‹ Lyon de 1778 au Directoire, notes et documents; (volume 2)Chapitre 20 sur 23 · AUGEREAU · texte numérisé non relu

AUGEREAU

loin dans les campagnes. Les journaux du temps citent l'exemple d'un petit village, Saint-Jean-de- Thurigneux, qui, seul, détruisit un détachement autrichien venu pour piller et enlever ses troupeaux.

Ces démonstrations, ces mouvements fixent l'attention du général Bubna. Pour les éclairer, une colonne ennemie s'avance (i8 janvier) en se dirigeant sur les hauteurs de la Pape. Elle est arrêtée par une fusillade de tirailleurs qui se prolonge pendant trois heures, sans beaucoup de perte de part ni d'autre, et chacun reprend ses positions. Vers le soir, un détachement autrichien d'environ 500 hommes, lorçant tous les tirailleurs à la retraite, pousse jusqu'à la barrière de la Croix-Rousse, gardée par 50 hommes de la 20= compagnie de la garde nationale, parlemente quelques moments avec le lieutenant Lortet, qui commandait le poste, et se retire, sans commettre, sans essaj'cr aucune hostilité.

Le lendemain matin, le comte de Bubna, sachant que le général Musnier avait pris position hors de la ville, et s'étant avancé en personne jusqu'à Reilleux, le fit sommer de rendre k place. Mais cet officier qui venait de recevoir un renfort de 500 hommes du 24"^ régiment, qui était arrivé le même jour, l'envoya pour toute réponse aux avant-postes de Saint-Clair et de la Croix-Rousse, où il força les premières gardes autrichiennes de rétrograder. En même temps, les tirailleurs recommencèrent la fusillade de la veille, furent tout le jour aux prises avec l'ennemi, lui tuèrent

OU blessèrent quelques hommes, et lui firent des prisonniers.

Cependant, ce n'était pas en vain que le maréchal Augereau et le sénateur Chaptal étaient allés chercher au loin des secours.

Pendant que l'un, déployant une grande activité, tirait des départements de la Loire, de la Haute- Loire du Cantal, dja Puy-de-Dôme, de l'Allier, plusieurs bataillons de gardes nationales mobiles qu'il dirigeait sur Lyon, le maréchal rassemblait en hâte à Valence et expédiait avec célérité sur Lyon tout ce qui existait dans le département de la Drôme et dans les départements voisins^ en artillerie, en dépôts et autres moyens de défense. Le zèle infatigable que montra ce guerrier pour surmonter mille difficultés toujours renaissantes dans de telles 'conjonctures ; la patience avec laquelle il était forcé de descendre dans les moindres détails ; ces soins assidus et minutieux, ces veilles, tout cet obscur dévouement, si louable en général, et en général si peu honoré, et en apparence si peu conforme aux éclatantes fonctions d'un maréchal d'empire, ne fut pas l'un des moindres titres qui recommandèrent le zèle du duc de Castiglione, dans ces difficiles circonstances, à la reconnaissance publique. Suivons dans ces humbles travaux le vainqueur d'Arcole, de Castiglione, de Naumbourg; voyons comment de rien il va créer une armée.

En arrivant à Valence, le maréchal n'y avait trouvé que six compagnies du i6e et du 140e, formant envi-

ron 700 hommes de nouvelles levées, qui y étaient entrées la veille, et que le commissaire extraordinaire dans la 7*= division militaire, appelait à Grenoble, quoique cette ville ne fût point encore menacée.

Le maréchal qui réunissait les deux divisions sous son autorité, changea cette destination, et expédia en poste cette petite troupe pour Lyon.

Un dépôt d'artillerie existait aussi à Valence ; tout ce qui s'y trouva de disponible, même en hommes non habillés, fut mis en route (le 18 janvier) avec la peiite colonne d'infanterie, e: une pièce de quatre.

On y ajouta un caisson que l'on fut obligé de monter sur affût et tiain étrangers.

Il y avait quelques poudres dans les magasins de Valence, mais point de plomb ; on fit des réquisitions, et dans un seul jour on parvint à fabriquer un nombre de cartouches suffisant pour en munir cette jeune infanterie.

Enlin, les poudres que, dans Tincertitude des événements, on avait d'abord évacuées de Lyon, reçurent contre-ordre et y furent reconduites.

