‹ Lyon de 1778 au Directoire, notes et documents; (volume 3)Chapitre 2 sur 10 · PLUVIOSE · texte numérisé non relu

PLUVIOSE

Conformément à l'arrêté des représentants du peuple du premier pluviôse, dans lequel, touchés du sort de la quantité de malheureuses victimes de l'avidité et de la trahison du riche, qui traînent péniblement leur existence dans la douleur et le dénûment le

plus profond, ils chargent le paj'eur général de verser dans la caisse de la municipalité la somme de 300.000 1. pour êtrç distribuée entre les sections, en proportion des citoyens indigents, infirmes ou vieillards qu'elles contiennent, avec injonction à la municipalité de veiller sévèrement à ce que les distributions se fassent avec la plus rigoureuse justice.

Et d'après le rapport du citoyen agent-national, qui a reçu le tableau des citoyens, infirmes ou vieillards, indigents de chaque section, d'où il résulte qu'il y a un total de 6682 individus, infirmes ou vieillards, et qu'il est urgent de venir promptement au secours de ceux que la caducité de l'âge, les vices de la nature ou les accidents ou maladies fortuites empêchent de suffire à leur subsistance par le travail ;

Le Conseil municipal arrête qu'il sera fait par le Comité des finances un mandat général de 300. ooolivres pour être réparties »

Archives de la Ville de Lyon.

18 février

(30 pluviôse}

Les représentants du peuple écrivent à la Convention Nationale :

Commune Affranchie,

« Il nous est difficile de vous exprimer combien nos cœurs sont attristés de l'excessive indulgence avec

laquelle vous souffrez qu'on vienne impunément à votre barre, enlever la confiance et le respect public aux hommes vertueux qui servent avec le plus d'ardeur et de constance les principes et la marche de la Révolution.

C'est pour la seconde fois qu'on ose se présenter devant vous pour couvrir d'accusations impures la Commission révolutionnaire de Commune Affranchie, dans l'espérance sans doute de relever encore une fois l'affreux courage des conspirateurs qui n'attendent qu'une intermittence dans la vengeance nationale pour renouer le fil de leurs trames contre la patrie.

«f Ce tribunal, citoyens collègues, mérite toute votre estime . Considérez les personnes qui le calomnient, interrogez à son égard celles en qui vous avez mis votre confiance, elles vous diront avec quel dévouement pur, il remplit ses rigoureux devoirs ; avec quelle religieuse méditation les accusés sont examinés; avec quelle courageuse impartialité le juge descend dans leurs pensées les plus intimes, dans leur conscience, pour en suivre tous les mouvements. Les jugements de ce tribunal peuvent effrayer le crime, mais ils rassurent et consolent le peuple, qui les entend et les applaudit.

«fil est possible que les hommes irréfléchis qui ont accueilli avec tant de complaisance les calomnies qu'il étoit de leur devoir et de leur dignité de repousser, ne soient eux-mêmes que trompés . Ils manquent

54 LYOK EK 1794

d'instructions, depuis que leurs amis, leurs correspondants sont anéantis sous la foudre populaire.

K C'est à tort qu'on pense nous faire les honneurs d'un sursis. Nous n'en avions point accordé ; notre confiance est sans bornes et sans réserve dans l'austère probité du tribunal, et nous n'oublierons jamais les principes à ce point de croire que nous ayons le droit de suspendre le cours de la justice.

On cherche en vain de toutes les manières à intéresser notre sensibilité, à affaiblir l'énergie de notre caractère. Nous avons fait le sacrifice de nos affections personnelles, nous nous enveloppons avec la patrie, nous resterons foits et impassibles avec elle.

Signé: Fouché de Nantes, Laporte, Méaulle.

Le peintre Henr.equin , de l'école de David, était membre du Comité des Démolitions de Commune Affranchie.

La Revue du Lyonnais xviii, 322, a publié, de ce personnage, la lettre suivante, curieux témoignage du fanatisme politique de ce temps. Elle est adressée à la Commission temporaire :

Citoyens ,

Lyon fit la guerre à la liberté, Lyon n'est plus. J'habite sous ses ruines, je suis membre du Comité de Démolitions, mais il ne suffit pas que ces maisons

qu'habitoient le luxe et l'égoïsme soient dctruites, il faut que l'Europe entière et la postérité connoissent la juste punition de cette ville rebelle.

J'ai donc pensé qu'il en falloit faire un tableau qui serait vvainienl national. On pourroit le multiplier par une gravure à l'eau forte, et ce seroit une terrible leçon pour les villes, qui auroient la ténacité de vouloir suivre un exemple aussi funeste aux scélérats. Ce tableau seroit exposé dans un lieu le plus apparent de la Commune Affranchie. La ville seroit tenue d'en taire les frais. Sa grandeur seroit de douze à quinze pieds.

Voici une faible esquisse de ma composition ; je la soumets à vos lumières. J'espère, citoyens, que vous voudrez bien ne pas la refuser à un républicain enthousiaste, et dont la plus grande gloire sera d'avoir été utile à sa patrie.

Un jeune homme, représentant le peuple françois, debout et appuyé sur sa massue, ayant sous ses pieds la fédéralité terrassée ; les poisons, les poignards, les spectres et les couronnes sont brisés autour de lui. Le jeune Hercule presse entre ses bras la liberté, sou attitude est grande et fière ; la victoire sur ses pas le couronne. Au pied d'une montagne élevée paroît la Raison, qui ordonne la destruction de la ville rebelle, qu'un peuple indigné démolit lui-même. Dans une partie du tableau, ou voit le fleuve du Rhône, triste, abattu, qui se couvre le visage, gémissant d'avoir baigné les murs d'une ville, qui fut sur le point de

ravir la liberté à la France. Au haut du tableau paroît la renommée publiant les triomphes des François.

Ce tableau ne peut être fait que par des pinceaux républicains. Je brûle d'en faire hommage à mon pays. Mais il faut, citoyens, que vous le fassiez approuver par les représentants du peuple ; ils ne peuvent refuser leur adhésion à ce qu'il soit fait un monument^ qui à la fois montrera la valeur du peuple françois, et les efforts impuissants des ennemis de la liberté.

Salut, union et fraternité.

HENNEQ.UIN.

Vu et approuvé à la Commission temporaire, à la condition que l'auteur lui-même présentera l'esqpisse du tableau au crayon, et qu'il sera soumis à l'examen des représentants du peuple pour avoir leur approbation.

Pluviôse an II

Signé : P. -A. Grimaud, prcsiâent, Marino, Boissier, Chambellan.

Au dos on lit :

Les représentants ne peuvent qu'encourager les arts, et le pétitionnaire est libre d'exercer son génie. Le 23 ventôse suivant , pour ce libre exercice de son génie, le citoyen Hennequin obtint du Conseil mu-

nicipal « reconnaissant son travail plutôt du côté de ia fatigue et de la peine, que de celui de l'exécutioa et du zèle », uu mandat de 400 livres.

20 février

Conformément au vœu de la Société populaire de la commune pour la fête de l'Égalité à célébrer le décadi prochain, en raison de la liberté des hommes de couleur, décrétée par la Convention Nationale, laquelle a , en conséquence, choisi le citoyen Hennequin, pour en diriger les préparatifs, et lui a adjoint les citoj'ens Chedeaux, Domergue, Candy et Chalon aîné, membres de ladite Société ;

Conformément encore à l'autorisation donnée par les représentants du peuple pour cette fête ;

Le Conseil municipal arrête :

« Ouï l'ageiît national , qu'il autorise lesdits citoyens k procéder aux préparatifs et dispositions nécessaires pour la fête de l'Égalité, comme aussi à prendre tous les moyens qu'ils croiront convenables pour leur prompte exécution. »

Archives municipales de Lyon.

