‹ Lyon de 1778 au Directoire, notes et documents; (volume 3)Chapitre 10 sur 10 · L.-J. ChAÉLIER, POCIIOLLE · texte numérisé non relu

L.-J. ChAÉLIER, POCIIOLLE

A Commune Affranchie, de VIiiip. rèptdd. place de la Raison.

4 octobre

Dans la séance du conseil municipal, a des membres du Comité des travaux publics et du Comité militaire observent qu'en conséquence des demandes des représentans du peuple, ils appellent l'attention du Conseil sur rétablissement fait .1 Commune Affranchie d'une troupe d'enfants qu'on exerce aux évolutions militaires, ce qui fait pour la commune une dépense de 50.0CO 1. par mois. Les mémos membres

font part au Conseil du désir que montrent les représentants du peuple de faire cesser cette dépense ».

Ouï l'ageiit national, le Conseil arrête qu'il sera écrit une lettre aux représentants du peuple pour leur dire que cette troupe d'enfants a été formée dans des moments où le peuple de Commune Affranchie éioit sans ressource, et que le seul moyen de la supprimer aujourd'hui seroit d'envoyer à la réquisition ceux de ces enfants qui peuvent entrer dans cette classe, d'envoyer à la marine pour être mousses ceux qui sont en état de f^iire ce service, de faire rentrer dans les fabriques ceux qui sont capables d'y être occupés, et d'assurer quelque secours aux parents de ceux qui seroicnt obligés de retirer le reste, et qui justifieroient ne pouvoir les occuper ;

Arrête ensuite, que les représentants seront priés en licenciant cette troupe de prendre en grande considération la situation pénible des familles de Commune Affranchie après les désastres qui ont ruiné toutes ses ressources.

Jrcb. 11! un. de Lyon.

Qiielques désordres avaient eu lieu à l'occasion de la distribution du charbon de bois qui manquait alors, des individus fiiisant des spéculations en accaparant le charbon et le revendant à cinq ou six francs de bénéfice par benne.

De leur côté les ouvriers militaires et autres employés dans les travaux publics gardaient la nuit des

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places et se les faisaient ensuite payer quatre ou cinq francs.

L'administration fit cesser cet abus, et voici la lettre que l'agent national de la commune écrivit à ce sujet au général commandant la place :

« Le conseil de la commune, instruit des rassemblements qui se font la nuit sur les ports par des citoyens et citoyennes à l'effet de retenir des places pour la distribution des chaibons, a senti les dangers de tels rassemblements et qu'il étoit urgent de les faire cesser. A cet efïet il a arrêté que des membres de la municipalité se transportassent ce soir à la tête de la force armée sur les ports de cette commune, à l'efîet de requérir au nom de la loi les citoyens et citoyennes qui s'y trouveroient,de se retirer. C'est pour son exécution, Citoyen général, que je l'invite et requiers d'ordonner que soixante hommes de garde nationale et quinze dragons à cheval se rendent ce soir à dix heures et demie précises à la maison commune, à l'effet de mettre à exécution l'arrêté du Conseil municipal.

xArch. mtin. de Lyon.

10 octobre

(29 vendémiaire).

Dans la séance du Conseil gcncral de la commune, en date de ce jour, un membre fait des observations sur l'appareil à donner aux fêtes décadaires ; il propose qu'il soit établi un corps de musique composé de huit musiciens qui accompagnent les officiers municipaux, lorsqu'ils se rendent au temple, et qui restent jusqu'à la fin de la séance. L'agent national entendu, le Conseil

Considérant que jusqu'à ce que le mode de ces fêtes soit décrété, il ne faut pas que le peuple soit privé de l'appareil qui convient à ces solennités.

Arrête :

1" Qii'il y aura douze musiciens payés pour exécuter des symphonfes au temple à chaque fête décadaire ;

2° Que ces musiciens pourront se faire accompagner par des élèves non payés ;

50 Que cette musique sera sous l'administration du sous-comité des établissements publics ;

4° Que les officiers municipaux, en se rendant de la maison commune aux fêtes décadaires, se feront accompagner par les tambours soldés qu'ils requerront à cet effet.

Arch, m un, de Lyon.

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12 octobre

(21 VENDÉMIAIRE AN IIl).

Dans la séance do ce jour du Conseil général de la commune, fc l'agent national annonce que les citoyens députés à Paris par la Société populaire régénérée 50/// de retour dans la cité, et qu'ils ont obtenu de la Convention le décret qui relève Commune Affranchie de l'état de rébellion, où les factions étrangères à son existence l'avoient si malheureusement plongée ; il assure que le décret qui réhabilite la commune est entre les mains des représentants du peuple. En conséquence, il requiert que le Conseil général se porte de suite chez les représentants pour en prendre connaissance, et en faire aussitôt la proclamation dans les places publiques de la commune. Le Conseil convertit en arrêté les propositions de l'agent national, arrête en outre que ledit agent national est chargé de donner a la proclamation tout l'appareil que mérite une circonstance aussi heureuse pour cette commune; arrête enfin qu'il s'ajourne à ce soir cinq heures, pour recevoir les commissaires revenus de Paris, et faire la lecture et la transcription sur le registre d'un décret qui va rendre l'existence aux bons citoyens, et qui fera le désespoir de cous les malveillants intéressés à entretenir le désordre et le mécontentement dans une cité qui ne désire que contribuer au triomphe de la République et de la Convention nationale ».

