‹ Lyon de 1778 au Directoire, notes et documents; (volume 3)Chapitre 7 sur 10 · PRAIRIAL AN II · texte numérisé non relu

PRAIRIAL AN II

L'agent national écrit au même bureau des travaux publics :

Citoyens,

Je vous donne avis , que j'ai chargé les citoyens Richter, Hennequin, Roux, Fournel, Chinard, Durand, architecte, et Dufour, membre du département, de concourir au plan et à l'exécution de la fête de l'Être suprême fixée au 20 prairial. Je vous invite à les seconder, et à leur fournir ce qui leur sera nécessaire pour rendre la fête aussi frappante qu'elle doit l'être.

Salut et fraternité.

T.\RPAX jeune.

Archives de la ville de Lyon.

26 juillet

Dans sa séance de ce jour le Conseil municipal sur la proposition d'un membre que, le 10 août approchant, il conviendrait de ne pas attendre le dernier

Il8 LYON EN 1794

moment pour les préparatifs à faire pour la fête de de la Chute du trône et de la Victoire du peuple sur son tyran

Arrête d'abord :

Q.ne le Comité des travaux publics se concertera avec l'agent national et le substitut, pour lui présenter incessamment un projet de la fête à célébrer. En second lieu que ce même Comité est chargé de fiiire sur le champ la Bastille, dont l'image ne doit paroître sur la terre de la liberté que le temps nécessaire pour faire abhorrer davantage la tyrannie.

Archives municipales de Lyon.

' 3 août

(i6 thermidor)

La Révolution du 9 thermidor eut son contre-coup à Lyon où les représentants du peuple pour s'attirer les bonnes grâces du parti vainqueur se hâtèrent d'applaudir à la chute de Robespierre, tout en le traitain de contre -révolutionnaire :

Citoyens,

Le traître qui osoit aspirer à la dictature et ses complices ne sont plus. La Convention en masse, 1 ;

peuple de Paris les ont terrassés, et la République entière a applaudi à ce grand acte de justice. Ainsi passeront tous les ambitieux, les dominateurs, les intrigants, et la liberté restera.

Ce vaste complot de domination a ses ramifications dans plusieurs communes et il est du devoir des représentants du peuple de faire arrêter les coupables, de garantir les vrais patriotes du froissement qu'ils pourroient éprouver dans un moment où il faut arracher tous les masques. Impassibles comme la loi, forts de l'union de leur pafie, les représentants rempliront ces devoirs sacrés avec courage. Ils en prennent l'engagement devant le peuple. Qu'il soit calme et paisible ; la Convention nationale vient d'assurer son bonheur en leur rendant ses droits que des machiavélistes ont vainement tenté d'usurper.

Commune Affranchie. Imp. Républicaine, in-folio.

4 août

Les Représentants du peuple lancent la proclamation suivante contre deux des partisans les plus compromis du régime tombé.

Citoyens,

Les nommés Achard, ci-devant receveur du district de Commune Affranchie^ et Daumale, journaliste

prévenus de complicité avec Robespierre, viennent de se soustraire aux mandats d'arrêt lancés contre eux parles représentants du peuple. Il se bâtent de vou rappeler qae la loi prononce la peine de mor contre ceux qui donnent asile aux contre-révolutionnaires.

Reverchon, Dupuy.

5 août

Les deux délégués Conventionnels reproduisen publiquement l'arrêté qui prononçait la peine de mor contre ceux qui donnaient asile aux contre-révolutionnaires, et adressent aux Lyonnais une proclamation dont voici le texte :

« Citoyens,

« Les représentants du peuple envoyés à Commune-Affranchie, informés que les partisans de la dictature trament des complots ; que, fidèles à leur système destructeur, ils veulent incendier cette commune, porter le glaive du désespoir dans le sein des représentants du peuple et l'entraîner dans leur chute, viennent au milieu de vous sonner l'éveil des vrais républicains.

- a Sortez de cette longue léthargie, de ce sommeil des tombeaux où vous retenoient des dominateurs perfides, qui vous avoient réduits à la nullité pour régner au nom de l'infâme Robespierre, au nom de ce nouveau tyran des Français qui vient de porter sa tête sur l'échafaud. Quels que soient les dangers qui nous menacent, les représentants du peuple resteront au milieu de vous avec confiance ; ils vous donneront l'exemple du courage et de la fermeté ; comme la Convention nationale, ils braveront la mort pour maintenir la République démocratique, terrasser kg tyrans et leurs complices. Ah ! qui pourroit ne pas être électrisé du feu sacré de l'amour de la patrie, lorsqu'après les périls qu'elle a courus, on la voit triomphante fouler aux pieds le triumvirat qui vouloit l'asservir ?

