‹ Lyon de 1778 au Directoire, notes et documents; (volume 3)Chapitre 1 sur 10 · Lyon de 1778 au Directoire, notes et documents; · texte numérisé non relu

Lyon de 1778 au Directoire, notes et documents;

Une députation de l;i Société des Jacobins se présente au Conseil municipal accompagnant des membres du Comité Révolutionnaire de la section Riard, qui a arrêté le projet d'élever un arbre de la liberté à la place devant le temple de la Raison, la décade qui suivra la fêlo de cette nouvelle divinité des Français régénérés, projet envoyéet appuyé auprès du Conseil par ladite société.

En conséquence, le Conseil municipal, ouï l'agent national delà commune;

Arrête :

Q.u'il voit avec un vif intérêt une section qui avoit

été le centre du fanatisme et de l'infâme aristocratie judiciaire, profanée depuis plusieurs siècles par les ennemis les plus acharnés de la liberté et de l'égalité, se purifier de ces fléaux, par l'arbre chéri des

républicains et des hommes libres et qu'il

contribuera avec empressement et de tout son pouvoir à la fête proposée par le Comité révolutionnaire de la section Riard et la société des Jacobins

Lecture est faite d'une lettre de l'administration de la maison de secours et orphelins, par laquelle elle demande si elle doit conserver, sous le régime républicain, l'usage de distinguer les enfants nés hors des liens du mariage ou abandonnés, par la marque particulière d'un cordon au cou, auquel est suspendue une médaille descendant sur la poitrine, et notée d'un numéro spécial, afin que ces enfants puissent être réclamés par des parents rendus à la nature, et à qui une position adoucie vient offrir ces moj'cns de pourvoir à la subsistance de leur famille.

Le Conseil, ouï l'agent national de la commune ;

Considérant, que les enfants reçus dans la maison de secours et orphelins, soit à titre d'enfants nés hors du mariage, soit abandonnés en naissant, ne peuvent être flétris d'une sorte de dégradation, qu'aux yeux de quelques insensés, qui n'ont pu secouer encore ce joug des préjugés, qui dégradoient la raison humaine; qu'au contraire cette espérance de la nation est aux yeux du républicain philosophe un dépôt précieux

renfermant le germe peut-être des vertus et des talents des générations futures.

Arrête :

Qu'il autorise l'administration de ladite maison de secours et orphelins à continuer de distinguer les enfants ci-dessus désignés avec la médaille, lui observant de faire graver sur cette médaille un niveau, surmonté du bonnet de la liberté outre le numéro distinctif, pour prouver que tous les hommes sont libres et égaux, quelle que soit leur naissance....

Le Conseil, après avoir vu la demande du citoyen Brongniard d'une expérience à faire pour améliorer le goût du pain en en diminuant le prix^ et considérant l'utilité qui a animé le citoyen dans sa demande, etc.

Arrête :

En applaudissant au zèle du citoyen Brongniard, qu'il estime qu'on peut l'autoriser à fliire l'expérience par lui proposée.

Dans la séance du 11 pluviôse an II, Brongniard présente plusieurs essais de panification. Le Conseil donne son approbation à l'essai intitulé : Pain de froment et de pommes de terre, à trois sous la livre. Il engage ensuite ce citoyen à poursuivre ses essais.

Arch. de la ville de Lyon.

8 Janvier

(19 nivôse)

La séance du Conseil municipal ouverte, le citoyen maire rapporte qu'environ les quatre à cinq heures de l'après midi, étant dansle quartier Saint-Clair, il a vu des volontaires d'un bataillon, marchant au son de la caisse, et se tenant sous le bras, se rendre par le pont Saint-Clair aux Brotteaux, dont ils sont revenus de suite, en poussant le cri de : Vivent les Représentants du peuple, au devant de leur demeure ; qu'alors ledit citoyen maire est accouru les aborder pour les engager à se retirer, les requérant, au nom de la loi, de faire cesser le bruit de la caisse,, et de rentrer à leur caserne, ce qu'ils taisoient ; mais qu'en cheminant avec eux, ils ont à la place de la ci-devant Comédie rencontré un officier des canonniers de de l'armée révolutionnaire avec lequel une rixe alloit s'engager, si lui, maire, ne les eût retenus ; qu'à peine arrivé à son poste, il a appris que des rassemblements se renouveloient avec des indices d'effervescence capables de produire de malheureux effets; qu'il est de suite redescendu avec le citoyen agent national de la commune sur la place de la Liberté, où il a vu alors des volontaires du bataillon arriver sur le côté gauche de la dite place par la rue Puits- Gaillot, et un gros détachement de l'armée révelu-

tionnaire arriver en même temps par un autre chemin sur le même côté ; que presque en face les deux partis se rangeoient en bataille, ceux de l'armée révolutionnaire ayant l'arme tirée, et les volontaires sans armes ; que les citoyens maire et agent national se sont jetés entre eux au moment où l'explosion alloit éclater entre les deux partis ; que s'adressant à ceux de l'armée révolutionnaire : « Sont-ce des poignards, leur a dit le maire, que vous avez là contre vos frères ? i> Qu'alors ceux-ci ont sur le champ rengainé leurs armes^ et écouté les paroles de paix qu'il leur portoit, qu'ils se sont mêm.e retirés les uns des autres observant qu'un officier de l'armée révolutionnaire a envoyé 40 hommes au parc d'artillerie, et que le maire et l'agent national sont revenus à la maison commune pour aviser aux moyens de maintenir la paix et la tranquillité. Dans ces entrefaites, la générale ayant été battue, les officiers municipaux se sont rendus à l'envi à la salle du conseil pour être L leur poste et prêts au besoin à joindre leur zèle aux efforts des autres autorités et du commandant de la place.

Ensuite a paru le citoyen général, commandant de la place, qui après avoir renforcé le poste de la maison commune, et dit au président qu'il laissoit au poste un officier, chargé de rendre compte à lui commandant de ce qui se passeroit la nuit et de concerter au besoin avec le conseil les mesures de sûreté et de tranquillité. Après quoi, deux députations

d'officiers municipaux ont ctc chargés d'aller proclamer dans toute la commune que les citoyens eussent à illuminer pendant la nuit, ce qui a été fait, et les officiers municipaux de retour ont annoncé que les mesures prises promettoient de la tranquillité.

Le citoj'en Jacob a demandé au Conseil que pour faire reposer les membres, qui avoient passé les nuits précédentes ou étoient malades, ceux qui voudroient tenir la séance eussent à se faire inscrire, et de suite une grande partie du conseil a demandé l'inscription. Le citoyen Jacob ayant encore demandé que de temps en temps et de deux en deux, les membres allassent parcourir la commune dans les différents quartiers pour y exercer un ministère de paix et de fraternité, et la proposition ayant été accueillie à l'unanimité, le citoyen Jacob est parti sur le champ avec le citoyen Parenthon pour commencer les rondes.

Les différentes députations du conseil ont toutes annoncé à leur retour que la plus grande tranquillité régnoit dans toute la commune.

Le conseil a été témoin et a vu avec satisfaction que le commandant du poste envoyoit avec exactitude et de deux en deux heures ses rapports au général commandant de la place pour lui rendre compte de tout ce qui se passoit.

Dans le milieu de la nuit, les administrateurs, membres du district, sont venus au sein du conseil lui offrir le concert de leurs efforts pour la surveil-

lance, et de là, ont dû se porter nussi dans différents quartiers pour y nminieriir Fcrcre et la paix. A deux heures du matin, d'après le rapport de quelques comités révolutionnaires de sections qui se sont rendus au Conseil, d'après de nombreuses patrouilles faites par des officiers municipaux outre celles de la force armée, d'après la tranquillité générale qui règne dans la commune, d'après la demande du comité du poste, qui a exposé que depuis plusieurs jours la force armée étoit sur pied, le Conseil, de concert avec le commandant, a décidé que les soldats citO)'ens destinés pour ces patrouilles étant dans la maison commune, pourroient se retirer, le conseil restant en séance.

