‹ Lyon de 1778 au Directoire, notes et documents; (volume 5)Chapitre 3 sur 9 · CONTRIBUTION FORCÉE DISTRICT DE LYON · texte numérisé non relu

CONTRIBUTION FORCÉE DISTRICT DE LYON

Comité de Salut public

« Aux citoyens Bonnefoy, Zindel et C'^, place des Cordeliers.

« Citoyens, « Nous vous prévenons qu'en vertu de l'arrêté des trois corps administratifs, en date des 13 et 14 du mois de mai, sous l'autorisation des représentants du peuple à l'armée des Alpes, qui enjoint à tous les citoyens aisés de cette ville de contribuer forcément à compléter la somme de six millions pour subvenir à l'entretien d'une armée révolutionnaire, levée pour

repousser les ennemis de la République ; vous avez été compris pour ledit complément à la somme de soixante mille livres, qu'il vous plaira verser entre les mains du trésorier du comité de salut public, dans le délai de 24 heures, d'après la date ci-dessous, sous peine d'être poursuivi par toutes les voies et d'être noté comme homme suspect.

« Lyon, ce 17 mai 1793, l'an 2^ de la Répubhque trançaise.

« Signé : Macabeo cadet, Richard, Trichard. »

26 Mai

Les administrateurs composant le conseil de Rhôneet-Loire adressent au Ministre de l'intérieur la lettre suivante :

Lyon, le 26 mai 1793.

« Citoyen,

« Une nouvelle source de divisions vient de s'ouvrir dans cette cité, et c'est l'exécution de la loi du 21 mars dernier qui en est le prétexte. Par cette loi il doit être établi dans chaque commune ou section de commune, un comité composé de douze citoyens, pour recevoir la déclaration des étrangers et exercer sur eux une active surveillance.

(( Depuis longtemps il existoit dans chaque section un comité de surveillance qu'on a après qualifié de révolutionnaire. Ce comité étoit formé de membres choisis par la municipalité, qui, pour se les rattacher sans doute d'une manière particulière, leur a fixé un traitement journalier de trois livres.

« La loi veut que les comités de section ne soient composés que de membres librement et légalement élus par elle, et à ce titre l'administration a pris un arrêté le 6 de ce mois pour en ordonner l'exécution.

« Nous ne savons si cette mesure contrarie les projets de la municipalité, ni quels sont ces mêmes projets, mais nous pouvons vous assurer qu'elle a tout mis en œuvre pour empêcher l'exécution de la loi et la formation des comités, au point que, lors de la convocation des sections, elle leur avoit déterminé l'heure précise à laquelle leurs opérations dévoient finir. La défiance s'est étendue jusqu'au point de défendre aux sections de s'assembler, de séjourner sans convocation expresse de sa part.

« Vous trouverez ci-joint l'arrêté qu'elle a pris le 23 de ce mois ; vous jugerez à sa lecture quelles sont les dispositions qu'il renferme, combien il contrarie le but de la loi, qui appelle tous les citoyens, individuellement et en masse, à surveiller la chose publique. Aussi l'administration a-t-elle cru qu'il étoit de son devoir et de sa prudence d'annuler, par des dispositions contraires, un arrêté qui auroit mis le désespoir dans le cœur de la majorité des citoj'ens, et qui auroit eu les suites les plus dangereuses.

« Le citoyen Bonnet, représentant du peuple auprès de l'armce des Pyrénées-Orientales , à qui nous l'avons communiqué, l'a approuvé dans tout son contenu comme absolument conforme à la loi. Nous ne nous dissimulons cependant pas qu'il ne satisfait pas, et ceux qui perdent une partie de leurs pouvoirs, et ceux qui craignent la vigilance, et ceux enfin qui voudroient réunir dans les mains de leur parti toutes les autorités et toute la force. Mais nous sommes résolus à prendre toutes les mesures qui peuvent déjouer les projets des méchants et sauver la chose pubHque des fureurs de ses ennemis.

« Comptez sur notre zèle et sur notre activité, ainsi que sur notre empressement à vous rendre compte de tous les mouvements, que peut occasionner cette nouvelle circonstance.

« Signé : Dubois, président. »

Ce jourd'hui, 26 mai 1793, l'an second de la République, la séance de la section continue, ensuite de l'ajournement indiqué sur le registre de ladite section par le procès-verbal précédent.

Un citoyen ayant demandé et obtenu la parole a dit:

« L'anarchie expirante fait ses derniers efforts pour opérer l'écroulement du divin édifice de notre répubhque ; semblable dans son agonie à ces libertins, qui, traînés lentement au tombeau par l'excès de leurs débauches, invoquent sans cesse la divinité, celle-ci

prostitue les noms sacrés de liberté, d'égalité ; mais cette réminiscence sacrilège ne sauroit nous en imposer ; l'expérience ne nous a que trop prouvé jusqu'à quel point doit aller notre défiance à l'égard de ces hommes pervers, dont les principes, destructifs de tout gouvernement, ne tendent qu'à la dissolution du pacte social. Engourdis jusqu'à présent dans une espèce d'apathie, qui a valu à notre cité le nom affreux d'aristocrate , levons-nous et montrons à toute la République que nous sommes nés François, et conséquemment faits pour la liberté ; que notre réveil soit terrible, qu'il anéantisse à jamais la tyrannie, le despotisme et l'anarchie, sous quelque forme qu'ils empruntent ; et que notre sang, notre vie, soient pour maintenir la liberté et l'égalité, la République une et indivisible, la sûreté des personnes et des propriétés, opposer la résistance à l'oppression et prêter aide et secours à nos frères qui pourroient en avoir besoin, jurons-le tous et prenons à témoin de notre serment le dieu des vivants.

