Lyon de 1778 au Directoire, notes et documents;
Les « citoyens composant l'administration de la police de Lyon » adressent au « Commissaire du Directoire exécutil' près le département du Rhône * la protestation suivante contre les calomnies dont la ville était l'objet :
« Citoyen,
Les faits contenus dans la lettre du ministre de l'intérieur, dont vous nous avez donné communication, sont autant de calomnies, qu'il faut ajouter à celles qui ont été répandues par certains journalistes contre la commune de Lyon.
On ne peut cependant dissimuler qu'il n'y ait de
temps à autre des rixes entre différens citoyens, que ces rixes n'aient souvent pour objet des ressentimens sur les événemens qui se sont passés à Lyon. Mais ce qu'on peut dire avec vérité, c'est que la protection, que le Directoire exécutif semble donner à certains individus en les rapellant {sic) à des fonctions publiques, excite contre eux des mouvemens d'indignation, qui, quoique non éteints, n'eussent peut-être jamais éclatés (sic) sans cette circonstance.
Conclure de ces rixes particulières, aussi peu fréquentes que peu dangereuses dans leurs effets, que les désordres et les assassinats continuent à Lyon, que les auteurs n'en sont point poursuivis, que les lois sont violées, et tant d'autres faits de ce genre, c'est vouloir, par des calomnies atroces, donner aux habitans de Lyon des torts qu'ils n'ont pas ; c'est vouloir provoquer contre cette malheureuse commune des mesures rigoureuses, dans un moment où elle a besoin de toute la bienveillance du gouvernement pour réparer les maux affreux qu'elle a éprouvés pendant une année de siège ou de régime révolutionnaire.
Pour vous faciliter le moyen de détruire les calomnies contenues dans la lettre du ministre de l'intérieur, nous vous donnerons les renseignemens qui sont à notre connaissance, sur chacun des faits dans l'ordre où ils sont décrits.
Sur le premier fait, relatil à l'assassinat commis dans la nuit du 19 au 20 frimaire sur la personne du citoyen Mercier, nous observons qu'il ne nous en a été
fait aucune plainte, aucune déclaration. Nous n'en avons eu connoissance que par des ouï-dire, sur lesquels nous avons fait prendre des informations qui ne nous ont donné aucune certitude ; on nous a même assuré que ce Mercier n'étoit pas connu dans le canton ; nous venons encore de faire prendre des renseignements qui démentent formellement ce fait : ci-joint copie du procès-verbal.
Sur le second fait relatif au citoyen Durif, que la lettre du ministre dit seulement avoir été maltraité, et que les journaux ont dit avoir été assommé, voici la vérité :
Dans la matinée du 20 frimaire, il y eut une rixe sur la place des Terreaux entre le citoyen Durif et le citoyen Lévêque, (nous ignorons quel fut le provocateur) ; des coups de canne furent donnés respectivement ; aux cris des combattans se forma un rassemblement assez considérable ; Durif prit !a fuite et se réfugia chez un papetier qui demeure sur ladite place ; un commissaire de police s'y transporta avec la force armée ; Durif fut amené au poste de l'hôtel commun où il resta un instant; un des administrateurs de la police s'y rendit et conduisit le citoyen Durif dans la salle de la mairie, où il resta jusqu'à trois heures de l'après-midi, et non jusqu'au lendemain," comme le dit la Sentinelle de Louvet, n° 184, avec un ou plusieurs administrateurs ; il y rédigea sa plainte contre le citoyen Lévêque, qui fut envoyée aussitôt au directeur du jury ; Durif s'est
retire le même jour seul et paisible dans son domicile; depuis on a répandu le bruit qu'il avoit été tué, vous avez des preuves du contraire.
Le troisième fait relatif au citoyen Garnicr attaque, dit la lettre, par des gens ayant gances blanches et secouru par la garde, nous est absolument inconnu ; ilneparoît pas d'ailleurs avoir eu des suites fâcheuses.
Le quatrième fait esj vrai : des coups de couteau ont été donnés à un papetier ; mais les présenter au gouvernement comme un de ces massacres que fit naître, à n'en pas douter, le silence des loix (sic) pénales contre ceux qui avoient exercé des horreurs sous le régime de la terreur, c'est le comble de l'imposture et de la malignité; vous pourrez vous en convaincre par la lecture de la plainte du citoyen Jannet, dont vous trouverez ci-joint la copie.