La séance est suspendue à onze heures.

L'agent national écrit au commandant de la place :

• Les Représentants du peuple désirant donner tout l'éclat possible à la proclamition du décret de la Convention qui rend cette commune au sein de la République et compte ses citoyens au nombre de ses enfants, je t'invite et requiers de commander toute la force armée dont tu peux disposer, ainsi que les trompettes attachées à ce corps, en réservant trente chevaux de cette cavalerie pour les autorités constituées qui feront une proclamation, et de donner des ordres pour qu'ils aient à se rendre place de la Liberté à onze heures aujourd'hui ».

Le même écrit au directeur de la musique du spectacle :

« Je t'invite et requiers de faire prévenir tous les musiciens jouant des instruments à vent de se rendre ce matin à onze heures à la commune pour augmenter par le charme de la musique l'intérêt général et l'allégresse que doivent partager tous les bons citoyens, à la proclamation du décret qui rend cette commune au sein de la République française.... t

^rch. de la ville de Lyon.

La séance est reprise à cinq heures du soir :

« L'agent national rend compte au Conseil général

que la municipalité accompagnée des autres corps

constitués s'est rendue chez les représentants qui lui

ont remis le décret qui relève Lyon de son état de

rébellion; que les représentants réunis à la municipalité sont sortis sur le champ pour proclamer dans toutes les rues et places publiques cette loi régénératrice de la cité; que l'affluence des citoyens et leurs acclamarions ont éclaté de toutes parts ; qu'enfin rentrés au Conseil, toujours avec les représentants Charlier et Pocholle, qui ont pris place à côté du président, il rcquéroit que les commissaires députés à Paris par la Société populaire régénérée fussent admis et entendus ».

Les commissaires sont introduits, et l'un d'eux, M. Menoux, dans un discours très fleuri rend compte de leur mission dans un discours qu'il termine ainsi : « Magistrats du peuple, notre mission est finie, mais la vôtre commence : Lyon existe, et c'est par vous que son existence doit devenir utile à la patrie. « Pour nous, citoyens, que la Convention nationale vient de rappeler dans le sein de la République, immolons à la patrie nos dissentiments, nos haines ; que le souvenir de nos maux passés s'efiface ; que l'amour seul du bien public remplisse nos cœurs ; donnonsnous tous la main pour achever heureusement le chemin de la révolution ; hâtons-nous de réaliser nos offres ; travaillons promptement à la construction du vaisseau promis.

« Citoyens, ce vaisseau ne restera pas sans nom, puisque la Convention vous a rendu le vôtre ; les Anglols vouloient la perte de Lyon. Eh bien! qu'ils appL-eiment que Lyon tout entier est sorti de ses ruines ;

que Lyon, 'parc du drapeau tricolore, aille au-delà des mers foudroyer les rois et fonder la liberté.

« Nous déposons dans les mains des magistrats du peuple les pouvoirs que nous avons reçus de lui ».

Puis les commissaires députés retnettcnt sur le bureau les pouvoirs que leur avoit donnés la Scciétc (>opiilairc règènèrcc.

L'Agent national >iicl ensuite sur le bureau le décret de la Convention nationale, dont il requiert et dont le Conseil arrête la lecture et la transcription sur le registre :

DÉCRET Di; LA CONVENTION NATIONALE

Article PREMIER. — Commune Affranchie reprendra son ancien nom ; elle n'est plus en état de rébellion et de siège.

Art. II. — L'article 5 du décret du 21 vendémiaire qui ordonne l'élévation d'une colonne portant ces mots : « Lyon fit la guerre à la liberté, Lyon n'est plus, » est rapporté.

Art. III. — La confiscation prononcée parl'article i du décret du 26 pluviôse n'aura lieu que pour les objets d'équipement déjà confectionnés d'armement et munitions de guerre.

Art. IV. — Les objets d'armement et- munitions de guerre seront mis sur le champ à la disposition de la commission des armes et poudres, et les équipements à celle de la. commission de commerce et d'équipement.

Art. V. — Les propriétaires des marchandises expédiées, soit antérieurement, soit postérieurement au décret, qui déclare en état de rébellion la commune de leur destination, seront admis à les réclamer devant la municipalité du lieu où elles se trouveront arrêtées. »

La lecture de ce décret est souvent interrompue par les applaudissements et les acclamations du peuple présent à la séance. Le serment d'être à jamais attaché à la République et à la Convention est prêté avec enthousiasme et d'après la conclusion de l'Agent national, il est arrêté unanimement qu'il sera célébré chaque année une fête le 21 vendémiaire, en mémoire de l'heureuse rentrée de Lyon dans le sein de la République.