« Nos frères de Marseille, Aix, Nismes et Bordeaux, viennent de prendre des mesures sages pour vivifier dans l'âme de leurs concitoyens les mêmes principes qui nous dirigent, les mêmes sentiments qui nous animent, en arrêtant la permanence de leurs sections ; il est beau, il est glorieux d'imiter de bons, de grands modèles ; imitons-les donc ; c'est en nous communiquant réciproquement nos craintes et nos besoins, c'est en faisant une utile fusion d'âmes, que

nous parviendrons à ériger à la liberté un monument digne d'elle, et que la postérité s'enorgueillira de son triomphe, en datant de notre ère.

« D'après ce que dessus, l'assemblée a arrêté à l'unanimité vouloir rester en permanence , et les citoyens la composant ont prêté tous la main levée, en prenant à témoin le dieu des vivants, le serment suivant :

« Nous jurons de maintenir la liberté et l'égalité, la République une et indivisible, la sûreté des personnes et propriétés, d'opposer la résistance à l'oppression et de prêter aide et secours à nos frères qui pourroient en avoir besoin.

« A arrêté en outre qu'extrait du présent seroit imprimé, affiché, envoyé aux corps administratifs et aux autres sections de la cité.

« Certifié conforme à l'original.

« Antoine Subrin, secrétaire. »

Extrait des reç;istres de la section de Guillaume-Tell .

2g Mai

Depuis le jour où le terrible projet du 6 février fut déjoué par la fermeté de Nivière Chol, les passions politiques furent plus envenimées que jamais. Le Conseil général de la commune, presque entièrement composé de Jacobins, accusa le maire, Nivière, d'avoir troublé la tranquillité des citoyens par une fausse alerte, en faisant battre la générale ; que la conspi-

ration était imaginaire, et en conséquence il annula toutes les réquisitions faites par le maire ; il ordonna aux citoyens armés de se retirer chez eux et fit rentrer tous les canons.

Le club central envoya une députation à la commune pour annoncer que Nivière Chol avait perdu la confiance des citoyens.

Nivière Chol donna sa démission et elle fut acceptée par le Conseil municipal. Les assemblées primaires furent convoquées pour le 18 février. Nivière fut réélu malgré les cabales des clubs. Les commissaires des sections et les citoyens présents au dépouillement du scrutin demandèrent que le Conseil général se transportât de suite chez le citoyen Nivière, pour lui faire part de son élection. Mais ce choix, déplaisant au Conseil général, il refusa d'obtempérer, et les citoyens arrêtèrent néanmoins qu'on enverrait une députation. La députation eut lieu : mais pendant ce temps, les jeunes gens se portèrent au club central, chassèrent les affiliés, brisèrent les bancs et les tables, enlevèrent les registres et respectèrent néanmoins la statue de J.-J. Rousseau et l'image de la liberté, qu'ils portèrent et qu'ils attachèrent à l'arbre de la liberté sur la place des Terreaux.

Nivière Chol refusa. Les assemblées primaires furent prorogées pour l'élection d'un nouveau maire.

Le projet déjoué du 6 février fit naître chez les citoj'ens le désir de pouvoir contrebalancer le pouvoir souverain dos clubs, et d'avoir les moyens de s'opposer

à l'exécution de leurs projets sanguinaires. Quelques sections arrêtèrent en conséquence de se déclarer permanentes, d'autres pensèrent se rassembler comme sociétés populaires en se conformant à la loi. Plusieurs députations au Conseil général furent faites en conséquence, notamment par les sections des Terreaux et de rue Neuve. Gilihert, médecin, fut un des orateurs. Le Conseil général s'opposa à la formation de ces nouvelles assemblées populaires, et requit les citoyens de se séparer après l'élection du maire.

Mais, malgré ces défenses, ou plutôt à cause de ces défenses, la fermentation devint générale. Soit crainte ou fausse alerte, les citoyens prirent les armes sans réquisition et par un mouvement spontané.

duelques bataillons se portèrent à l'Arsenal. La municipalité, instruite de ce rassemblement, requit sur-le-champ l'armement des sections que fréquentaient les clubs, et qui avaient manifesté leur opinion pour s'opposer à toute permanence et à toute formation de société nouvelle.

La suite de cette fermentation fut l'emprisonnement des présidents et secrétaires des sections, le désarmement de ceux qui avaient pris les armes sans réquisition , l'emprisonnement des chefs de bataillons, officiers et sous-officiers des compagnies, et d'une infinité de citoyens qui furent arrêtés sur de simples soupçons. Tous furent entassés dans les caves de l'Hôtel-de- Ville, puis après, presque tous relâchés.

La dévastation du club central, les pétitions pour la permanence des sections, les pétitions pour rester assemblés comme sociétés populaires , l'armement sans réquisition, tout cela fut qualifié d'attentat contre la liberté et l'égalité. Tous les détenus étaient déjà réputés contre-révolutionnaires, et l'on agitait au club central la question de savoir comment on les jugerait. On fit même apporter la guillotine sur la place de la Fédération, où elle resta plusieurs jours.

La nomination du nouveau maire s'approchait. Les clubs cabalèrent pour faire nommer Bertrand, l'associé de Chalier. Cependant la cabale échoua encore, Bertrand n'obtint pas la pluralité absolue ; il eut toutefois beaucoup de suffrages, et Gilibert fut son concurrent. Il fallut en conséquence procéder à un nouveau scrutin, dont le choix ne pouvait plus porter que sur Gilibert et Bertrand.

Pour se débarrasser de Gilibert, les clubs l'accusèrent d'avoir été l'un des orateurs des sections pour se constituer en permanence comme sociétés populaires, et enfin d'être le chef d'une conspiration dont le but était de renverser les autorités constituées, les sociétés populaires, et de s'emparer à cet efi"et de l'arsenal et de la poudrière. Gilibert fut constitué prisonnier; Laussel produisit de faux témoins; malgré la cabale, la pluralité décida en faveur de Gilibert, et le Conseil général de la commune députa à Paris pour savoir si un prisonnier pouvait être maire.

