‹ Lyon de 1778 au Directoire, notes et documents; (volume 3)Chapitre 9 sur 10 · SANS-CULOTTIDES · texte numérisé non relu

SANS-CULOTTIDES

La municipalité fait afficher à l'occasion de la fête des sans-culottides, la proclamation suivante :

« Citoyens, nous voici dans les jours consacres à établir la gloire éternelle des hommes courageux, qu'un orgueil ironique et impuissant avoit voulu ravaler.

Les sans-culottides sont destinées à apprendre à tous les peuples que le courage et les vertus transforment en titres d'honneur pour les hommes libres

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les qualifications perfides, que les tyrans osent leur donner pour les rabaisser. Jamais notre année républicaine ne se renouvellera sans nous rappeler ce triomphe de la vertu toute nue sur le vice fovorisc de tous les secours de la puissance.

Nous ne saurions célébrer cette fête des républicains sans en faire la fête des Victoires. Nos frères dévoués à notre défense extérieure les multiplient avec une rapidité dont aucun siècle n'a jamais montré d'exemple. Montrons-nous dignes de tant de succès par la pratique de toutes les vertus ; que nos chants de triomphe, en célébrant la gloire de nos généreux défenseurs, les appellent à de nouveaux lauriers ; encourageons-les par l'estime que nous devons leur inspirer à ne jamais se lasser d'en cueillir.

Faisons-nous un bonheur de célébrer des défenseurs magnanimes, et qu'ils se fassent un devoir de célébrer à jamais des frères dignes d'un dévouement aussi sublime.

C'est assez vous dire, citoyens, qu'il faut ici que tous les ressentiments cessent, que toutes les divisions s'anéantissent devant le grand intérêt de la patrie ; serrons-nous en frères dans le sein de notre mère commune; ne diminuons passa gloire en diminuant ses forces par des débats stériles, et que notre troisième année républicaine qui va commencer, en nous amenant les jours de l'union la plus intime, nous amène les jours de la prospérité assurée à tous les peuples vertueux.

Signe : SoBRY, secrétaire-greffier.

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Le cinquième jour des sans-culottides, toutes les autorités réunies à l'hôtel-de-ville pour aller célébrer à la Montagne la fête sans-culottide, se sont rendues chez les représentants du peuple et sont allées avec eux à la Montagne. Ce monument, décoré de la statue de l'Egalité, offroit deux trophées avec des inscriptions rappelant les nombreuses victoires de la République. On y voyoit aussi d'un côté une statue élevée pour la fête représentant la Vertu, avec des inscriptions sur le piédestal, analogues aux sansculottides ; de l'autre côté étoit préparée la statue du Travail, que le temps n'avoit pas permis d'achever. Les représentants ont prononcé un discours, et le président de la commune a encouragé le peuple à cimenter une union qui doit faire son salut. Le serment de se dévouer à la liberté et de ne jamais se désunir des principes républicains a été prêté aux acclamations de tout le peuple. Des concerts ont succédé à ces cérémonies, des hymnes patriotiques ont été chantés par des choeurs et répétés alternativement par le peuple, après le départ des corps constitués jusqu'à la fin du jour.

Arch. de la ville de Lyon.

24 septembre

(3 VENDÉMIAIRE AN IIl).

Charlier et Pocholle, Représentans du Peuple,

Envoyés à Commune Affranchie par le décret du 4 fructidor, et dans les départements de Rhône et Loire par celui du 10 du même mois;

Informés qu'au nom de la Société populaire régénérée de Commune Affranchie, il a été affiché en divers lieux de cette commune un imprimé qui contient les maximes les plus dangereuses et les plus contraires au bonheur social,

Qii'on y a avancé, comme principe incontestable, que le souverain est immédiatement dans les sociétés populaires ; qu'on lit plus bas : il est un grand principe qu'on ne sauroit trop méditer ; ce n'est pas une société populaire seule qni est le souverain, ce n'en est qu'une fraction ; la volonté générale se compose du vœu de chaque société populaire ;

Considérant que l'adoption de ces idées seroit une atteinte coupable à la souveraineté du peuple, qu'elles tendent à détruire le gouvernement, et deviendroient entre les mains des intrigans une source féconde d'agitations et d'inquiétudes;