Ces détails peuvent paraître minutieux, mais ils montrent qu'il n'y a rien de petit aux yeux du vrai zèle, quand il s'agit de la chose publique, et en donnant occasion de remarquer à quoi peuvent tejur quelquefois les événements les plus importants, ils ont droit d'intéresser.

Ces détachements traversèrent les départements de la Drôme et de l'Isère, au milieu des pubhques accla-

IjS LYON SOUS LE DIRECTOIRE

mations ; on leur prodiguait les vivres, les soins, on fournissait les moyens de transport avec la plus touchante émulation.

Ils arrivent le 19 janvier, vers neuf heures du soir, au faubourg de la Guillotière ; le bruit du tambour, une illumination spontanée les annoncent ; une immense population se précipite sur leurs pas ; on les accueille, on se les afrache comme des Hbérateurs ; ce n'étaient pas des transports de joie, mais d'ivresse. Le nom du maréchal était dans toutes les bouches, on le couvrait de bénédictions, effet connu de la faveur populaire, qui se donne et se retire avec la nièn.e rapidité !

Ce n'était là toutefois qu'une première colonne. Pendant qu'elle marchait, le maréchal toujours à Valence, rassemblait avec ardeur d'autres renforts. Tout était en mouvement autour de lui. Les Dauphinois offraient leurs bras, mais ils n'avaient point ci 'armes ; néanmoins, on forma des corps de conscrits, de gardes nationaux, de volontaires. Il n'y avait vÀ argent ni chevaux ; le département de la Drome fournit, avec empressement, des chevaux et des conducteurs pour l'artillerie. Dans l'arsenal on découvrit encore deux pièces, deux caissons, un obusier ; l'une des pièces et l'obusier furent prêts dans la journée du 19, et aussit-ôt expédiés en poste pour Lyon.

Dès le 20, cette seconde colonne partit avec une pièce de quatre, l'infanterie en poste, la cavalerie en triplant sa marche. Le 21 au matin elle se renforça,

en passant à Vienne, de 90 chevaux des 4« et 31e régiments de chasseurs, dont les dépôts étaient dans cette ville, de deux compagnies de garde chasses qui s'y levèrent spontanément ; elle arriva au faubourg de la Guillotière vers une heure.

Le maréchal, après avoir réglé la défense de l'Isère. et donné. ses ordres au général Marchand qui y commandait ; après avoir communiqué ses vues au commissaire du gouvernement dans la 7e division, pour la réunion des secours, des renforts, et pour le concert des moyens de défense ; après avoir enfin organisé la marche des troupes qui dans la suite arriveraient du midi, le maréchal prit en personne, avec ce noyau d'armée, la route de Lyon, où il fut reçu au milieu des cris de reconnaissance et d'alégresse (sic). On le conduisit au spectacle où l'attendait un peuple immense. On y chanta, on y applaudit avec transport le fils de la Victoire. A l'aspect de tant d'ivresse, le soldat sent redoubler son courage et ses forces ; tout change dans la cité, le calme renaît dans l'esprit des citoyens ; ceux qui avaient fui rentrent dans leurs foyers ; quelques ateliers, quelques magasins se rouvrent ; chacun reprend ses occupations ; on se croit en pleine paix.

Le maréchal, que n'éblouissaient point ces témoignages stériles d'une faveur passagère, et qui avait reçu de Buonaparte l'ordre de reprendre Genève, fit les autres dispositions que commandaient les circonstances. D'un côté, il forma un corps soldé d'ouvriers

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sans travail, de l'autre, il fit une levée de gardes d'élite tenus de s'équiper à leurs frais ; il composa enfin deux bataillons de garde nationale active, l'un confié au commandement de M. de Çorcelle, ancien officier, l'autre, à celui de M. Peillon, capitaine et chevalier de la Légion d'honneur. L'argent seul manquait à ses efforts ; mais les caisses étaient vides, les contributions ne rentraient point, et sans quelques faibles secours qu'il trouva dans la caisse municipale, il eût été arrêté au premier pas.