« Citoyens, fermez l'oreille aux suggestions des agitateurs. Les scélérats voudroient vous faire partager le sort qui les attend : écoutez la voix de vos représentants, réunissez-vous à la Convention nationale. Vous savez par une triste expérience combien vous avez souffert pour l'avoir méconnue. Réparez vos erreurs en vous attachant plus fortement à la représentation nationale dans le moment où l'on cherche à vous égarer sur le triomphe de la Liberté. La Convention a parlé au nom du peuple, et à sa voix les conjurés ont été dispersés, les traîtres punis, et le peuple a reconquis ses droits.

De toutes les communes de la République, la

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Commune Affranchie recueillera la première les avantages de ce grand événement, quoiqu'elle fût destinée à être un des degrés par où Robespierre devoit monter au trône. On y avoit mis tout en usage pour avilir le peuple et pour lui ôter tous les moyens de subsistance, soit en le faisant renoncer au travail, soit en éloignant de cet acte par la terreur les habitants des campagnes qui l'approvisionnoient. Nous allons nous occuper de faire arriver les denrées de première nécessité, d'ouvrir la barrière aux arts et au commerce, et de faire succéder aux vexations de la tyrannie l'exécution des lois révolutionnaires , d'assurer le triomphe de l'Égalité et de la Liberté. Citoyens, voilà vos espérances, voilà les desseins de vos représentants : veillez avec eux ! Que l'attitude imposante du peuple fier de ses succès glace d'effroi les conjurés ; que la confiance renaisse partni les patriotes de bonne foi, et que l'aristocratie tremble.

« Vive la Commune ! vive la République ! » Commune Affranchie, Imp. Rép. in-folio.

10 Août

Le nombre considérable d'ouvriers employés aux démoHtions et aux travaux publics devenant une

charge trop lourde pour les finances de la ville, la municipalité dans sa séance de ce jour prend l'arrêté suivant :

Le Conseil municipal,

Considérant que la plupart des personnes employées jusqu'à ce jour aux démolitions ont été reconnues, par une longue expérience, très-peu propres à ce genre de travail;

Que nos manufactures n'attenden*, pour reprendre leur première activité, que les ouvriers dont l'industrie les avoit soutenues précédemment, que les campagnes privées d'une partie des bras robustes qui les fertilisoient appellent les autres citoyens pour recueillir nos riches moissons et en préparer de nouvelles ;

Arrête ce oui suit :

I. — Tous citoyens et citoyennes qui pourroienj être utiles aux travaux de la campagne ou des man ufactures, tels que affaneurs, crocheteurs, manouvriers , fabricants de bas, d'étoffes de soie et coton, chapeliers, maçons, couvreurs, charpentiers, serruriers, fontainiers, charrons, forgeurs, plâtriers, cordonniers, tailleurs, hommes de rivière ou de voitures, ainsi que les dévideuses, couturières, brodeuses, sont tenus de se retirer des travaux publics.

n. — Ceux qui voudroient retourner dans leur pays et qui auront besoin de secours, prendront un

passeport à la municipalité, et recevront dix sous par lieue, conforrnément à l'arrêté des Représentants du' peuple '

tArch. de la Ville de Lyon.

Le représentant Reverchon saisit l'occasion de la fête du 10 août pour témoigner par le discours suivant de son dévouement aux vainqueurs du 9 thermidor.

« Républicains,

« Si la journée du 10 août est k jamais mémorable dans les fastes de l'histoire, la nuit du 9 au 10 thermidor sera sa rivale. Au 10 août le tyran avoit fait de son palais une forteresse où il avoit réuni ses satellites pour repousser les efforts d'un peuple vigoureux qui s'indignoit d'avoir un maître. Dans la nuit dû 10 thermidor l'infâme Robespierre, réfugié avec ^ complices dans la maison commune de Paris, méditoit ; le massacre de la Convention nationale pour monter au trône sur les cadavres des représentants du peuple. Les complices de Robespierre ont été vaincus comme les vils stipendiés de Capet. A ces deux époques mémorables, le peuple de Paris a donné des preuves éclatantes de son ardent amour pour la liberté I

« Mais combien la Convention nationale, levée en masse pour exterminer les triumvirs, l'emporte sur la Législative, oii le ci-devant roi des Français avoit de

nombreux courtisans ! elle lui sert de refuge dans sa fuite honteuse. La Convention ne veut pas que Robespierre souille son enceinte de son sang impur, elle l'envoie à l'échafaud.

