CHALIER
est de Chassaignon, il est curieux par le style qui est véritablement celui d'un fou. Il voulait justifier Chalier en le faisant passer pour un exalté, un maniaque, un fou.
Après la prise de Lyon par les armées de la République, les Montagnards poursuivirent les juges de Chalier. On rendit des honneurs funèbres à sa mémoire. Dorfeuille, président de la commission de justice populaire, prononça l'éloge de Chalier sur la place de la Liberté, ci-devant place des Terreaux. Ce discours a été imprimé. Il est écrit dans le style violent qui caractérise cette éooque ; il renferme quelques détails biographiques précieux à recueillir. Il cite la lettre que Chalier écrivit au moment d'aller à la mort. La voici :
De la prison, ce 16 juillet, à 4 heures du soir'
« Mes chers frères et sœurs,
« Je n'ai que ce papier pour vous faire mes adieux, quelques minutes avant ma mort pour la hberté. Adieu frère Antoine, adieu frère Valentin, adieu frère Jean, adieu frère François, adieu neveux, nièces, belle-sœur, beaux-frères, parens et amis, adieu à tous. Chalier votre frère, et votre parent et votre ami, va mourir parce qu'il a juré d'être Hbre, et que la liberté a été ravie au peuple de Lyon, le 30 mai 1793. Chalier, votre ami, va mourir innocent. Vivez en paix, vivez heureux, si la liberté reste après lui, mais
si elle vous est ravie, je vous plains bien. Souvenezvous de moi , j'ai aimé l'humanité ertière, et la liberté, et mes nombreux, ennemis et mes bourreaux, qui sont mes juges, m'ont conduit à la mort. Adieu, ma justification est dans le sein de l'Eternel, dans tous mes amis, dans ceux de la liberté. J'embrasse tous ceux qui se rappelleront de moi. Je vous aime, je les aime, comme j'aime l'humanité entière. Adieu, salut, je vais reposer dans le sein de l'iiternel.
« Signe : Chalier. »
Dorfeullle, à la fin de YElojc funèbre de Chalier, donne les détails suivants sur ses derniers moments :
« Arrivé prés de son lit de mort, qu'il appeloit son lit de triomphe, il voulut parler. Mais le roulement des tambours et les vociférations des scélérats étouffèrent sa voix. Il se tourna vers un des assistants et lui adressa ces mots : " Dis au peuple que je meurs pour la liberté, que je serois trop heureux si ma mort et mon sang pouvoient la consolider. Je n'ai qu'une seule grâce à demander au peuple de Lyon, c'est que je sois la seule victime, et qu'il pardonne à tous les autres.
« Alonté sur l'échafaud, il dit ; "Je donne mon âme à l'Eternel, mon cœur aux patriotes, et mon corps aux scélérats. "
« Enfin, sous le fer fatal, et déjà frappé d'un premier coup, insensible à la douleur et ne pensant
qu'à la patrie, il agitoit sa tête mourante et crioit au bourreau : " Attache-moi donc une cocarde, je meurs pour la liberté. " »
A la suite de l'Eloge funèbre de Chalier se trouvent encore des détails sur ses derniers moments, consignés par M. Lassausse, le prêtre qui l'accompagna. Ils sont contenus dans un article intitulé : Exposé simple et vrai des circonstances qui ont accompagné les derniers moments du citoyen Chalier. Voici ce qu'il dit :
« Le 16 juillet 1793, l'an II de la République une et indivisible, je me présentai à midi au citoyen Joseph Chalier. Il avoit été condamné à perdre la vie dans le jour : " Citoyen Chalier, lui dis-je en l'abordant, je ne viens point exercer sur votre conscience un empire tyrannique, je viens auprès de vous comme ami de l'humanité, comme votre frère. Vous êtes malheureux, à ce titre, vous avez des droits à ma sensibibilité. Daignez permettre que je vous console dans vos derniers moments. " « Des larmes de tendresse coulèrent de ses yeux : " Viens, me dit-il, en m'ouvrant les bras, viens, mon ami, je suis sensible à ta démarche. Tout sentiment d'humanité n'est donc pas encore éteint dans les cœurs. Tandis que tout m'abandonne, toi seul as le courage de venir me consoler. " Il me serre dans ses bras, arrose mes joues de ses larmes : " Assiedstoi, me dit-il, j'ai des affaires à régler, tout à l'heure nous causerons ensemble. " Je le laissai écrire. Quand il eut fini : " Il est des malheureux dans cette prison.
