Lyon de 1778 au Directoire, notes et documents;
A l'occasion de la longue querelle entre l'archevêque Malvin de Montazet et le chapitre au sujet du rituel, Leymarie fait les réflexions suivantes :
« Des querelles de préséance, des discussions, assez vives du reste, avec l'archevêque Malvin de Montazet au sujet du rituel imprimé, que celui-ci voulait substituer à l'ancien usage oral, discussions dans lesquelles le chapitre succomba, furent les grandes affaires dont il amusa sa vieillesse. Dix ans de procès à propos d'une question de bréviaire ! quelles misères pour un corps recruté dans les plus fameuses maisons du royaume, qui pendant une période de mille ans d'existence, avait donné l'hospitalité à des saints, assis
des pontifes sur le siège de Rome et gouverné tout un peuple.
Ley marie. Eglise de Saint-Jean. Revue du Lyonnais, xviii, 73.
Au XVIIIe siècle, le chapitre de saint Jean avait une justice haute, moyenne et basse, qui s'étendait dans les cloîtres de son église, de celle de Fourvières, et dans les terres qui en dépendaient. Ils avaient en conséquence des officiers laïques ; c'étaient un juge général, un procureur fiscal général, un greffier général, des commissaires, un voyer-inspecteur des cloître et comté de Lyon, des huissiers au comté et des échantilleurs au comté avec leurs commis ; il avait en outre ses officiers seigneuriaux du chapitre, un archiviste, un bâtonnier, un dépositaire des terriers, plusieurs notaires, un conseil de cinq avocats ; il eut enfin un peintre et un médecin attitré, au temps où la saignée était partie nécessaire d'un bon régime de santé.
Loc. laiid.
V Août 1778
Ce jour, un jugement de police de la ville de Lyon déiend aux ouvriers de former, avoir ou entretenir aucune association sous prétexte de se reconnaître, de s'aider, de se placer. Ce jugement fut confirmé par un arrêt du Parlement de Pans du 7 septembre suivant.
Un bref du pape avait supprimé l'ordre religieux des Célestins. A la suite de cette suppression, le roi de Sardaigne revendique les propriétés du monastère de Lyon, en vertu d'une clause insérée dans l'acte de fondation. Cette demande du roi de Sardaigne occasionna un grand procès entre le prince et M. de Moatazet qui perdit sa cause. Le roi de Sardaigne fut mis en possession de la propriété qui plus tard fut vendue à M. Devouge pour la somme d'un million cinq cent mille francs.
29 Novembre
Le sieur Rast Maupas présente inie requête au Contrôleur général des finances pour obtenir l'autorisation d'établir à Lyon une condition des soies. Cette requête est appuyée par le commerce lyonnais.
29 Février 1780
Jeanne-Marie-Thérèse Judacier, convaincue d'avoir empoisonné sa mère et sa sœur et d'avoir voulu empoisonner son père, a le poing coupé sur la place Saint-Jean et est ensuite brûlée vive sur la place du Gouvernement.
Août
Malgré deux arrêts du parlement, quelques communautés religieuses, et entre autres les Cordeliers de l'Observance, prétendaient jouir du droit d'asile.
« Au mois de février 1 780, un sieur Vedel, poursuivi par ses créanciers, vint chercher à l'Observance un refuge contre leurs justes réclamations. M. Chol, échevin, envoj'a le sergent du guet, accompagné de dix-huit hommes armés, pour prêter main-forte à l'huissier, en cas de résistance de la part des religieux. Ceux-ci refusent, en effet, alléguant d'anciens privilèges. Le Consulat en informe M. de Vergennes, ministre-secrétaire d'Etat ; ordre de conlii>uer les poursuites, nonobstant les prétendus privilèges des Observantins. « Ces privilèges, écrivait M. de Vergennes, le S août 1780, ne paroissent mettre l'Observance que dans la classe ordinaire des communautés religieuses, qui sont de fondation royale; s'ils étoient de nature à pouvoir attribuer aux religieux Cordeliers le droit de favoriser la fraude et le crime, ils seroient dans le cas d'être réformés, comme contraires à nos maximes et à la véritable intention du souverain, »
Malgré cela, l'usage prévalut jusqu'à la dispersion des religieux ; on montre encore aujourd'hui l'emplacement où les reclus venaient dans le jour respirer l'air delà Saône et narguer le passant . C'est l'espace compris entre les deux arcs-boutans qui outiennent
l'un le chevet du chœur, l'autre la chapelle des Lucquois. Un treillis en fer de trois pieds, élevé sur le mur de la terrasse qui longe le mur du quai, les mettait à l'abri des coups de main des recors. On cite néanmoins plusieurs enlèvements opérés par le zèle de l'huissier Dupuy, que son ardeur et sa vivacité avaient iait surnommer par le peuple « Dupuy tout en feu. »
Pavy. Les Cor délier s de l'Observance. Hjvue du Lyonnais m. 298.