« O journée célèbre du 10 août, en te donnant la nuit du 10 thermidor pour rivale, je ne prétends pas te faire oublier aux Français ! Ah 1 s'il n'en est aucun qui puisse douter que tu nous as donné la République, tous les Républicains sont convaincus que la nuit du 10 thermidor a consommé l'ouvrage que tu avois glorieusement commencé.

a Citoyens de Commune-Affranchie que ce grand événement va rendre à la liberté, enfin le triomphe de la République commence dans cette commune. Les dominateurs qui avoient outragé la représentation nationale dans vos murs sont dans les fers ; ils n'empêcheront plus les représentants du peuple de le reconquérir à la liberté. Les monstres ! ils voudroient perpétuer vos malheurs pour se partager vos dépouilles. Comme les tyrans q ui se réjouissent au sein des calamités pubUques, ces prétendus rigoristes imitoient parfaitement les prêtres, et savoient bien se relâcher entre eux de la sévérité des principes qu'ils proclamoient en public.

« Citoyens, réunissez-vous à vos représentants, formez un faisceau où l'on trouve toutes les vertus sociales, la probité, le courage, le patriotisme et la haine des tyrans. Secondez-nous de toutes vos forces dans la carrière bienfaisante que nous allons parcourir

ensemble ; il est temps de montrer de l'énergie, de vous rendre dignes d'être comptés au rang des enfants de la patrie. Que l'aristocratie ne croie pas renouer ses complots au triomphe de la République. La Convention nationale en terrassant Maximilien le"" a porté le dernier coup aux ennen.is de la liberté.

Vive la République !

Vive la Convention nationale !

Commune-Affranchie, Imp. du S. C. Destefanis in-8.

II août

Les Représentants du peuple prennent un arrêté renouvelant toutes les administrations dans le sens de la nouvelle révolution.

Commune- Affranchie, Imp, Ti.épub.y in-jolio,

17 août

Il pénétroit dans la ville une quantité d'assignats faux qui venaient principalement de Suisse. On prit les plus grandes précautions pour en empêcher l'introduction.

La commune plaça aux portes de la Croix-Rousse des commissaires qui furent chargés d'examiner avec la plus grande attention toutes les personnes que leurs passeports annonçaient venir de Genève ou de Suisse, de visiter les voitures, charriots, harnais, de sonder les essieux et moyeux pour s'assurer qu'ils ne recelaient point des assignats faux. Sur le moindre doute, ils devaient faire conduire à la maison commune les voitures et les particuliers, conducteurs, ou tous autres qui seraient sur les dites voitures. Ils devaient examiner plus attentivement ceux qui seraient vêtus en paysans et qui déclareraient venir pour faire des emplettes. Ils devaient les fouiller scrupuleusement pour reconnaître s'ils n'avaient pas d'assignats faux sur eux.

L'Agent général de la Commune écrit à ce sujet aux Représentants du peuple :

« Au moment où j'ai reçu votre lettre du 29, j'ai pris sur le champ les moyens propres à découvrir les distributions de faux assignats venant de Suisse et de Genève.

« J'ai placé aux portes de la Croix-Rousse, Serin, St-Clair et Pont du Rhône des commissaires et agents, qui y seront en permanence et relevés successivement par leurs collègues. »

Signé : Perret.

Il écrit aussi à l'Agent national près le district : « D'après les avis reçus des Comités de surveil-

lance des frontières de Suisse et de Genève, transmis notamment par les Représentants du peuple en cette commune, sur de nouvelles manœuvres des ennemis du peuple pour faire passer de faux assignats ; je te fais part que j'ai fait placer deux commissaires et adjoints de police, à chaque porte par laquelle peuvent entrer les voyageurs ou voituriers arrivant de Suisse ou de Genève, avec injonctions de visiter avec la plus grande attention tant les particuliers que les voitures, essieux, moyeux et même les bâtons des voyageurs. Comme cette surveillance devient fort importante pour la chose publique et qu'elle exige que beaucoup de personnes puissent se succéder aux portes de la ville, je t'invite à prendre des mesures pour que cette surveillance soit exercée concurremment avec des commissaires des cantons sur l'arrondissement desquels se trouveront les dites portes.