lui dis-je, daignez les secourir. Tu as raison, me dit-il, et à son instant, son âme s'ouvre aux doux sentiments de la bienfaisance 'Il assura 160 livres aux malheureux prisonniers). Il récompense de son propre mouvement les gendarmes qui dévoient l'accompagner à la mort ; il dépose entre mes mains les derniers témoignages de l'attachement sincère qu'il avoit voué à une femme vertueuse. " Bertrand, s'écrie-t-il, en s'adressant au maire, que la même infortune avoit précipité dans les cachots, Bertrand, adieu, le plus tendre de mes amis, je vais mourir, mon heure est venue, ne crains rien, Chalicr sauva mourir d'une manière digne de la cause qu'il a soutenue. Adieu, mon ami, souviens toi de ton frère, souviens-toi de ce que je t'ai confié, tu m'entends, adieu, pour toujours. " Tout le monde fondoit en larmes, et je restai quelque temps immobile, dominé tout à fait par un sentiment de douleur et d'admiration ; " Pourquoi t'affliges-tu, me dit-il, la mort n'est rien pour celui dont les intentions sont droites et dont la conscience fut toujours pure. Quand je ne serai plus, mon âme ira se perdre dans le sein de l'Eternel, dans cette immensité qui nous environne. " « Le moment fatal arrive : " Partons, me dit-il, l'heure de mon triomphe a sonné. " L'exécuteur lui attache les mains : " Pourquoi m'attacher les mains, lui dit-il, crains-tu que je veuille m'échapper ? " Il me recommande d'attacher à sa boutonnière un petit bonnet de la Hbcrté, suspendu à la cocarde de son
chapeau. Je lui rends ce service, on m'arrache ce petit bonnet des mains. " Ils m'ôtent, mon ami, tous les emblèmes de la liberté, mais Chalier a la liberté dans le cœur, rien ne pourra la lui ravir. " Arrivé dans la rue Lanterne, il m'adresse ces paroles remarquables : " Mon ami on dira que Chalier est un lâche, que je devois me donner la mort ; mais sachez qu'il y a plus de lâcheté et de faiblesse à se donner la mort qu'à la recevoir. Cependant, il faut que je te déclare que, lorsque je fus traduis à l'Arsenal, j'avalai deux clous qui étoient dans ma poche, ainsi qu'une poignée de mes cheveux que j'avois arrachée. "
« Arrivé à la place des Terreaux, il regarde tour à tour, avec un visage gai et tranquille, les cafés, les spectateurs et l'échafaud, et y monte d'un pas ferme et assuré. Le roulement des tambours m'empêcha de faire part au peuple de ses dernières volontés. Les voici : " Dis au peuple que je meurs pour la Hberté... " » (Voir ci-dessus le reste de ces paroles citées par Dorfeuille dans son Eloge de Chalier).
Chaher avait laissé à M. Lassaussela lettre suivante, renfermant ses intentions à l'égard de la femme Pic, sa gouvernante :
« Ami Lassausse, va de ma part trouver, avec qui tu voudras, la municipahté de Caluire pour l'inviter à maintenir à la citoyenne Pic, ma gouvernante, le terrain que j'ai fait défricher le long de Saint-Clair, montant à 300 ou 600 livres, parce que j'étois sur le
point d'en avoir grand besoin. Elle m'intéresse, cette vertueuse citoyenne, et je ne voudrois pas qu'elle souffrît après ma mort. Je t'invite à faire tout ton possible, pour que le terrain lui soit maintenu en entier pendant sa vie, et pour son fils après elle. Chalier aimoit mieux défricher cette terre inculte que d'avoir un jour recours à des secours peut-être humilians, parce qu'il voyait que tout alloit lui échapper. Il lui est dû 60,000 livres à Palerme, en Sicile, la nation doit les lui faire rentrer, et jusqu'à présent rien de nouveau à cet égard. Que la commune de Caluire, que celle de Lyon, à qui je recommande cette vertueuse femme, n'ayent pas à se reprocher rien à son égard. Je la recommande à mes parents et à tous les amis de la vertu, de la liberté, des lois et de l'humanité.