21 février

Berlic, agent national du district de Commune Affranchie, invite par une circulaire les municipalités à empêcher qui que ce soit de célébrer, par une oisiveté répréhensible, les dimanches et fêtes que le fanatisme et la superstition avoient établis pour l'intérêt des prêtres.

Ce même jour, lecture faite du programme de la fête de l'Égalité, et d'après l'observation de plusieurs de ses membres sur les idées secondaires d'exécution proposées par les citoyens chargés des préparatifs,

Le Conseil,

Considérant, qu'il est du devoir des magistrats du peuple de concilier toujours les convenances locales, le respect dû aux mœurs publiques chez un peuple digne de la liberté, et l'esprit d'économie qu'il doit porter dans la gestion des deniers de la République avec la majesté simple d'une fête nationale.

Arrête :

Sur les conclusions de l'agent national, qu'il charge les citoyens Turin et Arnaud-Tizon, officiers municipaux, de porter le programme de la fête de l'Egalité aux représentants du peuple, et d'y joindre les observations fautes à la suite ;

En second lieu, qu'il suspend jusqu'après l'avis des représentants l'effet de sou arrêté d'hier non sur les dispositions locales et l'idée générale, mais sur les dispositions extraordinaires et particulières verbalement communiquées au Conseil par les commissaires chargés des préparatifs ;

Sur l'observation d'un de ses membres,

Le Conseil municipal,

Considérant, qu'il est urgent d'empêcher des rassemblements considérables d'hommes , et surtout d'hommes armés d'instruments dangereux, dans une commune encore en état de guerre révolutionnaire, où l'esprit, abâtardi par la longue réaction des passions avilissantes du riche, semble être comme enchaîné dans d'étroites limites inaccessibles au génie de la Hberté, et avoir perdu ce ressort sublime qui élance l'homme jusques à toute la hauteur de sa dignité avec d'autant plus d'impétuosité qu'il a plus violemment été comprimé.

Arrête :

Qu'il sera écrit sans délai au Comité de démolition pour l'inviter à ne jamais réunir une masse d'ouvriers considérable en rassemblement dans un même local, entendant le Conseil que pour aucune raison quelconque, leur nombre ne puisse être au-delà de mille sans une autorisation particulière spéciale et motivée par la municipalité à cet effet.

Archives de la ville de Lyon.

6o LYON EN 1794

22 février

Dans sa séance de ce jour, le Conseil municipal, s'étant assemblé extraordinairement à l'heure de midi pour délibérer sur les moyens d'exécution de la fête de l'Egalité, et le citoyen Hennequin, chargé par la Société populaire à en diriger les préparatifs, s'étant rendu dans son sein, conformément à une invitation qu'il avoit reçue à cet efïet,

La discussion ouverte sur les dispositions nécessaires pour cette fête et le citoyen Hennequin entendu sur cet objet.

Le Conseil a arrêté qu'il n'étoit rien sursis, quant aux préparatifs, mais qu'il invitoit le citoyen Hennequin à se réunir avec les citoyens qui lui ont été adjoints par la Société pour dresser de suite le programme de la fête et le présenter ce soir au Conseil, pour qu'il puisse délibérer sur son contenu.

Le même jour, la pétition suivante est adressée au Comité militaire par le Comité révolutionnaire de Pierre-Scize :

Commune Affranchie, 4 ventôse an 11.

Nous, membres du Comité révolutionnaire dePierre- Scize, séant au numéro 127, invitons le Comité révolutionnaire de faire droit à ce que la section si pauvre

et ex.ictcment remplie de malheureux, les soldats, nos frères, sont mal logés, [sic] se plaignent beaucoup et sont dans la vermine {sic).

En conséquence, il est à désirer qu'il soit changée [sic) de quartier, ne pouvant les rechanger davantage de leurs logements, et que c'est pour nous un grand dérangement.

Au Comité, les jour et an que dessus.

Salut et fraternité,

Merck, président.

ISiiii'jnl les anlies signatures' .

Et pour suscription :

Au sans-culotte (^sic) composant le Comité militaire de Commune Affranchie.

Collection Ro^as

26 février

Lecture est faite au Conseil municipal d'un exposé de l'administration de l'hospice général des malades, qu'il existoit ci-devant dans cette maison un usage qu'il croyoit devoir être supprimé. Cet usage ancien et légalement autorisé consistoit à percevoir à la barrière intérieure de l'hospice une rétribution de six deniers, les jours ordinaires, et d'un sou, pour les

dimanches et fêtes, par chaque personne qui venoit visiter les malades. Les administrateurs, en proposant à la municipalité la suppression de cet usage, demandent qu'en la prononçant elle veuille bien considérer les motifs qui l'avoient en quelque sorte consacré, et prévenir par d'autres moyens les abus qu'entraîneroit une suppression non combinée sur les convenances locales.

Un membre a observé en même temps qu'il y a voit encore existé jusqu'à présent dans cet hospice un autre abus, aussi contraire aux principes républicains, celui des chambres payantes, abus qui ne devoit plus subsister, dans une commune surtout, où le riche,engraissé de la sueur des pauvres, enivré de son opulence, avoit conservé si longtemps l'espoir criminel de ramener ces avilissantes distinctions, devenues hécessaires pour réveiller par l'infâme ambition sa léthargique société.

En conséquence, le Conseil,

Considérant, qu'il seroit contre les principes de l'égalité et de la Constitution, que l'hospice général des malades offrît encore ou l'abus monstrueux d'un privilège, ou l'un de ces impôts, autorisés, parce qu'ils étoient couverts du prétexte de l'humanité ; à peine aperçus, parce qu'ils se perdaient dans la foule de ceux qui accabloient le peuple , et peu sensibles en apparence, vestiges d'autant plus hideux du régime royaliste, qu'ils ne pesoisnt que sur les malheureux, allant visiter un ami ou un parent ;

LYON HN 17i;4 63

Considérant, que la nécessité, soit d'empêcher qu'une trop grande afilucnce ne trouble le repos des

malades, ou en interrompe le service ne dut

jamais légitimer une odieuse perception, encore moins sous le régime de la véritable justice, où l'on ne doit connoître de contributions que celles commandées par le peuple souverain ;

Que si, sous un système corrupteur, on n'einployoit d'autre ressort pour conduire les hommes qu'un vil intérêt, et si on leur imprimoit ainsi une tendance invincible à tous les vices par l'appât de l'argent, il est des moyens bien plus simples et plus faciles d'arriver au bien chez un peuple régénéré, porté par le sentiment de sa dignité à l'amour do l'humanité, et sensible à la gloire qui naît de la vertu ;

Considérant encore, que chez un peuple où la loi ne voit, dans tous les individus, que des citoyens égaux, et le sentiment que des frères, il seroit injurieux autant qu'inhumain de retrouver les odieuses distinctions du luxe et de la mollesse, jusques dans ces asiles où l'humanité souffrante vient réclamer des secours, et la nature accuser la lâche barbarie des riches et émouvoir les cœurs sensibles ;

Que rien ne peut faire plier les principes généraux à des considérations particulières qui ne sont toujours que des injustices, puisqu'elles sont au détriment de l'infortune, le riche ayant partout de quoi se suffire, et le malheureux, jusqu'à présent rebuté, étant

64 LYOX EN 1794

devenu auprès de la Socictc, par son malheur même, créancier d'une dette sacrée, et qui lui est due tout entière ;

Arrête :

I. — Qu'il SLipprime l'usage odieux d'exiger une contribution quelconque des citoyens qui vont à riiospice visiter des malades ou pour autre motif ;

V. — Qii'il n'y aura plus à l'avenir, dans cet hospice, des locaux particuliers destinés aux riches, sous le nom de chambres payantes

Auhivcs de la ville de Lyon.