Que la volonté du peuple s'est prononcée hautement contre la proposition de convoquer les assemblées primaires, proposition que l'aristocratie seule

avoit pu enfanter, et qui ne servent que trop ses affreux desseins ;

due si les droits de ces assemblées primaires, dont la collection peut seule former le véritable souverain, étoient transportés dans des sociétés partielles, le peuple seroit dépouillé par le fait de sa souveraineté, et le gouvernement révolutionnaire sans garantie ;

Considérant que les propositions dont il s'agit, se trouvent dans un discours, à la suite duquel, par un mouvement dans les causes ne sont pas encore bien connues, la Société de Commune Affranchie s'est tout à coup accrue d'un nombre considérable de citoyens, dont l'admission n'a pas été soumise aux formalités ordinaires, et à celles que prescrivent notamment l'arrêté des représentants Laporte et Reverchon, en date du 6 fructidor;

Qu'il seroit injuste de préjuger rien contre le caractère civique et moral d'aucun des individus admis de cette manière : mais qu'il y auroit en même temps une sorte d'aveuglement à ne pas voir que, dans cette circonstance, les hommes les plus purs peuvent être trompés par les plus perfides ;

Désirant que la vérité éclate dans tout son jour ; que les seuls coupables soient punis et que tous les bons citoyens, ceux qui n'ont pris aucune part aux intrigues, aux brigandages, aux actes d'oppression qui ont fait les malheurs de cette commune, et qui, fidèles aux principes de probité et d'honneur, dont la masse des sans-culottes s'est montrée constamment animée.

n'ont souillé leurs mains ni leur cœur d'aucun crime, recueillent le témoignage dû à leur incorruptibilité ;

Considérant que tel fut le but des représentants Laporte et Reverchon, lorsqu'ils formèrent un nouveau noyau de la société populaire, et qu'ils approuvèrent le mode d'admission que les membres choisis pour le composer jugèrent utile d'adopter ; que leurs intentions ont été perfidement perverties, quand, pour empêcher l'effet de leurs mesures salutaires, on a prétendu que les ci-devant membres de la société se trouvoient par cette régénération calomniés en masse, et confondus avec ceux qui, sans doute en très petit nombre, ont dirigé les vexations et les injustices auxquelles ils ont voulu mettre un terme ;

Que ces représentants n'ont jamais pensé qu'on pût leur reprocher d'avoir enveloppé dans une proscription générale tous ceux qui n'ont point été appelés à former le noyau régénérateur ; mais qu'ils ont cherché seulement à les soumettre à une épuration propre à donner à leurs principes et à leur patriotisme un nouvel éclat ;

Considérant enfin, que, de toutes parts on cherche à dissoudre les sociétés populaires en les éloignant de leur véritable but, et en transformant en autorité la surveillance qui doit nécessairement leur appartenir, que le moyen de tromper les efforts des malveillans qui veulent les abattre, est de les ramener aux principes quand elles s'en écartent, et de les éclairer sur les pièges qu'on peut leur tendre ;

Arrêtent ce qui suit :

1. La société populaire régénérée de Commune Affranchie est, provisoirement, composée des membres qui la formèrent avant la séance du 19 fructidor.

2. Les membres admij depuis cette séance seront soumis à l'épuration prescrite par les règlemens et aucunes admissions collectives ne pourront désormais avoir lieu.

3. Attendu que le local de la société n'est point favorable à ses délibérations, qu'il a pu être en partie cause du désordre qui s'y est introduit, il sera fait choix incessamment d'un nouveau local, et, jusqu'à ce moment, les séances demeurent suspendues.

4. Le peuple sera appelé à se réunir, décadi prochain, dans un lieu qui sera consacré provisoirement i son instruction, et qui sera indiqué par les représentants du peuple.

5. Les citoj'ens sont invités à surveiller tous les rassemblements qui pourraient troubler la tranquillité publique, et à tenir les yeux sans cesse ouverts sur les manoeuvres des ennemis de la Révolution.

6. Le présent arrêté sera sur le champ envoyé à la Convention Nationale, avec un exemplaire du placard dont il y est fait mention ; il sera imprimé et affiché dans toute l'étendue des deux départements du Rhône et de la Loire. Toutes les autorités constituées exis-

tantes à Commune Affranchie sont chargées de son exécution.

Fait à Commune Affranchie, le 3 vendémiaire, l'an troisième de la RépubUque Françoise une et indivisible.