« Lyon, le 16 juillet à quatre heures du soir, quelques minutes avant ma mort pour la cause de la liberté.
« Ami Lassausse,
« Salut fraternel, « Chalier,
« Président du tribunal du district de Lyon, place qu'il a remplie avec candeur et intégrité. Je dois cela pour mes amis, pour la tranquillité de mes parents. Je vous embrasse. Adieu. »
On rendit après le siège des honneurs funèbres à la mémoire de Chalier, c'est à cette époque que parurent :
1= U^Apothéose de Chalier , iiiiprowptii, parle citoyen Capinaud ;
2° VEIoge de Chalier, le père du peuple, par le démocrate Bellay.
Péricaud, dans ses Tablettes chronologiques de 178g- 1800, Lyon 183 1, donne aussi des détails biographiques sur Chalier.
Courtois, dans son rapport à la Convention Nationale sur les papiers et la conspiration de Robespierre, p. 84, s'exprime de la manière suivante sur le compte de Chalier :
<' Sans chercher à attrister l'ombre de Chalier, ou à jeter un ridicule sur le décret qui lui décerne les honneurs du Panthéon, je crois pour rendre hommage à la vérité, devoir citer quelques notes dont le contenu m'est certifié véritable en tous points par un de nos collègues.
« Chalier étoit à Lyon un commissaire de la commune de Paris, il avoit une correspondance suivie avec un nommé Renaudin, que Robespierre avoit placé en qualité de juré à son tribunal révolutionnaire, et qui a été un des plus sanguinaires de cette horde d'égorgeurs.
« Chalier signala son arrivée à Lyon après la journée du 2 septembre 1792, par regorgement qu'il
fit faire de neuf officiers, que la municipalité avait mis en arrestation pour cause de désobéissance. Il ne cessa, depuis ce moment, d'agiter le peuple, de le porter à la révolte et de l'exciter au pillage ; il prêchoit ouvertement, dans les lieux publics et dans les sociétés populaires, qu'il falloit faire tomber la tête des riches, qu'il falloit les dépouiller pour enrichir les sans-culottes. Voyant que ses sermons ne produisoient pas l'effet qu'il en attendoit, et que le peuple répugnoit à se prêter à de pareilles horreurs, il tint dans le lieu des séances de la Société populaire un conciliabule, dans lequel il avoit appelé tous les hommes qu'il avoit jugés le plus disposés à consentir et à le seconder dans ses exécrables desseins. Il leur fit à tous jurer (au nombre de 150) de garder inviolablement le secret sur le projet qu'il alloit leur annoncer, et après avoir reçu leur serment, il leur dit qu'il falloit, dès le lendemain, étabUr une guillotine sur le pont Morand, pour guillotiner tous les gros négociants qui, à son sens, étoient tous des aristocrates, et que de là on jetteroit avec aisance leurs cadavres dans le Rhône. Il invita pour cette exécution tous les citoyens présens à choisir, chacun dans leur section, le plus de personnes qu'ils croiroieni. propres à prêter mainforte à cette expédition. Un nommé Fillion, que Robespierre a fait venir depuis à Paris, et qu'il a placé juré dans son tribunal révolutionnaire, et qui est aujourd'hui dans les prisons de Paris, s'offrit pour être le bourreau.
« Ce projet exécrable eût eu, en effet, son exécution, si, parmi ceux à qui il fut découvert, il ne s'en fût pas trouvé quelques-uns qui en eurent horreur, et qui en firent secrètement avertir le maire. Celui-ci fit mettre sous les armes toute la garde nationale, et par cette mesure^ on en imposa à ces scélérats, qui avoient déjà fait toutes leurs dispositions pour exécuter leur projet.
(( Depuis, Chalier ne cessa d'exciter le peuple et de
l'animer contre les négocians et contre les riches, de
susciter à ceux-ci tous les désagréments, toutes les
terreurs qu'il put imaginer, pour les porter à prendre
un parti, qui pût lui servir de prétexte, pour les faire
écraser par le peuple. On peut dire, avec la plus
exacte vérité, que ce Chalier a été le principal auteur
de tous les maux que la ville de Lyon a éprouvés
dans la Révolution.