Archives de la tille de Lyoïi.

10 Janvier

(21 nivôse)

Thonion écrit à Gravier au sujet de l'incident du 19 nivôse.

« Je t'écris, cher ami, qu'il y a eu quelques

rixes entre les divers corps armés qui sont actuellement à Commune Affranchie, c'est à dire entre l'armée révolutionnaire et les autres bataillons, et notamment avec les dragons. Cela dérange la tranquilli/é publique pour un instant. Il n'est arrivé jusqu'à ce moment

aucun événement fâcheux, et je ne prévois pas qu'il en arrive aucun.

n Cependant je ne cesserai pasde te dire que c'est un grand vice dans la République, que de créer des corps armés avec des destinations particulières^ ainsi que la solde plus forte. Il paroît que c'est en partie ce motif qui a occasionné de la rumeur. L'on reproche encore à l'armée révolutionnaire d'accaparer les denrées dans les marchés et aux autres lieux, et de les vendre ensuite à ceux qui les payent au dessus du maximum. Je n'ai aucune connaissance par moi-même de ces faits ; mais c'est le bruit général. Au reste, il faut que chacun se renferme dans les bornes de son devoir, sans quoi l'on s"attire toujours la censure.

« On parle, en général, de toute l'armée révolutionnaire, mais je suis persuadé qu'il n'y en a qu'un petit nombre qui se sont écartés

« Voilà la situation de Commune Affranchie. En général, les patriotes de cette commune ne sont pas bien d'accord avec quelques Parisiens, parce qu'ils veulent dominer, mais je ne doute pas que tout

reprenne l'ordre

Sisriié : Thon ION .

Ce môme jour, 21 nivôse, d'après l'exposé de quelques comités révolutionnaires de section et le renvoi du district et du département à la municipaUté, à l'effet de statuer sur les changements des noms

gothiques de l'ancien régime des rues, places et arrondissements en noms plus dignes de la liberté et d'un peuple républicain, et d'après les vues d'un arrêté général du département sur cet objet.

Le Conseil, voyant avec satisfaction les idées se régénérer entièrement et les bons patriotes ne laisser échapper aucune occasion de détruire toutes les traces de la tyrannie et de la superstition,

Arrête :

Qu'il accueille avec applaudissements ces changements faits par les comités révolutionnaires, de la deuxième section de Saint-Vincent, de la Juiverie et de Portefroc, que désormais la première portera le nom de Gasparin, la seconde celui d' arrondissenunt de Riard, et pour les rues de celui-ci, la place St-Jean sera appelée place du Temple de la %aison, la rue Saint-Jean, rue Marat, la place Saint-Pierre-le-Vieux, place Riard, la rue Sainte-Croix, rue Traversière, la rue Portefroc, rue de l'Oubli, la place St-Alban, place de la Correction, le quai des Comtes, quai Satttenwuche, la rue de l'Evêché, rue Brisée, la rue St-Romain, rue Romaine et la place de la Trinité, place du Triangle. Arrête encore, que les autres sections seront invitées à faire pareils changements chacune dans leur arrondissement, et que le Comité des travaux publics estcliariïé de faire inscrire les nouvelles dénominations.

lO LYON EN 1794

' II Janvier

(22 nivôse)

Vanel, adjoint an Commissaire des guerres chargé de la partie des ateliers militaires, écrit à l'agent Je Commune affranchie :

« Malgré les invitations, réitérées trois fois, à plusieurs tailleurs de cette ville de venir se réunir à leurs confrères, pour habiller nos frères d'armes je ne puis plus espérer de les y faire venir, qu'en employant les moyens de rigueur. Leur égoïsme balance encore l'intérêt de la République. Il est bon de l'observer, que ce sont en partie ceux que l'on appeloit les Messieurs, et qui craignent de se compromettre en travaillant dans un atelier républicain.

« Je t'envoie la liste, et te prie de prendre les mesures nécessaires, pour qu'ils se rendent sans délai à l'atelier d'habillement établi aux ci-devant Augustins. n

Signé: Vakel

archives de !a ville de Lyon.

Ce même jour, 22 nivôse, l'évêque Lamourette, qui, après l'Assemblée Législative, s'était retiré à Lyon, y était resté pendant le siège, avait été fait prisonnier le 29 septembre et enfermé à la Conciergerie, est

condamné à mort par le tribunal rcvolutionnaire, comme convaincu d'être complice d'une conspiration qui a excité contre la souveraineté du peuple français, l'unité et l'indivisibilité de la République, et d'un complot qui a existé à Ville-Aliranchie, tendant à dissoudre la représentation nationale, à rétablir la royauté en France par l'effet duquel les représentants du peuple ont été insultés et menacés, un grand nombre de patriotes du nombre desquels le républicain Chalier, ont été assassines le 29 mai dernier et jours suivants, et les habitants se sont révoltés contre l'autorité légitime et ont pris les armes contre les troupes de la République.

VAhtiaiiach des Prisons. Paris, an III, page 55, renferme sur sa mort les détails suivants : « Lorsque Lamourette fut condamné, il soupa avec ses camarades de chambrée, il soutint presque à lui seul la conversation.il parla avec enthousiasme de la divinité et de l'immortalité de l'âme. Qj-ielqu'un s'attendrissoit sur sa destinée : x Eh ! quoi^ lui dit-il, qu'est ce donc que la mort ? Un accident auquel il faut se préparer. Qii'est-ce que la guillotine ? Une chiquenaude sur le cou. »

« Ayant entendu son jugement, Lamourette fît le signe de la croix, et se préparai mourir en philosophe chrétien, déclarant publiquement qu'il était l'auteur des discours prononcés par Mirabeau sur les matières ecclésiastiques, et qu'il regardoit son supplice comme un juste châtiment de la Providence. »

Il mourut à l'âge de cinquante-deux ans. Le calme qu'il conserva, la liberté d'esprit qu'il n'aflfecta point, sa pieuse résignation, son courage, pénétrèrent d'admiration tous ses compagnons d'infortune et laissèrent de véritables regrets sur son sort. Quatre jours avant sa mort Lamourette avait rédigé dans sa prison de la Conciergerie une rétractation de sa conduite.

12 Janvier

(23 nivôse)

L'Agent nationaL Achard, écrit aux comité révolutionnaires des 31 sections:

« Un grand nombre de royalistes ont fui loin de cette commune, pour se soustraire au glaive vengeur des lois, d'autres ont péri sous le fendes républicains ; les uns et les autres, à coup sûr, sont coupables envers la République, qui ne peut perdre les droits qu'elle a sur leur vie et leurs biens ; il est de l'essence du gouvernement qu'aucun n'échappe. En conséquence, je vous requiers, citoyens, de m'envoyer sans délai un tableau exact et nominatif de tous les citoyens absents de leur domicile, situés dans votre section, des notes sur le temps depuis lequel ils sont absents et quelle peut être la cause de leur absence ; si le séquestre est mis sur leurs biens, s'ils ont eu un

emploi quelconque durant la rébellion, s'ils sont riches et si leurs principes ont été opposés à la Révolution.

« Ce tableau est d'autant plus urgent, que la République fait des dépenses extraordinaires pour purifier cette ville infâme.

Signé : AcHARD.

Archives Je la Fille de Lyon.

14 Janvier

(25 nivôse)

Sur un exposé des citoyens composant le comité révolutionnaire de la section Hydins, ci-devant St-Geocge, qui demandent à être autorisés à planter le signe sacré de la régénération du peuple français, au centre de l'arrondissement, en la place du signe ridicule, instrument du supplice le plus ignominieux des temps reculés, que le despotisme a iait servir depuis tant de siècles à tromper les nations pour les mieux enchaîner ;

Le Conseil Municipal, arrête :

Qu'il autorise le comité révolutionnaire d'Hydins a élever un arbre de la liberté à la place de la croix St-Gcorge, lui observant néanmoins que cette fête civique ne pouvant concourir avec celle de la Raison, qui doit être une fête de ralliement de tous les

patriotes, une expiation solennelle et générale de cent millions de crimes atroces et de sottises absurdes consacrées par un système énigmatique, une réhabilitation enfin de la dignité humaine asservie par tous les genres de despotismes, qui demande le concours de tous les cœurs, amis de la raison et de l'humanité, doit être renvoyée au décadi suivant ;

Arrête de plus, qu'il contribuera alors par sa présence à la fête de la section Hydins, les magistrats du peuple ne pouvant avoir de plus puissant intérêt que de se réunir avec lui dans un même esprit de liberté, de philosophie et de républicanisme.

