‹ Lyon de 1778 au Directoire, notes et documents; (volume 5)Chapitre 6 sur 9 · DÉCLARATION DU JURY DE JUGEMENT · texte numérisé non relu

DÉCLARATION DU JURY DE JUGEMENT

Sur mon honneur et ma conscience, la déclaration du jury est qu'il est constant :

« 1° Qu'il a été formé un complot d'égorger un grand nombre de citoyens de cette ville, qui devoit être mis à exécution dans les premiers jours de février dernier ;

« 2° Que ce complot a été développé dans une assemblée tenue le 6 du même mois, au club central, où, les portes fermées, on a préalablement exigé un serment de garder le secret sous peine de mort ; qu'après la prestation de ce serment on y annonça que les détenus à l'Hôtel-de-Ville étoient des contrerévolutionnaires, des aristocrates, qu'on devoit juger et exécuter sur le champ ; qu'à cet effet on forma de suite un tribunal populaire dont les juges et les jurés furent choisis parmi les membres que les différents clubs y avoient envoyés en qualité de commissaires ; que, sur la motion de l'un des conjurés, il fut arrête que la guillotine seroit placée sur le pont Morand, afin que les têtes de ceux que l'on exécuteroit tombassent dans le Rhône et que les corps pussent être

ensevelis à l'instant ; que l'on mettroit deux pièces de canon aux deux extrémités du pont ; que les citoyens des clubs seroient armés pour protéger l'exécution et les jugements ; que les autorités constituées seroient paralysées par une forte garde, et que, si le maire, ou quelque autre, vouloit s'opposer à ces exécutions, il seroit £;uillotiné le premier ;

« 30 Que Joseph Chalier est convaincu d'avoir été l'un des chefs de ce complot ;

« 40 due si ce complot n'a pas été exécuté, c'est parce qu'il fut dévoilé au citoyen Nivière, maire, qui fit mettre de suite sous les armes une force imposante ;

« 50 Qu'il est constant qu'on a cherché à faire revivre ce complot sous la forme d'un tribunal révolutionnaire, et qu'à cet effet on a entretenu la fermentation par des discours prononcés dans des lieux publics par des affidés, et par toute sorte de moyens ;

« 6° Que Joseph Chalier est convrincu d'avoir concouru à ce nouveau projet ;

<i 70 D'avoir provoqué au meurtre par ses discours publics et ses écrits atîichés, d'avoir fait prêter à cent de ses afiîdés au pied de l'arbre de la liberté, le serment d'exterminer tous ceux désignés sous le nom d'aristocrates, de feuillantins. de modérés, d'égoïstes,

d'accapareurs, d'usuriers et de la caste sacerdotale fanatique ; et d'être l'auteur du placard intitulé : Serment des ^00 républicains ;

« 8° Que ledit Joseph Chalier est convaincu d'avoir provoqué la guerre civile dans cette ville, en armant les clubistes contre les citoyens des sections, en sollicitant, auprès du Comité de Salut public, demilivre de poudre à tirer pour chacun de ceux de son parti, et en soulevant le peuple contre les administrateurs du département ;

« 90 Qu'il est aussi convaincu d'avoir, le 27 mai dernier, provoqué à l'assassinat, en disant dans l'assemblée du club dit des Jacobins qu'il falloit faire un faisceau des présidents et secrétaires des sections, leur trancher la tête, et se laver les mains dans leur sang ; qu'il falloit aussi guillotiner les administrateurs du déparlement ;

« 10° Q.u'il est constant que l'émeute, qui eut lieu le 29 mai dernier, a été suscitée pour occasionner des troubles , détruire la Hberté des citoyens, et les empêcher de s'assembler dans leurs sections, quoiqu'ils y fussent autorisés par la loi du 21 mars, et par un arrêté du département du 25 mai ; que ces troubles tendaient par une suite nécessaire à armer les citoyens contre une autorité légitime ;

« 11° Qu'il est constant qu'à cette journée du 29, il y eut un grand nombre de morts et de blessés ;

« 12° Et enfin que Joseph Chalier est convaincu d'avoir été, par l'ensemble de sa conduite, ses provocations au meurtre, ses écrits, sa correspondance et efforts pour empêcher la permanence des sections, ou les dissoudre, l'un des principaux auteurs de cette journée malheureuse, dans l'intention de renverser la liberté, et de s'opposer à l'exécution des lois. »

Le plaidoyer prononcé par Moulin en faveur de Chalier renferme les renseignements suivants sur la vie de ce personnage :

ft En 1788, le vieil édifice du royaume s'ébranle sur ses fondemens ; les Etats géncrauxsont convoqués ; enfin l'Assemblée Constituante s'établit. C'est à cette fameuse époque, tout à la fois subversive et régénératrice, que Chalier fut électrisé. Son âme ardente trop longtemps comprimée, qui n'a jamais pu supporter aucun joug, pas même celui du mariage, le porta à se sacrifier tout entier pour la patrie. Il falloit remédier à la pénurie extrême des finances. Chalier passe jour et nuit à la composition d'un mémoire, qui offroit un travail achevé sur la création des assignats sur l'argenterie des églises et des particuliers. Il le donne au Comité permanent qui s'étoit formé à Lyon et qui lui députe le citoyen Magneval. Chalier en envoie encore un duplicata à Clermont-Tonnerre président de l'Assemblée Nationale, et un autre à Necker, qui lui en accuse la réception, et lui témoigne sa satisfaction.