Dans ces entrefaites, Rovère, Bazire et Legendre,

députés à Lyon pour y rétablir la tranquillité, arrivèrent.

Un décret fut rendu, qui attribua la connaissance de l'affaire relative à la dévastation du club central et aux événements des 18 et 19 février, au tribunal de Mâcon pour le juré d'accusation, et au département de Saône-et-Loire pour le juré de jugement.

Les députés envoyés pour rétablir la tranquillité se plaignaient de ce que personne ne leur faisait de dénonciation. Un citoyen se présenta, raconta l'histoire du 6 février, c'est-à-dire l'histoire de la guillotine sur le pont Morand. Mais l'un des députés lui répondit : « Ceux qui conseillent d'égorger ne sont pas ceux qui égorgent ; il faut que la machine aille, que les sans-culottes aient le dessus, et ce n'est pas le moment d'invoquer les loix. «

Un autre citoyen amena des témoins : c'étaient des ouvriers. Un des députés de la Convention, les toisant de l'œil de la tète aux pieds, dit : « Avec de l'argent on a de pareils témoins, » et la dénonciation n'eut pas de suites.

Cependant les faux témoins produits par Laussel contre Gilibert se rétractant, Laussel fut constitué prisonnier.

Gilibert, innocenté par la rétractation des faux témoins, crut qu'en donnant sa démission, on lui rendrait sa liberté ; il la donna, et on le retint prisonnier.

Bertrand, associé de Chalier, fut nommé maire, les Montagnards eurent le dessus.

Les Lyonnais, députés à la Convention Nationale pour dénoncer les troubles de la ville, furent très mal reçus ; ils crurent donner plus de poids à leurs plaintes, si elles émanaient des sections. En conséquence, ils se réunirent aux Augustins au nombre d'environ 400, et rédigèrent une pétition à la Convention Nationale, tendant à la convocation des assemblées de section. Cette pétition, du 9 mars, fut envoyée aux commissaires députés de la Convention.

Les pétitionnaires furent très mal accueillis, et le seul usage qu'on fit de cette pétition, ce fut d'en faire une copie avec les noms de tous les signataires, pour les faire connaître au club central et les livrer à leur rage vindicative et à la proscription.

Copie de la pétition étant arrivée, Chalier la fit imprimer.

La protection marquée des députés et de la Convention encouragea les chefs Jacobins à agir avec plus d'audace encore, et une correspondance très active s'établit entre les Jacobins de Paris et de Lyon, où les mesures les plus violentes et les plus sanguinaires furent regardées comme les seules convenables pour sauver la liberté.

A l'exemple de Paris, la commune de Lyon créa un comité central, dont les pouvoirs illimités ne s'étendaient cependant pas au-delà de la ville ; Rovère, Bazire et Legendre confirmèrent avant leur départ ce

comité central, qui fut érigé sous le nom de Comité de salut public et qu'on revêtit de pouvoirs absolus, en dépouillant les autorités constituées de ceux que la loi leur donnait.

Pour faciliter les insurrections, il fallait de l'argent ; pour les protéger, il fallait une force armée ; pour les diriger, il fallait au comité central des agents subalternes, placés dans toutes les sections, pour faire le tableau des agioteurs, des accapareurs, des riches capitalistes, des insoucians, des aristocrates, et de tous ceux dont les opinions pouvaient être équivoques sur la révolution ; enfin il fallait un tribunal révolutionnaire pour juger tous ceux que l'on voulait sacrifier. Eh bien 1 tout cela fut exécuté. Le comité central fut établi sous le nom de Salut public, avec 3,000 livres d'appointement pour chacun de ses membres. Les comités partiels des sections furent érigés et composés de six membres avec appointement de trois livres par jour pour chacun. Les clubs des sections arrêtèrent l'établissement d'un tribunal révolutionnaire dans les premiers jours de mai et choisirent les juges et les jurés. Dubois-Crancé, Albitte, Nioche et Gauthier, députés à l'armée des Alpes, passant à Lyon, on convoqua les corps administratifs et judiciaires, et l'on fit adopter, dans l'assemblée qui eut lieu le 14 mai, un arrêté préparé à l'avance "composé de 34 articles, dont les principaux étaient : 1° la levée d'une armée révolutionnaire de 6,400 hommes ; 2° un emprunt forcé de six millions qui

devait être perçus sur les capitalistes, riches' propriétaires ou négociants du district, par des mandats impératifs, dont le terme fatal était de vingt-quatre heures ; 5° une translation de pouvoirs suffisants au comité de Salut public pour l'exécution pleine et entière de l'arrêté et pour toutes les mesures à prendre relatives à la tranquillité ; 4° le désarmement de tous ceux qui, par infirmité, inexactitude ou incivisme, seraient jugés susceptibles d'être désarmés, et dont la liste serait formée par les comités révolutionnaires des sections ; 5° l'oft're de l'église des Missionnaires au club des Jacobins de la ville ; 6° enfin, l'envoi de Gaillard et Gravier, choisis commissaires pour porter extraordinairement à la Convention Nationale le présent arrêté ; lesquels commissaires restent chargés de manifester à la Convention le vœu des délibérants pour l'approbation d'un tribunal révolutionnaire, ainsi qu'il appert une adresse rédigée par Chalier.

Le club des Jacobins envoyé une députation nombreuse au Conseil général de la commune pour l'inviter à donner sur le champ des mandats impératifs. Le Conseil, soumis et docile, arrête que les présidents des comités de surveillance de chaque section seront invités à apporter, dans les vingt-quatre heures, les noms des agioteurs, riches, capitalistes, insouciants de leur section.