Archives de la Ville de Lyon.

15 Janvier

(26 nivôse)

Sur le rapport d'un membre, qui dit que certains marchands, surtout des denrées nécessaires à la vie, cessent ou refusent de vendre et ferment leurs boutiques :

Le Conseil :

Considérant que la corruption des riches a gangrené dans cette commune la plupart des classes des citoyens de la bassesse la plus avilissante, que Tempire des lois, les sentiments de liberté, d'égalité.

n'ont presque aucune prise sur des âmes entièrement mortes à leur propre dignité ;

Que l'âpre avidité du gain a tellement pris la place des sentiments généreux et des idées nobles, jusque chez les marchands en détail, chez les plus petits boutiquiers, ceux qui servirent les projets des contrerévolutionnaires, pour avoir l'hotineiir d'être delà classe des hotmètes gens, que l'appareil du supplice et l'éclat de la foudre qui écrase les scélérats ne peuvent dompter une infâme passion élevée sur les ruines de la nature et de l'humanité ;

Q.ue les malveillants continuent d'assassiner la liberté en affamant le peuple, loin de se rendre à la voix des magistrats, qui ne leur présentent sans cesse que la douce satisfaction qu'on goûte à travailler à son bonheur :

Arrête :

Qu'il est enjoint à tous vendeurs, marchands ou débitants des denrées de première nécessité, soit comestibles, soit combustibles, et tels que bouchers, boulangers, charcutiers , marchands de vin , de charbon, épiciers, tripiers et autres, de continuer leur profession, et de tenir leurs magasins et boutiques toujours ouvertes aux besoins de leurs concitoyens ; que nul de ces marchands ne pourra cesser ou quitter sa profession sans avoir prévenu la municipalité trois mois à l'avance, sous peine contre les contrevenants

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d'être regardés comme suspects et sur le champ poursuivis comme tels .

Archives de h ville de Lvon.

17 janvier

(28 nivôse)

Sur exposé des architectes de In commune, présenté au Conseil par le Comité des travaux publics, dans lequel ils rapportent que dans le clos des ci-devant Capucins, il y a un trou où l'on enterroit pendant le siège ; qu'il est urgent d'étendre un lit de chaux de quinze pouces sur les cadavres et de combler le trou, pour arrêter et prévenir les effets des miasmes puti'ides, qui s'en élèveroient sans cette précaution ;

Que l'autel de la patrie (l'échafaud; sur la place de la Liberté a hesoin aussi d'être consolidé et réparé, quant à un côté de l'escalier opposé à la maison commune ;

Le Conseil prend un arrêté conforme à ces indications.

Le Conseil municipal, ayant été averti que le citoyen Carteron, officier municipal, étoit en état d'arrestation auprès de la commission temporaire, a nommé deux de ses membres pour se rendre auprès de ladite

commission et s'informer des faits d'où rcsuhoit Tarrestation de ce citoyen, et de suite, ils sont partis pour leur mission. Les deux citoyens de retour ont annoncé qu'arrivés à la Commission temporaire, et s'étant présentés décorés auprès des membres de la Commission, ainsi qu'ils y avoient été invités par le Conseil, on les a interpellés de montrer leurs pouvoirs par écrit, et sur leur réponse qu'ils n'eu avoient pas, on refusoit de les entendre ; que par motion d'ordre, ayant été mis aux voix, si on les entendroit, il a été décidé que non ; que néanmoins il leur a été accordé la faculté de s'énoncer ; que sur leur demande, quant à l'arrestation du citoyen Carteron, il leur a été répondu qu'il avoit été mis en arrestation par la même raison du défaut de pouvoirs, lorsqu'il se rendoit décoré chez le général ; qu'il étoit pris de vin ; que la Commission l'avoit envoyé coucher, et que demain, il seroit destitué de sa place ; que sur de nouvelles instances de la part des députés du Conseil, tendantes à faire sentir que le citoyen Carteron étoit un patriote et un martyr de la liberté, ils ont été priés de se retirer; sur quoi ils sont rentrés au Conseil, où ils ont fait cerapport.

Aussitôt le citoyen Carteron étant venu, et le Conseil ayant entendu le rapport de son affaire de sa propre bouche, il a arrêté qu'il mettroit sur le champ ce rapport pa.: écrit, qu'une députation se rendroit auprès des représentants du peuple avec le citoyen Carteron , leur porter copie du présent, ainsi que du

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rapport dudit citoyen à l'effet de justifier de sa conduite.

archives de la viUe de Lyon.

Ce même jour, 28 nivôse, l'agent national de la Commune, Achard, écrit à son ami Gravier :

Cher ami,

Encore un nouveau philippotin découvert. L'arrêté que je t'envoie t'en dira assez pour que tu voies son visage philippoté. Remets le surtout à Robespierre ou à CoUot, pour qu'ils en fassent un usage convenable.

Quelle est donc cette rage qu'ont tous ces crapauds du marais, de vouloir, contre tout bon sens, croasser encore, et se rouler tant dans la fange bourbeuse, qu'A la fin dame Guillotine soit obligée de les recevoir tous les uns après les autres à sa croisée salutaire ? C'est bien sans doute là le cas d'appliquer l'action de filous qui volent en présence de leur camarade que l'on expédie. Ici tout paroît inconsolable. Les uns s'affligent de la perte de leurs parents, les autres , de leurs amis ; les comités, de la crainte d'être frustrés de leurs espérances, les sansculottes et autres de savoir que l'on va coloniser ce pa3's ; enfin tous se plaignent deleur égoïsme, et nul ou du moins bien peu voient la chose. La plupart de ces derniers paraissent insouciants, et ne se donnent aucun mouvement pour faire marcher la révolution.

Ils ont besoin de respirer un air moins infecté, et ils ne le sentent pas. L'habitude du pays est un grand poids sur leur cœur. Sortis de dessus leur métier à soie, ils ne savent plus comment se retourner pour subsister. Cependant, de jour en jour, nos besoins s'accroissent, les subsistances manquent,et il faut manger ; il faudra bien, je crois, déguerpir. La société se ranime par des orateurs qui y prêchent les principes ; la bourbe calomniatrice paroît avoir fui la lumière, et nous y voyons moins de Philippotins.

Le tribunal poursuit avantageusement sa carrière ; il auroit certainement besoin de bons renseignements ; mais il ne se donne pas la peine de les rechercher ou demandera ceux à qui il peut se'confier. Néanmoins, hier dix-sept ont mis la tête à la chatière, et aujourd'hui huit )'• passent, et vingt et un reçoivent le feu de la foudre. Ici le peuple n'a aucun esprit révolutionnaire, et souvent, il aime mieux'suivre l'impulsion que lui donne la malveillance, que celle qu'il est dans le cas de recevoir des bons patriotes. L'intrigue jouit de son reste par les faux bruits qu'elle répand. Tantôt Paris est en combustion, tantôt la Convention est revenue sur ses lois révolutionnaires, tantôt elle tourne des regards furieux vers les Parisiens et les accuse de vouloir dominer toute la France. Enfin, il n'est pas d'absurdité dont elle ne fasse usage pour avilir la Convention, détruire les heureux effets de la loi sur le maximum, et jeter la pomme de désordre entre Paris et les autres départements. Elle a surtout grand

soin de diviser les patriotes par de fausses interprétations de ce qu'ils prononcent à la tribune de la Société. Nous sommes à la piste de tous ces intrigailleiirs de tous ces agents de Pitt et de Cobourg. Hélas ! les pauvres hères ! ils feront comme les papillons philippotés, ils viendront se brûler à la chandelle, et toutes leurs intrigailleries retomberont sur leur tête avec le rasoir national.