Signé : Perret.

Arch. de la Ville de Lyon.

22 août

s FRUCTIDOR AN II

D'après le rapport d'un de ses membres sur l'instruction publique, et notamment sur l'organisation des écoles primaires,

Le Conseil général de la Commune ,

Considérant que rien n'est plus instant que la nécessité de faire l'ouverture des écoles primaires dans cette commune, pour y propager d'une manière solide et inaltérable les principes du civisme et de l'égalité, conformément au vœu de la Convention Nationale ;

Considérant que, nul intérêt particulier, nulle considération relative au système suivi jusqu'à ce jour dans les écoles publiques, ne sauroient prévaloir pour en retarder l'organisation.

Considérant que, si de fausses idées, ou des préjugés louables dans leurs principes, en ont pu suspendre la formation, cette circonspection, dictée par la sagesse et une juste sollicitude, change de caractère devant une loi précise et intelligible, qui n'est susceptible d'aucune interprétation ni d'aucune modification.

Après avoir médité cette loi dans toute son étendue, ses conséquences ;

Arrête sur la réquisition de l'Agent national les article: suivants :

10 Les citoyens et citoyennes qui désireront user de: la libe té d'enseigner viendront dans le courant de la décade du 11 ou 12 fructidor se faire inscrire au' bureau des établissements publics de la municipalité sur un registre destiné à cet effet et apporteront les certificats que la loi exige.

2° Ceux qui se seront fait enregistrer, et qui auront été admis pour l'instruction du premier degré seront inscrits sur un tableau, qui sera pour la première fois

affiché de suite et placé à la maison commune, ainsi que dans toutes les places publiques de Commune affranchie, et dans le comité de chaque arrondissement ;

3° Dans le courant de la décade suivante, du 21 au 30 fructidor, les parents ou tuteurs des enfants qui seront dans le cas d'être envoyés aux écoles du premier degré d'instruction feront choix d'un des instituteurs inscrits, et viendront au même bureau de la municipalité faire inscrire leurs enfants ;

40 Le lei^ vendémiaire prochain, les instituteurs et institutrices inscrits au tableau ouvriront leurs écoles; S° Aucun citoyen ne pourra ouvrir une école luimême, continuer d'en tenir une ouverte de quelque art ou science que ce soit, qu'après avoir rempli les formalités prescrites par le décret du 20 frimaire demie ;

6° Si dans la suite, quelque citoyen désiroit se vouer à l'instruction du premier degré, il se présenteroit au même bureau de la municipalité, et son nom seroit porté sur les tableaux ;

70 Si quelque instituteur ou institutrice vouloit cesser, ils sont tenus d'en prévenir les parents des élèves et le bureau de la municipalité, dans le courant du mois à la fin duquel leurs noms seroient rayés du tableau ;

8° Lorsque les parents des élèves voudront changer d'instituteur, ils viendront également àla fin de chaque mois en prévenir le bureau, et faire inscrire les

enfants sous un autre instituteur qu'ils auront choisi ; 90 Les magistrats préviennent les citoyens qu'ils exerceront la surveillance la plus exacte à l'exécution de tous les articles de ce décret et engagent les bons républicains à s'y conformer.

Archives de la ville de Lyon.

23 août

Les Représentants du peuple,

Considérant, qu'il s'est formé danscette'commuue, et sur les ruines de l'aristocratie terrassée, une nouvelle faction, d'autant plus audacieuse dans l'exécution de ses complots liberticides, que les conspirateurs avoient l'art de se couvrir du masque imposant du patriotisme :

Considérant, qu'après avoir suivi avec acharnement le système de calomnies et de désorganisation, inventé par Hébert, et ses complices contre tous les patriotes envoyés dans le temps par la Société des Jacobins de Paris et des départements pour arracher le peuple de Lyon à l'oppression de ses nouveaux tyrans et anéantir les restes de la rébellion qui sembloit s'être réfugiée dans le cœur des faux patriotes, on a vu ces derniers briguer et obtenir la protection la plus signalée de la part du dominateur Robespierre

Considérant, que le nouveau Catilina et sescomplices avoienl juré de faire tomber encore dix mille têtes dans Commune Affranchie, sous prétexte de venger les mânes de Chalier, mais bien plutôt pour satisfaire la soif inextinguible des tigres qui formoient le cortégedu tyran