Le projet des Jacobins était de se débarrasser de tous ceux qui seraient portés sur ces listes. Déjà les conspirateurs, qui comptaient sur un décret approbatif

de l'établissement d'un tribunal révolutionnaire, avaient fait tous les préparatifs pour le mettre en activité, aussitôt que le décret serait rendu. Déjà les juges et les jurés avaient été choisis et désignés dans quelques assemblées de section. .On ne parlait au club des Jacobins que des prétendus crimes de tous ceux qu'on devait juger, et de la permanence de la guillotine. Le décret ne fut pas rendu. Il en sortit un au contraire qui défendait l'établissement du tribunal sous peine de mort.

Nous approchons de la scène sanglante du 29 mai. Pour la bien comprendre, il est utile de rappeler qu'un décret du 21 mars avait ordonné l'établissement, dans chaque section, d'un comité de surveillance qui devait être composé de douze citoyens. L'exécution de ce décret fut longtemps retardée, parce qu'elle devait anéantir les comités révolutio."naires créés par la municipalité, parce qu'elle devait faire taire les volontés privées du club, pour faire entendre la volonté générale. Il fallut que le département enjoignit à la municipalité de convoquer les assemblées primaires. La convocation fut pour le 19 mai. Les sections, après avoir fait l'élection de leurs commissaires surveillants, arrêtent, les unes qu'elles resteront en permanence, et les autres, en se séparant, s'ajournent à jour fixe.

Grande discussion s'élève dans les différents clubs sur cette permanence et sur ses dangers. On y présente tous ceux qui sont de l'avis de la permanence, comme des contrerévolutionnaires et des royalistes ; on propose

de s'opposer à ces assemblées et de les dissoudre par la force des armes. Le club des Jacobins envoie une députation au comité de Salut public^ pour lui exposer que la permanence tient à un plan général de contrerévolution, et demande que chaque patriote, muni d'une carte de civisme, soit tenu d'avoir chez lui une demi-livre de poudre. Ceci eut lieu le 22 mai. Le 23 mai, le Conseil général de la commune, réuni au comité de Salut public, prend un arrêté qui défend aux sections de rester en permanence, sous aucun motif, et rend responsables les présidents et secrétaires des assemblées des sections.

Les sections s'adressent au département p;u' la voie de la pétition, et réclament contre l'arrêté du 23.

Le 25 , le département casse et annule cet arrêté, et autorise les citoyens à s'assembler dans leurs sections respectives.

Les débats entre la municipalité et les sections auraient dû être terminés par cette décision du département. Mais la municipalité, soutenue par le comité de salut public , qui se croyait revêtu d'une autorité suprême, encouragée par les clubs, déclare et fait afficher qu'elle rejette sur le département toute la responsabilité des événements, auxquels la décision du département, en faveur de la permanence, pourra donner lieu.

Néanmoins, malgré cette décision du département, quelques assemblées de sections furent dissoutes par la force des armes ; des pétitionnaires des sections

furent retenus en état d'arrestation. On faisait les préparatifs pour armer les citoyens les uns contre les autres. L'organisation de l'armée révolutionnaire fut ordonnée. Ceux qui en faisaient la proclamation annonçaient publiquement l'extermination prochaine de tous les prétendus contre-révolutionnaires de la ville.

La municipalité appelait dans nos murs le bataillon du Mont-Blanc ; tout présageait le commencement d'une guerre civile.

Le 26 mai, le département se hâta d'envoyer une réquisition au commandant général, pour faire battre la générale , assembler les bataillons armés sur leurs places d'armes respectives , et y rester en réquisition permanente jusqu'à nouvel ordre. En réunissant ainsi sous les mêmes drapeaux les partis opposés, c'était les empêcher d'en venir aux mains. Mais cette réquisition fut paralysée par une décision du comité de Salut public, qui écrivit au bas, qu'ayant pourvu au moyen d'entretenir la tranquillité , la réquisition du département devait être sans effet.

Le 29, Chalier dit à la tribune des Jacobins , qu'il fallait faire un faisceau des présidents et secrétaires des sections, leur trancher la tête et se laver les mains dans leur sang , que les administrateurs du département , qui se proposaient de changer le local de leurs réunions, ne devaient sortir de leur salle que pour aller à l'échafaud, et qu'il fallait les guillotiner.

8o LYON EN 1793

Le même jour, peu rassuré sur le résultat définitif du conflit qu'il avait provoqué , Chalier écrivait au maire Bertrand, son ami et son complice :

29 moi 1793, à six heures du matin.

« Ami Maire, « Si vous avez un moment de temps , vous ferez bien de venir me parler avant huit heures ; je ne vous demande cette visite qui peut vous déranger, cher ami, que parce qu'elle intéresse la chose pubhque et Chalier, qui , pour avoir dit la vérité avant hier aux Jacobins; les sections aristocrates font feu et flamme et m'accusent d'avoir dit ou interprété mal ce -que j'ai annoncé, qui est : que les présidents et secrétaires des sections permanentes, sans autorisation de la municipalité , tomberont sous le glaive de la loi , seront enfin guillotinés, et qu'ils ne croient pas, les malheureux, pour vouloir se mettre en contre-révolution ouverte, d'échapper comme les scélérats du 18 février. « On m'a dit, hier au soir, de retour de la promenade, que les sections aristocrates en permanence avoient arrêté que le département, leur ami, dcvoit me faire arrêter. C'est à vous, magistrat, à soutenir le choc du moment avec intrépidité ; partout où il y a trahison, luttez courageusement.

« Il faut que j'aille au tribunal donner des ordres aux bons patriotes, pour que, sans que cela paraisse, j'y sois veillé pour l'aller et le retour; car de quoi n'est pas capable l'aristocratie en délire, étaj'ée par un département égal à celui de la Vendée ?