400000 livres se dépensent par décade pour les démolitions et quelques autres objets. Juge si la République doit se hâter de coloniser ce pays. Encore si l'ouvrage paraiscoit, mais l'indolence des démolisseurs démontre clairement que leurs bras ne sont pas propres à bâtir une république. Les Comités travaillent de même. Les représentants, pour accélérer l'exécution de leurs arrêtés, ou plutôt pour les faire mettre a exécution, vont les réduire à un par canton, organisé avec des hommes joitlus pour êlre capables....

Courage, mon cher, sois ferme sut toutes les sangsues du peuple et ses vautours.

Salut fraternel.

Signé : AcHARD.

Courtois. Rapport sur les événements du 9 thermidor, in 8°, p. 30,

17 janvier

(29 nivôse)

La Commission temporaire de surveillance républicaine établie à Commune Affranchie à l'agent national.

Instruits , citoyen, que dans les maisons d'arrêt de cette commune l'égalité y est méconnue (iic), que le riche portant encore jusque dans ces maisons son insolence et son luxe, en se donnant avec prodigalité tout ce qui lui fait plaisir, tandis que le pauvre, qui est à ses côtés, manque des premières choses nécessaires à la vie, en y languissant de faim et de froid, et en étant privé de tous les autres secours dont il a besoin ; nous pensons, citoyen, que de tels abus ne doivent point se passer sous les yeux des patriotes. En conséquence, nous t'invitons à te transporter le plus promptement possible dans toutes les maisons d'arrêt de Commune affranchie, à l'effet de prendre les mesures nécessaires pour faire donner du feu aux malheureux qui y sont détenus, et qui périssent de froid, ainsi que tous les autres secours dont ils peuvent avoir besoin, pour que le pauvre comme le riche jouisse également de la même aisance, et qu'il n'y ait qu'une table commune pour tous les détenus.

La Commission se repose sur ton zèle et sur ton

patriotisme et elle espère que tu voudras bien lui faire part des démarches que tu auras faites à cet égard.

Signé : Duhamel, présidait ; Chambleton, GiRAUD et Duret, secrétaire.

10 janvier

(ler pluviôse)

Sur les observations d'un membre que la Commission révolutionnaire demande à faire placer de la chaux ou des décombres autour de la guillotine, par raison de salubrité, et pour soustraire aux yeux la vue du sang ;

Un aucre membre observe que déjà le cimetière de la rue de l'Ane, où sont conduits les corps des guillotinés renferme, dans un espace infiniment étroit et resserré, une quantité considérable de cadavres entassés sans précaution, et jetés dans une cave sans être recouverts, qu'une infection pestilentielle s'élève de ce caveau, et peut produire de très grands accidents :

Enfin un troisième dit et rappelle que les représentants du peuple désireroient qu'on inhumât les corps des fusillés aux Brotteaux avec les plus grandes précautions, pour prévenir les dangereux effets des exhalaisons malignes et pestiférées ;

Sur quoi, le Conseil municipal, après avoir entendu le réquisitoire de l'agent national de la commune, arrête, que le Comité des travaux public est chargé :

1° De faire creuser un encaissement dans l'intérieur de la guillotine, d'y mettre du sable, qu'il aura soin de faire enlever tous les deux ou trois jours, au plus tard, ainsi que de continuer à faire mettre des décombres à l'entour, à l'extérieur, etc.;

2° Que ledit Comité fera pareillement mettre de la chaux sur les cadavres au cimetière de ci-devant Saint-Pierre, et que les corps des guillotinés ne seront plus conduits à ce cimetière pour y être inhumés, mais qn'il les fera conduire à cet effet aux Brotteaux, et que le Comité autorise le fossoyeur de la ci-devant paroisse de Saint-Pierre à faire ce transport, et l'y enjoint ;

30 Enfin, que le même Comité des travaux publics fera creuser aux Brotteaux l'espace et la profondeur nécessaire pour y inhumer tous les cadavres, et y fera mettre de la chaux pour les consumer plus promptement.

Sur la lecture d'un arrêté des représentants du peuple, qui suspend toute disposition et tous préparatifs pour des fêtes quelconques jusqu'à l'entière punition des rebelles contre-révolutionnaires ;

L'agent national requiert et le Conseil arrête à l'unanimité :

I' Qiie l'arrêté des représentants sera inscrit en entier aux registres du Conseil ;

2° Qu'il sera sur le champ écrit au citoyen Hennequin pour lui donner connaissance de l'arrêté des représentants à l'eflfet qu'il suspende tout travail et toute disposition pour la fête de la Raison.

Sur l'arrêté des Représentants,

Au nom du peuple français.

Liberté et Egalité

République française une et indivisible.

Les représentants du peuple, envoyés dans Commune Atïranchie pour y assurer le bonheur du peuple,

Suspendent l'exécution de tous les projets de fête imaginés pour rendre un culte religieux à la Raison, jusqu'à ce que tous les rebelles, tous les impies qui l'ont outragé, qui l'ont ensanglanté, aient expié leurs crimes, jusqu'à ce que les prisons en soient entièrement purgées. Les hommages des enfants de la philosophie et de la raison ne doivent point être souillés par les imprécations de leurs ennemis .

Commune Affranchie, le i^f pluviôse an 11 delà République française une et indivisible.

$igtiê : Méaui.t.f., Fouciii-: et Laporte.

Cet arrête fut publié le lendemain 2 pluviôse.

Sur l'envoi d'un imprimé fait à la Commune par celle Grenoble,

Le Conseil, après avoir pris connaissance de cet imprimé, considérant, que non seulement cet écrit renferme un esprit de modérantisme propre à apitoyer sur les si-élérats, mais encore calomnie d'une manière non équivoque les mesures prises par le gouvernement révolutionnaire pour se défaire de ses ennemis ; qu'il est urgent que de pareilles infamies distribuées avec audace ne viennent rendre au poison du fédéralisme une activité funeste, et secouer de nouveau les brandons de la discorde intestine en réveillant les projets et les passions à la solde des tyrans ;

Arrête :

Sur le réquisitoire de l'agent national, que le Conseil enverra ledit imprimé, y joint la 'copie de la lettre d'envoi de la commune de Grenoble aux représentants du peuple à Commune Affranchie à l'effet qu'ils statuent sur ledit envoi ;

Arrête de plus, que l'agent national de la Commune fera à celle de Grenoble une réponse analogue à son imprimé.

II janvier

Le Conseil général de la commune Je Grenoble avait publié une espèce de déclaration, dans laquelle elle censura quelques actes des Jacobins de Lyon. Il y fut répondu dans une pièce curieuse, véritable monument historique, qui contient avec une réfutation des principes des Grenoblois une déclaration de ceux des montagnards. Elle figure dans une correspondance privée publiée parmi les papiers de Robespierre :

Lettre d'Emery, officier municipal de Commune Affranchie, à Gravier, frère du juré.

Commune Affranchie, 2 pluviôse an 11.

Concitoyen,

Le Conseil général de la commune de Grenoble, dont tu es membre, vient de faire passer en notre commune une espèce de réponse à des imputations qui vous ont été faites. Permets moi de te dire que cet ouvrage, selon moi, est des plus mauvais, que le tout annonce le modérantisme le plus caché, et l'aristocratie y montre à découvert le bout de l'oreille. Vous dites que vous avez préservé votre cité des spectacles de sang qui révoltent. N'est-ce pas dire que vous

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blâmez les mesures qui ont été nécessaires pour faire la révolution, et même celles qui s'exécutent présentement dans les départements, pour purger la terre de la liberté de toute cette secte qui la trouble et qui voudroil l'anéantir.