Ce fut dans ces circonstances qu'il publia une proclamation ainsi conçue (22 janvier).

u Un ennemi faible en moyens et incertain dans ses « mouvements, ose, depuis quelques jours menacer « votre ville. Appelé à votre défense, je vous ai « trouvé désarmés ; dès lors, je n'ai eu ni sommeil « ni repos que je n'aie pu réunir des secours : de plus « grands encore vont incessamment arriver, j'en ai « l'assurance positive. En attendant, vous frémissez, « braves Lyonnais, d'avoir été insultés jusque sous << vos murs, par un ennemi fier d'un instant de sur- « prise. Ces généreux sentiments ne m'ont point « étonné de votre part : n'étes-vous pas ce peuple o qui, dans toutes les circonstances difficiles, déploya « un grand courage ? L'amour de votre cité fut tou- « jours votre caractère distinctif. A ce noble motif « se joint encore l'honneur du nom français, dont « vous êtes si jaloux, et cette reconnaissance que vous « devez à votre auguste souverain, dont le premier

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« soin, à son avènement, fut de cicatriser vos plaies « et de relever vos édifices. Vous fûtes toujours, vous « le savez, l'objet de sa sollicitude particulière. Vous « lui devez donc, vous devez à la France, qui vous « contemple, de repousser loin de vos murs l'ennemi f( dont la présence seule est une insulte, paralyse « votre industrie, et vous jette dans un état d'incer- « titude et d'alarmes que votre honneur et votre « intérêt vous commandent de foire cesser. Aux K armes donc, braves Lyonnais, ralliez-vous autour « de moi, marchons en avant, et ne laissons à l'armée « qui accourt pour vous défendre, que le soin de » poursuivre jusqu'aux frontières l'ennemi que vous « aurez déjà mis en fuite. »

Cette proclamation fut le signal du départ.

Le Maréchal, après avoir pris position sur la montagne de Limonest, entre la route de Villefranche et la rive droite de la Saône, pour observer les mouvements que l'ennemi pourrait faire sur sa gauche, posta le gro."? de sa troupe sur la route et les hauteurs de Miribel. Cette belle position avait été évacuée par l'ennemi, dès qu'il avait eu avis de l'arrivée des premiers renforts. Le 22, il avait continué son mouvement rétrograde sur Meximieux et le Pont-d'Ain où il s'était concentré, en sorte que les premières reconnaissances qui furent poussées sur Montluel n'y trouvèrent que les restes d'un convoi de grains destinés pour Meximieux, et qui fut pris.

Toutefois le noyau d'armée qui était aux ordres du

Maréchal, n'étant pas encore assez fort pour rien entreprendre de plus, ce corps se borna à couvrir Lyon. Les deux armées passèrent quelque temps à s'observer.

Guerre. Oiiv. cit. pp. 37-46.

Février.

Après avoir raconté les opérations militaires dans les départements de l'Isère et du Mont Blanc, opérations qui eurent pour résultat d'arrêter un moment de ce côté les progrès de l'ennemi, l'auteur dit un mot de la tentative infructueuse des Autrichiens sur Montluel, et de leur pointe sur Beaujeu qui ne réussit pas mieux, puis il ajoute :

Le Maréchal n'était rien moins que rassuré sur sa position, par les avantages qu'il avait obtenus, et par les mouvements rétrogrades que le général Bubna avait été contraint de faire. Il savait que lorsque les alliés avaient discuté leur plan de campagne, d'illustres suffrages avaient d'abord marqué Lyon pour l'un des principaux points d'attaque ; On pouvait revenir encore à cette opinion comme il arriva dans la suite, et sans affaiblir beaucoup la grande armée qui opérait sur Paris, on pouvait au moindre succès, donner au général Bubna, par de médiocres renforts, une prépondérance numérique à laquelle il serait difficile de résister.

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Les gardes nationales qui étaient attendues de toutes parts, étaient peu propres à dissiper les inquiétudes ; peu ou point exercées, la plupart sans armes et sans habits, elles pouvaient être plus embarassantes qu'utiles. Û'un autre côté, les caisses étaient vides, et il était impossible d'attendre d'une population accablée des maux de la guerre, une exacte rentrée des contributions ; les fournisseurs ne voulaient ni ne pouvaient plus faire aucunes avances ; les réquisitions éprouvaient des difficultés ; les arrivages par eau étaient interrompus par l'ennemi. Toutes les parties du service étaient en souffrance.

Le Maréchal prit dans cette position deux mesures importantes.

La première fut de remettre sous les yeux du gouvernement un tableau énergique et fidèle de sa situation, que l'on paraissait perdre de vue, et de l'envoyer à Paris par l'un de ses aides de camp. Pour la dixième fois, il demandait de l'argent, un noyau de vieilles troupes, de jeunes soldats, des vêtements, de l'artillerie, des fusils et surtout des" cartouches ; car tel était le dénuement où il se trouvait de toutes munitions, qu'on l'avait réduit à considérer comme une bonne fortune, d'en avoir reçu trois barils par le courrier de la malle.