Les %eprésentants dn peuple, L.-J. Charlier, Pocholle.

tA Commune Affranchie, de l'imp. Républicaine, place de la Raison.

29 septembre

L'agent national de la Commune écrit aux Représentans du peuple :

Citoyens,

Je suis instruit qu'il afflue une très grande quantité d'étrangers dans cette commune, que les maisons et les chambres garnies sont toutes occupées en ce moment. Je tiens ces renseignements de différents particuliers ; je les ai vérifiés moi-même , les commissaires et agents de police ne donnant aucune espèce de renseignements sur des objets aussi importants. Je pense qu'il est nécessaire de connoître les causes qui attirent dans cette commune tant d'individus. Pour y

parvenir, il est indispensable de faire cette nuit une visite générale dans chaque canton. Je vous en préviens, citoyens représentans, persuadé que vous approuverez cette mesure qui tient essentiellement à l'ordre public, et dont l'exécution déjouera le projet des intrigans et des conspirateurs. Les comités révolutionnaires de chaque canton seront chargés de son exécution, et je donnerai à ce sujet toutes réquisitions nécessaires pour que cette visite s'exécute uniformértient et à la même heure dans toutes les auberges et chambresgarnies. Je ferai parvenir aux comités des instructions détaillées, afin que les malveillans, toujours en mesure contre les magistrats du peuple, ne puissent pas tromper leur vigilance. »

Et, en conséquence, il écrivait le même jour aux neuf comités révolutionnaires de la ville :

tt Je viens exciter votre surveillance sur les étrangers qui sont actuellement à Commune Affranchie. Je suis instruit que les auberges et chambres garnies sont remplies. Il importe à la sûreté publique de connoître les motifs de leur séjour dans cette cité. Il doit se trouver dans cette quantité d'individus des hommes infiniment suspects. Je vous prie de faire dans votre canton une visite générale, que vous commencerez aujourd'hui à dix heures du soir chez tous les hôteliers et gens tenant chambre garnie ou donnant à couchers Faites-vous non seulement présenter les passeports, mais encore toutes autres pièces pour justifier de l'état de ces individus ; distribuez-vous cçs visites de

telle manière que tout soit inspecté dans le courant de la nuit, et apportez-y la plus sévère exactitude. Les commissaires et agents de police et ceux du district se réuniront dans leurs comités respectifs avant neuf heures, pour vous être adjoints, afin de mettre plus de célérité dans l'exécution.

Vous me ferez passer demain les procès-verbaux qui auront été dressés, afin de prendre sur leur vue, les mesures nécessaires qui seront déterminées par les circonstances, j»

Archives de la ville de Lyon.

30 septembre

Le Conseil général de la commune réclame de la Constitution nationale les mesures nécessaires au rétablissement de la prospérité de Lyon :

« Citoyens représentans,

La République avoit triomphé des royalistes sousl murs de Lyon. Précy et ses satellites avoient disparu et les restes impurs du fédéralisme étoient tombés sous le glaive de la loi. Mais le génie impie de la domination veilloit encore pour le malheur de cette cité. Robespierre et Couthon l'avoient choisie pour un des principaux foyers de la révolution qu'ils méditoicnt

comrc la jouverainetc du peuple, et tandis que nos conciroyens essuyoient de rappeler votre sollicitude et juroient de vous faire oublier leurs fautes ù force de vertus, un nouveau genre de persécution s'établissoit à Commune Affranchie sous le masque hypocrite et trompeur du patriotisme.

Telle a été notre position jusqu'au 9 thermidor. A cette époque , Citoyens représentans, vous avez fait votre révolution, vous vous êtes montrés les dignes mandataires du peuple français ; votre mâle énergie a déjoué tous les complots liberticides ; vous avez encore une fois sauvé la République. Eh bien 1 citoyens représentans, sauvez aussi la grande commune dont nous sommes les organes. Soyez aussi généreux que la vengeance nationale a été sévère, effacez jusqu'à la dernière trace de la colère ; rendez à cette cité malheureuse ses liaisons commerciales avec la Répulique, rendez-lui son ancien lustre avec son nom. Votre clémence donnera une nouvelle vie à cent mille individus, qui, rentrant dans la vie commune, en seront les plus fermes appuis; et tandis que les pères embrasseront avec reconnoissance l'autel de la patrie, les enfants iront verser leur sang pour sa défense.