Le même jour, 8 ventôse an 11, lecture est faite au Conseil municipal d'une lettre des administrateurs du Conseil général du district de la Commune aux maire et officiels municipaux, par laquelle lesdits administrateurs demandent le tableau des prêtres qui ont remis entre les mains de ces derniers leurs brevets d'imposture et de charlataiiisuie , pour les envover au département qui les réclame.

Et lecture faite de la lettre du département à l'agent national du district à ce sujet,

Le Conseil arrête que le secrétaire greffier de la Commune, qui a reçu l'abdication des prêtres, en fera faire le tableau pour le communiquer incessamment au district.

^.-hchives de la ville de Lxon.

LYOK E\ 1794 65

i^"^ mars 1794

Après avoir entendu une lettre du quartier général de cette commune, en date de ce jour, et signée Billy, aide de camp du général commandant la place, par laquelle l'Agent national est invité à faire payer au citoyen Montbeiin la somme de 27 livres pour son travail de tendre et détendre les cordes servant aux exécutions et fusillades de muscadins aux Brotteaux, plus 10 livres pour fourniture des cordes dont il exhibera le reçu, ce qui fait 37 livres en total.

Le Conseil :

Arrête, qu'il sera donné au citoyen Montbellin un mandat sur le Trésor de la Commune de pareille somme.

Sur l'exposé du citoyen Bonnet, fossoyeur du cidevant Saint-Pierre, que ne pouvant plus inhumer les citoyens morts dans le cimetière jusqu'alors affecté pour cet objet, il demande qu'on lui indique un loca. où il puisse les conduire à cet effet,

Le Conseil :

Arrête , que les cadavres seront provisoirement conduits et inhumés dans le jardin des ci-devant Capucins, sauf les précautions à prendre pour prévenir tout accident pouvant résulter de cette inhumation.

Archives de h Fille df Lwii .

2 mars

Le Conseil municipal,

Considérant , que les magistrats du peuple doivent empêcher toute extension de la loi, qui pourroit tendre à en annuler l'effet, et prévenir les inconvénients qui en pourraient résulter,

Considérant, que le ruban tricolore, accordé par la loi aux citoyens composant les autorités constituées, est le signe sacré qui doit rappeler sans cesse son devoir à l'administrateur, aussi bien qu'à l'administré, non une puérile décoration de parade pour la vanité, sous le régime qui en a détruit tous les hochets.

Que, prendre une décoration que la loi n'a point attribuée, c'est l'usurper ;

Que ce seroit troubler la hiérarchie des pouvoirs, avilir cet emblème consacré par la Convention à offrir au peuple les délégués qu'il a chargés de ses intérêts, si tous les citoyens appelés à seconder les administrations arboroient indistinctement la décoration tricolore, les uns d'une manière, les autres d'une autre, au point que les administrés ne puissent plus reconnoître leurs administrateurs, la loi n'en revêtant même ceux-ci que dans l'exercice de leurs fonctions ;

Q.u'il ne peut s'empêcher de craindre dans une commune considérable, qui osa se révolter contre la souveraineté de la nation, que le scélérat ne souille effrontément ces couleurs, en les voyant promener partout, comme il emprunte le masque du patriotisme pour mieux couvrir ses projets liberticides,

Arrête :

Que rappelant l'exécution de la loi, il est défendu à tout citoyen à qui elle n'accorde point la décoration tricolore d'en porter ;

Arrête de plus, que la présente délibération sera envoyée aux représentants du peuple pour qu'ils y donnent leur approbation.

Arch. de la ville de Lyon.

Sur le rapport d'un membre du Comité militaire, exposant, que des citoyennes dont les maris ou enfants ont été faits prisonniers par les esclaves des rois, viennent réclamer l'indemnité accordée par la loi à ceux qui ont des parents dans l'armée de la République aux frontières ;

Le Conseil,

Considérant, que ces citoyennes ne sont pas munies de pièces nécessaires pour constater la présence de leursparents dans leurs bataillons ou régiments, ou la difficulté qu'elles éprouvent à se les procurer ;

Et voulant cependant faire jouir les familles des braves sans-culottes, qui ont tout quitté pour voler

à la défense de leur patrie du bénéfice de la loi, qui, tout à la fois récompense en elles le civique dévouenieiU de leurs soutiens, et les dédommage de leur absence,

Arrête :

Qu'il sera écrit au citoyen ministre de la guerre, pour qu'il veuille faire passer au Comité militaire de la municipalité le tableau des citoyens soldats de cette commune, faits prisonniers par les satellites des tyrans, étant dans leurs bataillons ou régiments, à telles époques périodiques qu'il jugera convenable, à l'effet de pouvoir accorder à leurs familles l'indemnité que la Convention leur a attribuée et qu'elles réclament ;

L'arrêté ci-dessus fut imprimé et afRchc.

3 mars

Les membres du Comité révolutionnaire de la Montagne et Convention réunis; séant à côté l'église de Lorette.

A l'Agent national près la municipalité de Commune Affranchie ;

Considérant, que les charbons de terre sont en réquisition forcée pour les ateliers de salpêtrerie ;

LYOX EN 1794 69

2' Que la saison criiivir crt très avancce et que les secours à accorder aux indigents en numéraire conviendraient mieux à leurs besoins, qui sont si pressants et si multipliés, vu l'entier dénûment où ils sont plongés depuis la réduction de la ville ;

30 Q.ue ce n'est pas les plus indigents qui ont des poêles ou grilles propres à brûler lesdits charbons de terre, puisque les plus misérables ont vendu jusqu'à leur grabat, pour prolonger leur pénible existence ;

Considérant enfin, que l'intention des représentants du peuple et de ses magistrats ne seroit point remplie selon leurs désirs, puisque le véritable indigent ne participeroit point à cette distribution, nous invitons la municipalité à remplacer ces secours par une somme égale et proportionnée à la distribution des charbons déterminée.

Par ce moyen, nouî serons à même d'administrer les secours selon les véritables besoins ; vous aurez la satisfaction d'avoir soulagé vos frères, et vous leur donnerez une nouvelle preuve de votre surveillance et de votre humanité, premières vertus du patriote.