La seconde résolution qu'il prit était aussi ingénieuse que bienfaisante. Voyant que les manufactures fermées faute de débouchés, les ouvriers sans travail, le peuple sans pain, les propriétaires et les rentiers dans la plus grande détresse, ne pouvaient lui offrir

aucune ressource, il accorda de concert avec le commissaire du gouvernement, aux instances de l'administratlon municipale, du préfet et du commerce, le libre transit des marchandises dans les pays occupés par l'ennemi ; mesure salutaire qui, en rouvrant les ateliers presque aussitôt que les barrières, et en rétablissant la double circulation de l'argent et des marchandises, rendit à des milliers d'infortunés, l'existence, à toute la ville, la tranquillité. Bientôt la confiance se rétablit, le numéraire reparut peu à peu, les contributions et les réquisitions s'acquittèrent, et l'on put espérer de pourvoir aux besoins les plus pressants.

Les demandes faites au gouvernement, quoique moins heureuses, ne furent pas sans succès. On comprit enfin qu'il était temps de songer sérieusement à la défense de la seconde ville de France, dont la reddition offrirait un exemple contagieux, et entraînerait la séparation d'une partie de l'Est et du Midi. Cette fois, au lieu de renvoyer le Maréchal, comme on l'avait toujours fait, au chimérique état de situation qu'on lui avait remis à Paris, on lui accorda (le 3 février) une division de cette belle armée de Catalogne qui, sous les ordres du maréchal Suchet, s'était rendue si célèbre en Espagne, par sa valeur et sa discipline. On lui accorda encore un tiers des fusils qui se fabriqueraient à Saint-Etienne. Pour le reste, il n'obtint rien, ou, ce qui est la même chose, on le renvoya à armer de piques les soldats qui n'auraient pas de fusils ; à extraire des arsenaux de Gre-

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noble, Antibes et Avignon, l'artillerie qui lui manquait, mais sans lui fournir aucuns moyens de transports ; à lever sur la ville de Lyon tout l'argent qui lui serait nécessaire.

Voici les forces et les moyens effectifs que le Maréchal parvint enfin à réunir.

Il rassembla une artillerie de 34 bouches à feu, mais dont 24 seulement purent servir.

Les gardes nationales, levées par le commissaire Chaptal, arrivèrent aussi, mais la plupart sans armes et sans habillements. On renvoya celles qu'il fut impossible d'armer, pour ne pas consumer inutilement le peu de vivres que pouvait fournir la ville; les autres désertèrent en grande partie, quelquefois par compagnie.

On remarqua qu'un bataillon qui avait présenté 460 hommes à la revue, en avait perdu 137 deux heures après avoir reçu des fusils.

Mais un secours plus réel, fut l'arrivée de la division attendue de Catalogne. Une première colonne commença son entrée le 9 février. La dernière y fut rendue le 25. Les états de situation fournis par le ministère, mais qui peut-être étaient déjà anciens, l'avaient portée à 10,049 hommes. Elle ne présenta, en arrivant, qu'un effectif de 8,900 combattants.

Ce fut alors que le Maréchal reçut de l'Empereur l'ordre de se porter sur Genève et de reprendre cette ville.

Guerre. Onv. cit. pp. 60-64.

idè LYON SOUS LE DIRECTOIRE

Mars.

L'auteur niconte la reprise de l'offensive p.u- les Français dans le Bugey et sur la frontière suisse ; puis le retour des Autrichiens renforcés du corps du général Blanchi et de celui du prince Philippe de Hesse dans le Maçonnais et le Charolais, l'occupation de Mâcon, de Cluny; leur attaque de flanc contre les troupes d'Augereau à Poligny ; puis il nous montie Augereau prenant Lyon comme point d'appui pour attaquer l'ennemi en face, pendant qu'une de ses divisions., la troisième ferait de Bourg à Mâcon une attaque sur ses flancs :

Le 1 1 mars, le Maréchal voulant devancer la réunion des forces ennemies par des opérations rapides, ordonna au général Musnier de se porter sur la route de Mâcon par Villefranche, avec la première division, et au général Bardet d'aborder la ville de Mâcon par Saint-Laurent avec la troisième. Le général Pannetier avec la deuxième forma une réserve destinée à se porter au secours de la première et de la troisième, selon le besoin, et détacha un régiment avec deu.x. pièces sur Villefranche.