« Si^ni : Pressa vix. »
21 Juillet
^Après Chalier, jut condamné à mort %iard, avec lui un des principaux auteurs de la journée du 2^ mai. Voici les pièces de son procès , extraites des minutes du greffe du tribunal criminel du département de Rhône-et-Loire, du 21 juillet J/PS) ^'«" iJ^ de la République française.
« Au nom Je la République :
(f Vu, par le tribunal criminel du département de Rhône-et-Loire, l'acte d'accusation dont la teneur suit :
« Le directeur du jury du tribunal du district de la ville de Lj^on expose que, le 25 de ce mois, l'huissier Neyrod, demeurant à Lyon, place Neuve, porteur du mandat d'arrêt délivré le même jour par le ciroyen Begot, juge de paix, officier de police et de sûreté du canton de la Métropole, contre Marie- Joseph Riard-Beauvernois , Jean-Pierre -François- Alexis Nesmes et Jacques Gâche, prévenus de complicité de meurtre dans la journée du 29 mai dernier, a conduit à la maison d'arrêt dudit tribunal les personnes desdits prévenus, et qu'aussitôt ladite remise ils ont été entendus par le directeur du jury sur les causes de leur détention ; que, les dénonciateurs ne s' étant pas présentés dans les deux jours de la remise des prévenus en la maison d'arrêt, le directeur du jury a procédé à l'examen des pièces relatives aux causes de l'arrestation et de la détention desdits prévenus ; qu'ayant vérifié la nature des délits dont ils s'agit, le directeur du jury a trouvé qu'ils étoient de nature à mériter peine afflictive : en conséquence, le directeur du jury a dressé le présent acte d'accusation pour, après les formalités requises par la loi, être présenté au jury d'accusation ; le directeur du jury déclare donc qu'il résulte de l'examen des
pièces, que , depuis longtemps , Riard , Gâche et Nesmes prêchoient, dans les assemblées populaires et. les clubs, le meurtre et le pillage ; que, fidèles agents de la municipalité, le désarmement des bons citoyens leur avoit été confié ; qu'ils l'ont exécuté en enlevant aux citoyens chez lesquels ils se portoient, toujours en force et à main armée, non seulement les fusils de munition, mais toutes les armes défensives qu'ils trouvoient, tels que fusils de chasse, pistolets, sabres, épées, cannes, etc.. ; que Gâche est l'un de ceux qui se sont portés chez le citoyen Coindre en son absence, pour l'arrêter et le désarmer ; que Gâche était l'un des principaux coopérateurs de la séance du club central du 6 février dernier ; que le 19 du même mois de février, Riard a violé le domicile du citoyen Coindre, avoué, rue Saint-Jean, à la tête d'une foule de clubistes armés, dont il fit environner la maison ; qu'il tint pendant longtemps un pistolet armé sur la gorge de la citoyenne Coindre en proférant les injures les plus atroces et voulant la forcer de déclarer où était son mari, en lui annonçant que s'il le trouvoit, il l'égorgeroit à ses pieds ; qu'il se porta aussi à des violences criminelles contre un citoyen qu'il trouva dans l'étude, et qu'il vouloit emmener au lieu et place du citoyen Coindre ; que, pendant cette scène d'horreur, qui se passoit dans les appartements du citoyen Coindre, les satellites que Riard avoit laissés dans la rue lui crioient : " Si vous trouvez ce scélérat de Coindre, jetez-le-nous par les croisées et sur les