Ce même jour, sur l'observation de plusieurs membres, le Conseil municipal, considérant qu'un grand nombre de femmes, au mépris de la loi, semblent affecter de ne point porter la cocarde tricolore, ce signe de la régénération françoise, tandis qu'elles se couvrent la tête d'espèces de fleurs, ou panaches de clinquant ;

Considérant; que sous le régime du despotisme, s'il étoit bon au despote, que ceux qu'il appeloit ses

70 LYOX EN 1794

sujets, oubliassent leur nullité politique, par la ridicule importance d'une coiffe ou d'un chiffon, sous le régime démocratique qui a succédé on ne peut pas plus se jouer du signe extérieur que le corps social a adopté pour reconnoître ses membres que des sentiments qui font le citoyen, qu'on ne fait des uns ni des autres une affaire de mode, et que, par conséquent, on ne peut substituer de puérils colifichets, sous prétexte qu'ils sont aux trois couleurs à la cocarde nationale tricolore ;

Considérant, que, lorsque la nature, la philosophie et la raison rappellent à l'envi les moeurs avec l'égalité, la liberté, le premier titre d'une femme doit être celui de citoyenne, c'est en être indigne, et le rejeter effrontément que de refuser d'en porter l'emblème cher aux républicains ;

Considérant , que dans une commune , encore traitée comme rebelle, elles devroient effacer s'il est possible la honte de la révolte par un retour sincère sur elles-mêmes ; faire oublier que l'esprit de vanité et l'empire de la m.oUesse entrent pour beaucoup dans les complots liberlicides , et donner à la génération qui s'élève sous leurs yeux d'autres exemples plus dignes d'elle et de la patrie à qui elle appartient avant tout ;

Considérant enfin, que la loi du 21 septembre 1795 leur enjoint de porter la cocarde tricolore, sous peine d'être punies la première fois de prison, et d'être, en cas de récidive traitées comme suspectes ;

Arrêie :

I" Qiie le décret du 21 septembre 1793 , qui enjoint aux femmes de porter la cocarde tricolore, sera réimprimé et affiché avec la présente délibération ;

2° Qu'il est enjoint aux femmes de cette commune de s'y conformer strictement sous les peines qui y sont portées ;

3° Qjie le général commandant la place sera invité par la municipalité de faire arrêter par les sentinelles des postes quiconque ne serait pas décoré de la cocarde nationale, hommes ou femmes, et traduire à la police municipale pour être jugés conformément à la loi.

Archives de la ville de Lyoti.

4 mars

(14 VENTOSli AN II)

Lecture est donnée au Conseil municipal d'un décret portant que d'ici au premier germinal prochain, l'arbre de la hberté sera replanté dans toutes les communes où il auroit péri afin qu'il fleurisse avec la Constitution ;

Il a été arrêté par le Conseil qu'il sera écrit aux représentants du peuple, pour qu'ils autorisent la

municipalité à substituer un arbre de la liberté vivant à celui qui existe à la place de la Liberté.

Un officier de police envoyé par le Conseil pour donner sur l'avis du Commandant de la place un local au poste destiné à garder la Montagne aux Brottcaux, de retour de sa mission ayant rapporté qu'un volontaire du bataillon de l'Aude, s'étoit constitué de lui-même sentinelle de la Montagne, depuis environ quatre heures, avec l'intention d'y rester jusqu'cà demain ;

Le Conseil, ayant fait introduire le volontaire dans son sein, l'a accueilli avec des marques de satisfaction de son zèle civique, lui a demandé son nom, et d'après sa réponse qu'il s'appcloit La Jeunesse Picard, du cinquième bataillon du Puy-de-Dôme, compagnie de Bcaureau, a arrêté qu'il se: oit inscrit au procèsverbal de ce jour.

5 mars

Le Conseil municipal s'occupe des préparatifs de la fête de l'Égalité :

« Les citoyens choisis par la Société populaire pour diriger ces préparatifs de la fête de l'Egalité, après avoir assuré que tout seroit prêt décadi prochain, ont observé qu'uiie trop grande affluence ne fait que

FOUCHE

troubler actuellement, dans leur travail les artistes qui désirent donner à la fête tout l'éclat qui lui convient ; que, pour plus grande célérité, il seroit nécessaire qu'il y eût des hommes à cheval pour donner des ordres à divers citoyens et écarter la foule des oiseux ;

Il a été arrêté qu'invitation seroit faite au général commandant la place de fournir une garde sulTîsante, soit pour empêcher les citoyens de retarder l'activité des artistes en montant en foule sur la Montngne, soit pour qu'il y en ait toujours six dont on puisse disposer ailleurs.

Sur une observation des mêmes citoyens qui ont exposé que l'absence des musiciens des différents bataillons sur le point de partir ôteroit à la fête un de ses principaux ornements,

Le Conseil municipal.

Considérant, combien l'alliance des arts est faite pour élever les âmes aux grandes choses, quand elle a un but national ;

Considérant, que dans une fête consacrée à l'égalité, à la fraternité, il ne doit rien être épargné pour en inspirer et entretenir les sentiments dans tous les cœurs ;

Arrête :

Qu'il sera écrit aux représentants du peuple et au général commandant la place, afin que les musiciens des bataillons qui doivent partir soient autorisés à

rester pour assister à la fête de TÉgalité, décadi prûcliain ;

Le citoyen Hennequin a observé qu'il avoit été obligé de faire venir environ vingt artistes de Màcon et autres lieux circonvoisins, pour être employés à la susdite fête, que ces citoyens s'étoient rendus avec zèle à son invitation, qu'en conséquence, il étoit nécessaire de leur fixer un traitement, et même de leur délivrer provisoirement une somnie suffisante pour subvenir à leurs besoins.

Sur cette observation, le Conseil arrête que chaque artiste sera payé à raison de douze livres par jour, à compter de celui de leur arrivée jusqu'à celui de leur départ, qui reste fixé au lendemain de la fête, et qu'il leur sera délivré en commun un mandat de- 1200 livres au nom du citoyen Rambaud, directeur de ballet, à compte de ce qui pourra leur être dû ;

D'après robservalion d'un membre que, pour éviter toute confusion dans la marche , le jour de la fête, il paroissoit convenable que plusieurs citoyens à cheval fussent chargés de régler ladite marche et d'y maintenir l'ordre ;

Le Conseil a arrêté que ses frères du département de l'Isère et autres lieux seront invités à partager avec les sans-culottes de Commune Affranchie leur allégresse civique , mais qu'on les engageroit en même temps à apporter avec eux les subsistances pour leurs besoins.

LYON nx 1794 75

6 mars

Dans sa séance de ce jour, sur Tobservation d'un membre que, nonobstant l'invitation faite aux citoyens des campagnes circonvoisines pour apporter avec eux des subsistances le décadi prochain, jour de la fête de l'Egalité , il conviendroit d'assurer à tout événement, un approvisionnement un peu plus considérable de pain chez les boulangers,

Le Conseil municipal, anticipant les plaisirs de la réunion de ses frères des campagnes avec ceux de Commune Affranchie , voulant que rien ne puisse troubler le jour consacré à la fête de l'égalité, et changer la joie en deuil , en flétrissant la douce expansion des cœurs par des privations essentielles ;

Arrête :

Q.a*il autorise le Comité des subsistances à délivrer deux quintaux de farine par chaque section, de plus que pour la distribution générale , la veille du décadi jour delà fête.

Airhivcs (/<■ Jii z iUe d.' Lvou.

7 mars

Un membre du Conseil municipal dépose sur le bureau des espèces de cocardes placardées, figurées au milieu et sous verre, observant que cet alliage bizarre pouvoit n'être d'abord que le fruit du caprice, mais devenir ensuite le principe et le germe des plus iionteux excès, la malveillance connoissant, surtout quand le peuple est éveillé, l'art astucieux de ne se hasarder que par degrés et de profiter d'une' légère atteinte, pour, d'altération en altération, parvenir à renverser l'édifice social et accomplir ses projets liberticides, ajoutant enfin le même membre, que la loi, toujours plus sage que les individus a prévenu tous les inconvénients, et repoussé toute forme étrangère eu désignant celle à adopter pour tous les citoyens indistinctement ;

Sur quoi, le Conseil arrête que lesdites cocardes seront déposées à son comité de police, et que celuici reste chargé de surveiller et poursuivre tous ceux qui ne se conformeront pas à la loi sur la cocarde nationale, quant à la forme, à la matière et aux couleurs

8 mars

Castiiing, commissaiie naiional au iribunal de la Campagne, écrit à Gravier, juré du tribunal révolutionnaire de Paris, une lettre renfermant à côté de détails personnels et domestiques, des renseignements sur la situation de Lyon :

« Commune Aiîranchie, le 18 ventôse an 11.