Trois des voleurs et assassins, Jean-Baptiste Gaudy, Antoine Lenoir, se disant Piémontais, et François Richard)', peintre, sont détenus à la maison d'arrêt dite de Roanne ; nous les avons renvoyés par devant le tribunal de la police correctionnelle pour l'instruction de la procédure ; Lenoir est prévenu avoir donné les coups de couteau ; Richardy avoit dans ses poches une partie de l'argenterie volée chez Jannet.
Le cinquième fait, la rixe du 22 entre les jeunes gens et les volontaires, à la suite de laquelle il y eut, dit la lettre, un homme tué, se rapporte, à coup sûr, A la rixe qui eut lieu le 23 chez le citoyen Loison, traiteur. On vint annoncer au spectacle qu'un jeune
liomme venoit d'être tué par des volontaiies ; un de nous s'y transporte aussitôt ; il eut la satisfaction de voir qu'il y avoit eu plus de menaces que de mal réel ; ci-joint copie de la déclaration qui fut faite par le citoyen Loison et les deux citoyens offensés, ensemble copie de la lettre que nous adressâmes au général pour lui donner connaissance du fait, et faire punir les volontaires qui avoient occasionné le trouble.
Le sixième fiiit, le duel du 23, ne nous est pas connu, cependant on peut croire qu'il se rapporte à l'assassinat commis aux Brotteaux le 24, sur un citoyen présumé être le nommé Latannerie, de Montbrison, contre lequel il y avoit mandat d'arrêt de la part du représentant Reverchon ; ci-joint copie du procès-verbal qui fut dressé par un de nos commissaires de police pour constater la réalité du corps mort, ensemble copie de la lettre que nous écrivîmes tant au général, qu'au juge de paix du canton de la Guillotière, dans le ressort duquel se trouvoit le cotps du délit.
Nous ignorons la procédure qui a été faite pour connoître les auteurs de cet assassinat. Le tribunal correctionnel ou criminel peut vous donner des renscignemens plus positifs. II est encore un fait dont le ministre ne nous parle pas et que îa SeniineUn de Louvet n° 184 met en avant. Les cadenettes du poste de la rue Paradis ont, dit-il, il y a peu de jours assommé à coups de sabre deux citoyens. Voici les faits qui ont donné lieu à cette calomnie : dans
l'assemblée primaire pour Li réorganisation Je la garde, des plaisans s'amusèrent à attacher une perruque ou un morceau de papier au dos de plusieurs citoyens en les désignant comme matbjevons. On s'y donna quelques tapes ou calottes, deux des assistans quittèrent l'assemblée : ci-joint copie de la déclaration de l'un des deux (l'autre n'est pas connu), de laquelle il résulte qu'il n'a éprouvé aucun maltraitement, mais seulement des tapes à son chapeau à la suite d'un jeu qui avoit été commencé par un citoyen habillé de vert qu'il déclare ne pas connoître.
Vous pouvez voir par ces détails qui sont l'expression de la vérité, combien on cherche à calomnier cette cité déjà trop célèbre par ses malheurs ; il conviendroit de demander une loi répressive contre les calomniateurs ; et afin qu'ils pussent être atteints, il faudroit qu'aucun journaliste ne pût insérer un fait dans sa feuille, sans nommer et faire connoître l'indicateur du fait. Assurez au ministre que la vigilance des administrations se porte essentiellement sur tout ce qui intéresse la sûreté des personnes, sur le maintien de l'ordre et de la tranquillité publique ; qu'elles ne négligent rien pour découvrir les malveillans et sévir contre eux, dès qu'ils sont connus, mais ajoutez lui en même temps que le nombre des malveillans est si grand que la surveillance devient très difficile ; que l'ombre du mystère dont s'enveloppe le criminel pour commettre le crime, lui en assure souvent l'impunité. Observez lui encore que dans uiae grande
cité, où tous les partis, toutes les passions s'entrechoquent par le concours continuel d'étrangers, il est impassible à l'administration la plus vigilante de prévenir jusqu'à la moindre rixe ; que tous les faits ou controuvés ou dénaturés qui ont été recueillis et amoncelés par la malignité pour calomnier les habitans de Lyon, n'oflfrent, à les considérer même tels qu'ils sont présentés, que des événements inévitables partout où se trouve une grande réunion d'hommes.
Salut et fraternité.
Signés {sic) : Vert, Bagnion, Sionnest, Fine.
Journal de Lyon, par Pelzin no 93.
25 Janvier