« Je ne puis vous en dire davantage. Si vous ne pouvez venir , écrivez-moi ce qu'il en est, sachez nie dire quelles mesures a pris la municipalité. Mais à quoi peuvent-elles servir ? La pleine contre-révolution se trouve dans la Convention même. Dès que les Parisiens n'ont pas le courage de chasser les appelants au peuple, tout est vicié, tout est gangrené, et le peu de patriotes qui existent se trouvent tellement abasourdis , que ce peu ne sait de quel côté se tourner , faute de lumière et d'ensemble.

« Voilà notre position, elle n'est pas belle, mais malgré cela, il faut s'en tirer, et tout dépend de l'énergie du conseil municipal.

« yio-e quod agis. Sauvez le peuple qui vous aime en dépit de la calomnie.

a Salut cordial.

« Signé : Chalier. »

Tel était l'état des esprits , lorsque le 29 mai , les membres du département , s'étant présentés à l'hôtel commun pour se rendre dans le lieu de leurs séances, trouvèrent un rassemblement considérable d'hommes armés, qui leur interdirent l'entrée de l'Hôtel-de-Ville ; ils ne purent par conséquent se réunir dans le lieu ordinaire. Des députés d'une section étant venus demander si la communication était interceptée entre le département et les citoyens, se retirèrent , en annonçant que, du moment où le fait serait constant, la section se lèverait toute entière pour venir la rétablir.

Le fait était certain : le département n'avait pu s'assembler , l'oppression était à son comble , les projets liberticides étaient communs ; tous les bons citoyens , par un mouvement spontané , courent aux armes, et se rendent sur la place de la Fédération; c'est là qu'ils concertent les moyens de résister à l'oppression , de détruire l'anarchie et de sauver la République.

La municipalité s'était emparée de l'arsenal dans la nuit du 28 au 29 mai , et s'y était réfugiée ; « elle remplit VHôtel-de-ViUe, de tous les bandits qu'elle a pu rassembler, et leur donne des canons, des fusils et des munitions de toute espèce ; elle fait venir sur la place des Terreaux, la cavalerie et l'artillerie qui sont à sa disposition. Elle charge du commandement de sa défense, un nommé Ledoyen , adjudant de l'armée des Alpes : avec la précaution de retenir l'inepte commandant Juillard, pour se servir du pouvoir légal de son grade, en faisant signer par ce mannequin toutes les réquisitions militaires dont elle pourroit avoir besoin.

« De tels préparatifs l'autorisent à tout oser. VHôtelde-VilJe étant devenu son quartier-général, elle en repousse les administrateurs du département, aux séances duquel il servoit ; elle somme tous ceux qui ne vouloient pas combattre pour elle , de poser les armes , sous peine de mort; elle fait arrêter les patrouilles des sections, et charger de fers quantité de citoyens ; elle se croit sûre de la victoire : la guerre est déclarée.

« A ces apprêts menaçans, à ces attentats audacieux, les sections s'irritent, leur coura2;e s'enflamme. L'une

d'elles , toujours la plus prompte et la plus brave au combat, celle du Port-dii-Tciiiple, pendant que les autres délibèrent encore , s'élance vers l'arsenal et l'enlève aux satellites de la municipalité. Il devient le Capitole des Lyonnois. L'administration du département et celle du district y vont délibérer avec les commissaires des sections , sur les moyens de sauver la cité. C'est là que les autorités tutélaires présentent un centre de réunion à tous les ennemis de l'anarchie.

« Les bataillons des sections, bientôt convoqués, courent aux armes ;• la plus vaste place de l'Europe , celle de 'BeUecoiir, voisine de l'arsenal, se trouve en peu de temps couverte de citoyens, que l'horreur du crime et de la tyrannie transforme en guerriers, dont la bravoure se croit invincible. C'est l'un d'eux, appelle Madinier, qui se charge de mener à la victoire cette troupe , si empressée de combattre le brigandage et ses fureurs.

« Gauthier et Nioche crurent sans doute alors décider le triomphe en faveur des conjurés, en ordonnant aux sections de mettre bas les armes. Ce fut Nioche qui, accompagné de Ledoyen, vint, au milieu des bataillons assemblés, leur intimer cette absurde ordonnance. On l'accueillit par des acclamations flatteuses, mais on resta armé; et , on le conduisit , ainsi que Ledoyen , au comité des sections, pour qu'il y manifestât en quoi pouvoit consister la paix qu'il offroit.

« Là, Nioche cherchoit à s'excuser par d"hypocrites mensonges. Il blàmoit les justes défiances qu'on montroit à la municipalité conspiratrice ; il mendioit tortueusement la confiance publique pour lui-même et pour son collègue. " Mais la méritez-vous ? répliqua à peu près en ces termes^ le président Fremlnville. Votre audace n'a point étouffé nos souvenirs. Vous avez signé ce monstrueux arrêté, qui aspire si fortement notre sang et nos fortunes ; et vous demandez notre confiance !... Tous vos refus à nos sages et légitimes demandes, et surtout votre impudente apologie de la plus infâme des municipalités, démontrent votre connivence avec elle, et justifieroient plus que nos défiances... Allez, nous professons la République ; mais nous voulons le règne de la loi. L'oppression municipale est insupportable pour des républicains tels que nous. Nous sommes l'éunis pour lui résister... Vous voudriez que nous déposassions les armes ; mais auparavant, renvoyez vos troupes, retirez vos canons, et suspendez de ses fonctions tout le conseil général de la commune. "

« Nioche mentoitlâchement encore pour se disculper; il nioit qu'il eût eu part à la confection de l'arrêté ; il assuroit même qu'on n'avoit point de vues hostiles contre les sections, et que défense étoit faite de tirer sur leurs bataillons ; mais tout à coup l'airain tonne : et Nioche est convaincu d'imposture.