« Ami ,

« Je m'adresse à toi pour avoir quatre médailles de juges du tribunal. Dans les quatre qu'il y en ait une pour le Commissaire national ; elles doivent être en cuivre doré. Cela coûte à peu près de douze à seize livres pièce. Je compte sur ton activité pour nous faire parvenir cette demande, je te ferai passer le montant sur ta note.

« Peut être ne sais-tu pas que nous allons faire, décadi prochain, la fête de l'Égalité. Nous allons construire une montagne aux Brotteaux , peu loin du sépulcre des nmscadins. Leurs veuves y vont travailler pour donner le change sur leurs crimes. Décadi ensuite, on proclamera la Constitution , le gouvernement révolutionnaire, et la Commune ne sera plus en état de siège. Le reste nous regardera, et tu peux croire que nous ferons aller, et Ça ira.

« La société prend de l'énergie depuis qu'elle s'est aperçue que des intrigants vouloient la rendre nulle, et lui faire commettre des sottises. A ces traits tu dois reconnaître le caractère apathique des Lyonnais. Il faut qu'ils aient le feu au derrière pour sortir de leur léthargie, et valoir quelque chose.

« Nous avons bien des aristocrates de libres par je ne sais quels moyens, mais le sage décret que la Convention vient de rendre pour incarcérer, bannir et séquestrer les personnes et propriétés des ennemis de la Révolution va remédier à ces abus, et toutes les fois que l'on décrétera des mesures rigoureuses contre ces coquins, cela équivaudra à des victoires complètes.

« Dis à ta femme que je la salue, que je la félicite de son embonpoint, et surtout qu'elle te fasse un républicain. Adieu, porte-toi bien.

« Salut et fraternité.

« Signé : Castaing,

(( Commissaire national an Tribunal de la Campagne. »

Nota. — Tu voudras bien remettre les médailles à un courrier.

Papiers iuèdils Irouvès che^ Robespierre I, 3^0.

10 mars

On célèbre ce jour-là à Commune Affranchie la fête de l'Égalité. On y déployé une grande pompe. La chaussée Perrache est le rendez-vous de toutes les députations et leur place avait été fixée d'avance par des écriteaux numérotés.

Voici l'ordre de la marche :

« Un escadron de cavalerie, suivi de deux pièces d'artillerie et d'un peloton d'intanterie. La table des Droits de l'Homme portée par un groupe de sansculottes, le bras nu, armés d'une pique.

Le décret qui établit le gouvernement révolutionnaire porté par un membre de chaque autorité constituée.

La Société populaire portant un fanion sur lequel est peint l'œil de la surveillance avec ces mots : « Le peuple vous observe. »

Les comités révolutionnaires portant un niveau, emblème de l'Egalité.

Les districts de la ville et de la campagne, l'administration du département, les juges de paix, les tribunaux, les municipalités, la Commission temporaire, la Commission révolutionnaire, suivie de deux exécuteurs de la vengeance nationale, l'un tenant en main la hache de la terreur, et l'autre portant un fanion, sur

So LYON EN 1794

lequel on lit : La souveraineté du peuple est vengée. » La musique du bataillon du Jura et un peloton d'infanterie.

Un groupe d'hommes et de femmes chantant des hymnes à l'Egalitc et à la Liberté, trophées militaires portés par des vétérans ; un groupe d'enfants portant un guidon ayant cette devise : « VEspcrance de la Pairie. »

Un groupe de salpétriers portant un drapeau sur lequel on lit : « Nous fabriquons la poudre, qui doit anéantir les tyrans. »

Deux pièces d'artillerie, un peloton d'infanterie. Groupe d'ouvriers des deux sexes de tous les arts et de tous les métiers, portant chacun un instrument do leur profession respective.

Musique du bataillon de la Montagne ; des citoyens portant les bustes de Brutus, Guillaume Tell, Lcpelletier, Marat et Chabert.

Les familles des volontaires qui défendent la liberté tenant en main des couronnes avec cette inscription : « Elles sont destinées aux vainqueurs. »

Les Représentants du peuple, entourés de vieillards et d'infirmes placés dans des chars au-dessus desquels on lit ces mots : « La République honore la vieillesse et le malheur. »

Un bataillon d'infanterie, un groupe d'hommes noirs, esclaves enchaînés ; un corps de cavalerie ferme la marche.

A neuf heures, une salve d'artillerie annonce le départ du cortège qui, de Perrache, se rend directement au champ de l'Égalité par le quai du Rhône et le Pont affranchi.

Le cortège vient se ranger en demi-cercle en face de la statue de l'Égalité, placée sur le haut de la Montagne.

Le groupe des sans-culottes portant la Tahh des Droits de l'Homme et les membres de la Société populaire accompagnent les représentants sur le haut de la Montagne.

Le cito^'en porteur du niveau vient se mettre en tcte du groupe des esclaves et de là se porte avec eux jusqu'au pied de la Montagne, en face de la Table des Droits de l'Homme, et là après avoir ordonné le silence par un roulement général des tambours , on proclame le décret qui prononce l'anéantissement de l'esclavage.

Alors les sans-culottes formant le groupe porteur des Droits de l'Homme s'élancent avec précipitation jusqu'au bas de la Montagne, brisent les fers des esclaves, et les conduisent en triomphe jusqu'au sommet ou ils sont serrés dans les bras des représentants du peuple et des sans-culottes, et au bruit de l'artillerie.

Après des danses, qui ont lieu autour des faisceaux de piques disposés sur la Montagne, un roulement de tambours de nouveau se fait entendre, pour faire silence, et le citoyen Dorfeuille, du haut de la Montagne, prononce un discours patriotique.

La fête se termine par un banquet civique et des danses autour de la Montagne.

II mars

Les représentants du peuple envoyés dans Commune Affranchie rendent compte à la Convention Nationale de la fête de l'Égalité :

Citoyens collègues,

La Justice a bientôt achevé son cours terrible dans cette cité rebelle. Il existe encore quelques complices de la révolte lyonnoise ; nous allons les lancer sous la foudre. Il faut que tout ce qui fit la guerre à la liberté, tout ce qui fut opposé à la République, ne présente aux yeux des Républicains que des cendres et des décombres.

C'est sur les tombeaux de l'orgueil révolté et des privilèges oppresseurs que nous venons de célébrer la fête de l'Egalité et de proclamer sous les voûtes du ciel votre décret, qui brise les chaînes de l'esclavage, et appelle les hommes de toutes les couleurs à la jouissance de la Liberté. En vain les tyrans se liguent pour enchaîner les peuples, la nature est plus forte qu'eux, ses lois retentis.sent dans tous les cœurs, elles enchaînent tous les êtres que l'univers embrasse dans son immensité. Un isolement affreux menace les tyrans, ils comptoient sur le peuple de Lvon, et l'évè-

LVON EN 1794 83

noiiieut prouve, ici comme ailleurs, qu'ils n'avoient pour appui que les prêtres, les nobles et les riches, et tous ceux qui espéroient dt^vorer avec eux la sueur et le sang des hommes.