baïonnettes ; " et qu'au mépris d'une proclamation qui avait été faite à la porte même du citoyen Coindre par la municipalité, qui mettoit la personne et les propriétés de ce dernier sous la sauvegarde de la loi, Riard retourna dans son domicile pour recommencer ses perquisitions et se mit, lui et sa bande, en sentinelle dans un cabaret au rez-de-chaussée de la maison qu'habite le citoyen Coindre, pour l'arrêter s'il fût rentré chez lui ; que Riard, Gâche et Nesmes avoient aussi été choisis par la municipalité pour délivrer dans leur canton les cartes de section et de civisme, et qu'ils ont refusé de remettre les registres aux commissaires, depuis légalement choisis par les sections ; que Riard, Gâche et Nesme ont voulu dissoudre, à main armée, les assemblées des sections qui se mettoient en permanence ; que Riard est allé, à la tête d'une force armée, dissoudre et arrêter les citoyens du bataillon de Saint-Vincent ; qu'il en a conduit et fait emprisonner une trentaine dans l'hôtel commun, ce qui est un attentat à la souveraineté du peuple et à sa liberté ; que, sous le prétexte d'encourager les enrôlements dans une prétendue armée révolutionnaire, Riard a provoqué hautement dans les rues, au son de la caisse, la fureur populaire contre ceux qu'ils appeloient aristocrates, riches et muscadins ; que, dans la malheureuse journée du 29 mai dernier, Riard, Gâche et Nesmes ont formé des attroupements de gens armés pour les conduire à l'hôtel commun ; qu'ils ont détourné beaucoup de
citoyens qui vouloient suivre les drapeaux de leurs bataillons et marcher avec leurs frères d'armes à l'arsenal pour défendre le département contre les menaces des anarchistes et des assassins, et qu'ils ont employé la violence et la force pour les réunir aux meurtriers de l'hôtel commun ; qu'ils ont distribué des armes et des cartouches à ceux qui en manquoient; qu'ils ont participé aux meurtres et aux assassinats ; qu'ils les ont commandés ; que, sur les cinq heures du soir de cette malheureuse journée, Nesmes a été vu sur la place des Terreaux, à la tête d'une troupe de gens armés et auprès d'un café qui étoit fermé ; qu'il engagea ceux qui l'accompagnoient à enfoncer la porte, disant que l'on entreroit dans ce café, et que de là on tireroit sur les citoyens sans avoir rien à craindre ; que, dans la même soirée, Riard a fait tirer sur la place des Terreaux sur un jeune homme qui se sauvoit, et qu'il lui a lui-même plongé son épie dans le corps ; que, dans la rue Saint-Pierre, retiré et caché auprès de la boutique du faïencier, il a donné le signal avec son chapeau ; que les gens à lui affidés ont sur-le-champ tiré sur quelques citoyens qui fuyoient le carnage, et sur des pelotons du bataillon du Change, et que dans cette décharge plusieurs citoyens ont été tués ; enfin que, pendant qu'on assassinoit dans la rue Saint-Côme, la colonne qui marchoit par ce côté, en tirant sur elle des croisées, des portes d'allées et des jours de caves, Riard, à la tête d'une horde nombreuse, armée de fusils et
nantie d'une pièce de canon, fit signe avec la main aux citoyens qui s'avançoient par la rue Saint-Pierre de ne pas tirer et d'approcher pour entendre des propositions de paix ; que Riard s'avança lui-même le premier, qu'un des citoyens qui venoient par la rue Saint-Pierre s'avança également pour entendre les propositions, mais que ce citoyen n'eut pas fait trente pas, que Riard lui fit tirer un coup de fusil, qui le tua; que de suite, il donna un signal avec son chapeau, se retira dans une allée et fit tirer la pièce de canon, qui étoit chargée à mitraille ; que beaucoup de citoyens furent tués ; sur quoi les jurés auront à prononcer s'il y a lieu à accuser contre lesdits Riard-Beauvernois, Gâche et Nesmè.
« Cejourd'hui, 21 juin 1793, l'an II de la République.