Considérant, que tandis que Robespierre calomnioit, ou dénonçoit successivement à la tribune des Jacobins de Paris les membres de la Convention dont il avoit proscrit les têtes, ses fidèles complices à Commune Affranchie l'aidoient de tout leur pouvoir à se frayer le chemin de la domination universelle

Considérant, que c'est principalement parmi les chefs des conjurés de Commune Affranchie que Robespierre avoit choisi les ministres aveugles de ses vengeances, en appelant au jury révolutionnaire de la commune centrale, les Fillon, les Emery, les Gravier, les Masson, chefs notoires delà conjuration de Commune Affranchie, et qui furent présentés aux Jacobins de Paris, par l'entremise du tyran, comme des amis persécutés de Chalier, tandis qu'aussi pervers que leurs patrons Robespierre etCouthon, ils n'étoient en efïet que les criminels instruments des assassinats qu'ils avoient médités;

Considérant, que tandis que ces brigands ourdissoient'à Paris leurs trames criminelles, d'autres brigands, les Achard, les Daumale, les Revol, les Michel, les Grimardias, les Roulot, lesBerher, les Filieux restoient à poste fixe à Commune Affranchie pour y organiser

le mêmesystème, et en préparer l'exécution en donnant aux autorités dont ils étoient membres l'impulsion qu'ils recevoient eux mêmes de leurs chefs coupables ;

Considérant, que dans le même moment, où le nouveau tyran de la France ne cessoit de dire qu'il étoit sous le poignard des assassins, tandis que c'étoit lui-même qui vouloit assassiner les patriotes et la liberté, fidèles à ce perfide système les conjurés de Commune Affranchie ne cessoient de répéter qu'ils étoient sous le couteau ; ils étoient en même temps les oppresseurs et les calomniateurs de la masse tombante du peuple, dont ils dévoroient et laissoient dévorer le patrimoine

Considérant, que tandis que le Catilina françois méditoit à Paris la ruine de la République entière, l'avilissement et la destruction de la représentation nationale, les conjurés de Commune Affranchie tramoient et effectuoient la ruine totale de cette malheureuse commune par le renversement de tout principe de l'ordre social, par le mépris de toutes les lois conservatrices des propriétés des citoyens, par la terreur toujours renaissante qu'imprimoit dans les coeurs le système barbare des arrestations en masse

Considérant, que tandis que les Triumvirs prétendoient dans Paris au titre exclusif de vertueux et d'incorruptibles, les conjurés de Commune Affranchie se proclamoient ouvertement et sans pudeur les seuls patriotes de la commune et vouloient ranger sans distinction les autres citoyens dans la classe des rebelles et des conspirateurs

Considérant, que la chute du tyran qui a rendu les vrais patriotes à la liberté, sur toute la surface de la République, ne produiroit dans Commune Affranchie qu'un bien éphémère et passager, sans le renouvellement total des nombreuses autorités qui ont cru et maintenu ou favorisé l'oppression, que les fonctionnaires et agents qui, par leur faiblesse et leur criminel silence, ont laissé un libre cours aux brigandages, sont aussi indignes de la confiance publique que ceux qui y ont directement participé, puisque leur devoir étoit de s'y opposer et d'en dénoncer les auteurs et les complices.

Considérant que la Socictè dite populaire de Coiiiimir.e .Affranchie n'est uniquement composée que de fonctionnaires publics et d'employés d'administration, que par cette monstrueuse organisation, on a vu se former un point central et une réunion criminelle d'autorités expressément défendue par les lois ; c'est le peuple qui doit former les sociétés populaires pour surveiller leurs administrations et tous leurs agents ;

Considérant enfin, que le moment est arrivé où toute oppression doit être bannie et où les oppresseurs doivent être réduits à l'heureuse impuissance de faire le mal, en rappelant la masse du peuple de Commune Affranchie à la dignité qui lui convient, en rouvrant les canaux de l'industrie qui doit préparer aux indigents des moyens honorables de subsistance, et en rendant aux bons citoyens l'exercice de leurs droits naturels et imprescriptibles :

Arrêtent ce qui suit:

Art. ler. — Toutes les administrations civiles de Commune Affranchie, qui étoient en exercice à l'époque du 9 thermidor, seront renouvelées ;

Art. II. — 11 n'y aura de conservé dans les places quelconques, que ceux, qui, par leur conduite publique et privée n'auront cessé de mériter la confiance.