C'est calomnier la nature et la Révolution que de croire que la masse du peuple puisse être corrompue. Elle fut souvent égarée, mais elle arme la Hberté, elle saisit avidement la vérité. Les obstacles que le législateur rencontre dans le bien qu'il veut faire ne viennent jamais que de ceux qui gouvernent, et qui ont intérêt de calomnier le peuple et de lui supposer des préjugés pour avoir le droit de le maîtriser plus longtemps.

Dans la fête qui eut lieu hier, nous avons observé tous les mouvements. Nous avons vu le peuple applaudir à tout ce qui pouvoit réveiller des idées fortes, terribles ou touchantes. Le tableau qu'offroit la Commission révolutionnaire, suivie des deux exécuteurs de la justice nationale, tenant en main la hache de la mort à e.xcité les cris de sa sensibilité et de sa reconnoissance.

Nous avons vu ce même peuple pénétré d'un sentiment profond , attendri jusqu'aux larmes, à l'aspect du malheur et de la vieillesse élevés dans un char, escortés et honorés par la représentation nationale.

Ce n'est donc pas sans fondement que nous osons vous annoncer que le peuple d^ Commune Affranchie méritera bientôt d'être compté au nombre des enfants de la République et de rentrer sous ses lois.

Il mérite déjà que vous preniez un vif intérêt ;i ce qui le touche. Les égarements cruels où l'ont plongé ses maîtres, le réduisent aux souffrances, à la privation des premiers besoins de la vie. Vous pouvez les satisfaire aisément. L'opulence qui fut si longtemps et si exclusivement le patrimoine du vice et du crime est restituée au peuple, vous en êtes les dispensateurs. Les propriétés du riche conspirateur lyonnois acquises à la République sont immenses, elles peuvent répandre le bien être et l'aisance parmi des milliers de républicains.

Ordonnez promptement cette répartition. Ne souffrez pas que des fripons enrichis enlèvent dans des ventes scandaleuses les propriétés des sans-culottes, le patrimoine des amis de la liberté. Le bonheur public est dans votre pensée, dans vos résolutions, dans vos décrets. Ne faites rien à demi, osez le réaliser en entier.

Pour copie conforme :

Si£'iic : FoucHÉ.

Rapport de Courtois à la Convention 'Isialionale sur les papiers de Robespierre, p. 12 j.

15 mars

Sur l'observation d'un membre qu'il se commet un abus déplorable chez la plupart des bouchers, en ce qu'il s'y tue journellement une grande quantité de jeunes animaux, tels que veaux et agneaux. ;

Le Conseil, considérant, que dans les conjonctures actuelles, où les ennemis nés des peuples, les tyrans, font à la RépubHque française une guerre vaste et immense autant que cruelle, elle est obligée de fournir à un million d'hommes et plus, une consomrnation substantielle extraordinaire, qui détourne les animaux servant à la nourriture des citoyens de leur destination accoutumée, et diminue d'autant cette ressource ;

Que la sollicitude des magistrats du peuple doit être non seulement éveillée sur son avraitage présent, mais s'étendre encore sur ses intérêts éloignés, en prévenant la ruine et l'extinction des races parmi les bestiaux qui servent autant à féconder le sein de la terre qu'à fournir à sa subsistance ; que des républicains n'ont pas besoin qu'on leur ordonne des sacrifices , qu'ils doivent s'imposer eux-mêmes quand il s'agit du salut de la patrie ; « Arrête :

Que le Comité de police est chargé de faire défense à tous bouchers, marchands et particuHers quel-

conques de tuer des veaux et agneaux, et de surveiller l'exécution de cette défense ;

Arrête de plus, qu'invitation sera faite à la Commission temporaire d'engager les représentants du peuple à étendre par les motifs de salut public y attachés cette mesure prohibitive à tout le département et même aux circonvoisins.

Jich. de la ville de Lyon.

16 mars

Lecture est faite au Conseil municipal d'un arrêté des représentants du peuple, eu date du jour , sur l'organisation des nouveaux comités, un par chaque canton de la commune, sous de nouvelles dénominations avec les noms de cent huit membres qui doivent les composer à douze par comité, et des locaux où ils doivent tenir leurs séances, qui porte (art. 6) que la municipalité est chargée, sous sa responsabilité, de mettre à exécution sur le champ le présent arrêté sous la surveillance de la Commission temporaire ;

Tout autre objet suspendu, il a été arrêté que les citoyens Arnaud-Tizon et Deyrieu , officiers municipaux, se rendroient de suite en députation auprès de la Commission temporaire pour la prévenir de la réception de l'arrêté des représentants du peuple, qui

en mettent l'exécution sous sa surveillance, et concerter dans son sein les premières mesures de cette dite exécution ;

Les citoyens dénommés étant de retour et ayant annoncé que vu l'heure , la séance de la Commission temporaire étoit levée, il a été de suite fait en Conseil le modèle d'une circulaire qui a été envoyée à Timprmierie, pour en avoir les 108 exemplaires nécessaires à sept heures du matin du jour de demain, pour aussitôt inviter les nouveaux membres à se rendre à la salle du Conseil, à trois heures précises de Taprès midi.

L'arrêté auquel il est fait allusion, dans cette délibération signé Fouché, Laporte et Meaulle, supprime les 32 Comités révolutionnaires de section, et les réduit à un par canton, soit neuf pour 'la ville.

Voici les considérants de cet arrêté :

Considérant, que le grand nombre des Comités révolutionnaires établis dans cette cité est é\idemment contraire à l'action prompte^ uniforme et énergique du gouvernement ;

Que la multitude des membres qui les composent, se dérobant dans la foule à la surveillance de l'autorité supérieure, à la censure populaire, des ressentiments individuels, des vengeances particulières peuvent être impunément exercés, des passions basses et cruelles, satisfaites ;

Considérant, que le peuple dans cet état de choses se trouve nécessairement dans les tourments de l'in-

Ob LYON EN 1794

ouiétude, dans les souffrances de l'oppression ; que terreur, qui ne doit frapper que les ennemis de la République, retentit au cœur des sans-culottes, que la sécurité, l'aisance et le bonheur ne sont réservés qu'à un petit nombre de privilégiés

Arrêtent :

I. — Les trente-deux Comités actuellement en activité, sont supprimés, et il sera créé sur le champ neuf Comités qui remplaceront ceux qui viennent d'êtresupprimés.lls recevront les indemnités accordées par la loi qui a établi les Comités révolutionnaires.

Cantons de l'Égalité, des Sans-Culottes, de Chalier, de la Liberté, de la Convention, de Marat, de Lepelletier, de la Raison, de la Montagne.

17 mars

Le Conseil municipal, assemblé à onze heures du matin, a arrêté, que les membres nommés hier, restoient chargés de se rendre de suite dans le sein de la Commission temporaire pour prendre l'avis de ses membres sur lesdites mesures d'exécution, et de suite se sont rendus à leur mission.

Les deux commissaires étant de retour ont annoncé que la Commission temporaire avoit nommé quelques-uns de ses membres qui se rendroient auprès du

Conseil municipal pour la convocation des nouveaux membres des Comités révolutionnaires.

