‹ Lyon de 1778 au Directoire, notes et documents; (volume 2)Chapitre 19 sur 23 · VIII. Les Frères de la Doctrine chrétienne et les · texte numérisé non relu

VIII. Les Frères de la Doctrine chrétienne et les

Sœurs de Saint- Charles rempliront leurs fonctions sous la surveillance de M. le Cardinal-archevêque, et quant aux rapports temporels, sous l'autorité immédiate de M. le Maire, qui ne pouvant se livrer à tous les détails d'une institution de cette nature, s'est créé un conseil auquel a été donné le titre de Jury des écoles primaires, sous l'inspection et direction duquel ces mêmes écoles seront placées.

IX. Les legs et donations qui pourront être faits à l'une ou l'autre congrégation, seront acceptés en leur nom et dans les formes voulues par les lois par M. le maire, à lui joints les membres du jury. Tous les bons qui pourront être successivement donnés à l'une ou l'autre institution seront régis par le jury et, en cas de dissolution, les biens ne pourront être employés qu'à fonder une autre maison d'éducation publique.

X. L'un des Frères de la Doctrine chrétienne sous le nom de Vicaire général, et l'une des sœurs de Saint-Charles sous le titre de Mère remplit celles de directrice.

XL 11 sera tenu dans chacune des deux maisons un registre où seront inscrits les noms de tous ceux et de toutes celles composant l'une ou l'autre association avec leurs prénom, nom, âge, lieu de naissance, dernier domicile, et aussi l'indication de leurs père et mère, et mention s'ils sont morts ou vivants. Ce registre sera coté et paraphé par M. le maire et

sera tenu double et l'un des deux restera déposé à la mairie.

XJI. Les membres du jury choisis par M. le maire proposeront les règlements nécessaires pour la tenue, la discipline, l'ordre et le travail des écoles primaires de l'un et de l'autre. (Arch. mun. de Lyon.)

Janvier 1814

L'avocat Guerre dont l'ouvrage sur le siège de Lj'on en 1793 et les événements qui le précédèrent et le suivirent nous a fourni de nombreux extraits, a écrit sous le titre de Campagnes de Lyon en 1814 et 181 ^ des Mémoires sur les pi-incipaiix événements militaires politiques qui se sont passés dans cette ville et dans quelques contrées de l'Est et du Midi de la France à l'occasion du la restauration de la monarchie française {Lyon, 1S16 in-12). Nous lui empruntons les passages suivants, plus particulièrement intéressants pour notre ville :

« A peine échappé aux désastres de Leipsick, le maréchal Augereau avait reçu de Buonaparte, le 7 janvier, l'ordre de prendre à Lyon le commandement de l'armée qui devait défendre cette partie du territoire ; la France étant menacée d'invasion, ce guerrier crut plus que jamais entendre la voix de la patrie. Dès le lendemain il se mit en route, porteur d'un état de situation qui le mettait à la tête d'une armée de 60.000 combattants, mais qui était tout entière à lever. Le maréchal qui l'ignorait, ne laissa

pas de représenter, avec sa franchise toute militaire, qu'on prenait cette détermination un peu tard ; que les alliés, d'après leur marche en Suisse, pouvaient arriver à Lyon avant lui, puisqu'il n'existait aucun corps français sur leur passage. On lui répondit qu'en ce cas, il se replierait sur Paris. Telle était la tranquiUité d'âme ou plutôt l'illusion dans laquelle se reposait cet Empereur jadis si actif et si prévoyant.

A peine arrivé à Fontainebleau, le maréchal reçut, d'un courrier qui passait, le taux avis que déjà les alliés occupaient Lyon. Il n'en tint nul compte, connaissant bien la valeur de ces fausses alarmes, qui toujours précèdent de beaucoup la marche des armées.

A Nevers, le courrier de la malle et d'autres voyageurs lui confirmèrent la même nouvelle ; il douta encore et ne continua pas moins sa route, toutefois en ralentissant sa marche pour s'assurer des dispositions des esprits dans les départements qui lui restaient à traverser, et qui étaient pour la plupart chargés de fournir des renforts à l'armée de Lyon.