« Chalier se voue entièrement à la révolution, vole à Paris, assiste religieusement à toutes les séances de l'Assemblée ; il se levoit à quatre heures du matin pour y avoir une place. Les quatre députés lyonnois, Goudard, Périsse, Couderc et Millanois , ont été témoins de son zèle.

« Le démoliscement (sic) de la Bastille, ce monument aflfreux du despotisme, où l'on ensevelissoit depuis trois siècles de vivantes victimes, fut pour ce patriote Chalier une véritable jouissance. Il en recueillit précieusement quelques morceaux de pierre, il acheta quelques fragments d'écrits trouvés dans les cachots...

« Les principes de démagogie qui lui avoient attiré une foule d'ennemis en France, lui en attirèrent aussi sous l'hémisphère brûlante de la Sicile. Il fut dénoncé au roi de Naples pour tenir au parti populaire ; le vice-roi Caraminica lui enjoignit de quitter le pavs sous trois jours ; la princesse Carini le cautionna, et le délai fut prorogé. Chalier se plaignit à Gamelin, consul de France, il lui dit : " Si vous ne recevez pas ma protestation en chancellerie, je ferai assembler la nation française, " c'est-à-dire tous les négociants. La protestation fut acceptée.

« Chalier en s'éloignant de la Sicile cingle vers Malte ; il rend une visite au grand-maître, qui n'est pas plus poli que le despote de Naples.

« C'e;;t au milieu de ces courses qu'il reçut une lettre signée Degrais et Bertholon, qui lui annonçoit

qu'il avoit été nommé notable. Il fait passer sa démission qui n'est pas acceptée. Arrivé, il fait part à l'Assemblée Nationale des persécutions qu'il a éprouvées en Sicile, pour avoir épousé des principes populaires en France. Bouche, député fait son rapport, dans la séance du 28 octobre 1790. Il est décrété que le roi sera invité à écrire à l'ambassadeur de Naples pour obtenir justice, et pour faire rentrer à Chalier les sommes considérables qui lui sont dues.

« Chalier, entré dans ses fonctions de notable, fait un don patriotique de 600 livres, il institue la patrie pour son héritière universelle.

« Son amour pour la chose publique le rend apte à tout ; il se multiplie, pour ainsi dire, car on le voit s'occuper tantôt au comité des impositions, tantôt au comité militaire. Il organise la garde nationale, lui donne de l'activité ; il parcourt toutes les nuits les postes, fait observer une sévère discipline, dresse des procès- ver baux. Pendant l'absence du citoyen Vingtrinier, ChaUer occupe la présidence du comité de police. Devant lui disparaissent les abus dz l'ancien régime ; il travaille à des règlements qui sont adoptés ; il augmente l'impôt, en le diminuant sur les classes indigentes. Chalier est infatigable, son patriotisme lui donne des forces surnaturelles. La municipalité le charge du travail de la fixation et répartition des impositions foncière et mobiUère, pour le canton de l'ancienne ville. Ce travail étoit immense à cause de l'étendue du canton et de la variété des fixations.

Trois mois consécutifs sont employés à cette besogne. Les citoyens Dumas, Berger, Marduel et Villacour, qui avoient été nommés commissaires , peuvent attester avec quel dévouement, avec quel zèle Chalier se livra à ce travail aussi rebutant que considérable. C'est lui qui fait prêter le serment aux prêtres constitutionnels ; il nonime des supérieurs dans les couvents, et toujours il se conduit avec désintéressement. Il écrit à un ami de Paris :

« Saluez Bazire, Legendre, je n'ose vous parler de ^ Collot d'Herbois, parce qu'on dit qu'il est ministre de l'intérieur, et en cela je le blâme, ainsi que Dubois- Crancé, parce qu'ils ne doivent jamais quitter leur poste important de représentants ou mandataires, pour devenir des commis, parce que ces places sont trop lucratives, et encore avec une responsabilité r chimérique, témoin les Roland. Il est temps de porter de grands coups. Je vois que la Convention ne contient pas assez d'énergie et de caractère pour sauver la chose pubUque ; il faut qu'elle déclare sa puissance ou son impuissance. »

Ensuite le défenseur Moulin ajoute : « Cette lettre, citoyens , doit achever de vous faire connoître l'homme que vous allez juger. Le plus vertueux, le plus intègre, le plus stoïcien s'iionoreroit d'une semblable épître, que la morale la plus austère comme la plus pure avoueroit. »

A l'époque du jugement de ChaUer^ il parut une brochure intitulée : Offrande à Chalier. Cet ouvrage

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