‹ Lyon à l'Exposition universelle de 1889Chapitre 16 sur 30 · PANNEAU ARMES DE LYON · texte numérisé non relu

PANNEAU ARMES DE LYON

Velours imprimé sur fond satin de MM. V. OGŒH, I . DVPLAS H C"

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L EXPOSITION LYONNAISE DE SOIERIES

Fig. 6. — Velours vénitien, façonné, fond or. Type à meneaux.

L'apogée de l'industrie soyeuse italienne est atteinte aux xvie et xvne siècles, dans les manufactures du nord de l'Italie.

Sa prépondérance est justifiée par la beauté des tissus et les progrès de toute nature réalisés dans l'art de préparer la soie, de la teindre, de la tisser. De véritables traités techniques de cette période prouvent la somme de connaissances précises qu'on y possède et qu'on tient à honneur de propager.

Le matériel est perfectionné. Les armures deviennent une source de combinaisons inépuisable. On ne se lasse pas d'admirer ces dessins à allures magistrales, à effets compliqués que présentent les draps d'or figurés de velours, les damas brochés d'or, les satins frisés d'or, les velours ciselés.

La composition et le dessin adoptent de nouvelles formes. Ils utilisent une flore nouvelle : la vigne, la feuille de chêne. Venise propage les scènes religieuses où les figures et les draperies sont traitées avec un art supérieur. (Fig. j).

Les étoffes italiennes ont des caractères nettement accusés.

Les feuilles lobées de l'art gothique apparaissent au xvc siècle. Les chardons et les artichauts fleuris forment fréquemment le centre de la composition. Les feuillages remplacent les anciennes lignes géométriques dans l'entourage du motif central. Les fleurons jouent tantôt le rôle d'un motif principal, tantôt celui de remplissage. Nous en donnons une idée par les fig. 6 et 7.

Les rubans et les galons à damiers apparaissent dans l'ornementation.

Mais on ne peut prétendre énumérer les nombreuses compositions que créent les dessinateurs d'une souplesse d'invention inimitable.

L'extension constante du luxe a suscité de nouvelles exigences et il y a été surabondamment pourvu.

Mais le xvne siècle transporte à Paris le foyer du goût. Les manufactures rivales de l'Italie surgissent et celle-ci perd peu à peu son prestige.

Période française. — A mesure que les manufactures italiennes déclinent, les françaises prennent le premier rang, pour affirmer d'une façon définitive leur supériorité au xvme siècle.

Un écrivain lyonnais, d'un rare mérite, Jean Tisseur, traçait, en 1873, à l'occasion de l'exposition de Vienne, un historique saisissant de cette évolution.

L EXPOSITION LYONNAISE DE SOIERIES

Fij. J. — Velours italien, façonné, du XVIe siècle. (Musée d'Art et d'Industrie de Lyon).

« L'antiquité des origines est pour les industries comme pour les familles un titre qu'il leur est permis de faire valoir ; si, pour celles-ci, elle n'est souvent qu'un prétexte à s'enorgueillir, celles-là ont le droit de la revendiquer pour mieux établir la solidité de leur constitution, expliquer leur croissance dans le passé, et se fortifier dans l'espoir que leur prospérité sera durable.

« A cet égard la Fabrique lyonnaise ne le cède à aucune autre. Quatre siècles ont travaillé à l'édifier.

« Elle n'est cependant pas née sur place, comme un fruit spontané du sol; elle n'est pas une industrie autochtone. C'est d'Italie qu'elle lui est venue, à une époque difficile à préciser, tant elle est reculée. Le génie indigène a été fécondé par l'esprit étranger.

« Quand Louis XI, dans sa célèbre ordonnance datée à Orléans, du 2} novembre 1466, décida l'établissement en France de manufactures de soie, s'il choisit Lyon comme une des villes où ses desseins pouvaient être appliqués avec le plus d'avantages, c'est que, comme le disent les lettres patentes, « à Lyon en a jà aucun commencement. »

« Il est ainsi prouvé que, dès la première moitié du xve siècle, Lyon possédait quelques métiers ; mais l'histoire et les traditions ne permettent pas de douter que ces essais primitifs n'aient été l'œuvre de familles lucquoises, florentines ou génoises, rejetées hors de leur patrie à la suite des luttes entre les Guelfes et les Gibelins. Car, de môme que l'industrie de la soie a été portée en Suisse, en Allemagne, en Hollande, en Angleterre par les réfugiés français fuyant devant la révocation de l'édit de Nantes, de même Lyon dut aux dissensions intestines de l'Italie son initiation à l'art de la soie. C'est ainsi que, dans le cours des choses humaines, certaines lois secrètes viennent faire expier et réparent, pour le plus grand bien de tous, les fautes et les injustices des hommes.

« Louis XI, par une intuition de génie, pressentit le rôle de l'industrie et appliqua à la développer toute la ténacité de son caractère. C'est un curieux spectacle de voir comme, à ce moment, et pour ainsi dire à sa parole, la grande industrie des soieries fait simultanément sa première apparition sur plusieurs points du territoire; elle naît à Tours en même temps qu'à Lyon, à Paris et à Nîmes. Le mûrier est planté sous les yeux du roi dans le parc de Plessis-les Tours. L'exemple est donné d'en haut.

« Cependant nulle part le germe italien et la pensée de Louis XI ne seront mieux reçus qu'à Lyon, et n'y jetteront de plus profondes racines.

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