A Roanne, le i8 janvier, il put considérer la prise de Lyon comme semi-officielle, lorsqu'il apprit, par des magistrats de la cour qui s'y étaient réfugiés, les mouvements du 12, et les ordres d'évacuation qui en avaient été la suite.

Il ne laissa pas de poursuivre sa route, se faisant précéder d'un courrier qui devait en toute hâte

revenir sur ses pas, et l'instruire du véritable état des choses.

Il reçut enfin, à la hauteur de Tarare, les éclaircissements qu'il désirait, et fit son entrée à Lyon le 14, à onze heures du soir.

A l'instant même, le maréchal convoqua chez lui le lieutenant-général Musnier, commandant la division active, et le général Saint-Sulpice, colonel du 4e régiment des gardes d'honneur, pour prendre connaissance de l'état et des forces de la place. C'est alors qu'il put voir à quel point on l'avait abusé par le chimérique état de situation qui lui avait été remis.

Le lendemain matin, il appela auprès de lui tous les chefs des autorités civiles et militaires, les officiers même de la garde nationale. Leur étonnement à tous fut grand lorsqu'on reconnut que les forces qu'avait cru trouver le maréchal à Lyon, y étaient attendues de lui-même : le découragement, qu'avait déjà jeté dans tous les esprits la perspective d'une guerre sans fin, fut porté à son comble. Les Lyonnais se défendraient, disait-on, ils feraient les mêmes efïbrts, les mêmes sacrifices qu'en 1793, si quelques chances dv" salut pouvaient se mêler à leur résistance, mais sa;; s aucun espoir d'un meilleur avenir, sans armes, sans artillerie, sans approvisionnements et presque sans munitions, sans un seul écu dans les caisses publique^., sans aucune fourniture assurée pour le service, et

lorsque la population avait perdu l'élite de sa jeunesse par ces levées anti-sociales qui depuis si longtemps désolaient l'Empire, il ne paraissait ni juste, ni généreux d'appeler sur une cité, fumante encore des ruines d'un long siège, les horreurs d'une guerre nouvelle.

Ne trouvant ainsi dans Lyon aucun moyen de parer an danger, le njaréchal instruisit le gouvernement de l'état des choses, sans en rien déguiser. Il convint en même temps avec le commissaire extraordinaire Cliaptal, de faire évacuer ce qui restait des caisses publiques, les militaires malades, les prisonniers de guerre, les prisonniers d'état en grand nombre, qui, du fort de Pierre-Châtel, avaient été tr.insférés à Lyon, et en un mot tout ce qui tenait à l'administration de la guerre, ainsi qu'aux administrations civiles. Ils arrêtèrent pareillement de se retirer en personne, l'un à Clermont, pour y presser la formation et l'envoi des bataillons de gardes nationales, et pour mettre en œuvre tontes les ressources qui pouvaient exister sur la rive droite du Rhône et la rive gauche de la Loire ; l'autre à Valence, pour y recueillir tous les dépôts qui pouvaient se trouver dans le midi, et se mettre en communication avec les généraux Marchand et Desaix, qui commandaient dans les départements de risère et du Mont-Blanc. Valence, par sa position sur la rive gauche, et presque au confluent du Rhône et de l'Isère, sur les routes de l'Italie et du midi, au

centre de la 7e division, qui faisait partie des commandements du maréchal, offrait d'ailleurs un point militaire de réunion, et promettait d'y former, en cas de besoin, une ligne de défense sur l'Isère.

Le maréchal, en s'éloignant, avait ordonné au général Musnier, de ne porter sur la route de Villefranche que des postes d'observation ; d'occuper lui-même, avec sa petite troupe, toutes les positions en avant du faubourg Saint-Clair, qui était le point de réunion marqué par l'ennemi ; de ne céder le terrain qu'à un nombre très supérieur, et après avoir fait toute la résistance possible. Il lui avait enjoint de suivre dans sa retraite, s'il y était forcé, le chemin le plus court, pour aller se rallier à la tête du faubourg de Vaise, à l'embranchement des routes de Bourgogne, de Bourbonnais et de Forez; et, s'il ne pouvait s'y maintenir, de suivre la route de Saint-Etienne, soit pour en couvrir la manufacture, soit parce que ce pays montagneux et difficile présentait mille points d'appui à une défense avantageuse. Le mouvement ordonné avait aussi pour but de contenir l'ennemi par la crainte de pénétrer, avec trop peu de monde, dans une cité populeuse qui, à l'approche des secours qu'allait chercher le maréchal, pouvait se soulever contre les troupes qui l'auraient occupée, et les mettre dans un grand péril.