Le général Musnier rencontra l'ennemi à Saint- Georges, deux lieues au-delà de Villefranche ; il le culbuta et le poursuivit vivement jusqu'à une lieue de Mâcon. Les troupes, quoique harassées, firent des prodiges de valeur. Le 12^ de hussards prit deux pièces de canon et sabr.i les canonniers sur leurs pièces.

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L'ardeur emporta trop loin ces braves, et, sous les murs de Mâcon, l'ennemi ayant masqué un certain nombre de bouches à feu, fit de toutes ces batteries plusieurs décharges à mitraille, qui causèrent quelques pertes à la division. L'avant-garde n'entra pas moins dans Mâcon pêle-mêle avec l'ennemi, mais bientôt elle fut obligée de se replier avec le reste du corps devant des forces supérieures, et reprendre ses postes de Saint-Georges. Si le soldat se fût moins abandonné à son impétuosité, et eût laissé à ses chefs le temps de bien reconnaître la position et les forces de l'ennemi, on n'aurait pas eu à regretter d'acheter si cher un premier succès ; et malheureusement le général Bardet n'avait pu appuyer cette attaque. Contenu luimême par les généraux Hardeck et Wieland, qui le menaçaient avec 10 000 hommes, il n'avait pu dépasser Bourg, et s'était retiré surMeximieux, surMontluel et Minbel, sans toutefois avoir essuyé aucune perte dans ce mouvement rétrograde.

La journée du 13 se passa en reconnaissances.

Le 14, un aide de camp du général Musnier, qui avait été fait prisonnier, fut échangé. Suivant le rapport de cet officier, l'artillerie des alliés se composait de 82 bouches à feu, et le gros de leur armée avait été rejoint par une réserve de 15.C00 hommes: ce qui détermina le Maréchal à donner ordre aux généraux de concentrer leurs troupes le plus qu'il serait possible, et de ne point les éparpiller. Il fit couler ou descendre tous les bateaux qui étaient sur la Saône,

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pour empêcher les alliés de communiquer d'une rive à l'autre. Du reste, l'ennemi était tellement rapproché, que dans la même journée il châtia la petite ville de Beaujeu, dont les habitants avaient retenu prisonnière une patrouille qui y était entrée la veille. Guerre. Oiiv. cit. pp. 78-80.

.Mars.

Au moment où la grande armée de la coalition commence cette marche qui ne doit s'arrêter qu'à Paris, puisque Napoléon n'est plus devant elle, les Autrichiens, qui avaient envahi la Bourgogne et le Dauphiné, et contre lesquels Augereau avait lutté jusqu'alors non sans succès, font un effort plus énergique, sous lequel Lyon finit aussi par succomber.

« Le 17 mars, l'ennemi commença les opérations qui allaient décider du sort d'une grande partie de la France. Il présenta sur Belleville, en avant de Villefranche, une ligne qui s'étendait jusqu'à la Saône, laissant toutefois à deviner son plan. Le Maréchal ne jugeant pas la position de Belleville propre à recevoir une bataille, avait choisi celle de Saint-Georges, et s'était retiré sur ce point. Les armées restèrent ainsi en présence. La situation du général Bardet, qui n'avait que 3.000 hommes, ne laissait pas d'être inquiétante : le général Remond fut retiré de Lyon pour le renforcer, La troupe de cet officier, tout dif-

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lîcile qu'il était d'en tirer parti, d'après sa composition, devait faire nombre et garnir les hauteurs de Caluire, pour eu imposera l'ennemi sur les véritables forces de la division.

Enfin, le 18 l'attaque commença. Les alliés se portèrent avec une division nombreuse par la route de Mâcon, sur la position de Saint-Georges, défendue par le général Pannetler. Trois autres divisions dont le mouvement de la ville avait préparé la marche, filèrent par la route de Beaujeu pour venir tourner Villefranche, en côtoyant les montagnes. Une brigade de la division Musnier, avec le 12° de hussards étaient placés sur ce point. L'autre brigade de cette division, avec le 136 de cuirassiers, étaient en réserve à l'embranchement des deux routes. La division Pannetier, placée en avant de Saint-Georges, dut céder au nombre et à une artillerie formidable. Elle se replia sur le village. Mais ensuite elle reprit l'offensive, enfonça l'ennemi, le chassa de sa position. Un régiment ennemi tout entier fut taillé en pièces.