« Signé : Renard. »
« Vu aussi la déclaration du jury d'accusation du tribunal du district de la ville de Lyon, écrite au bas dudit acte, portant qu'il y a lieu à l'accusation mentionnée audit acte ; l'ordonnance de prise de corps, rendue par le directeur du jury dudit district contre Marie-Joseph Riard-Beauvernois, Nicolas Gâche et Jean-Pierre-François-Alexis-Augustin Nesme, et le procès-verbal de la remise de leurs personnes en la maison de justice ;
« Après avoir entendu l'accusateur public,
« Le citoyen Valois, défenseur dudit Marie-Joseph Riard,
« Le citoyen Dugenne , défenseur de Nicolas Gâche,
« Et ledit Nesmes, par lui-même, son défenseur n'ayant pas comparu ;
« Et d'après la déclaration des jurés de jugement portant :
« 1° Qu'il est constant que, le 19 février dernier, Marie-Joseph Riard-Beauvernois est entré avec la force armée, et sans réquisition légale, chez le citoyen Coindre demeurant en cette ville, rue Saint-Jean ; qu'il a menacé la citoyenne Coindre, son épouse, en lui tenant un pistolet sous la gorge, et en lui disant qu'elle pouvoit faire le deuil de son mari, qu'il étoit. un brigand, un scélérat, qu'il le hacheroit à ses pieds ; qu'il a, le même jour, eu faisant la recherche du citoyen Coindre dans son domicile, menacé un citoyen qu'il y rencontra de lui faire sauter la cervelle, en lui tenant le pistolet sur la tête pendant longtemps ;
« 2° Que, le 28 mai dernier, ledit Riard, en faisant une proclamation pour la formation d'une armée révolutionnaire, a provoqué publiquement et dans les rues la fureur du peuple contre les jeunes gens qui ne s'y enrôleroient pas, et contre les chefs de famille, qu'il qualifioit d'aristocrates, et desquels il disoit qu'ils rougissoient le matin, qu'ils pâliroient
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le soir, et que leurs têtes tomberoient ; que l'armée révolutionnaire seroit organisée dans la journée ; que les aristocrates de la section dévoient trembler ;
« 30 Q,u'il est constant que Riard, dans la journée du 29 mai, sous le prétexte de reconnoître un bataillon qui s'avançoit vers la rue Saint-Pierre, a fait un signe pour engager quelqu'un de ce bataillon à s'approcher ;
« 40 Que le bataillon ayant fait halte, et un citoyen s' étant avancé, Riard est convaincu de s'être retiré de côté, et se tournant vers les soldats qu'il commandoit, qui étoient placés à l'extrémité de ladite rue Saint- Pierre, près des Terreaux, avec une pièce de canon, de leur avoir fait signe de faire feu sur le citoyen qui s'étoit avancé vers Riard et sur le bataillon, qui avoit fait halte ;
« 50 Que les soldats aux ordres dudit Riard, ont tiré plusieurs coups de fusil et tiré le canon ; que de cette décharge, le citoyen qui s'étoit avancé, a été tué ainsi que plusieurs citoyens de son bataillon ;
« 6" Qiie ledit Riard est convaincu d'avoir fait ce signal méchamment, par trahison et dans le dessein d'assassiner ;
« 70 Qu'il est constant que six personnes armées, conduisant un jeune homme qu'elles avoient arrêté, en traversant la place de la Liberté, lui ont tiré plusieurs coups de fusil, et que ledit jeune homme a été tué ;
LYON EN î 79 5 l6l
« 8° Que Riard est convaincu de s'être trouvé au nombre de ces six personnes, et d'avoir porté à ce jeune homme un coup d'épée, dans le dessein de l'assassiner ;
H 9° Qiie ledit RiarJ est convaincu d'avoir, dans la journée du 29 mai, formé des attroupements de gens armés, sans réquisition et dans l'intention d'occasionner des troubles et des désordres tendants à renverser la liberté, attenter à la vie des citoyens et s'opposer à l'exécution des lois.