Il paraît qu'une combinaison si judicieuse ne fut ■point sentie et demeura sans effet. Le jour même du départ du maréchal et du commissaire, le général

Musnier, s'étant assuré de l'immense supériorité des forces autrichiennes, fit sa retraite sur le point indiqué, sans les attendre, et établit son quartiergénéral à Grange-Blan:he, plaçant la, ville entre lui et l'ennemi.

Nécessaire ou non, ce mouvement parut au moins prématuré et excita un grand mécontentement dans les esprits. Ils achevèrent de s'exaspérer à la vue d'un ennemi audacieux, qui, s'établissant dans les faubourgs de la Croix-Rousse et de Saint-Clair avec moins de 4.000 hommes, montrait la prétention de se rendre maître, avec si peu de forces, d'une ville de plus de 100.000 âmes.

De toutes pans on criait aux armes; le préfet, la municipalité faisaient des représentations au général sur sa marche rétrograde, lorsqu'un nouvel incident porta l'agitation à son comble ; ce fut l'apparition d'un officier autrichien, précédé d'un trompette, qui se présenta en parlementaire (le 17 janvier) à la barrière Saint-Clair, demandant d'être conduit à l'Hôtel de-Ville. Un piquet du poste le reçoit, l'accompagne, sans lui demander ses pouvoirs, l'introduit auprès du maire, qui, n'ayant point de mandat pour écouter aucune communication sur des choses dépendantes de l'autorité militaire, le dirige à pied vers le quartier-général, sous l'escorte de deux chefs de la garde nationale. L'officier s'avance à travers les flots d'un peuple innombrable qu'attire la nouveauté de spectacle, et qui le presse, l'étonné, l'intimide.

Parvenu au pont Saint-Vincent, dont plusieurs gendarmes lui disputent le passage, il paraît se raviser et déclare qu'au fait il n'a rien à dire au général, qu'il n'a que des dépêches à remettre. On commence alors à soupçonner, et depuis on ne tarda pas de reconnaître que le prétendu parlementaire n'était qu'un jeune audacieux, qui s'était présenté sans mission et à l'insu de ses chefs. On le ramène au milieu des huées de la populace, excitées par des plumes de coq attachées à son casque ; bientôt on entend le cri homicide . à bas, à l'eau, en Saône ; il rentre enfin à l'hôtel-de-ville, et il en était temps. Alors il remet des dépêches adressées au général, qui ne contenaient que des papiers insignifiants ; puis il demande si la ville n'a rien à communiquer à ses chefs. On sait ce qu'autorisent les lois de la guerre en pareil cas, mais on eut pitié de sa jeunesse, et l'on se borna à lui répondre, par la bouche de l'un des adjoints, qu'au général seul appartenait de communiquer avec les ennemis, et on le renvoya.

Le tableau que put faire cet officier au comte de Bubna, de sa réception et de tout ce qu'il avait vu dut engager le général à la prudence .

Ce petit événement lut considéré par les habitants comme une espèce de provocation, et produisit une grande exaltation dans les esprits. Les malheureux s'en emparèrent, pour chercher à exciter du trouble, pour pousser les administrations à d'imprudentes mesures.