« Un bataillon de section, nominativement appelé par la municipalité, s'étant laissé conduire sans défiance par le traître Barbier, son commandant,

devant \'Hôtel-de- Ville, venoit d'y être criblé par le canon, et par plus de trois cents coups de fusils, à l'instant où ce chef en avoit donné le signal par sa réunion avec les municipaux. Tout le comité crie à la trahison ; Nioche, qu'on en accuse aussi, veut aller solliciter la cessation du carnage : il part, en laissant la promesse de revenir bientôt apprendre le succès sa démarche ; et Ledoyen reste consigné dans l'arsenal.

« Le temps s'écouloit ; il étoit cinq heures du soir, et Nioche ne revenoit point ; l'activité des dispositions militaires de la conjuration portoit à croire qu'il ne rapporteroit aucune réponse favorable. Dans cette persuasion, la prévoyance du comité donna l'ordre de faire marcher les bataillons vers VHôtel-de- Ville. Le département, de son côté, envoya proclamer la suspension de toute la municipalité, avec un appel aux présidens et secrétaires de sections, pour exercer, par intérim, les fonctions municipales.

« Pendant que ces choses se passoient à l'arsenal, VH6tel-de- Ville et la place des Terreaux continuoient d'être le théâtre de la plus atroce barbarie. Bertraiid et ses confrères, descendus avec le commandant Juillard, sur cette place jonchée des morts et des mourans du bataillon, que la plus horrible des trahisons venoit de sacrifier, disoient, en contemplant les uns avec complaisance : " Les voilà bien en permanence " et ils faisoient achever les autres à coups de ba3'onnettes et de crosses de fusil, par les bandits qui les accompagnoient. Puis, ils dansoient ensemble sur les

cadavres, autour du canon, en criant à plusieurs reprises : " Vivent les sans-culottes. " De là Juillard étant allé chercher d'autres hordes de brigands, les amenoit et les rangeoit en ordre sur la place. Depuis l'arrestation de Ledoyen, il redevenoit leur chef, et paroissoit vouloir se montrer digne de l'être. Les municipaux parcourent les rangs, en distribuant des cartouches à poignées, et en s'écriant : " Soyez fermes ; nous les tenons. "

« Le premier bataillon des volontaires du Mont- 'Blanc arrivoit et se rangeoit pareillement en bataille ; on le ranimoit par une boisson de vin mêlé de poudre, en disant aux soldats qu'il s'agissoit de résister à des rebelles semblables à ceux de la Vendée. Beaucoup de curieux étoient aux fenêtres, les municipaux, craignant qu'ils ne devinssent un jour des accusateurs, leur ordonnèrent de se retirer, en laissant ouvertes les jalousies, pour qu'ils ne pussent y revenir sans être vus, les menaçant de les coucher en joue, s'ils y reparoissoient. Alors, croyant tous les regards écartés, Gauthier sortit de YHôtel-de-Vilh, en costume de député, et fit le tour de la place, en disant aux satelhies de la conjuration : " Braves sans-culottes ! nous voici dans un moment de crise, tenons-nous fermes ; nous aurons le dessus ; si l'on tire, joignez-vous contre les maisons et couchez-vous à terre : nous sommes sûrs de la victoire. " Gauthier répétoit ensuite avec les autres conjurés, leur refrain chéri : " Vivent les sans-culotles ; — à bas les muscadins et les permanens. "

« Après ces encouragemens donnés, les municipaux rentroient dans VHotel-de-Ville ; et Gauthier se rendoit auprès du corps de troupes qu'ils avoient posté à l'entrée du quai du Rhône, près du Pont Morand. C'étoit pendant ce temps là même qu'il faisoit porter au comité des sections, par son collègue Nioche, contradictoirement à la pacification que celui-ci avoit promise, une proclamation, signée par l'un et l'autre, où ils ordonnoient que l'arsenal leur fût livré, que les autorités qui y siégeoient disparussent, et que tous les bataillons quittassent les armes et se dispersassent.

« Tant d'audace n'étoit plus supportable, on se pronouçoit fortement contre l'ineptie et l'impudence de Nioche. Il osoit néanmoins encore blâmer la défiance des sections, et protester qu'il étoit défendu de tirer sur leurs bataillons, lorsqu'encore une fois le bruit du canon vient lui donner le plus terrible démenti. On le retient en otage ; et de toutes parts, les bons Lyonnois volent au secours de leurs concitoyens.

« D'après l'ordre donné toute à l'heure aux bataillons réunis sur la place de Beïlecoiir, ils s'étoient formés en deux colonnes, et c'étoit sur celle qui s'avançoit le long du quai du Rhône, que le canon venoit de tonner et tonnoit encore, par les ordres même de Gauthier. Il étoit à cette batterie, comme je l'ai dit ; et ce fut de là que partit le premier feu sur les Lyonnois. La plus vive canonnade duroit déjà depuis deux heures contre cette colonne ; une force

considérable soutenue par des dragons à cheval, par un bataillon de volontaires, et par le service non interrompu de l'artillerie, ne pouvoit la faire plier ; on eut recours à la trahison. Un cavalier vient, faisant flotter au bout de son sabre un mouchoir blanc en signe de paix ; les Lyonnois, trop confians, s'approchent pour parlementer ; le cavalier retourne, s'échappe au galop : et ils sont à l'instant renversés par deux canons chargés à mitraille.