Vous dites que vous êtes assurés des traîtres, que vous les tenez sous le verrou national. Le seul verrou pour les traîtres doit être celui de la guillotine ; tout autre est mauvais, en doutes-tu encore? Vos mains sont encore vierges de sang. Comment osez vous le dire ? N'est-ce pas insulter cette vengeance populaire, qui a été si nécessaire, puisque ces monstres avec leur or endormoient juges et lois ? Quoi ! Grenoble, naguère ville de parlement, n'ayant pas eu la force de faire couler le sang des traîtres regretteroit, et reprocheroit aux autres départements d'en avoir fait vers'ir? Cela surpasse l'imagination. Voilà, voilà comment raisonnoit Lyon avant le 29 mai, et ce raisonnement a été sa chute, parce que les scélérats n'ayant pas été punis, ils se sont levés et ont terrassé les patriotes. Où diable, avez-vous puisé ce langage ? Je vous l'aurois à peine pardonné du temps de l'Assemblée Constîtuante. Cela seul vous mérite une bonne Commission temporaire et une bonne Commission révolutionnaire, comme chez nous. Aussi cela va, et morbleu ! si nous l'eussions eue avant le mois de mai, Lyon seroit encore Lyon, les scélérats n'auroient pas égorgé les patriotes et le Midi aiiroit resté tranquille. Réveillez-' ous donc, fiites juger ces traîtres à mort,

oui, à mort, et ressouvenez-vous, et toi, ressouvienstoi, que, si le peuple ayoit gardé partout ces mains vierges dont vous vous vantez, eli bien ! ces mains auroient des fers, et nous aurions encore roi et tyrans. Celui qui vous a rédigé cela a voulu dire tout nettement : « Si nous n'avons pas encore les lois de 89, ce n'est pas notre faute. « Poursuivons. Nous ne retracerons point les offrandes faites à nos frères d'armes, ils ont donné leur vie. Depuis quand l'or, que le riche donne par peur, égale-t-il la vie des braves ? Dans quel pays avez vous puisé ces principes ? 11 semble que vous dites : « Toi, tu as été tué en défendant la patrie ; moi, j'ai donné une faible partie de mon superflu ; eh 1 bien, nous voilà au niveau.» Comment, Gravier, toi, tu as pu signer cela, toi, l'ami du peuple ? Reviens, reviens ^de ton erreur et conviens que voilà de grandes sottises en patriotisme. Lorsque Lyon osa rompre l'indivisibilité de la République, que fîtes vous alors ? On ne l'ignore pas. Pas toi, mais la ville de Grenoble y envoya des députés, qui disoient que les Lyonnais étoient des modérés, et que vous, quoique sous les yeux des représentants et cernés de baïonnettes, que vous délibériez pour secouer l'anarchie. Ignores-tu que ce mot d'anarchie, dans la bouche de ces Messieurs, vouloit dire de tuer la Montagne et tous les sans-culottes ? Après cela, appelle un roi pour régner sur les gens comme il faut, ainsi qu'ils se quahfîoient. Vous dites : « Est-il un sacrifice que nous n'ayons pas fait ? » Mon ami,

lin patriote^ qui aime la liberté, ne fait jamais de sacrifice, parce que, de droit, il se doit tout entier à la patrie. Car est-ce faire des sacrifices que de travailler pour être heureux ? L'homme qui travailloit pour devenir grand et puissant sous l'ancien régime, faisoit-il des sacrifices ? Non, parce que tout se rapporloit à lui. Eh ! bien mon ami, quelle est la richesse du vrai ami de l'humanité? La liberté, oui, la liberté. Elle seule doit faire la richesse du républicain, il n'y a que les lâches, les prêtres et les nobles, ces coquins enfin, qui font des sacrifices, parce que ce qu'ils font est forcé. Alors, voilà le sacrifice. Mais le patriote n'en fiiit jamais, quand il travaille pour le bonheur de son pays. On dit à Paris que notre système de clémence avoit fait sourire les aristocrates de Ville Affranchie. Ah ! c'est présentement qu'on peut le dire puisque vous seriez révoltés de voir couler le sang des traîtres, qu'heureusement vos mains sont vierges. Que diable voulez-vous que la République dise de vous? Selon moi, cela finira mal. Mais poursuivons. Ces mouvements sont impitoyablement fermés ou changés. Mais dis-moi (ou bien je vois bien mal), si le plus zélé ou le plus coquin de tous les prêtres pourroit mieux parler ? En vérité, en vérité, tu n'avois ni yeux, ni oreilles, quand tu as signé cela, car impiioyabîeinent fermés , c'est un peu fort. Les Parisiens disent que vous n'êtes pas au pas. Ah I certes, ils ne se trompent pas. Il m'a été impossible de lire tout cela sans t'en témoigner ma surprise. Je suis trop ami de

ton frère pour te taire mon opinion sur cette réponse que j'appelle vrai discours contre-révolutionnaire.

Si je ne me trompe, c'est bien mauvais. Certes, si on demandoit mon avis dessus, je voterois pour votre arrestation provisoirement. Car il y a encore quelque chose là dessous, et celui qui l'a rédigée n'est pas patriote. Je présume que quelqu'un y répondra. Vous en avez trop fait distribuer, pour qu'elle reste au néant. Qiie dois-tu faire en pareil cas ? Le voici : C'est de protester contre la signature de suite, et de voir de très près quelles sont les mœurs républicaines du rédacteur, principalement ses liaisons, et ce qu'il a fait depuis 89 et avant. Car il ne faut pas se fier à ceux qui viennent présentement se jeter à corps perdu parmi nous.

Il y a de vrais sans-culottes à Grenoble. Et certes, il a bien fallu qu'il s'en soit trouvé pour repousser cette secte départementale. Je sais bien que tu as été un de ceux qui ont le plus combattu contre cette horde scélérate. Malgré tout cela, il faut lutter pour ne pas retomber dans une semblable crise. Que le passé nous serve d'exemple. Ayons le sans cesse sous les yeux, et alors le modérantisme ne renaîtra pas. Réfléchis cà ce que tu dois faire, l'amitié que j'ai pour toi, frère, m'a fait faire ces réflexions.

Salut, santé, courage, nos ennemis à mort ! Vive la République 1

Signe : L. Emery, officiel' tnnnicipal.

Rapport de Courtois, p. joi.

A Gravier, jacobin parisien, le maire de Commune Affranchie, Bertrand écrivait à la même date du 2 pluviôse :

Toujours ami, collègue et intrépide républicain.

Voilà, en effet, bien des jours écoulés depuis que tu habites la commune de Paris, sans que j'aie commencé à t'écrire. Eh ! bien, citoyen, j'entreprends aujourd'hui de m'en dédommager pour converser avec toi. II m'a été remis deux lettres pour un Jacobin, qui étoit, dans le temps, de séjour dans notre commune avec le représentant Collot d'Herbois, et à présent avec le citoyen Méaulle, que depuis son arrivée je n'ai encore approché qu'une seule fois. Je te dirai même que je les approche très rarement à mon grand regret, parce que j'aime les amis de la patrie, de la raison et de la cause du peuple. Pourtant, je ne redoute pas leurs regards, mais je ne sais pourquoi je remarque que nous ne sommes pas bien dans leur esprit, à part le seul intérêt que leur inspire le souvenir de nos persécutions. Ainsi donc c'est peu de chose, parce que des hommes révolutionnaires sont insensibles aux événements et à toutes clameurs des pygmées. Je ne compte pour rien de pareilles épreuves dès qu'il y va du salut et du bonheur des générations futures.