Les représentants Charlier et PochoUe prennent tour à tour la parole et prononcent des paroles (sic) d'énergie et de conciliation.

Il est arrêté qu'une adresse de remerciment sera envoyée à la Convention par un courrier extraordinaire.

L'Agent national dit que le moment de la rentrée de Lyon dans la Réfubliqu-î doit être celui d'une offrande digne de la cité ; il propose d'ouvrir une souscription pour offrir un vaisseau de guerre à la marine nationale qui /'o/Zt' le nom de Lyon.

La réquisition de l'Agent national est aussitôt convertie en un arrêté à l'unanimité du Conseil et aux acclamations de tout le peuple.

Le Président dit que pour tern:iner cette séance mémorable par tous les actes possibles d'union et de

fraternité, il propose nu Conseil d'établir une caisse de secours.

Le Conseil arrête que les citoyens de Lyon, qui éprouveront des besoins pour raviver leurs ateliers, s'adresseront au Conseil général, qui avisera au moyen de leur fournir des fonds, en justifiant par eux d'une bonne conduite et d'une bonne volonté à faire fructifier ces avances.

L'adresse de reniercîraent à la Convention nationale votée par le Conseil fut rédigée comme il suit, par le citoyen Carret :

« Nous l'avons reçu ce décret bienfaisant qui nous rend enfin à la République et à l'honneur. Nous l'avons présenté à la reconnaissance du peuple, et partout le peuple a montré par son enthousiasme qu'il étoit digne de l'avoir obtenu.

« En nous donnant une nouvelle vie, vous nous avez imposé de nouveaux devoirs ; nous les remplirons tous, et Lyon régénéré offrira désormais à la République entière l'exemple de toutes les vertus. Désormais elle comptera dans nos murs autant de défenseurs intrépides de sa liberté qu'il renferme d'habitants; et tandis que les uns combattent partout nos barbares ennemis, les autres s'occuperont à iaire renaître de ses cendres notre commerce anéanti. Encouragés par vous, citoyens représentants, ils sauront rappeler celte antique industrie qui faisoit le désespoir de l'étranger, et procuroit à la France des sources inépuisables de richesses.

« Il est passé le règne de ces dominateurs insolents, qui trompoient le peuple, qui lui parloient sans cesse de sa souveraineté pour s'en attribuer exclusivement l'exercice et la puissance ; ils disparoîtront, ces hommes pervers qui déifioient tous les vices, qui couvroient la justice d'une robe de sang et la vertu du masque hideux de leurs passions.

tt Votre étonnante énergie a rappelé la France au bonheur que ces scélérats vouloient lui ravir. Lyon vient d'éprouver encore plus particulièrement les effets de cette grande révolution. Mais, citoyens représentants, nous vous en conjurons, achevez votre ouvrage, jetez vos regards paternels sur cette masse de citoyens, que l'erreur, et non le crime, entraîne dans la rébellion, et qui, ftn-ant une cité que leur travail animoit, sont allés cacher leur douleur et leurs regrets, dans le fond d'une retraite obscure .

« La plupart de nos ateliers sont sans chefs, des milliers de bras oisifs attendent leur industrie nourricière. Rendez-les aux besoins du peuple, rendez-les à leurs familles, rendez-les à leur patrie: dites que leur égarement, expié par une année d'angoisses et d'amertumes, est oublié ; dites que les décrets lancés contre eux vont cesser de les atteindre, et n'abandonnez à la sévérité des lois que les conspirateurs impies, que les sacrilèges ennemis de notre liberté.

Nous attendons avec confiance ce nouvel acte de votre clémence, et alors. Représentants, les magistrats

du peuple auront assez vécu, s'ils ont vu le bonheur de leurs concitoyens.

Mort à tous les tyrans ! vive lu République ! vive la Convention nationale !

Archives municipales de Lyon.

A l'occasion de la restitution à Lyon de son nom et de ses droits on place un oriflamme aux trois couleurs sur le dôme de l'Hôtel-de-Ville, et le soir on fait de la musique sous les fenêtres des représentants du peuple.

14 Octobre

(23 VENDÉMIAIRE AN IIl)

Sur la réquisition de l'Agent national le Conseil général de la commune arrête :

10 Que la grosse cloche de ci-devant Saint-Jean sera descendue et employée à faire les canons du vaisseau offert par la ville de Lyon,

2° Qu'il n'y aura à Lyon d'autres cloches, que celle du beffroi de la maison commune, et celles qui sont nécessaires à sonner les heures dans les divers cantons.

Archives municipales de Lyon.

15 Octobre

L'Agent national de la commune écrit aux Comités révolutionnaires^ et donne dans la lettre suivante les dernières instructions relatives à la fête de J.-J. Rousseau pour prendre les disposi,tions nécessaires.