« La seconde colonne marchant le long du quai de la Saône, s'étoit divisée en deux détachemens. L'un s'avançant par des rues, à travers des tirailleurs postés aux fenêtres, dans les allées et dans les caves, parvenoit à l'entrée de la rue St-Pierre, qui aboutit à la place des Terreaux. Là, se trouvoit en face Riard avec sa troupe et du canon. Il fait un signe de pacification et, venant seul au devant des citoyens, il Its porte à s'approcher pour l'entendre. Le premier qui se présente est tué d'un coup de fusil, commandé par Riard, qui se jette à l'instant dans l'embrasure d'une porte, en donnant, avec son chapeau, le signal à sa troupe. Son canon, chargé à mitraille, part aussitôt ; un feu roulant de mousqueterie l'accompagne : des fusillades partent en même temps des maisons voisines, où les conjurés ont aussi posté de leurs satellites. Le détachement tombe presqu'en entier ; mais ce qu'il en reste, forcé de se replier sans pouvoir emmener ses canons, ne veut partir qu'après les avoir déchargés

contre les assassins. Encore terrible dans sa retraite, il ne quitte pas ce lieu funeste sans en tuer un grand nombre.

« Les débris de ce corps et ceux de la première colonne, aux côtés desquels la mort a moissonné tant de concitoyens, ne sont-ils point allés mettre à l'abri du danger une vie si miraculeusement conservée? Ici le découragement et la crainte sont inconnus. Ces débris dispersés vont d'eux-mêmes, et par un penchant commun, se réunir au second détachement, qui, moins malheureux que les deux premiers corps, étoit parvenu sur la place des Carmes, située à l'angle nord-ouest de celle des Terreaux. Il étoit presqu'en face de l'Hôteîde-Ville, dans une position avantageuse : mais il avoit à combattre des forces considérables. Dix-huit cents hommes, presque tous aguerris, et vingt-deux canons défendoient la municipalité ; mais la bravoure calculet-elle autrement que par son ardeur ? Deux mille citoyens, qui n'avoient jamais vu le feu, déployoient, avec un courage des plus animés, une tactique d'autant plus étonnante, qu'elle n'étoit le fruit que de l'instinct. Le combat devient opiniâtre, parce qu'ils ont résolu de vaincre. Après des fusillades et des décharges à mitraille, ils tirent à boulets contre VHôtel-de-Viîle, devenu la citadelle des conjurés. Dans la chaleur de leurs manoeuvres, un canon éclate entre leurs mains, sans que le feu s'en rallentisse. On n'en charge qu'avec plus d'activité ceux qui servent encore : on ne les dirige qu'avec plus d'attention et de succès.

go LYON EN 1793

« Gauthier en est déconcerté : il n'y a que demiheure que cette dernière attaque est commencée, et le voilà qui vient, à six heures et demie, sur la place du combat, pour le suspendre par de trompeuses propositions d'accommodement. Peu s'en fallut qu'il n'y fût sacrifié par l'indignation publique ; mais de braves grenadiers des sections l'enlevèrent aussitôt aux besoins des brigands, comme au ressentiment des citoyens qui menaçoient ses jours. Transporté à l'arsenal, il y répéta, pour se disculper devant le comité et devant le département, les mêmes impostures que son collègue Nioche avoit débitées avant lui.

ft Le combat s'étoit rengagé de nouveau avec le même achardement, lorsqu'à dix heures environ, les conjurés , désorientes par l'absence de Gauthier, écrivirent au comité pour demander une suspension d'armes et la reddition des deux commissaires. On leur répondit par l'arrêté qui suspendoit le conseil général de la commune ; et Gauthier, dent la frayeur assouplissoit la perfidie, ajouta son approbation à cet arrêté, en déclarant, par écrit, qu'il étoit libre et comblé d'égards.

« Les deux représentants autorisèrent même formellement alors une notification, qu'on envoya f^tire à la municipalité de se retirer de VHôlel-de-Vilh; ti comme elle y retint les deux citoyens qui la lui portèrent, ces représentans écrivirent ensuite pour les

réclamer. Ils lui enjoignirent eux-mêmes de se rendre, et donnèrent l'ordre, aux troupes requises par eux, de se retirer dans leurs casernes.

« La municipalité s'en vit abandonnée vers trois heures du matin ; beaucoup de ses autres satellites se découragèrent et disparurent. Elle se trouva réduite à un petit nombre de défenseurs, avec lesquels elle se replia dans VHôtel-de-Vilh. Mais le blocus qui s'ensuivit, obtint la place une heure après. Le commandant des sections y fit, à cheval, une entrée triomphante. Les conjurés vaincus furent saisis ; on les conduisit en prison à travers un peuple furieux, à la vengeance duquel on eut bien de la peine à les soustraire.

« Tel fut ce combat affreux, pendant lequel les Lyonnois se signalèrent par un courage invincible, et par une loyauté pleine de compassion envers leurs prisonniers, tout indignes qu'ils en étoient. Les conjurés, au contraire, se livroient envers ceux des citoyens qu'ils avoient pris, à des actes barbares dont j'ai voulu épargner le détail au lecteur, déjà trop oppressé de tant de scélératesse. Ne pouvois-je donc pas me dispenser de lui dire que les municipaux égorgeoient de leurs mains dans V Hôtel-de-VUh les citoyens enlevés des bataillons, et que, considérant avec joie leurs cadavres, ils outrageoient en eux la nature, la justice et le courage ? Ne pourrois-je pas me dispenser de dire, qu'après avoir fait tirer sur une multitude sans armes, près du quai, avant l'affaire,

ils avoient jette dans le Rhône les blessés comme les morts. Oserois-je dire que les femmes des conjurés, non moins féroces qu'impudiques, s'amusoient à mutiler les niourans encore sensibles, en leur arrachant avec le dernier soupir, les attributs de la virilité ? Ah ! j'ai déjà narré tant de crimes, et j'en ai encore tant à raconter, que je crois pouvoir glisser sur les horribles particularités de cette première catastrophe ! Puisqu'ici les Lyonnois, dégagés du joug de la tyrannie, respirent quelques instants, qu'il me soit permis de respirer un peu moi-même dans l'histoire de leurs malheurs. »

Histoire du siège de Lyon, des événements qui l'ont précédé^ et des désastres qui l'ont suivi, ainsi que de leurs causes secrètes, générales et particulières, (par Guillon de Montléon), Lyon et Paris, 7797, an V, tome I, p. i<)6-

Le parti vaincu adresse, le soir même, au président Fréminville, une demande de suspension d'armes ainsi conçue :

« Citoyens, pénétrés des malheurs qui désolent notre cité, nous ne doutons pas que vous ne soyez de même. En conséquence, nous vous proposons de faire une suspension d'armes pour jusqu'à demain, jour auquel nous espérons que nous nous embrasserons tous.