Art, III. — Toutes les administrations nouvelles devront rendre compte dans le plus bref délai aux membres anciens de leur gestion, pendant le temps qu'elle a duré.

Art. IV. — La Société soh disant populaire de Comviune Affranchie est dissoute ; il est défendu aux membres qui la composoient de se rassembler en quelque lieu que ce soit, sous peine d'être arrêtés par la force armée, considérés comme rebelles et traités comme tels.

Art. V. — Il sera choisi un petit nombre de bons citoyens pour former le noyau d'une véritable Société populaire.

Art. Y\. — Ces citoyens sont : Lecanu ; Carret, chirurgien; Perret, orfèvre; Grandmaison, commandant de la gendarmerie ; Berger, instituteur ; Ferrouillat, dessinateur ; Beau, chirurgien ; Dufour, artiste; Louis, dit l'Américain ; Regny, juge de paix ; Chedeau et Bossu, du Comité de la Convention ; Valderon et Petitot, du Comité de l'Egalité ; Ricard,

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fabricant ; Lhermite, capitaine ; Bernard, toilier ; Gavinet, apothicaire ; Rey, instituteur ; Gras aîné, doreur sur bois ; Gras, cadet ; Charreton, du district ; Granchamp, chirurgien ; Pouthier, maréchal des logis; Andrieux aîné, toilier ; Lortet, receveur du canton.

Art. vil — Ils se rassembleront dans le lieu des séances de la ci-devant Société prétendue populaire, et là y procéderont au scrutin épuratoire des citoyens qu'ils jugeront dignes d'être appelés ou qui se présenteront pour être admis.

Art. X. — Des exemplaires du présent arrêté seront de suite adressés, tant au Comité de Salut Public qu'à la Convention Nationale.

Signé: Reverchon, Laporte-.

Commune affranchie, hnp. républ. in-folio.

24 août

• (7 fructidor an II)

Dans la séance tenue ce jour là par le Conseil général de la Commune, le citoyen Perret, agent national a pris la parole, et a fait un discours sur les circonstances dans lesquelles se trouve cette commune, et a demandé qu'il fût fait par le Conseil

général une adresse à la Convention nationale pour l'assurer de son inviolable dévouement au centre d'unité, à la représentation nationale, au gouvernement révolutionnaire, et la féliciter sur son dévouement à anéantir les tyrans et leurs complices.

Le cito\'en maire a vivement appuyé la proposition du préopinant, en épanclnnt tous les sentiments d'un cœur pénétré du plus pur amour de son pays, fr Jurons de nouveau, a-t-il dit, oui, jurons à jamais notre dévouement à la Convention nationale ! »

Aussitôt, tous les bras levés en l'air, les membres du Conseil ont renouvelé à l'unanimité leur serment de rester inviolablement unis à la Convention, au milieu des acclamations et des applaudissements de toute l'assemblée.

L'Agent national a demandé encore par suite de ses exhortations aux citoyens qu'il fût fait une proclamation pour prévenir tous ceux de cette commune contre les manœuvres et les machinations des ennemis du peuple,qui cherchent sourdement à l'agiter en tous sens. Comme dans le discours de l'Agent national il a paru à un membre y avoir une sorte d'inculpation contre les administrations, ce membre a rappelé, que dans cette même salle, les représentants du peuple avoient expressément reconnu que les magistrats remplacés étoient exempts de reproches, et avoient emporté la confiance de leurs concitoyens, sur quoi le citoyen Perret a donné au Conseil l'expHcation provoquée par le préopinant.

IjS LYON EN 1794

A la suite de cette séance, l'adresse suivante est adressée par le Conseil général à la Convention nationale ;