Pendant que les trois divisions autrichiennes qui avaient pris la route de Beaujeu, sur la gauche de l'armée du Maréchal, étaient tenues en échec par la brigade du général Ordonneau, l'ennemi fort de sa nombreuse cavalerie, fit plusieurs charges que l'infautei ie repoussa avec intrépidité, en lui faisant essuyer une grande perte. Déjà le champ de bataille qu'il o>;,;upait, était jonché de ses morts; mais renouvelant sans cesse les attaques avec des troupes fraîches, avec

une artillerie six fois plus nombreuse, et s'apprêtant à déborder aux portes de Villefranche la gauche des Français, il força le Maréchal, qui, se vit près d'être tourné, de prendre une position en -arrière et plus centrale, en attendant de nouvelles troupes d'Espagne qui lui étaient annoncées, et qui devait arriver de jour en jour. La retraite se fit dans le meilleur ordre, jusqu'à la montagne d"e Limonest où le Maréchal prit une belle et forte position. Cette journée fut une des brillantes pour les armes françaises. Un corps de moins de lo.ooo hommes fut tout le jour engagé avec 35.000 combattants, les battit, leur mit 3.0C0 hommes hors de combat. Le i3<: de cuirassiers et le 7^ de ligne soutinrent avec une ardeur héroïque, l'effort de l'infanterie et de la cavalerie ennemie, et leur reprirent une petite réserve d'artillerie qu'elles avaient un moment enveloppée.

L'armée du Maréchal se trouva ainsi aux portes de Lyon.

La journée du 19 se passa A s'observer. Toutefois les mouvements de l'ennemi annonçaient une nouvelle attaque : informé des renforts que l'armée fran çaise attendait d'Espagne à chaque instant, et de leur marche rapide dans le département de la Drôme, il avait un grand intérêt d'agir avant que la jonction put s'opérer. Le Maréchal, au contraire, dont tous les efforts tendaient à sauver Lyon, et à se maintenir lui-même, trouvait ses convenances à se tenir sur la défensive le plus longtemps qu'il le pourrait.

Dans cette double vue, il donna ordre aux généraux Munier et Pannetier de tenir avec opiniâtreté la position de Limonest, où ils se trouvaient avec leurs divisions, le 4^ de hussards, le 13= de cuirassiers et douze bouches à feu. Il plaça sur Grange-Blanche, le général Digeon, avec six pièces d'artillerie, le 12^ de hussards, et 1,500 hommes dont se composait une tête de colonne arrivée d'Espagne dans la nuit du 19 au 20, pour tenir en échec tout ce qui déboucherait par la Tour de Salvagny. La brigade Estève, de la division Pannetier, prit position à Dardilly, entre les deux routes de Salvagny et de Limonest, pour lier les positions de Grange-Blanche à celle de Limonest. Le général Bardet, placé près de Miribel, était chargé de contenir l'ennemi qui débouchait sur lui par la Bresse, et il étendait sa Hgne par Caluire jusqu'à la Saône, pour défendre la route de Trévoux à Lyon, où l'ennemi paraissait vouloir filer.

L'ennemi ayant achevé ses dispositions, s'ébranla le 20 vers midi. Il ne fit qu'une fausse attaque contre le général Bardet, à qui il présenta 10,000 hommes qui furent contenus. Son plan de ce côté, paraissait être de jeter une colonne sur larive gauche du Rhône, pour couper au Maréchal ses communications avec Vienne et Chambéry, et pour le harceler en cas de retraite. Déjà 400 hommes avait traversé le fleuve dès le matin, et avaient été poursuivis par le i2« de hussards.

Sur tous les autres points, les attaques furent extrêmement animées : il en fit deux de front, l'une entre

Limoiiest et la rive droite de la Saône, sur l'extrême droite du général Pannetier; l'autre vers Tassin, sur l'extrême gauche du général Digeon.