En effet, on vit deux jours après (le mercredi 19 janvier) un attroupement composé en partie de citoyens recommandables qui ne respiraient que l'amour de leur pays, mais en partie d'agitateurs qu'animaient de tout autres sentiments ; ils se porta à riiôtel-de- ville, demandant à grands cris que la ville lût mise en état de défense, que des armes fussent distribuées à tous le^ citoyens, et que la population tout entière se portât aux avant-postes. Tout ce qu'il y avait d'officiers municipaux à l'hôtel-de-ville se présenta au devant de cette réunion tumultueuse ; elle fut reçue dans les bureaux de la police ; M. de Laurencin, M. de Sainneville la haranguèrent successivement, et n'eurent point de peine à lui faire sentir l'inconvenance de sa démarche. L'attroupement se dissipa.

Toutefois, de certaines rumeurs continuèrent de se faire entendre, et grossissaient de jour en jour. Une faction obscure, qui voulait à tout prix compromettre la ville dans les événements de la guerre, ne cessait d'agiter le peuple, de dénigrer les magistrats, de semer la défiance et la discorde ; l'esprit public commençait à se corrompre, l'opinion s'égarait, les plus grands maux étaient à craindre, une mesure extraordinaire devenait indispensable pour éclairer et ramener les esprits.

Le maire convoqua, dans l'une des grandes salles de l'hôtel-de-ville, les officiers et sous-officiers de la garde nationale, et tous les citoyens à qui l'on

supposait le plus d'influence sur les opinions du peuple.

Mais, retenu par des affaires graves au commencement de cette réunion, il se fit suppléer par M. de Sainneville, qui, dans un discours improvisé, rendit à ses concitoyens assemblés le compte le plus exact de la situation de la ville, signala avec véhémence, d'un côté, les fautes du gouvernement qui avait jeté l'état dans une position si critique ; de l'autre, les vues perfides des séditieux qui cherchaient à perdre la ville, en la trompant sur ses ressources et ses dangers, pour profiter des désordres qu'ils provoquaient. Puis, abordant d'une manière plus directe la demande indiscrète de s'armer, de se lever en masse, il fit sentir que, dans une cité populeuse où affluaient tant d'étrangers, les armes, si on en avait à distribuer, ne pouvaient l'être qu'avec un certain choix ; mais qu'il était connu de tout le monde que la ville n'avait ni armes, ni munitions, ni soldats ; que la défense de Lyon était à Paris, ou dans la grande armée; qu'après tout des registres étaient ouverts à la mairie, et au quartier-général pour y recevoir les enrôlements ; mais que toute démonstration hostile dans la cité, quand on n'avait aucun moyen de la soutenir, et quand toutes sortes de motifs conseillaient d'attendre l'issue politique de la grande lutte qui se trouvait engagée, ne pouvait servir qu'à provoquer les plus grands malheurs, sans qu'un tel dévouement pût en aucun cas empêcher ni retarder la catastrophe quel-

conque qui se préparait ailleurs. Nous ne compromettrons, ajoutait-il, ni votre honneur, ni votre sûreté ; prenez seulement garde de ne vous pas laisser tromper parles insinuations des méchants. »

Ces paroles et la juste confiance qu'inspiraient personnellement les magistrats, touchèrent tout ce qu'il y avait d'hommes honnêtes dans cette assemblée; les autres, peu nomljreux, craignant de dévoiler leurs secrètes pensées, gardèrent le silence, et chacun se retira paisiblement. A compter de cet instant, la confiance la plus parfaite fut établie entre les citoyens et les magistrats, et rien ne put plus l'altérer.

Cependant le maire n'avait point attendu une pareille levée de boucliers pour prendre les précautions qu'exigeaient les circonstances, et se prémunir contre un coup de main. Il avait fait un appel à une partie de la garde nationale de la ville, des faubourgs et des communes voisines, et cet appel n'avait pas été sans fruits (i8 janvier). Un grand nombre de gardes nationaux accourent en armes sur les hauteurs de la Pape et de Montessui, et s'y placent en tirailleurs. Le général Musnier, de son côté, les fait soutenir par un petit détachement d'inflinterie de ligne, et par quelques cavaliers. En même temps, des milliers de bras sont occupés à faire, sur la grande route et sur les points les plus accessibles, de larges coupures pour arrêter l'ennemi dans sa marche. La nuit même n'interrompt point les travaux; on les achève à la lueur des torches. La même ardeur se manifeste au

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