Ami, je t'interpelle un moment pour répondre ainsi qu'à Collot d'Herbois, sur un passage d'un rapport qui est dans un des derniers journaux, où la mu-

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nicipallté y est un peu tympanisée. Certes je m'arrête sur ce passage, et j'observe qu'il est à tort. Quoi donc ! dira-t-on, parce que j'ai concouru à faire guillotiner mon neveu, d'anciens amis, comme ayant dcvié ! Je les ai précipités parce que je le devois. Eh ! bien est-ce faiblesse ? Ainsi je ne saurois m'appliquer ce passage ; car je ne sais en vérité qu'exterminer les malveillants sans pitié. Mais je sais aussi tressaillir de joie, quand] je rencontre un ardent défenseur de nos droits, et ajouter à chacun l'envie de consolider et d'affermir la force de nos impérissables volontés pour le soutien de la République. Tu m'as dédommagé de ce passage inséré par Collot d'Herbois, en me marquant par ta dernière, ce qui est vrai, ce que chacun de nous doit être et faire pour son pays. Par là, tu me crois mieux connaître. Allons, allons, patriote, tout ceci sans doute est pour stimuler ceux que tu as en quelque doute, comme Carteron, notre bon ami, mais je ne crois pas un seul moment tout ce qu'on lui prête. Il y a de la malveillance lancée, je ne sais en vérité par qui, autrement que par des hommes repoussant la juste vengeance nationale. Ce brave administrateur t'écrit par ce même courrier, et son exposé est très conséquent. Ami, continuons et resserrons-nous plus que jamais, car il faut se mettre en garde contre les traits des infâmes scélérats, et ne nous les dissimulons pas, ils sont très nombreux. C'est pourquoi encore une fois, point de pitié. Tu as bien raison de m'observer, quelque pénible que puisse être

notre position, il faut doubler de courage, et conduire le vaisseau au poit. Nos conquêtes qui se succèdent nous font présager un beau printemps, et enfin un triomphe infaillible.Je le répète, nous ne devons craindre que les ennemis de l'intérieur, des modérés sans caractère comme ceux que t'indique Emery dans sa lettre que tu recevras par ce courrier, accompagnée d'un exemplaire bien perfide de la commune de Grenoble. Ton frère qui l'a signé ne l'a pas réfléchi, et il a manqué à la vérité des principes sous tous les rapports.

Agrée les saluts empressés de tous nos collègues, et sur toutes choses, ceux de ton ami et frère républicain sans-culotte, qui désire t'aller un jour visiter dans une des séances des Jacobins.

Signé : Bertrand, maire.

Rapport de Courtois, p. 2C)p.

La déclaration du Conseil général de Grenoble avait décidément ému tous les jacobins lyonnais. Ce même jour, 2 pluviôse, c'est Achard, agent national de la Commune qui le dénonce aux représentants du peuple :

« Vous trouverez ci-joint conformément à l'arrêté du Conseil municipal :

1° Une lettre du Conseil général de la commune de Grenoble, adressée aux maire et officiers municipaux de Commune Affranchie ;

2" Une adresse à leurs concitoyens de la municipalité de Grenoble ;

3° Un arrêté du Conseil municipal de cette commune.

Vous voudrez bien les examiner attentivement. Vous sentirez aisément tous les motifs de notre démarche, ainsi que celles du Conseil général de Grenoble. Le pouvoir du modérantisme répandu dans cette adresse nous a indigné, et nous avons senti qu'il était de notre devoir de vous avertir sur un semblable écrit.

Simè : Achard.

14 janvier

(5 pluviôse)

Le même Achard écrivait encore à la date ci-dessus aux représentants du peuple :

Vous trouverez ci-joints plusieurs exemplaires d'un poison, qui nous a été envoyé par la municipalité de Grenoble A côté, le contre-poison ou l'antidote, que nous lui avons aussitôt opposé. Il nous a semblé que cette mesure salutaire ne pouvoit qu'être bonne, j'espère que vous corrigerez les débitants charlatans.

Signé : Achard.

tArchivt's de la ville de Lyon.

15 janvier

(6 pluviôse)

Aux citoyens Maire et Officiers municipaux : Nous membres du Comité de surveillance et révolutionnaire du Gourguillon, établi sous les auspices des représentants du peuple, vous représentons qu'il nous est parvenu que les bois de Charbonnières, Marcy-le-Loup , Grézieux-la-Varenne , Saint-Genisles-Ollières et Tassin, servoient de retraite à nombre de rebelles qui s'y cachoient et s'enfonçoient pendant le jour, et trouvoient pendant la nuit à coucher dans nombre de petites métairies qui sont éparses dans ces bois.

Il nous paroît, en conséquence, nécessaire et utile de traquer ces bois. Pour cet effet, il faudroit un certain nombre de cavaliers dragons et autres troupes, pour faire cette chasse. Nous offrons d'être les conducteurs. Nous attendons votre décision.

Archives de la ville de Lvon.

16 janvier

(7 pluviôse)

L'agent national du district communique à la municipalité une pétition du comité révolutionnaire de

la Grand'Côte sur l'ctat de détresse de ce quartier.

Achard, agent national de la Commune, lui répond :

« Le Conseil municipal, qui, autant que qui ce soit, peut juger des douleurs du besoin, a l'âme déchirée d'un sentiment d'amertume, que rien ne peut exprimer, en lisant la réclamation des citoyens du Comité révolutionnaire de la Grand'Côte. Il n'est que trop vrai que cette commune étoit dans un état de famine ces jours derniers. Cependant, il faut observer que si le pain a manqué, c'est que la mouture des blés n'a point pu s'effectuer par rapport à la baisse des eaux et au vent du Sud, qui a régné, lequel faisant refluer le courant de la rivière reudoit son cours sans action envers les moulins.

Aujourd'hui, ce malheur n'existe point, et même n'existera plus à l'avenir. Hier, près de 600 quintaux de farine furent distribués aux sections ; il en sera tout autant aujourd'hui et jours suivants. Cinq colonnes de réquisiteurs sont répandus dans les départements voisins, et mettront sous peu l'abondance dans cette commune. Nous avons dans ce moment près de six mille quintaux ; il en arrive chaque jour, et nous ne devons plus craindre. Je ne dois pas le cacher cependant, que l'égoïsme de diverses municipalités entraîne des longueurs criminelles et préjudiciables à l'accélération de l'approvisionnement de cette commune. Elles ont de la peine à ce dessaisir au prix du maximum des denrées dont elles sont pro-

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priétaires, parce qu'il est encore dans leur sang des vipères et sangsues de notre gouvernement, qui espéreront, jusqu'à la mort. Ils ont besoin de dame Guillotine pour les mettre au pas de la République.

Signé : AcHARD.

Archives ilc la ville de l.wn.

Le même jour 0 le Conseil municipal, considérant, que, sous le gouvernement révolutionnaire, tout individu quelconque doit se trouver dans le lieu où ayant vécu le plus longtemps, il est plus à portée d'être connu, de répondre de lui, de justifier de sa conduite, et. de réclamer à l'appui de son civisme toute la suite de ses actions ;

« Que malgré l'éclat des supplices et la vigilance des autorités, cette commune, qui fut le point du ralliement , d'où les scélérats s'entendirent avec Toulon, Marseille, Bordeaux., Caen, la Vendée et les royalistes de toute la République, ofire encore au milieu de ses décombres une certaine étendue, et une population à travers laquelle ne craingnent pas de se jeter les malveillanis prêts à ressaisir les flambeaux mal éteints de la discorde ;

« Que, profitant même des mouvements qu'entraînent les grandes mesures, ces malveillants séduits par la force irrésistible de leur perversité , croient échapper à eux-mêmes, comme aux regards perçants

LYON EN :7y4

des amis de rcgallté, dans cette sentine de la corruption et des vices ;

« Qia'ils trouvent, sous le travestissement du sansculotte, le moyen de glisser à ses côtés sous le prétexte d'abattre avec lui ces édifices élevés à la sueur de son front, par le luxe^ en faveur de la mollesse ;

« Considérant, que d'autres individus, attirés par l'appât d'un gain facile, accourent des lieux circonvoisins voler le salaire du malheureux travaillant aux démolitions^ l'empêcher de s'y livrer avec le sentiment noble d'un homme libre, qui coopère à la punition des traîtres, et inoculer peut-être ou faire fermenter de nouveaux germes de contre-révolution dans des esprits et des coeurs, que les marchands muscadins, accaparant pour eux seuls richesses,' connoissances et tous les dons de la nature avoient trop accoutumés à leur dégradation dans cette commune ;

