CÉNOTAPHE
Les scélérats, ils l'ont brûlé ! Poursuivre les morts, leurs victimes, jusques dans un objet inanimé, daiis le monument élevé à leur mémoire par la fraternité, par l'amour paternel, par la piété filiale. . . par les arts renaissans, sans être arrêtés par la religion des tombeaux ; les sacrilèges ! . . .
J'ai vu la terre que couvroit le cénotaphe grattée profondément en plusieurs endroits. Sans doute les hyènes à figure humaine l'avoient remuée pour dévorer les ossements qu'elle renfermoit.
Il y a deux mois, je l'ai dit, que je dénonçai dans ma feuille le projet d'incendier la pyramide du 10 août, parce qu'elle représentoit dans sesornemens accessoires la chute du hideux jacobinisme. Ce monument a été incendié.
Je dénonçai dans le même numéro le projet de mettre le feu au cénotaphe, et il vient d'être la proie des fî.immes, . .
Mais pourquoi trois jours auparavant avoit-on retiré la sentinelle qui veilloit à la garde de ce monum ent ?
Chez les anciens, et c'étoit un devoir religieux lorsqu'un guerrier étoit tombé sous le fer ennemi, un combat opiniâtre s'engageoit souvent autour de son corps pour en disputer la possession au vainqueur. Magistrats du peuple, pourquoi avez-vous gardé le silence sur l'outrage impie fait aux mancs
de vos frères ? Pourquoi n'avez-vous ordonné aucune recherche, aucune poursuite ? Nous avions tous apphiudi à l'énergie de votre arrêté contre les incendiaires du monument pyramidal du lo août. »
Joiniial de Lyon et du département du %j}ône, n° 96
Janvier