« Je viens d'être instruit par les représentants du peuple qu'ils ont fixé la fête de J.-J. Rousseau à demain quintidi. Je vous invite d'en prévenir les citoyens de votre canton, afin que les différents groupes de chaque canton se rendent à la place de la Liberté, à leur jalon à midi précis. Vous préviendrez également les citoyens artistes d'agrément et d'utilité de se réunir sur la même place ; il y aura un jalon destiné pour eux. Il seroit intéressant de les prévenir de porter les attributs des arts qu'ils cultivent ou professent pour donner plus d'éclat à la fête du philosophe que nous célébrons, et qui les a cultivés pendant sa vie. Ne négligez rien, cit03'ens, pour concourir à l'embellissement d'une fête qui honore la nation françoise, et qu'il n'appartient qu'à un peuple libre de célébrer avec dignité; c'est celle de la philosophie, de la reconnoissance et de la raison. »

Il écrit également au citoyen Coignet :

a Tu es instruit que les représentants du peuple, ont fixé kl fête de J.-J. Rousseau à demain quintidi. Je

pense que tu auras pris toutes les précautions en ta qualité de directeur de la musique pour ùùvq prévenir tous les artistes en ce genre, pour concourir à célébrer la fête de leur patron. Tu ne saurois donner plus d'intérêt à cette fête qu'en fesant exécuter la musique sublime de ce grand homme, dont la mélodie, pénétrant soudainement dans tous les cœurs^ tait éprouver le plus grand intérêt. Donne tous les ordres nécessaires, si tu avois besoin de quelques objets additionnels pour l'exécution. »

16 Octobre

On célèbre en l'honneur de J.-J. Rousseau, dont les- restes avoient été transportés au Panthéon par décret de la Convention, la fête dont il a été question dans les documents qui précèdent : « Les divers corps constitués se rendent à la mairie ainsi que les représentants du peuple, Charlier et Pocholle, envoyés à Lyon et les représentants Albitte et Salicetti, de passage à Lyon. Tous ces citoyens, ornés de leurs décorations, et rangés sous des bannières indicatives sorlent en ordre de la maison commune, suivis des groupes ci- après, qui les attendoient sur la place de la Liberté, savoir : un groupe de jeunes garçons sous une bannière, où on lisoit : < // nous a donné Emile

pour modèle; un groupe de jeunes filles sous une bannière ou était écrit : « On voit parmi jioiis la candeur de Sophie ; un groupe, de mère allaitant leurs enfants : « Il rendit les mères à leurs devoirs et leurs enfants au bonheur ; » un groupe de Lyonnois ayant connu et reçu Rousseau, sous une bannière portant ces mots : a // connut à Lyon les charmes de l'amitié ; » un groupe de Genevois sous une bannière, où on lisoit l'inscription décrétée par la Convention nationale : « Genève aristocrate l'avait proscrit, Genève libre a vengé sa mémoire; » un groupe de vieillards, d'artistes et de citoyens, au milieu duquel étoit porté en groupe le livre du Contrat Social, et ces mots qui en sont extraits» inscrits sur une bannière : a L'homme est né libre... renoncer îi sa liberté, c'est renoncer ti sa qualité d'homme, aux droits de l'humanité, même à ses devoirs. »

Ce cortège accompagné d'une musique nombreuse, arrive à la presqu'île du Rliône, à main gauche du pont Morand. Là est découvert un cénotaphe entouré de peupliers liés par des guirlandes de fleurs. Au faîte du tombeau se voit la statue de J.-J. Rousseau courbé, embrassant d'un côté deux enfants des deux sexes, et s' appuyant de l'autre main sur deux tables de bois. (Ce groupe avait été fait par Chinard.)

Le représentant Charlier prononce un discours analogue à la circonstance, ainsi que son collègue PochoUe ; après cette inauguration, le citoyen Coignet, qui avoit fait la musique du Pygmalion de Rousseau, exécute avec un nombreux orchestre et des

chœurs un hymne dont il avait composé la musique, et dont le citoyen Sobry lui avoit fourni les paroles. Après l'hymne les jeunes filles et les jeunes garçons jettent des fleurs autour du cénotaphe.

Le cortège se met en marche à la Montagne où des symphonies sont exécutées et différents discours analogues aux circonstances prononcés. Les représentants et les magistrats se mêlent alors aux assistants, et tous forment des danses, soit autour de la Montagne, soit dans l'île de Rousseau jusqu'à l'approche de la nuit. En rentrant dans la cité, il est donné au grand théâtre un spectacle gratis ; il y a bal au petit théâtre ; aucun tumulte ne trouble ces divertissements; l'hymne à Rousseau y est encore exécuté et finit la fête.

Archives municipales de Lyon.

28 Octobre

Les représentants du peuple Charlier et Pocholle prennent un arrêté réduisant à un seul les neuf comités révolutionnaires de la ville.