« Signé : Les memlrcs du disti ict et du département,

« Thonion, Maillan, Bertrand, maire ; Achard, Bertachon, Bourbon, procureur-syndic.

« P. S. Si VOUS voulez nous rendre les représentants du peuple et les autres prisonniers, qui sont allés vous porter des paroles de paix, nous vous rendrons ceux que nous avons faits.

« Signé : Thonion et PiroN. »

Cette lettre ayant été communiquée aux représentants du peuple et aux corps administratifs, ceuxci persistèrent dans leur arrêté. Le comité des sections répondit immédiatement à la municipalité.

« Citoyens, notre réponse à votre lettre consistera dans l'arrêté des corps administratifs supérieurs, réunis aux représentants du peuple. Nous vous invitons et requérons au besoin de vous conformer à cet arrêté, et de cesser sur-le-champ toutes fonctions, de renvoyer une force, qui n'auroit jamais dû être requise contre les citoyens. Nous vous promettons qu'elle ne sera point inquiétée dans sa retraite. Les citoyens représentants du peuple sont libres, au milieu des administrations du département et des districts réunis ; nous requérons que leur secrétaire soit immédiatement envoyé auprès d'eux, conformément à leur arrêté ; nous requérons également que vous exécutiez l'ordre qui vous a été donné par les citovens représentants du peuple, de remettre en liberté ceux que vous retenez si illégalement depuis hier, et ceux que vous retenez depuis ce jour.

« Signé : Les commissaires des sections réunies dans la ville de Lyon. »

Les sections réunies voulurent autre chose encore que les intimations de cette notification ; ils invitèrent les représentants du peuple et les administrations réunies à ordonner la mise en arrestation du Conseil général de la commune et des autres citoyens reconnus coupables d'avoir excité la guerre civile.

Tandis que les citoyens Rozier, administrateur du département de Rhône-et-Loire, et Martinière, procureur-syndic du district de la campagne, nommés commissaires, pour proclamer, dans les rues et sur les places de la cité, la suspension de la municipalité de Lyon et les autres dispositions des corps administratifs, s'acquittaient de leur mission à la lueur des flambeaux, au son de la trompe, et escortés par la gendarmerie à cheval de la ville , toutes les fenêtres s'illuminaient, les unes en signe de réjouissance, les autres pour obéir à l'injonction du département. De nombreux détachements de gardes nationales des campagnes faisaient leur entrée par les différentes portes de Lyon ; désolées de n'être pas venue à temps pour secourir leurs frères, et prendre part à leurs succès, elles n'avaient qu'un seul cri, celui de : Vivent nos frères de Lyon ! vivent les sections ! vivent les administrateurs du département !

BaUeydier, Histoire du peuple de Lyon, II, 208.

30 Mai

La municipalité provisoire élue par les sections, réunies à l'Arsenal en présence des représentants, adresse aux Lyonnais la proclamation suivante au sujet de la journée du 29 :

« Vivent la Liberté, l'Egalité, la République une et indivisible !

« Citoyens,

« Vous venez de montrer votre courage, vous avez terrassé l'anarchie, déployé toute la vertu des Républicains, votre amour pour la loi, votre horreur pour les excès dont vous avez été menacés. Les sections de la ville doivent être grandes et généreuses, elles ne déshonoreront pas leur triomphe par des attentats à la sûreté individuelle ; chaque citoyen doit être sous la garantie de toutes les sections. Xous vous invitons, citoyens, à exercer la surveillance la plus active, pour que la loi règne seule ; conservez le calme et la tranquiUité qui doivent succéder à la victoire.

« Oubliez les scènes affreuses dont vous avez été les témoins et les victimes, pour vuus livrer sans réserve aux doux sentiments de fraternité et d'union, qui doivent caractériser les peuples libres et les vrais républicains. »

Le triomphe des sections avait intimidé les représentants du peuple qui, bien que favorables à la municipalité, ne crurent pas pouvoir refuser leurs félicitations aux vainqueurs, et leur adressèrent eux aussi une proclamation :

« Les représentants du peuple près l'armée des Alpes aux citoyens de Lyon,

« Des avis alarmants sur la situation de Lyon et sur les dangers d'une contre-révolution décidèrent les quatre représentants du peuple auprès de l'armée des Alpes à faire passer dans cette ville une force armée, qui devoit en assurer la tranquillité et protéger les propriétés nationales.

« Cette mesure a alarmé quelques sections, les représentants du peuple ont cherché à les rassurer, et ils n'attendoient pour la changer, que d'avoir des renseignements positifs sur cette cité ; ils ont annoncé leurs dispositions à cet égard ; ils ont engagé tous les citoyens à la paix et à l'union. Le malheur a voulu que cette invitation n'ait pas réussi ; ils ont reconnu que les impressions qu'on leur avoit données étoient fausses ; il leur est démontré que les sections ne désirent pas une contre-révolution, qu'elles sont au contraire animées de patriotisme et de sentiments républicains, mais qu'elles provoquoient une prompte réparation des griefs et des abus dont elles avoient à se plaindre. Les représentants du peuple se sont donc.

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