« Considérant, d'un autre côté que ces individus sans pudeur étalent encore contre les principes de l'égalité l'infâme distinction de maîtres et d'esclaves sous la vile dénomination de domestiques ;

« Que des hommes sont assez lâches pour se vendre à ces individus, croupir au sein de la fainéantise, énerver, anéantir toutes leurs facultés dans l'oisiveté et la fange des goûts bas et rampants, au heu de faire tourner leur industrie à l'avantage commun et au salut de la République ;

« Q.u'un des crimes journaliers de l'anden rcgim3, sanctionné par le despote, qui faisoit circuler l'amour de la domination absolue de rang en rang jusque dans la moindre fimiille, ne tendoit qu'à la dépopulation des campagnes et au dépérissement de l'agriculture, en attirant une foule d'individus des deux sexes, dans ces gouffres pestilentiels appelés villes, où venoient s'engloutir les générations dépravées par le luxe, la débauche et la misère ;

« Qu'avec l'esclavage, sous quelque voile qu'on couvre sa hideuse livrée, il n'y a plus de moeurs, il n'y a plus d'égalité, de liberté, par conséquent de République et de bonheur pour l'espèce humaine ;

« Q.ue rendre aux campagnes des bras nombreux, dans le moment où elles en ont le plus pressant besoin, c'est raviver les sources de l'abondance, ramener ces hommes à la simplicité et à l'innocence de la nature, servir enfin la patiie ;

« Pénétré de toutes ces considérations, le Conseil, après avoir entendu l'agent national, et sur sa réquisition,

« Arrête :

« 1° — Q.ue les brigadiers et inspecteurs des travaux publics de démolitions renverront sans délai desdits travaux tous ceux et celles qui ne justifieront pas de leur habitation dans Commune Affranchie depuis

1789, (vieux st3'le) tous anciens domestiques de l'un et l'autre sexe, depuis quelque temps qu'ils y soient, ainsi que tous ouvriers, mis en réquisition pour le service des troupes de la République ;

« II — Que les brigadiers et inspecteurs, qui enfreindront cette injonction, seront de suite destitués et regardés comme suspects , et que les comités révolutionnaires surveilleront son exécution et en répondront ;

« III — Qiic les individus renvoyés des travaux publics, comme reconnus n'étant pas de Commune Afîranchie avant 1789, ou anciens domestiques de l'un ou l'autre sexe, seront tenus de sortir de Commune AfFaanchie dans le délai de huit jours, pour retourner chacun dans leur pays respectif ;

M IV— Que pareillement tous les hommes ayant été ou étant encore au service d'un autre sous ce nom avilissant de domestique, depuis quelque temps qu'ils soient dans cette commune seront tenus d'en sortir sous le même délai, comme des êtres oiseux, qui ne peuvent inspirer de confiance à leurs concitoyens, et qui pour la recouvrer ont besoin de se régénérer, en devenant vraiment utiles ;

« V — Que par défaut de ceux compris dans ces deux derniers articles de s'y conformer, ils seront arrêtés comme suspects et poursuivis comme tels ;

« VI — La présente délibération sera envoyée aux

représentants du peuple, et à la commission temporaire, pour qu'ils y donnent leur adhésion. »

Archives de la ville de Lyon.

18 janvier

Les commissaires aux inhumations présentent à l'administration municipale un rapport sur le danger de laisser sans sépulture les cadavres d'un grand nombre de victimes du siège ou de la terreur, gisant sur différent points du territoire du département.

Archives de la ville de Lyon.

31 janvier

L'agent national de la Commune écrit aux comités révolutionnaires de Commune Affranchie :

« La calomnie envers les patriotes a constamment été jusqu'à présent l'arme favorite avec laquelle l'aristocratie, l'intrigue et la malveillance ont cherché à anéantir notre liberté. Vous allez quitter des fonctions pénibles, un grand nombre d'objets ont été .distraits de dessous les séquestres. Il faut craindre l'avenir ; il faut clore la bouche à la médisance ; il

faut montrer aux vils suppôts du despotisme, à la postérité entière, que votre conduite a été loyale, que vous n'avez agi que par un mouvement spontané dans la aise révolutionnaire. Je vous invite donc à faire un relevé exact de toutes les réquisitions qui vous ont été données soit par les représentants, soit par la Commission temporaire, soit par celle des séquestres, soit par le département, les districts de la municipalité, par l'état-major de l'armée, soit par un individu quelconque. Songez que votre républicanisme y est compromis. Hâtez-vous et envoyezmoi un tableau de tout pour servir en temps et lieu. (( Signé : AcHARD. »

Archives de la ville de Lyon.

9 février

Le Conseil municipal :

Considérant la nécessité de mettre dans son administration une marche sûre et uniforme qui, par la distribution et l'ordre, imprime au gouvernement révolutionnaire dans cette commune toute l'activité que demandent les grands intérêts de la République, que ces intérêts profondément sentis exigent toute la force d'attention des administrateurs sans-culottes,

qui se sont dévoués au triomphe de l'égalité et de la liberté ;

Que ce seroit de leur part une négligence, digne de toute T'aniniadversion des lois, d'abandonner, pour ainsi dire, ces intérêts à une routine machinale en en renvoyant la discussion importante à la fin du jour, où l'esprit fatigué ne peut apporter une attention aussi soutenue, et y jeter l'éclat et la lumière nécessaires ;

Que rien , au contraire , n'est plus digne d'un homme libre, et surtout conforme à la nature, que de délasser ses facultés par un changement d'occupations toujours dirigées vers le grand but de la félicité du genre humain et le triomphe de la Révolution ;

Que les administrateurs se doivent rapprocher sans cesse des administrés dans une réunion fraternelle pour y méditer ensemble, préparer leurs travaux, mettre en commun et à profit les lumières de chacun, par une communication franche et énergique, apprendre même à s'y connaître tous, s'y exposer réciproquement ses torts et ses défauts, pour les expier ou les réparer,comme n'étant plus qu'un peuple de frères et d'amis ;

Que cette réunion ne peut avoir de centre plus parfait et plus heureux, que dans le sein de la Société des Jacobins , dont chaque administrateur doit se glorifier d'être membre ;

Que là enfin, le faisceau, se formant de la réunion de tous, en deviendra plus inébranlable, la voix du

patriote en sera plus majestueuse et frappante, la marche locale de la Révoluion plus rapide et plus concordante avec les autres parties de la République, et que la liberté ne cherchera plus avec inquiétude ses véritables amis épars et dispersés ;

Arrête :

Q.u'à compter de la publication de la présente délibération, les citoyens, composant la municipalité, seront tenus de se trouver chaque jour à leur poste, dans leurs bureaux respectifs, depuis huit heures du matin jusqu'à quatre heures de l'après-midi sans interruption, pour y remplir les fonctions de l'administration municipale ;

En second lieu, que le Conseil de la Corhmune tiendra publiquement ses séances depuis une heure jusqu'à quatre de l'après-midi, et suivant l'exigence des cas depuis midi ou avant, pour que les administrateurs puissent toujours se rendre à la Société des Jacobins dans la soirée ;

Troisièmement, que néanmoins, dans chacun des bureaux, il y aura toujours un officier municipal pour répondre aux réclamations, maintenir l'ordre et la tranquillité, et être à portée de réunir au besoin le Conseil de la Commune

Archives de la ville de Lyon.

10 février

Les administrateurs du district de Commune Affrancliie enjoignent aux. comités révolutionnaires de son arrondissement de faire mettre à exécution dans les 24 heures, la loi du 17 septembre précédent (style esclave) concernant les gens suspects ; en conséquence, de faire mettre en état d'arrestation aux termes de l'article 2 de ladite loi :

1" Ceux qui, soit par leur conduite, soit par leurs relations, soit par leurs propos ou leurs écrits, se sont montrés partisans de la tyrannie ou du fanatisme et ennemis de la liberté ;

2° Ceux qui ne pourront pas justifier de la manière prescrite par la loi du 21 mars dernier de leurs moyens d'existence et de l'acquit de leurs devoirs civiques ;

3° Ceux à qui il a été refusé des certificats de civisme ;

4° Les fonctionnaires publics suspendus ou destitués de leurs fonctions par la Convention Nationale ou par les commissaires et non réintégrés, notamment ceux qui doivent être ou ont été destitués en vertu de la loi du 4 août dernier ;

5" Ceux des ci-devant nobles, ensemble les maris, femmes , pères , mères , fils ou filles , frères ou sœurs, et agents d'émigrés, qui n'ont pas constamment manifesté leur attachement à la Révolution.