Citoyens législateurs,

Les membres composant le Conseil général de la Commune-Affranchie viennent renouveler à la Convention nationale leur inviolable attachement au centre d'unité, à la représentation nationale tout entière, aux grands principes de l'égalité et de la liberté. Comme les représentants d'un peuple libre, comme nos frères d'armes aux frontières, fermes à notre poste, nous avons juré de maintenir et de défendre l'unité et l'indivisibiHté de la République françoise et d'anéantir tous les tyrans qui auront l'audace d'y porter atteinte et de travailler à sa ruine : nous serons fidèles à nos promesses. Les tyrans, vous les avez abattus, nous vous en féUcitons, législateurs 1 vous abattrez encore quiconque, marchant sur leurs traces, et sous un masque hypocrite, avide d'une domination tyrannique, prétendroit s'ouvrir, par une astucieuse popularité, par une duplicité scélérate, un chemin au despotisme de l'opinion ou des personnes, à travers le sang et les cadavres de ses frères. Pour qui ne voit et n'aime que la patrie, tous les traîtres, tous les lâches, tous les perfides doivent disparoître. Comme vous, Représentants du peuple, nous ne voulons pas perdre le fruit de tant de sueurs, de sacrifices et de tr;ivaux, ou nous périrons en même temps, terribles

aux méchants et aux infâmes conspirateurs. Nous surveillerons l'emploi des deniers de la République, nous exécuterons courageusement les lois, nous répartirons la justice avec une scrupuleuse impartialité, nous accueillerons nos concitoyens comme des frères, nous ferons bénir la liberté, l'égalité, nos sages lois et les législateurs dont elles sont l'ouvrage. A la proposition de renouveler notie sincère union à. la Convention, un mouvement spontané a fait lever le Conseil général tout entier, qui l'a juré de nouveau au milieu des acclamations et des applaudissements d'un peuple nombreux :

« Vive la Convention Nationale ! Vive la République ! t

26 août

Les Représentants du peuple considérant qu'il importe à la régénération de Commune-Aflfranchie, que les autorités soient renouvelées pour que la perfide influence des dominateurs ne parvienne pab à comprimer la marche rapide des administrations dans l'exécution des lois dont le pouvoir a été nul jusqu'à ce jour, et dont la majesté a été foulée aux pieds pendant longtemps par ceux-là même dont le devoir étoit de les faire respecter et exécuter;

Arrêtent :

Article I^i". 'Départements. — Thonion, Graiideau, Tarpan le jeune, administrateurs du département du Rhône, seront remplacés, savoir : le premier par le citoyen Drivet, le second par Ricoux, le troisième par Delépine ; Marguery secrétaire général du département, sera remplacé par le citoyen Blond.

Article II. District de Commune-Affranchie. — Desmartin et Gagnaire seront remplacés par Sallière, ex-municipal, et Arnaud, marchand de fer.

Article III. Municipalité. — Bertrand, maireremplacé par Salamond,maire de Montélimar ; Arnaud, Tizon et Villard officiers municipaux, remplacés par Carret chirurgien, et Grivet, fabricant ; Verrier, Chavanne et Verzier, notables, remplacés par Grognard, peintre^ Liénard et Malin as.

Le citoyen Carret, promu à la place d'officier municipal, sera remplacé dans la place de notable par le citoyen Nouvellet ; Ricoux, secrétaire-greffier, sera remplacé par Sobry.

Article IV. District de la Campagne. — Dumanoir, président, remplacé par Rieussec, de Tassins

Signé : Reverchon, Laporte.

Commune- Affranchie, Iiiip. Rcpuhl. in-fol.

3 septembre

Les Représentants du peuple Laporte et Reverchon se sont présentés à la séance du Conseil général accompagnés des représentants Charlier et PochoUe. Les deux premiers ont annoncé leur départ de cette cité pour rentrer dans le sein de la Convention nationale . Les représentants Charlier et Pocholle ont mis sur le bureau le décret de leur mission dans Commune- Affranchie, (en date du 4 fructidor an 11), dont l'Agent National a requis la lecture et la transcription sur le registre ainsi qu'il suit :

« La Convention Nationale après avoir entendu le rapport de son Comité de Salut Public, décrète l'envoi de représentants du peuple dans les départements et près des armées ainsi qu'il suit :

a Pour Commune-Affranchie : les représentants Charlier et Pocholle »

Les représentants Charlier et Pocholle ont exprimé en peu de mots « l'esprit d'unité qui anime la Convention,et qui la fait triompher de toutes les tentatives que les conspirateurs osent encore faire pour la diviser. Ils annoncent qu'ils apportent cet esprit d'union et de régénération dans Commune- Affranchie pour y continuer l'ouvrage de leurs prédécesseurs et achever de la rendre à la République et au bonheur.

