francs et que dans les cinq années qui ont précédé l'Exposition, grâce à l'habile direction du chef actuel, le chiffre moyen des

affaires s'est élevé à 452,000 francs. Détail à noter, l'exportation entre dans ce chiffre pour 2 50,000 francs. Elle se fait principalement en Angleterre et Belgique, en Algérie, Suisse, Italie, Turquie, Egypte, Amérique du Sud, etc.

Il est intéressant de connaître, d'une façon générale, des procédés de fabrication des pipes, les diverses opérations auxquelles il faut soumettre une poignée d'argile pour en faire une pipe de terre, aussi bien la plus modeste, dont le prix marchand n'excédera pas quelques centimes, que ces élégantes et majestueuses pipes plus longue qu'un chibouk.

La terre de pipe étant une argile plastique, la fabrication des objets qu'on façonne avec cette matière suppose deux opérations essentielles : le façonnage et la cuisson. La préparation de la pâte précède nécessairement ces deux opérations.

Nous passerons les diverses manipulations que doit subir l'argile pour être réduite en pâte possédant une pureté et une homogénéité parfaite pour dire quelques mots de l'opération difficile du façonnage.

L'ouvrier prend une poignée d'argile, la roule entre ses deux mains pour en faire une fine baguette représentant provisoirement le tuyau de la pipe, et en façonne grossièrement le fourneau qu'il adapte à ce tuyau.

Les rôles (c'est le nom donné à ces pipes rudimentaires) sont déposés en paquets sur des planches et séchés à feux doux pendant cinq à six jours, après quoi on les humecte de nouveau pour permettre à l'ouvrier de forer le tuyau avant de les mettre en moule. C'est alors que le fourneau resté plein jusqu'ici est évidé au moyen d'une broche en fer appelée stop et maintenu dans une presse en fonte. Les moules pèsent, suivant leur forme et leur longueur, de 3 à 10 kilos ; ils sont en bronze ou en fer.

Après être retirée du moule, la pipe est raclée pour en enlever les bavures, séchée pendant un jour, reprise par la trameuse qui achève de l'ébarber, la polit, l'arrondit, la lisse, la marque au chiffre du fabricant et, enfm, introduit une tige d'acier dans le tuyau pour l'empêcher de se contourner en séchant.

Ces diverses opérations terminées, la pipe est mise pour 12 à 24 heures dans un séchoir-étuve, où elle sèche, blanchit et acquiert une certaine consistance.

Elle est prise alors par des ouvrières glaçeuses qui, au moyen de pierres d'agate ou de silex, lui donnent un poli, un brunissage qu'elle conserve après la cuisson.

Page 1