Lyon, Imp. républicaine, in-folio.

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7 Novembre

(17 BRUMAIRE AN Iir.)

Le Conseil municipal dans sa séance publique de ce jour.

Ouï le rapport d'un de ses membres.

Considérant que l'Ecole des évolutions, auxquelles on exerce les jeunes gens aux Brotteaux, loin d'être utile devient une école publique de dépravation, que les jeunes gens qui la fréquentent se livrent à toute sorte d'excès ;

Considérant que la plupart d'entre eux peuvent être employés utilement dans les divers ateliers de fabrique ;

Considérant que plusieurs instituteurs se rendent coupables de concussions dans la distribution de la paye, qui est accordée à ces élèves, en sorte que chaque décade, il se fait à la République un vol assez considérable ;

Considérant que les élèves de l'Ecole de Mars, qui étoit une institution bien plus utile, viennent d'être licenciés ;

Arrête

Que l'Ecole des Evolutions tenue aux Brotteaux est supprimée, que la paye de trois décades due sera

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employée à les habiller, et que le présent arrêté sera communiqué aux représentants du peuple...

Archives municipales de Lyon.

II Novembre

Les Représentants Charlier et Pocholle annoncent au Conseil municipal que d'après les divers rapports que leur avoient été faits sur la situation de la commune, ils s'éioient fixés à trois moyens qu'ils regardoient comme indispensables pour en afFernnr la tranquillité, et qu'en conséquence ils requréoient la municipalité :

1° De donner les ordres nécessaires pour garnir d'un nombre d'hommes sutlisants les dépots des armes ;

2° De faire désarmer dans la nuit même tous les fonctionnaires publics, tous les anciens membres de comités, tous les gardiateurs, et généralement tous les dépositaires d'une portion d'autorité quelconque destitués, ainsi que les salpêtriers.

De faire terminer dans la journée du leiidemaiir, sans plus de délai les réparations du pont do bateaux, qui joint une partie de la ville à l'autre.

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Les représentants ajoutent qu'ils mettent sous la responsabilité du Conseil l'exécution de ces trois mesures, et signent :

Charlier, Pocholle.

archives municipales de Lyon.

12 Novembre

Charlier et Pocholle justifient de la manière suivante auprès des Lyonnais, les mesures prises par eux le jour précédent.

« Nous avons ordonné la nuit dernière un acte de poHce qui nous a paru nécessaire à la tranquillité de cette commune. Une partie des ci-devant fonctionnaires publics ont été visités et requis de mettre leurs armes à la disposition de Tautorité. La mesure doit être la même pour tous ; elle doit comprendre les anciens gardiateurs, les appositeurs de scellés, les chefs de démolitions et généralement tous ceux qui ont exercé une portion d'autorité quelconque. Ceux d'entre ces citoyens qui sont accoutumés à tout sacrifier à l'intérêt général, se soumettront sans murmurer à un ordre nécessité par d'impérieuses circonstances ; ils sentiront que dans une commune qui 'ut en proie

aux divisions les plus déchirantes; où les factions travaillèrent de tout temps à se former un point d'appui, où l'aristocratie trouva tant de partisans, les républicains tant d'hypocrites , la fortune pubUque tant de dilapidateurs, où plus d'une fois la représentation nationale fut outragée, et où naguères encore des bouches impures osoient vomir contre elle d'exécrables blasphèmes, rien ne doit être négligé pour prévenir de nouvelles irritations, apaiser une fermentation sourdement aigrie, et ôter jusqu'au prétexte de nouvelles inquiétudes. Ceux qui résisteroient à une précaution qu'inspire la prudence et qui ne seraient pas convaincus du danger qu'une partie des citoyens soient exclusivement armés, seroient du nombre de ces fiiux patriotes qui ne virent jamais dans la Révolution que leurs passions à satisfaire, une vengeance à assouvir, et les moyens de parvenir à la domination ou à la fortune : pour ôter tout sujet de crainte aux uns et bannir toute cause d'inquiétude de la part des autres, nous avons arrêté :

1° La municipalité continuera le désarmement commencé, et emploiera tous les moyens nécessaires pour qu'il soit promptement efïcctut;

2° Nul de ceux qui seront requis de délivrer leurs armes, ne pourra alléguer de prétexte pour s'en dispenser ; celui qui mettra dans la nécessité d'employer la force pour l'y contraindre sera réputé suspect et traité comme tel ;

4° Tous les cltON ens sont invités à donner connoissance des dépôts d'armes dont ils pourront soupçonner l'existence ; il sera pris des renseignements et des mesures d'après leur indication;

5° S'il arrive que la municipalité découvre un dépôt d'armes dont la déclaration ne lui ait pas été faite par ceux auxquels elles appartiendront, ces armes seront confisquées au profit de la République et les propriétaires mis en étal d'arrestation...