« Le citoyen Carret, président du Conseil général de la Commune et le citoyen Perret, agent national ont exprimé les sentiments d'amertume et de regret des habitants de Lyon, de s'être vus le théâtre de deux affreuses conspirations, la première qui a ébranlé la République en servant les contre-révolutionnaires aristocrates, la seconde qui commençoit à la déchirer, en servant les révolutionnaires, assassins anarchistes et désorganisateurs. Ils ont développé l'espoir des républicains de Commune affranchie, qui est de faire triompher la Convention et les principes, de laver, s'il le faut, dans leur sang le souvenir de leurs désastres, et de donner enfin à la France, mille fois plus de marques de fermeté, de fidélité et de dévouement, qu'ils n'ont éprouvé d'agitations et de maux, certains qu'ils sont de n'être plus égarés, aujourd'hui qu'ils seront affranchis des scélérats de tout genfe qui les ont opprimés.

Le peuple a signalé la fin de cette séance par des cris réitérés de joie, d'espérance et de dévouement. »

12 septembre

« Il est admis dans le Conseil municipal unedéputatiou de la Société populaire qui présente une pétition des ouvriers en soie tendant à obtenir une augmen-

tation du prix des façons, attendu la rigueur des circonstances, et l'impossibilité où ils sont de prolonger leurs journées par le moyen de l'éclairage, dont ils sont dans l'impossibilité de se pourvoir.»

13 septembre

La question posée dans la séance précédente est mise en délibération. L'agent national représente que lessoies n'étant pascomprisesdanslaloi du maximum, la municipalité n'a point le droit de régler les façons des ouvriers en soie ; que la liberté existant partout où la loi ne l'a pas restreinte pour l'avantage de tous, les ouvriers et les chefs d'ateliers sont seuls dans le cas de régler de gré à gré avec les marchands les prix de leurs façons et journées, selon leurs besoins, leurs talents et leurs intérêts réciproques ; qu'en conséquence, il conclut à ce que les chefs d'ateliers et les fabricants soient invités à se rapprocher fraternellement pour opérer les surhaussements nécessaires pour j'ournir à leurs besoins réciproques, et que sur leur demande, conformément à la loi, il n'y a pas lieu à déUbérer.

Le Conseil délibère dans le même sens, et ajoute qu'à l'égard du besoin de combustibles et d'éclairage qu'ils manifestent, la municipalité s'adressera soit aux

représentants du peuple, soit à la commission du commerce, pour obtenir le plus promptement possible les provisions nécessaires au prix du maximum, pour que les ouvriers n'éprouvent plus à cet égard des privations préjudiciables à leurs travaux.

Archives de la Villt de Lyon .

Dans cette même séance du 27 fructidor les deux comités réunis d'Instruction et des Travaux Publics rendent compte de leurs dispositions pour la fête des Sans-Culot t ides. Le Conseil arrête que la Montagne sera décorée de trophées analogues aux circonstances, des bustes des grands hommes fondateurs de la liberté, qu'auprès de la Montagne sera établi un grand orchestre et que quelques orchestres moins considérables seront disposés de place en place dans les environs, »

Arch. de la ville de Lyon.

18 septembre

(deuxième jour des sans-culottides as: II)

L'agent national de Commune-Affranchie adresse aux neuf comités révolutionnaires de la Commune la circulaire suivante :

«■ Citoyens,

J'ai rendu compte au Conseil général de la commune pour la seconde fois, que divers citoyens assuroient avoir vu dans cette cité quelques infâmes agents de Précy. Ces bruits s'accréditant, j'ai cru devoir inviter les bons citoyens à dénoncer et faire traduire devant les autorités ces ennemis de la patrie, s'ils avoient l'audace d'y venir jouir de leurs forfaits. Toutes les lois révolutionnaires étant confiées à votre surveillance et aux municipalités, je vous invite à faire exécuter dans votre canton l'article deuxième du décret du 12 juillet 1795, ainsi conçu :

« Sont destitués de leurs fonctions et déclarés pareillement traîtres à la patrie les administrateurs, officiers municipaux, et tous autres fonctionnaires publics, officiers civils et militaires du département du Rhône et Loire, qui ont convoqué ou soufïert le Congrès départemental qui a eu lieu à Lyon, qui ont assisté ou participé aux délibérations qu'il a prises ou à leur exécution. »

Votre attachement au triomphe de la liberté m'assure que vous mettrez tous vos soins pour découvrir ces conspirateurs et traîtres, quelque soit leur repaire, afin qu'ils expient sous la hache de la loi tous les maux qu'ils ont faits à la République. »

Archives de la ville de Lyon.

ig septembre

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