« A l'égard de Nicolas Gâche, la déclaration des jurés porte : " qu'il n'est pas convaincu d'avoir, dans les assemblées populaires, provoqué au meurtre et au pillage, mais seulement donné à entendre dans des conversations particulières que, si le meurtre avoit lieu, il y prendroit part ; qu'il ne paroit pas convaincu d'avoir concouru le 29 mai dernier à former un rassemblement d'hommes armés, ni par conséquent de les avoir conduits à l'hôtel commun. "
« En ce qui concerne Jean-Pierre-François-Alexis- Augustin Nesmes, la déclaration des jurés porte : " qu'aucun des faits qui lui sont imputés ne paroît constant. "
« Le tribunal condamne Marie-Joseph Riard-Beauvernois à la peine de mort, conformément à l'article 2 de la première section du titre II du Code pénal, et à l'article i^r du titre III dont il a été fait lecture, lesquels sont ainsi conçus ; Art. 2. " L'homicide
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commis avec préméditation sera qualifié d'assassinat, et sera puni de mort. " Art. ler du titre III. *' Lorsqu'un crime aura été commis, quiconque sera convaincu d'avoir par dons , promesses, ordres ou menaces, provoqué le coupable ou les coupables à le commettre, ou d'avoir sciemment, et dans le dessein du crime, procuré au coupable ou aux coupables les moyens, armes ou instruments qui ont servi à son exécution ; ou d'avoir sciemment, et dans le dessein du crime, aidé et assisté le coupable ou les coupables, soit dans les faits qui ont préparé ou facilité son exécution, soit dans l'acte même qui l'a consommée sera puni de la même peine prononcée par la loi contre les auteurs dudit crime ; "
« Ordonne que la peine de mort, ci-dessus prononcée contre ledit Riard, sera exécutée, sans qu'il puisse user de recours au tribunal de cassation, conformément à la loi du 29 août 1791, dont lecture a été faite , laquelle est conçue en ces termes : " L'Assemblée Nationale, après avoir décrété l'urgence , décrète que les tribunaux criminels des départements jugeront définitivement et en dernier ressort, sans recours au tribunal de cassation, tous ceux qui s'attrouperont dans l'intention d'occasionner des troubles et des désordres tendants à renverser la liberté, ou à s'opposer à l'exécution des lois, ainsi que les prévenus du crime d'embauchage ; "
« Et sera le présent jugement mis à exécution à la diligence de l'accusateur public ;
« Ordonne, en outre, que les titres établissant la ci-devant qualité de noble dudit Riard-Beauvernois, qui ont été trouvés dans le domicile dudir Riard, et déposés en notre greffe, soient brûlés et anéantis, dont procès-verbal sera dressé ;
« En ce qui concerne Nicolas Gâche et Jean-Marie- François-Alexis-Augustin Nesmes , le tribunal les déclare acquittés de l'accusation contre eux portée ; en conséquence, ordonne qu'ils seront mis en liberté.
« Fait à Lyon, en l'audience du tribunal, l'an II de la République, et le 21 juillet mil sept cent quatrevingt-treize : présents Jean-Bernard-François Cozon, président ; Joseph Aaron, Benoît Gayet-Lancin, Jean Baptiste — Pierre Régnier et Barthélemi — Antoine Pourret, juges audit tribunal, qni ont signé.
« Signé sur la minute, CozON, Aaron, Gayet-- Lancin, Régnier et Pourret.
« Signé : Berger, greffier. »
Coîlationné.
Après la victoire remportée par les Lyonnais le 29 mai, et lorsqu'ils se préparaient à résister à la Convention, ils prirent de grandes précautions contre le parti qu'ils avaient vaincu, et firent frapper an jeton, qui fut distribué aux divers chefs de la garde nationale, comme moyen de reconnaissance et pour plus grande sûreté.
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Face : Légende, République française , et à l'intérieur un faisceau surmonté du bonnet de la liberté entre deux branches de chêne, avec ces mots : Force, union.
Revers : Ces mots : Garde nationale de Lyon, à l'intérieur d'une couronne de, chêne.
Pièce octogone de 35 millimètres.
Testament de Chalier
Au nom de l'Eternel, je remets ce dépôt sacré entre les mains et à l'exécution d'une personne en qui j'ai la plus parfaite confiance, et c'est au citoyen Fernez, un des juges du tribunal du district de Lyon, qui voudra bien faire exécuter ce qui suit, comme exécuteur testamentaire.
Je le charge de veiller à la rentrée des objets de mon commerce, en se faisant aider par des négociants qu'il jugera à propos ; et ce qui en résultera, d'en faire passer la moitié à un de mes frères pauvre, qui se nomme François Chalier de Beaulard, dans le haut ci-devant Dauphiné, au bas de la ville de Briançon.
L'autre moitié sera employée à acquitter les dépenses que j'ai faites à une maison située à Caluire,
dont je n'ai donné que huit cents livres au charpentier Pie, six cents Hvres au plâtrier Bernascon, et cent livres au serrurier Saujex, de Caluire.
Je donne la jouissance de ladite maison, pendant sa vie, à la citoyenne Pie, ma domestique, avec les trois mille livres que me doit le citoyen Marteau, agent de change, par une promesse qu'elle trouvera dans mon portefeuille. Je charge de même le citoyen Fernex de demander une autre promesse de six mille livres, qui est dans ledit portefeuille, due par les citoyens Courajot et Ce, de cette ville, qu'il emploiera à l'acquittement des dépenses faites par les ouvriers à ma maison de Cuire.