6° Ceux qui ont émigré dans l'intervalle du i^"" Juillet 1789 à la publication de la loi du 8 avril 1792 quoiqu'ils soient rentres en France dans le délai fixé par cette loi, ou précédemment ;

7° Les accapareurs, agioteurs, banquiers, hommes de loi, avoués qui ne justifieront pas de leur absence de la ci-devant ville de Lyon pendant sa rébellion.

Tous ces individus seront conduits dans la maison d'arrêt de chaque canton, pour de là être transportés dans celle du district.

Les comités révolution.naires pourront en outre faire mettre en état d'arrestation tous les individus non compris dans la loi du 17 septembre dernier, sauf aux dits comités à se conformer aux dispositions de la loi du 17 frimaire!

Les Comités révolutionnaires et de surveillance sont autorisés à faire exécuter provisoirement les mesures de sûreté qu'ils auront arrêtées.

Fait au Conseil Général du district de Commune Affranchie le 22 pluviôse an IL

Signe : Rey, Président et Fillieux, Secrétaire Arch. de la ville de Lyon.

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12 Février.

( 24 pluviôse an II. )

Un arrêté dos représentants du peuple , eu date de ce jour, organise comme il suit le gouvernement révolutionnaire dans le département du Rhône :

Administration du département : Les citoyens Guillermet, Berger, Fillion, Tarpan le jeune, Barihélemi Michel, Macchabeo cadet, Dufour.

^idministration du district de la ville : Salignac , président ; Fontenelle, agent national ; Dupont , Ringard, Gagnaire, Granjon, membres du Directoire; Grimardias, Boulard Merly , Thonion, Desmartin, Desanges, Rizond, membres du Conseil.

.Adtninisirution du distrist de la Campagne : Dumanoir, président; Berliè, fils aîné, agent national. Directoire : Charmeîte, Durand Vernay , Rostaing; Conseil : Guitel , Serlin , Bession , Berne , Valouis Riton, Colliet, de Colonges.

'District de Commune Franche ( Villejratiche ) : Vaivolet, président; Boulot fils ; Teillard le jeune ; Marduel-Pezant ; Bresson-Durieux ; Dulac ; Badet ; Moissonnier; Germain; HugauJ ; Lifond ; Teillard aîné, agent national.

Tribunaux. Tribunal criminel de déf)artement : Chalon aîné, présient; Revol , accusateur public ; Deperret, greffier.

Tributial du district de la Commune: Dodieu, président, Bussat, Fernex, Noël, Roullot, Gauthier ; Aurès ; commissaire national. Suppléants : les citoyens Léon Cadet, Descombes aîné, Daubecourt oncle, Ferrouillat horloger ; Franchet, secrétaire-greffier.

Tribunal du district de ta Campagne : Président : Pelletier ; Thorombert ; Renault ; Castaing , commissaire national. Suppléants : les citoyens Louis l'Américain, Clément, Ruffard, Fabry; Destienne , secrétaire-greffier.

Tribunal du district de Villcfranche : Les juges en fonction sont maintenus.

Municipalité de Commune Affranchie : Bertrand , maire; Chazot, Richard, Roch, Dubois, Turin, Carteron, Bourchenu, Milon, Emery, Francallet, Blcon, Arnaud-Tizon, Parel, Jacob, Chabus, Deyrieu,Forest, Roux, Parentoux, Lefranc, Achard, agent national ; Chambellan, substitut.

Conseil Général : Verrier, Dclavigue, Aubry, Gassendi, Foudras, Bory père,Candasse, Chavanne, Badin, Richard, Collet, Dubois, Melize, Greppo, Gantillon, Vieille, Morgat, Michaud, Maisonneuve, Auvray, Courbon,Villemur. Perrachon, Rousset aîné, Mirabel, Quêtant, Vialet, Gauthier, Fleury Chalon, Versles, Patouillard, Satin, Bruyas, Renard, Mouchon, Gover, Delvard, Sicot, Vial.

Commune Affranchie, Inip. républicaine, in-fol.

13 février

(25 pluviôse)

Les Représentants du peuple écrivent à la Convention

Nationale ;

Citoyens collègues,

« Nous ne vous écrivons passouvent. Les événements se succèdent ici avec une sévère uniformité. Nous rendons compte chaque jour au Comité de Salut Public de toutes nos opérations. Elles ne cesseront d'être la conséquence rigoureuse des principes qui nous ont dicté le décret énergique que vous avez rendu contre Lyon. Elles sont dans une correspondance intime avec la résolution forte que le peuple a manifestée par votre organe de faire servir cette ville rebelle d'exemple à toutes les communes qui voudroient imiter sa criminelle audace, et d'offrir à la postérité le tableau effrayant de ses vastes décombres comme le témoignage terrible de la colère républicaine et du pouvoir démocratique. Nous célébrons aussi des fêtes civiques, mais c'est en immolant à la justice du peuple, sans ménagement, sans exception, tous les ennemis de l'égalité sincère et de la raison publique. Ces sortes de'fétes, présentent, au premier coup d'œil.

l'aspect funèbre des ruines et du néant, mais elles laissent à la méditation cette pensée consolante, que les tombeaux de la domination du vice et du crime, renferment les germes féconds, les matrices vigoureuses d'une génération d'hommes libres.

« Nous sentons à regret que nous sommes encore loin de l'heureux terme, où le peuple doit jouir avec sécurité des avantages de la lutte violente et pénible de tous ses sentiments généreux et magnanimes contre toutes les passions basses et cruelles. La Révolution reçoit à chaque instant dans son cours retardé bien des erreurs profondes à dissiper, bien des insinuations dangereuses à combattre, bien des écarts bouillants et impétueux à diriger, bien des mouvements faux et malhabiles à détruire, bien des talismans trompeurs à briser. La conscience du peuple^ tourmentée par des impulsions contraires et souvent opposées, pressée entre des autorités qui oublient la patrie pour se croiser et se livrer à des irruptions individuelles, se trouve dans une incertitude douloureuse, qui perpétue son enfonce avilissante et ses malheurs monarchiques.

« Heureusement la vérité a pour elle cet ascendant qui triomphe de tout : elle est au fond de son cœur ; de fausses clartés peuvent l'égarer quelque temps, l'éloigner de sa ligne de direction, l'écarter de son centre de gravité, mais il revient par un mouvement accéléré, et renverse tous les obstacles qu'apportent sans cesse à son bonheur ceux qui cherchent à le

dépouiller pour se revêtir de ses droits, de sa dignité, de sa puissance.

« Vous avez rendu, Citoyens collègues, deux décrets qui fortifient déjà le ressort de tous les courages, de toutes les vertus, de toutes les espérances, en ajoutant au bien-être des armées, en augmentant leur solde d'un tiers, en assurant aux familles intéressantes de ceux qui se dévouent en présence de l'ennemi, le payement de la dette sacrée, qui ne leur étoit que promis et toujours ajourné. Vous avez beaucoup fait pour la justice et, pour la patrie, les feux de l'amour, que vous avez allumés pour elle, ont donné à toutes les âmes un enthousiasme sublime, un mouvement décisif. Les légions de la liberté, convaincues qu'une partie des fruits de leurs sueurs, de leur sang, de leur existence, tourne au profit de leurs aff"ections douces et naturelles,sontà jamais invincibles ; elles dompteront tous les tyrans de la terre.

Signé : Fcuché de Nantes, Laporte, Méauile.

16 février

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