Sur quoi, le Conseil passant aux moyens d'installation desdits Comités a nommé à cet effet les citoyens suivants, pris dans son sein, pour installer chacun de ces Comités dans le lieu respectif mdiqué pour la tenue de leurs séances, savoir, les citoyens :

Emery, pour le canton de VÉgalUé, ci-devant la Fédiratton ;

Roux, pour le canton des Sans-Culoties, ci-devant Hôtel-Dieu ;

Milon, pour le canton de ChaUtr, ci-devant Halleaiix-'Blés ;

Jacob , pour le canton de la Libellé, ci-devant Hôtel-Conniiun ;

Richard, pour le canton de Marat, ci-devant de 'Kord-Ouesi ;

Bourchenu, pour le canton de la Raison, ci-devant de la Métropole ;

Roch, pour le canton de la Convention, ci-devant Word-Est ;

Dubois, pour le canton de la Montagne, ci-devant du Gourguilloii '

Et sur ce le Conseil s'ajourne à trois heures de l'après midi.

A l'heure de trois après-inidi, les citoyens convoqués comme membres des nouveaux Comités s'étant rendus à la salle du Conseil de la commune, le Conseil municipal assemblé, ensemble plusieurs des membres de la Commission temporaire, présents, lecture

a élé faite de l'arrêté des représentants du peuple. Le citoyen maire , président, ainsi que quelques membres de la Commission temporaire ont engagé les citoyens nommés aux neuf Comités à se pénétrer au nom du salut du peuple de Timportance des fonctions qu'ils alloient remplir en leur montrant le véritable esprit de républicanisme et le sens révolutionnaire qu'ils doivent y apporter.

Après quoi, acte de leur nomination a été déclaré à chacun par appel nominal. Ensuite leur ayant donné connoissance des citoyens officiers municipaux, chargés d'installer chaque comité respectif, il a été arrêté que le même officier municipal par chaque Comité nouveau procéderoit de suite après cette installation à l'apposition des scellés sur les registres, papiers et livres des anciens comités, en leur adjoignant un membre pour chaque Comité supprimé.

Ensuite, pour faciliter la marche de l'opération^ les membres du Conseil ainsi que ceux de la Commission temporaiiC ont fait copier des modèles de procèsverbaux, tant de l'installation des comités nouveaux que de l'apposition des scellés sur les précédents supprimés, lesquels procès-verbeaux ont été distribués à chaque officier municipal, commissaire nommé à cet effet. Les divers citoyens ont alors été invités et requis de se rendre chacun où les appelleroit leur mission, et la séance a été levée à l'heure de neuf et demie du soir.

Archives de la ville de Lyon.

19 mars

(29 VEN'TÔSE AN lO

Le Conseil municipal renvoie au Comité des finances un mémoire présenté par le citoyen Roulot d'objets fournis pour les citoyens qui ont formé le ballet des Hommes de couleur à la fête de l'Égalité.

Archives de la ville de Lyon.

Sur l'observation de quelques membres que plusieurs des ouvriers requis par la loi pour travailler aux ateliers militaires, établis dans cette commune pour le service des troupes de la République, ou se retirent sans revenir après y avoir travaillé quelques temps, ou ne s'y sont pas rendus du tout, se cachant pour travailler pour leur compte, ou interrompent la suite de leur travail, en n'y venant pas régulièrement, cet abus se faisant surtout sentir dans l'atelier des cordonniers ;

Le Conseil, qui veut donner à cet établissement une activité que rien ne ralentisse, et que sa vigilante sollicitude réponde à celle des représentants à cet égard ;

Arrête :

Qu'il sera fait une proclamation tendant à ramener les ouvriers à leurs devoirs, chargeant les Comités de

dénoncer quiconque voudroit se soustraire à la réquisition, et regardant comme traître celui qui refuse ses services à la patrie ;

Qu'il nomme, en conséquence, le citoyen Roux, officier municipal, à l'effet de se transporter dans les divers ateliers, y lire ladite proclamation, et y faire à des époques indéterminées l'appel des ouvriers, afin de prendre contre les réfractaires les mesures exigées par le salut public.

21 mars

(l^'" GERMINAL AN II)

Le citoyen Achard, agent national, se fait délivrer à l'occasion de sa démission de ses fonctions, le certificat suivant :

Liberté Égalité

Commune Affranchie,

Nous, maire et officiers municipaux de Commune Affranchie, attestons que le citoyen Achard, l'un des intrépides patriotes de cette commune, a, depuis l'aurore de notre Révolution , prouvé dans toutes les occasions, soit dans les sociétés populaires, soit dans toutes les fonctions civiles où l'intérêt public l'a fait rechercher, pour y consolider la cause des sansculottes, et notamment dans la journée du 29 mai (v. s.) l'énergie d'un courageux défenseur de la

patrie , ce qui lui a mérité sous tous les rapports la confiance universelle. Nous ajouterons que nous li'.i avons vu donner sa démission d'agent national avec tout le regret que doivent inspirer la véracité de son civisme et la solidité de son caractère, en se montrant l'ennemi irréconciliable des modérés et des traîtres, et l'effroi des malveillants qu'il a jusqu'à ce jour poursuivis avec succès. En foi de quoi, nous avons délivré le présent à cet ami des sans-culottes, digne sans-culotte lui-même, pour rendre foi et hommage à la vérité. En la maison commune, le i'^'' germinal an II, signé : Bertrand, maire ; Arnaud Tison, Turin, Roux, Richard, Roch, Parenthon, officiers municipaux ; Ricou, secrétaire-greffier.

Nous, administrateurs du district de Commune Affranchie, vu l'attestation ci-dessus déclarée au citoyen Achard, par les officiers municipaux de cette commune, déclarons et attestons à tous qu'il appartiendra qu'elle est sincère et véritable en tout ce qu'elle contient.

Signé : Thonion, Ringard, Grimardias, Salignac, Ant. Duport, Rozoud, Gagn'ière .

Vu à l'administration du département.

Signé : Maccabeo cadet, Ant. Berger.

Les administrateurs du département du Rhône, bien convaincus des attestations de la municipalité et du district ;

Déclarent en outre, que le citoyen Achard, ayant été leur collègue , en qualité de procureur général syndic, a rempli ses fonctions avec le zèle qui caractérise un vrai républicain.

Commune affranchie, i^r germinal an 11,

Maccabeo cadet ; Tarpan jeune ; A . Berger ; Fillon ; Michel ; Barthélémy ; Marguery, secrctdire.

22 mars

(2 GERMIXA!. A\ li

Les représentants du peuple, Fouché, Laporte et Méaulle ;

Considérant, que le trop grand nombre d'autorités établies dans une commune est aussi contraire au système d'égalité que redoutable à la liberté publique ;

Que, la ville de Lyon vient défaire la cruelle épreuve de cette vérité ;

due, tous les vœux, tous les sentiments, toutes les réclamations de ses nombreux habitants, comprimés, étouffés sous la masse effrayante de ce colosse d'autorités rebelles, qui foulant aux pieds leurs droits les plus saints leur dicta avec une sacrilège audace, ses passions, ses vices, ses crimes, et agita dans toutes

les âmes les éléments d'une révolte impie contre la volonté nationale ;

Considérant, que le patriotisme des corps constitués n'est pas une garantie suffisante de liberté du peuple, que l'esprit des hommes incline trop fortement à la domination ; que là où les autorités se trouvent en grand nombre, elles acquièrent insensisiblement une influence dangereuse, elles deviennent plus puissantes que le peuple, commandent par la terreur à sa volonté, à son énergie, à sa censure, le maîtrisent dans ses sections, piennent sa place dans les sociétés populaires, et, comptables à sa justice sévère, elles s'établissent ses juges, ses

tyrans

Arrêtent ce qui suit :

I. — L'administration du district de Commune Affranchie , le Tribunal , le Conseil général de la Commune, les neuf Comités révolutionnaires, sont les seules autorités permanentes conservées dans cette commune ;

II. — L'administration du département, le tribunal criminel, l'administration et le tribunal du district de la Campagne seront tenus de transférer leur bureau dans les communes indiquées par l'article suivant ;

III. — L'administration du département scr^i établie à Commune Franche, le tribunal criminel à Neuville, l'administration et le tribunal du district de la Campagne à Genis-le- Patriote (Saint- Genis- Laval) .