Il nous reste encore un vœu à exprimer, Citoyens représentans, c'est celui de tous les républicains. Achevez votre ouvrage, restez à votre poste : le bonheur du peuple l'exige impérieusement; restez-y jusqu'à ce que la République soit assise sur des bases inébranlables.

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Pour nous, magistrats du peuple, placés plus près de lui, témoins chaque jour de ses vertus et de son ardent amour pour la République, nous jurons en son nom et entre vos mains. Citoyens représentans, de poursuivre sans relâche les aristocrates, les intrigans, les désorganisateurs, les dilapidateurs du bien de la République, les amis de Robespierre et de Couthon, tous ces hommes pervers, qui voulant régner par la terreur, n'auroient laissé sur le sol de la République que des cadavres et des ruines. Nous jurons et notre serment ne sera pas vain, de ne fléchir devant aucun homme, devant aucune réputation, de ne connoître que la Convention Nationale et la République une, indivisible et démocratique

Arch. iiiiin. de Lyon.

Le même jour, l'agent national de la Commune écrit aux membres du Comité de police pour l'organisation des solennités décadaires :

«Je reçois en ce moment un arrêté des représentans portant pour première disposition que demain décadi les chants civiques feront partie de l'instruction annoncée au peuple dans le temple de la Raison, et le second article met en réquisition tous les musiciens artistes ; le troisième invite les citoyens et citoyennes amateurs à concourir par leurs talents à l'embellissement de la fête. Je vous prie d'inviter ces citoyens pour

demain à neuf heures, et de là, le Conseil général de la commune se rendra auprès des représentans du peuple qui se proposent de se rendre au temple de la Raison. Donnez toute la célérité possible aux invitations que vous ferez, ce qui ajoutera à la dignité de cette cérémonie décadaire. Je vais requérir les musiciens artistes et donner toutes réquisitions nécessaires à faire dans l'édifice national.

Et il écrit en conséquence au citoyen Monval, maître de musique au théâtre des Célestins :

« Pour l'exécution d'un arrêté des représentants du peuple en date de ce jour, je t'invite ou requiers au besoin de concourir par tes talents et ceux de tes concitoyens attachés à l'orchestre, pour préparer et exécuter des morceaux de musique dont le choix sera indiqué, bOUS la direction du citoyen Cognet, demain décadi dans le temple de la Raison. Je pense qu'en vertu de ce même arrêté tu te concerteras avec ce citoyen sur les morceaux d'exécution ; ton patriotisme m'est un sûr garant du zèle que tu mettras à donner à cette fête le plus de splendeur possible, et que le peu de temps pour la préparer ne sera point un obstacle pour tous ceux qui comme toi brûlent d'être utiles à la patrie, en mettant un dévouement sans bornes à l'exécution d'une fête ordonnée par les représentants du peuple, qui désirent réunir le charme de la musique à l'instruction du peuple. »

Il écrit encore pour le même objet au Commandant de la place :

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« Je m'empresse, citoycii, de te prévenir que demain décadi, il y aura au temple de la Raison une instruction ornée de chants civiques, et qu'à cet effet, les musiciens et artistes étant mis en réquisition pour l'exécution de divers morceaux de symphonie, d'après l'arrêté des représentants du peuple, instruit qu'ils doivent se rendre à cette cérémonie décadaire, je t'invite d'ordonner que les lambours-de la place se rendent demaiïi à huit heures précises à la maison commur.e, ainsi que tout autre musique militaire, s'il en existe dans les bataillons, afin de donner tout l'appareil possible à cette fête. »

Archiv. miin. de Lyon.

L'agent national de la commune écrit aux membres des comités révolutionnaires à propos de la fête de J.-J. Rousseau qui devait se célébrer prochaincmci:t :

«Tous les citoyens de cette commune s'empresseront de célébrer d'une manière digne d'un peuple libre la mémoire de J.-J. Rousseau, qui, jouissant pendant sa vie presque seul de la liberté au milieu de l'univers esclave, a fondé par ses ouvrages immortels les droits des peuples et les bases du contrat social. C'est au peuple françois qui le premier a adopté ces principes sublnnes de liberté et d'égalité, à transmettre à la postérité sa reconnoissance pour le grand homme, qui doit être immortelle comme son nom.