Le corps placé à Limonest, craignant peut-être de se voir tourner par la rive droite de la Saône, ne défendit pas longtemps ses positions, et se repliant sur Vaize, en bon ordre, laissa à l'ennemi des avantages dont celui-ci ne manqua pas de profiter. Pendant que ses nombreuses colonnes se répandaient comme un torrent sur toutes les collines du Mont-d'Or, à droite et à gauche de Limonest, il couvrit de ses bataillons toute cette partie de la montagne qui s'étend de Salvagny à Tassin, d'un côté, à Dardilly, de l'autre: Alors un combat terrible s'engagea au village de Dardilly, qui fut pris et repris plusieurs fois, et où le général Estèvc se couvrit de gloire. Le combat se prolongea jusqu'au château de la Duchère, qui devint le théâtre d'une longue et vive fusillade. Enfin le général Estève, accablé par le nombre, chassé de Dardilly et de la Duchère, se replia sur la position du général Digeon, qui eut bientôt à soutenir tous les eff'orts de l'ennemi. Le Maréchal le renforça de suite du 13e de cuirassiers et de deux autres bataillons de la 2^ division. C'est là que le combat recommença avec une nouvelle fureur, l'ennemi se réparant, se multipliant sans cesse comme au combat de Snint-George, par des troupes fraîches. Le général Digeon opposa une résistance inébranlable à toutes les charges et fit des prodiges de valeur. Son artillerie servie avec une admi-

^able intelligence, fit taire plusieurs fois les batteries ennemies. Le 19e cuirassiers en chargea une de six pièces qu'il enleva et emmena, ainsi qu'un corps de 400 hommes qui la soutenait, un colonel et nombre d'officiers.

Cependant, les colonnes qui avaient débouché par Limonest, se joignant à une partie de celles qui de Dardilly s'étaient portées à la Duchère, s'avançaient vers le faubourg de Vaize, où tout était confusion. Déjà même l'ennemi y avait jeté quelques obus et y poussait ses tirailleurs, lorsque le Maréchal, informé de ce désordre, lit établir des batteries à la tête du faubourg, et ordonna des dispositions qni retinrent les alliés à une distance respectueuse.

La nuit mit fin à une bataille, où 14,000 combattants soutinrent l'effort de 60,000, où chaque officier, chaque soldat se défendit en héros, où l'ennemi perdit plus de 4,000 des siens, et laissa plus de 900 prisonniers.

Les deux armées bivouaquèrent à une portée de fusil l'une de l'autre, en avant du faubourg de Vaize. Leurs feu.^ étaient presque confondus. Le Maréchal rentra, de sa personne, dans Lyon à neuf heures et demie du soir.

Au même instant arrivait, mais un peu tard, par le faubourg de la Guillotière, une nouvelle colonne de la seconde division d'Espagne, forte, comme la première, d'environ 1,500 hommes. Les autres devaient suivre de près.

Ces nouvelles forces devaient être de 8 à 10,000 hommes.

Pressé par une armée si supérieure en nombre, le le maréchal se trouvait dans nne position difficile : il fallait se résoudre ou à défendre Lyon dans Lyon même, ou à l'évacuer dans la nuit. Il n'y avait pas un moment à perdre pour choisir.

Des deux côtés les inconvénients étaient grands. Les conséquences d'une retraite n'étaient pas douteuses. L'entrée de l'ennemi dans Lyon ne pouvait manquer d'affaiblir le moral de l'armée et la défense générale de l'état, d'augmenter la force et la confiance des alliés II fallait d'ailleurs s'attendre que la reddition d'une cité si importante produirait un contre-coup funeste dans une vaste circonférence, et servirait de signal à la défection d'un grand nombre de départements.

D'un autre côté, à ne considérer que militairement la résolution à prendre, il était impossible de songer à s'enfermer sans munitions et sans vivres, dans une place épuisée et tout ouverte, en présence d'une armée très supérieure par le nombre, et d'exposer la ville au malheur inévitable d'être emportée de vive force.

Ce qui augmentait la perplexité du Maréchal et des administrateurs municipaux, c'étaient les projets bien connus des sicaires du gouvernement. Les mêmes agents qui avaient déjà mis la ville en combustion, au mois de jauvier, et qui furent déconcertés alors par la

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fermeté du corps mnnicipal, ne cessèrent depuis d'en conspirer la destruction, de chercher à en faire une nouvelle Moscow ; la police avait reçu, de Paris et de ses propres agents, les avis les plus positifs sur cet affreux dessein, et s'était vue obligée de multiplier sans mesure le nombre de ses surveillants, d'exiger de toute la garde nationale un service extraordinaire, de faire murer les soupiraux des caves, et fermer dès la chute du jour les portes d'allées. Le péril croissait à mesure que l'ennemi s'avançait. On savait qu'un ministre avait été jusqu'à adresser par écrit, à diverses autorités l'ordre inhumain qu'il ne restât ni habitants ni habitations à^ns les lieux envahis : Jaites, disait-il, vu vaste désert entre l'ennemi et nous. On savait que des mains criminelles s'apprêtaient dans l'ombre à exécuter cet ordre inhumain, dès la première attaque . On savait que des listes de proscription étaient toutes dressées, que les maisons des principaux citoj'ens étaient désignées, qu'en un mot Catilina était dans les murs.