14 Novembre

Charlier et Pocholle prennent à l'occasion de la fête des Victoires les dispositions suivantes :

Le trente brumai/e à une précise après-midi, les différents corps qui composent la force armée dans cette commune se réuniront au Champ de l'Egalité ; des tentes seront disposées pour les y recevoir, et ils feront en présence du peuple des manoeuvres et des évolutions. Une heure après-midi, des groupes de mères et d'épouses, de défenseurs de la patrie, un groupe de jeunes filles, le bataillon des jeunes républicains et les autoiités constituées, précédées d'une musique guerrière, partiront de la maison commune pour marcher à leur rencontre.

Le cortège s'arrêtera à l'entrée du pont Rouge, où il sera rejoint par les représentants du peuple. La durée de cette station sera remplie par des chants de triomphe en présence de la Victoire et de la Renommée.

L'artiste Chinard est chargé, sous sa responsabilité de mettre la dernière main à ces deux statues avant le jour de la célébration de cette fête.

A l'arrivée du cortège sur le champ de l'Egalité, les troupes se rangeront, en divisions égales au nombre des armées de la République : les représentants du peuple donneront le baiser fraternel à chacune d'elles dans la personne de leurs chefs, et les îeunes filles s'empresseront de leur offrir des palmes. Les jeunes républicains se livreront à des exercices militaires et offriront aux guerriers vainqueurs l'espoir d'une génération digne de leur succéder.

La fin de leurs jeux et le retour du cortège seront annoncés par le son de la trompette ; une marche pompeuse et triomphante s'ouvrira tout à coup, les blessés sortiront d'une tente qui leur aura été réservée, et seront placés sur un char ; un autre char portera le peuple françois, couronné par la Victoire et entouré d'attributs analogues aux succès de nos armées, les cris de joie retentiront dans les airs, et le cortège se rendra à la maison commune ; il s'arrêtera de nouveau à l'extrémité du pont Ti^onge, qui portera désormais le nom de pont de la Victoire.

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Le soir tous les spectacles seront ouverts au peuple et il n'y sera joué que des pièces patriotiques.

Les chefs de la force armée et l'agent national de la commune sont chargés d'ordonner toutes les mesures de détail et d'exécution chacun en ce qui le concerne.

20 Novembre

(50 BRUiMAIRE AN III.)

La fête des Victoires est célébrée dans la commune avec le cérémonial décrit dans un procès-verbal imprimé chez Destefanis :

« Le Conseil municipal de la commune de Lyon, assemblé dans la salle de la mairie, a hissé solennellement à neuf heures du matin l'oriflamme aux trois couleurs sur le Dôme de l'hôtel commun. Les autorités constituées distinguées par leur décoration s'y sont rendues ; et à deux heures après-midi ; le cortège est sorti de l'hôtel commun, précédé d'une musique bruyante et guerrière et de plusieurs groupes de mères et d'épouses de défenseurs de la patrie. La France couronnée par la Victoire étoit portée sur un char de triomphe, orné d'attributs analogues aux succès de ses armes, et précédé d'un groupe de jeunes filles qui jetoient des fleurs sur son passage. Marchoit ensuite le bataillon des jeunes républicains

vêtus d'une carmagnole uniforme, et la marche étoit fermée par plusieurs groupes de citoyens de tout sexe et de tout état, faisant retentir l'air de chants de triomphe. Il s'est arrêté à l'entrée du Pont Rouge, où l'on voj'oit élevées sur un piédestal, d'un côté la Victoire couronnant les François, de l'autre la Renommée. Là le cortège a été rejoint par les représentants du peuple et a continué sa marche. Arrivés sur le champ de l'Egalité, où devait se célébrer la fête des Victoires, les représentants du peuple ont porté leurs pas jusque sur le sommet de la montagne, d'où ils ont vu manœuvrer les troupes et toute la multitude empressée à contempler la fête.

« Les Représentants du peuple, toujours accompagnés des autorités constituées sont descendus dans la plaine, et ont défilé devant les troupes rangées en divisions égales. Plusieurs symphonies ont été exécutées et les cris de : <■ Vivent les troupes ! Vive la Convention ! Vivent les défenseurs de la patrie ! se sont fait entendre.

« Tout à coup le silence est annoncé par le son de la trompette. L'armée se forme en bataillon carré, les blessés sortent d'une tente ; on les place sur un char de triomphe, et ils paroissent aux yeux de leurs successeurs dans la carrière de la gloire. Le représentant PochoUe s'est approciié des premiers rangs et a prononcé un discours patriotique ; le représentant Charlier a fait ensuite l'éloge de l'armée. Après quoi

les troupes ont reçu des représentants du peuple le baiser fraternel, chacune dans la personne de leurs chefs ; les jeunes filles se sont approchées avec des corbeilles pleines de palmes, et eu ont offert aux représentants qui parcourant les rangs les ont attachées au drapeau de chaque armée, en prodiguant au soldat mille marques d'amitié. A cette cérémonie ont succédé des jeux et des danses civiques. Les représentants se sont arrêtés à l'extrémité du pont, se sont placés sur une estrade entre la Victoire et la Renommée avec les membres de la municipalité. Alors le représentant Pocholle et les citoyens Perret et Carret ont prononcé des discours analogues à la circonstance et la foule s'est ensuite dissipée. »

21 Novembre

(2 l-RIMAIRE AN III.)