Je donne à la citoyenne Pie, ma gouvernante, la somme de trois mille livres qui se trouve en assignats dans mon bureau, à la charge par elle d'en remettre deux cents à la citoyenne Corbet, veuve du citoyen Corbet, mort à Longeai, et deux cents au citoyen Laurent, mon filleul, fils du citoyen Laurent, cordonnier, rue Pizay, maison Bertrand, qui lui seront comptés par son père, à l'âge de vingt-un an (sic).
Je donne tous les objets de mobilier et hardes pour mon usage à la citoyenne Pie, avec recommandation d'en donner une portion pour l'usage du citoyen Chareux, un de mes ouvriers.
Je la charge pareillement de veiller à ce que tout soit remis aux personnes que je désigne. Et dans le cas qu'elle ne puisse s'en acquitter pour cause de maladie ou autre empêchement, je prie alors le citoyen
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Marteau de vouloir bien y suppléer en son absence, et faire ce que je dois attendre d'un ami de douze ans.
Et les trois mille livres que je cède à la citoyenne Pie, que me doit le citoyen Marteau, seront délivrées, après sa mort, à mon frère François, ou à ses enfants .
Je recommande encore à la citoyenne Pie de vouloir bien faire distribuer aux pauvres ou malheureux de ma connaissance, toutes les sommes qui rentreront dans mon commerce, provenant des rentrées à faire à Palerme, à Lisbonne eu ailleurs, le tout en se conciliant avec le citoyen Fernex, qui les lui remettra, étant chargé de l'exécution de mes affaires commerciales.
Je recommande le présent écrit au citoyen à qui il sera remis, avec invitation de le remettre au citoyen Fernex ou au citoyen Marteau, ou à la citoyenne Pie, et que les uns et les autres voudront bien exécuter fidèlement. Car telles sont mes volontés que je fais en forme de codicille, revocant (sic) tout acte à ce contraire, n'en ayant jamais fait aucun jusques à ce
jour.
Et dans tous les cas prévus et à prévoir, s'il arrivait qu'aucun de ceux désignés ne pût le faire , je recommande le présent écrit cà la vigilance et aux soins des citoyens députés de la Convention, en les invitant de vouloir bien commettre ceux qu'elle jugera à propos pour l'exécution de mes dites dernières volontés, déclarant qu'après avoir travaillé pendant vingt ans dans
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le commerce, je ne laisse d'autre bien que ce qui est désigné dans le présent écrit, après avoir travaillé dans tous les pais {sic) étrangers. Mon compte de fonds est de trente mille livres, mon compte courant fixe de dix mille livres. Le libre de très modique somme, que j'ignore, le tout se trouvera déposé sur les livres du
commerce et mon acte de société est dans mon
portefeuille de maroquin, situé dans un secrétaire dont je remes {sic) la clef et quand on me la réclamera.
Je donne et lègue encore un temple de la liberté commencé depuis cinq à six ans, au citoyen Robespierre, s'il veut se le faire apporter, et à son refus au citoyen Dubessey, juge du tribunal du district.
Je laisse au citoyen Fernex dix pour cent sur toutes les sommes qu'il fera rentrer de mon commerce, pour ses peines et soins.
Je recommande à tous les hommes justes le soin de faire exécuter mes présentes volontés, quelles {sic) que soient les événements, et je dépose enfin cet écrit dans l'intention vraye [sic) de ne pas faire naître aucun procès juridique. Je les fuis tous et ne veux que la conciliation des parties.
Je déclare quejen'ai jamais participé à aucune action qui soit contraire aux grands principes d'égalité et d'humanité, et c'est sous cette dernière déclaration que je pense que les citoyens s'empresseront à faire
lé8 LYON EN 1793
exécuter le contenu de ces cinq pages et demi. Et ils mériteront bien de la patrie en ne troublant point ceux et celles que je désigne, parce qu'elles sont pures en toute chose et connaissent mes intentions et le fond de mon cœur,
Lyon, 30 may 1793, l'an II de la République française et sur les onze heures du soir, ayant signé sérénité et à toutes les pages, ut ne zwietur .
Joseph CHALIER.