26 mars

Les Représentants du Peuple.

Considérant que l'exécution rigoureuse et soutenue du décret qui établit le gouvernement révolutionnaire ne peut être négligée un instant dans cette circonstance, sans compromettre le salut du peuple;

Q.ue le gouvernement seul peut, par son action nerveuse et rapide foudroyer d'un seul coup cette horrible conspiration, qui enveloppait la liberté, et dont la commotion se fait sentir simultanément sur toutes les parties de la République ;

Considérant que le premier but de la conspiration étoit de briser tous les ressorts de la confiance publique, tous les liens de l'harmonie sociale, de soulever toutes les passions atroces, tous les forfaits sanglants contre la volonté générale ; de renverser l'autorité souveraine en l'avilissant, d'amener le trouble, le brigandage, et ce chaos épouvantable, où les bons citoyens désespérant du bonheur et de la liberté, n'auroient plus qu'à s'ensevelir sous les ruines de la patrie.

Considérant que les conjurés, pour masquer leurs desseins pervers de couleurs républicaines, avoient établi le foyer de leurs liberticides complots dans le sein même de la société populaire, corrompu les

membres qui pouvoient y avoir plus d'influence, et qui fidèles au système de la conjuration, cherchoient, par des discours insidieux, à tromper ce peuple sur la volonté dy gouvernement

Considérant que la société de Commune Affranchie qui ne devoit être formée que d'un petit nombre de patriotes reconnus et épurés, s'est tout à coup accrue d'une foule d'hommes, qui, par leurs discours, leurs motions, leur acharnement, et leurs fureurs contre les vrais révolutionnaires démontrent chaque jour d'une manière évidente que des inclinations basses et monarchiques agitent leurs âmes, que la révolte est au fond de leur pensée ; que les uns par ineptie, les autres par malveillance, sont les instruments de la conjuration; qu'à l'exemple des conjurés, ils voudroient substituer des autorités anarchiques, fédéralistes au gouvernement; l'audace, l'intrigue, la dépravation, aux vertus républicaines....

Considérant que plusieurs membres ont porté l'excès de leurs emportements, de leu; impudence, jusqu'à provoquer l'insurrection contre la représentation nationale, contre le gouvernement ; qu'on a essayé de persuader que la Convention dévoreroit tous les biens des condamnés, et que la misère ssroit toujours le partage du peuple....

Considérant que ces criminelles accusations, faites au moment même où la Convention vient de décréter le partage des biens des rebelles entre les patriotes, où la Société avoit sous les yeux une lettre des repré-

LYOK EN 1794

sentants, qui appeloit l'indulgence et la générosité nationale sur celte ville rebelle, qui intéressoit la Convention en faveur de la masse touchante du peuple, démontroit assez que Tintention de ces hommes qui flattaient le peuple, qui se disoient ses amis, comme ils furent ceux de Chalier, qu'ils laissèrent lâchement égorger, comme ils furent ceux de Gaillard, dont ils ont voué la mémoire à l'exécration, n'avoient pour but que de le révolter une seconde fois, de l'avilir pour perpétuer ses malheurs.

Considérant enfin, que cette Société a nommé dans son sein un Comité central de surveillance, dont la majorité, composée des membres des autorités constituées, semble avoir réservé, à l'instar du Congrès départemental, toute son activité contre tout ce qui porte un caractère républicain.

Arrêtent :

I — La Société dite populaire, établie à Commune Affranchie, est dissoute. Il est défendu aux membres qui la composent de se rassembler, sous peine d'être considérés comme des rebelles, et d'être traités comme tels.

II — Il sera informé contre les membres de la Société, qui, par leurs motions, leurs discours, ont cherché à égarer le peuple sur les intentions du gouvernement.

contre les membres du comité secret qui étoit chargé de suivre le système de diffamation dirigé sur les Jacobins de Paris, qui sont à Commune Affranchie...

III — Les Jacobins envoyés de Paris et des départements formeront une nouvelle société, y appelleront tous ceux de leurs frères de Commune Affranchie, qui pourront concourir avec eux à l'instruction du peuple, à sa liberté, à son bonheur, à l'éclairer sur les fausses insinuations de ses ennemis, à le prémunir contre toutes les attaques de l'intrigue, du modérantisme et de la domination.

FoucHÉ de Nantes, Laporte, Méaulle.

Lecture faite de l'arrêté des représentants du peuple, en date de ce jour, qui prononce la dissolution de la Société popiihiiie, sur des considérants qui font tout au moins présumer qu'il existe dans les autorités constituées des membres suspects de faux patriotisme,

Le Conseil municipal a arrêté qu'il seroit écrit aux représentants du peuple à l'effet qu'ils fassent connaître au peuple les magistrats, parjures ou infidèles, qui, dans son sein, trahissent la conliance de la nation.

Jrch. de la ville He Lyon.

29 mars

( 9 GERMIKAL AN II )

Un arrêté des Représentants du peuple porte que la Commission temporaire de surveillance républicaine est dissoute et cessera toute fonction.

6 avril

( 17 GF.R^aKAL AN II)

Les Jacobins exaltés accusaient de modérantisme le représentant du peuple Reverchon. On trouve l'expression de ces reproches dans une lettre du citoyen Pilot à Gravier « juré national au tribunal révolutionnaire de Paris » qui figure dans les Papiers inédits trouvés cl)e\ Ti^ohespicrrc, Sl-Jiisl, Payau. 11, 201

Commune Affranchie, 17 germinal an 11.

Sur le rapport que tu nous fais, mon ami, il semble à ton imagination que les patriotes de Commune Affranchie doivent être satisfaits. Persuade-toi donc que le sort, qui toujours les a poursuivis existe encore. Reverchon n'a encore rien fait de satisfaisant pour eux. Les administrations existent dans le même état où l'arrêté des représentants les a mises. Il n'a été aucunement rapporté. La Société est toujours séante

LYON EN 1794 lOI

aux Augustins, et présidée par la ci-devant Commission temporaire, qui ne cesse de nous calomnier de la manière la plus indécente. Nous ne pouvons pas l'aborder, parce que ses collègues s'y opposent. Enfin tu te proposes, dis-tu, de revenir, lorsque l'exécution du traître Danton sera terminée. Non, je t'en prie, il n'y auroit pas d'agrément, je t'assure, et peut-être n'y jouiras-tu pas de ta liberté, car on t'a déjà peint défavorablement auprès de Reverchon. On nous accuse tous de trop d'excès de patriotisme. Nos vertus et notre désintéressement ne comptent pour rien à leurs yeux.

Enfin, mon ami, fais nous donc rendre justice. Nos principes te sont connus. Nous n'avons aucun point de ralliement pour nous défendre contre tant de calamités dont nous sommes investis. Nous nous reposons sur ton zèle.

Salut.

Page 1