L'agent n.-tional écrit aux Représentants du peuple: « Je suis instruit que plus de quarante individus se disant crocheteurs de Marseille ont des passeports pour se rendre à Paris ; ils se sont présentés à la mairie de la Guillotière pour les faire viseï, il y a deux jours ; mais elle s"y est refusée sans prendre d'autre mesure ultérieure. Plusieurs de ces individus se sont abouchés awnc quelques p.irticuli'.'rs de cette

commune, dont les principes désorganisateurs sont bien connus ; ils les ont engagés à se rendre avec eux à Paris : l'un d'eux président de la Société populaire actuelle a sollicité un passeport pour se rendre à Paris. D'après les démarches de ces individus, il paroît qu'ils cherchent à recruter dans toutes les municipalités des hommes qui sont dans leurs principes. J'ai recommandé la plus grande surveillance au Comité de police, afin que ces individus se disant crocheteurs soient sévèrement examinés, s"ils se présentent pour faire viser leurs passeports. J'ai écrit au Comité de sûreté générale pour l'instruire de ces faits. Je pense qu'il seroit intéressant d'écrire aux principales municipalités sur les deux routes de Paris, pour examiner leur conduite et les faire arrêter au besoin. »

Archives municipales de Lyon.

(frimaire an III).

Des brigands parcourent la campagne et portent la terreur dans tous les villages; ils sont masqués ou noircis : aussi les désigne-t-on sous le nom de ntachurés. L'administration inquiète s'occupe d'organiser une gendarmerie à pied pour s'opposer à leurs brigandages.

On n'est pas non plus en sûreté dans l'intérieur de la ville et l'agent national est obligé d'écrire au général commandant Lyon.

Lyon, 5 frimaire an m.

« Cette commune renferme quantité de scélérats qu'il importe de connoître et de s'assurer ; il se commet fréquemment des vols avec effraction. La nuit dernière un citoyen demeurant place Neuve a été assassiné et volé. J'ai pris des mesures pour faire arrêter les gens suspects ; mais il seroit nécessaire que tu ordonnasses des patrouilles fréquentes, celles à cheval avertissent les malveillants. Je compte que tu donneras des ordres pour qu'elles soient faites avec exactitude en recommandant d'éviter que le pas de marche soit entendu. Les particuliers qui paroîtront suspects seront conduits à la maison commune par devant deux officiers municipaux de service chaque nuit. C'est surtout depuis minuit jusqu'à quatre heures du matin que ces scélérats font leur coup. »

i*''^ Décembre

Le même agent national écrit encore au commandant de la gendarmerie :

<( On a amené dans mon bureau le nommé Sillard, qui est du truc ; il connaît tous les voleurs et brigands ; cette nuit, ils doivent faire une hiolifade,

c'est-à-dire qu'ils doivent voler avec effraction. Je l'ai fait mettre à la cave pour qu'il ne tnajtge pas le fromage, qu'en termes d'argot de ces coquins, il ne jase pas. Rassemble tous les gendarmes dont tu pourras disposer pour la nuit tombante aujourd'hui. Il est nécessaire d'avoir une patrouille, parce que dans la maison où ces coquins doivent être rassemblés, il y a trois allées ou issues, qu'il importe de garder. Il est possible qu'on en arrête une douzaine, presque tous condamnés aux fers et évadés de prison. »

Et le même jour, 2 frimaire, il écrit égalemenf au général commandant la place :

tf Notre commune, comme tu sais, est infectée de brigands qui tous les jours commettent ou des vols ou des assassinats. Il importe donc pour les détruire d'user de la plus grande surveillance, et de mettre des gens à leurs trousses. Il arrive que les commissaires de police sont dans le cas d'avoir recours à la Jorce armée, et lorsqu'ils se présentent dans les corps de garde, on méprise les réquisitions dont ils sont porteurs, et quelquefois même leur qualité, de manière que leur proie leur échappe.

«Je t'invite donc, cit03-en, à donnera tous les postes de la commune les ordres de fournir à la poHce les hommes qu'elle requèrera.

« Tu sens que si la force armée se refuse à marcher, les brigands, bien loin d'être purgés, n'en lèveront que

plus la tête, et dès lors la sûreté publique et particulière seront totalement compromises. »

archives municipales de Lyon.

2 Décembre

La municipalité ayant fait poser une affiche pour annoncer aux citoyens de la commune de Lyon, que le citoyen Salamon, se rendant aux vœux empressés de ses habitants, seroit installé le dit jour en séance publique en qualité de maire, le peuple se porte en foule dans la salle du Conseil municipal.