C'est en cet état que le Maréchal ayant réglé les positions de son armée, se hâta de convoquer auprès de lui un Conseil composé des principales autorités, mais cù ne purent se trouver que le commissaire extraordinaire, le préfet, un commissaire des guerres, M. d'Albon, maire, MM. de Senneville et de Varax, adjoints, les autres ayant été avertis trop tard.

Après leur avoir fait connaître les forces et les positions respectives des deux armées, les secours qu'il attendait de l'armée d'Espagne, et les instruc-

lions particulières qu'il avait reçues du gouvernement, il demanda si la ville avait l'intention de se défendre. Le commissaire extraordinaire demanda à son tour, ce qu'on pouvait espérer du concours des citoyens et de la garde nationale. La discussion s'engagea entre toutes les personnes présentes. M, d'Albon déclara que la ville épuisée par les fournitures de vivres qu'elle n'avait jamais cessé de faire à l'armée, n'avait pas de subsistances pour quatre jours ; qu'il n'existait plus aucun moyen de s'approvisionner, puisque l'ennemi, déjà maître de la Bresse et des deux rives de la Saône, ne pouvait manquer d'occu" per bientôt celle du Rhône et toutes les routes. M. de Varax fit sentir que du moment où l'ennem.i s'était rendu maître de la ville et de la route de Mâcon, Lyon était à peu près en son pouvoir, que toute défense était impossible, même quand les citoyens se résoudraient à se défendre de rue en rue, à faire de chaque maison une forteresse, et de leur ville une autre Saragosse. M. de Senneville ajouta que l'Empereur lui-même avait plus d'une fois consacré en principe dans le cours de ses expéditions en Allemagne, et particulièrement au sujet des apprêts de défense faits dans les villes de Vienne et de Berhn, que les grandes cités ne doivent jamais prendre une part militaire aux événements de la guerre ; que l'occupation de la ville par l'étranger, quoique infiniment douloureuse pour des cœurs français, lui serait moins funeste encore qu'une attaque de vive force, dont

les suites pouvaient être de faire couler le sang de ses meilleurs citoyens, d'entraîner l'incendie de ses édifices, le pillage et la dévastation des propriétés, la ruine des manufactures, sans que de si grands malheurs pussent être compensés par aucun espoir de succès ; que les Lyonnais étaient las de sacrifier leurs ressources et leur sang à un système de guerre perpétuelle qui avait déjà ruiné la ville comme le reste de la France, et qui la menaçait des plus affreuses calamités ; que le tocsin, les levées en masse et les autres moyens indiqués par le gouvernement, étaient des mesures de désespoir qui n'étaient propres qu'à redoubler les alarmes, sans pouvoir être d'aucun secours, qu'il savait bien que les magisrats seraient chargés d'une grande responsabilité, mais que le moment n'était pas loin où, d'accusés qu'ils pourraient être en ce moment, ils deviendraient à leur tour accusateurs ; qu'enfin leur plus dangereux ennemis n'étaient pas dans les corps des puissances alliées, mais parmi eux, et qu'on avait tout à craindre pendant les désordres d"un bombardement ou d'un siège : que leur premier devoir était de sauver leur cité pour la France, pour l'Europe, pour elle-même.

Le maréchal était Français ; son cœur généreux, déjà révolté des projets barbares formés par les émissaires du gouvernement contre une ville malheureuse, ne fut pas moins touché des désastres qu'appellerait sur elle la seule démonstration d'une défense impossible. Bien assuré que la place n'était pas tena-

ble, il donna ses ordres pour la retraite, et sortit lui-même vers minuit, précédé ou suivi d'un grand nombre de fonctionnaires publics, laissant à la ville une entière liberté de capituler.

Guerre. Ouv.cit. pp. 82-^2.

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