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« Les représehtans du peuple ayant détermine la pompe que doit présenter la fête de l'ami de l'humanité et de la nature, chargé de l'exécution de leur arrêté, j'ai pensé que je ne pouvois réussir d'une manière plus conforme à leurs vues qu'en vous invitant d'y concourir avec mol... C'est donc à vous, citoyens, à désigner dans votre canton les jeunes gens dignes d'Emile et les jeunes filles dignes de Sophie, à l'effet de former des groupes intéressans des vertus emblèmes de l'adolescence. Vous appellerez à l'ornement de cette fête les mères de famille qui n'ont pas confié à des mères étrangères le devoir prescrit par la nature, en allaitant elles-mêmes leurs enfants ; ces citoyennes nourrices et leurs tendres nourrissons, en présentant le tableau de la fécondité, inspireront le plus vif intérêt. Leurs bras innocents, en caressant leurs mères, paroîtront exprimer leur reconnoissance première pour le philosophe bienfaisant qui a brisé les bandelettes qui leur servoient de chaînes en naissant. Réunissez aussi la respectable vieillesse, qui s'empressera d'honorer Jean-Jacques, qui s'est étudié à adoucir les peines de chaque âge de la vie humaine. Vous inviterez les jeunes citoyennes à se vêtir en blanc ; cet habillement simple est celui de la candeur.

«Cette fêle, comme vous le savez, a été arrêtée, rnais je pense qu'elle aura lieu quintidi prochain, si le temps le permet; au surplus, les Représentans ne manqueront pas d'en fixer le jour. »

ArcJj. nniii. de Lyon.

3 octobre

(12 VENDÉMIAIRE AN IIl).

Charlicr et Pocholle,

Représentans du peuple, envoyés à Commune Affranchie par le décret du 4 fructidor, et dans les départements de Rhône et Loire par celui du 10 du même mois.

Arrêtons ce qui suit :

I. Les habitants de Commune Affranchie célébreront décadi prochain la lète de J.-J. Rousseau.

II Cette cérémonie aura un caractère digne de l'ami de l'humanité et de la nature. Les arts seront invités à l'embellir, et les bienfaits de J.-J. Rousseau envers ses semblables y seront rappelés aux hommes sensibles.

III. Il sera élevé à la pointe de la presqu'île située sur le Rhône, en face du pont Morand, un cénotaphe entouré de peupliers qui retracera autant que le site pourra le permettre, l'image touchante du tombeau d'Ermenonville. Ce monument sera simple, et construit d'une manière durable. Les artistes Durand et Chinard sont chargés de son exécution.

IV. Des jeunes gens dignes d'Eiiiih', des jeunes filles dignes de Sophie, des mères de famille du nombre de celles qui n'ont pas méconnu leurs devoirs en

confiant à des étrangères le soin d'allaiter leurs enfants ; des vieillards honorés par leurs vertus ; des naturalistes, des musiciens, des membres des autorités constituées et les représentants du peuple se composeront en divers groupes et formeront le cortège de la cérémonie.

V Le livre du Contrat social sera porté au centre du dernier groupe. On lira sur l'extérieur ces paroles sacrées qui en sont extraites :

L'homme est ne libre renoncer à sa liberté, c'est

renoncer à sa qualité d'homme, aux droits de l'humanité, iiiéme à ses devoirs.

VI. La marche s'ouvrira à deux heures après midi. On partira de la maison commune pour se rendre à la presqu'île, et de là à la Montagne.

VU. Tandis que les musiciens exécuteront autour du cénotaphe des airs analogues à la fête, les jeunes filles se couvriront de fieurs, et les jeunes gens, les vieillards et les mères l'environneront de leur vénération et de leurs regrets.

Vin. Des orchestres seront élevés autour de la Montagne, et le peuple sera invité à y terminer la journée par des danses.

IX. Les artistes du théâtre donneront le soir une représentation gratuite.

X. La presqu'île, destinée à recevoir le cénotaphe destiné à J.-J. Rousseau, portera désormais le nom de ce philosophe. Sa conservation et celle du monument

seront sous la sauvegarde religieuse de tous les amis de la liberté, dont il a proclamé les principes avec un courage qui sera à jamais sa gloire.

XL L'agent national de la Commune est chargé de donner tous les ordres nécessaires pour l'exécution du présent arrêté.

Fait à Commune Affranchie, le 12 vendémiaire, l'an troisième de la République française une et indivisible.

Les reprèseiilanls du peuple,

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