Sa réputation d'homme vertueux et sensible et de patriote éclairé avoit précédé le citoyen Salamon dans cette commune, aussi jamais magistrat n'y fut désiré avec plus d'ardeur par tout le peuple.

Séance ouverte, le citoyen Salamon se rend dans le sein du Conseil, accompagné des représentants du peuple, Charlier et Pocholle, du chef d'escadron de la gendarmerie ; aussitôt le peuple témoigne sa joie par des acclamations prolongées.

Sur la réquisition de l'agent national, il prête ensuite le serment prescrit par la loi. dans les termes suivants :

LYOÎJ EX 1794 195

« Citoyens représentants,

«En abordant la nouvelle carrière qui s'ouvre devant moi, il ne pouvoit m'arriver rien de plus encourageant et de plus heureux que d'y entrer sous les auspices de la représentation nationale et de voir auprès d'elle mes premiers accents dans cette enceinte devenir l'organe de la reconnoissance publique. Qu'il me soit permis d'y ajouter l'expression de la mienne et de faire lire dans mon âme les sentiments qu'elle nourrit comme le garant de ma conduite et le gage de mon dévouement.

«Oui, je jure amour, fidélité, gratitude à la Convention nationale; je jure de maintenir la liberté, l'égalité, et de mourir, s'il le faut, pour les défendre.

« Je jure que le bonheur du peuple sera toujours le premier objet de mes vœux et le mobile de mes efforts.

« Je jure appui, secours, fraternité à tous les patriotes, haine implacable à l'aristocratie aux dilapidateurs et aux méchants.

(I Je jure d'arracher le masque à l'hypocrisie politique, et de dévoilera tous les regards l'aspect hideux de sa laideur.

ff Je jure aux armées et aux défenseurs de la patrie une reconnoissance égale à leur gloire, et de m'occuper sans relâche des secours que la loi défère à leurs parents.

« Si après avoir présenté le tableau de ces grands intérêts, il m'étoit permis d'arrêter un moment vos regards sur la commune d'où vos prédécesseurs m'ont tiré, je vous la peindrois glorieuse de son ancien et constant amour pour la Convention, et d'un patriotisme dont aucune éclipse n'a jamais souillé la pureté depuis l'aurore de la Révolution ; je vous rctracerois les exploits de cet essaim de guerriers dont Montélimar et les communes qui l'environnent ont été le berceau. Vous en avez en ce moment une portion bien précieuse dans vos murs ; c'est eux qui les premiers ont enraciné sur la cime des Alpes l'emblème de la liberté ; braves Lyonnois, chérissez-les en frères, traitez-les comme vos propres enfants, et surtout suivez l'exemple qu'ils vous donnent d'un dévouement sans bornes aux intérêts de la patrie Vive le

peuple ! Vive la Convention ! que toute autorité qui n'est pas la sienne, cesse et s'anéantisse devant la sienne ! »

Il scroit difficile de peindre la sensibilité extrême que certaines parties de ce discours ont excitée dans l'âme de l'orateur, et qui a éclaté malgré ses efforts pour l'y comprimer. Sa voix baissoit d'une manière sensible, ses paroles étoient entrecoupées de sanglots-, et les pleurs de la tendresse bnignoicnt ses joues. Le souvenir de sa famille et de tout ce qu'il a de plus cher dans le lieu qui le vit naître lui en ouvroit la source ; mais sa belle âme paroissoit néanmoins se consoler de cette cruelle séparation par le doux espoir

qui le flattoit d'avance,de réparer les maux innombrables que l'erreur attira sur les habitants infortunés de Lyon et qu'un raffinement inouï de sévérité fera paroître incroyable aux générations futures ; de tenir lieu de père à l'orphelin gémissant ; de fermer par des actes de justice ces plaies profondes faites à l'âme de la veuve plaintive; de rouvrir à force de travaux et de veilles les canaux de l'industrie que l'ignorance seule a rompus ; de faire circuler une sève nourricière et féconde dans les branches presque desséchées de l'arbre du commerce qui jadis couvroit Lyon de sou feuillage d'or : par l'espoir enfin de faire tomber le crêpe de mort qui couvre encore une partie de cette commune.

Les Représentants du peuple Charlier et Pocholle ont successivement pris la parole et ont dit aux citoyens que la scène touchante qui venoit de se passer sous leurs yeux étoit un présage assuré du bien que promettoit l'administration du citoyen Salomon.

Le représentant Pocholle a parlé avec force et abondance ; il a surtout exhorté les citoyens au nom de l'humanité et de la patrie à ne plus donner le spectacle scandaleux et affligeant des vengeances personnelles,qui, alimentant le fendes divisions intestines, entraîneroient bientôt la dissolution sociale.

Les citoyens Carret, président, et Perret agent national ont aussi prononcé successivement un discours analogue À la circonstance.

Sur la réquisition de l'agent national, le Conseil a arrêté que le procès- verbal de la séance seroit imprimé et affiché.

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