4 Juin 1782
Ce jour ont lieu, à l'Hôtel de Ville dans la salle Henri IV, le concours public et la distribution des prix fondés par MM. les Prévôt des marchands et échevins en faveur des élèves en chirurgie, faite par le collège de médecine.
Le médecin Brion prononce un discours en rapport avec la circonstance, et c'est le jeune Marc- Antoine Petit qui obtient le premier prix. Tout le monde sait la célébrité qu'a acquise depuis cet habile chirurgien.
Voy. Concours public et distribution de prix fondés par MM. les Trévot des marchands et èchevins en faveur des élèves en chirurgie, fait par le Collège de médecine à VHôtel-de-Ville, dans la salie Henri IF, le mr,rdi 4 juin. Lyon. Aimé de la Roche, i782,iii-8 de 15 pages.
15 Janvier 1783
Une crue de la Saône emporte le pont en pierre dont Perrache avait entrepris la construction à l'extrémité de la chaussée qui porte son nom.
19 Janvier 1784
A l'occasion de l'ascension du ballon de M. Green, en janvier 1857, le Constitutionnel publie dans son supplément du 22 janvier 1837, l'article suivant ainsi intitulé :
SOUVENIRS d'un septuagénaire
Ballon monstre et ballon géant A Monsieur le Rédacteur du Constitutionnel.
Paris, 20 janvier 1837.
Lefeuilleton d'un journal quotidien du 12 janvier, à propos du ballon au gaz de M. Green, parti le 9 de la caserne Poissonnière, a parlé du ballon français de Alontgolfier parti des Brotieaux, à Lj'on, le 19 janvier 1784, ily a aujourd'hui cinquante-trois ans, dans lequel, a dit ce journal, montèrent MM. Joseph Montgoltier, le prince de Ligne, le comte de Laurencin, le marquis de Dampierre et M. Lenoir.
Permettez, Monsieur, à ce dernier, l'une des huit personnes qui montèrent dans l'immense montgolfière, le seul survivant peut-être, de rectifier par ses souvenirs le récit inexact et même burlesque qu'on a fait de cet événement, d'autant plus qu'ayant assisté aux deux ascensions, je peux, mieux que bien d'autres, comparer les deux aérostats.
Pourquoi celui de M. Green prendrait-il fastueusement le nom de ballon monstre à canse de ses i8o pieds de circonférence ? Le ballon de Montgolfier en avait 326, et en pieds cubes plus de quatre fois son volume. La nacelle de M. Green n'était qu'un panier de huit à dix pieds de diamètre, dans lequel étaient entassés six à huit voyageurs, qui s'y sont blottis au moment où elle a heurté le pignon d'une haute maison, et qui a failli se vider au grand effroi des spectateurs. La nacelle du ballon géant de Montgolfier était une galerie de 72 pieds de circonférence, dans laquelle chacun des six voyageurs occupait une place de quatre pieds de largeur et se trouvait séparé de son voisin par un intervalle de huit pieds, rempli de fascines destinées à alimenter le feu de la montgolfière, allumé dans un réchaud de vingt pieds de diamètre.
Les six voyageurs inscrits d'avance, Montgolfier, Pilâtre du Rozier, le comte de Laurencin, le marquis de Dampierre, le comte d'Anglefort et le prince de Ligne, ayant chacun un drapeau à la main, restèrent toujours en vue de plus de 100,000 specta-
leurs. Pilâtre se distingua de ses compagnons, restant debout sur la balustrade de la galerie, tout son corps en dehors, se tenant d'une main à l'une des vingtquatre cordes, qui, de Téquateur, portaient la gigantesque nacelle, et agitant un drapeau de l'autre. Le ballon de M. Green a disparu en deux, minutes dans le brouillard, sans que nous ayons pu presque revoir les têtes des voyageurs, dont nous avions vu tomber quelques casquettes. Celui de Montgolfîer, au contraire, a été vu jusqu'à plus de 500 toises de hauteur, toujours éclairé par le soleil, et d'autant plus resplendissant que le gros et large col de cette colossale amphore renversée, en toile écrue blanchâtre, était formée par mille aunes de drap en larges zones de diverses couleurs. On crut voir un météore igné, transportant des habitants d'une planète dans une autre, enveloppés dans un arc-en-ciel. J'en parle encore sous la double impression que j'eus à éprouver en un même quart d'heure ; admis un moment avec un autre des jeunes collaborateurs de Montgolfier, nommé Fontaine, j'ai joui de la vue de cet immense public, sur les têtes duquel le ballon se promena soutenu et relancé vingt lois de leurs mains à diverses hauteurs, et j'ai vu, la minute d'après, obligé de descendre, comme, en ma qualité de plus jeune, j'en avais pris l'engagement, j'ai vu ce globe immense, déchargé de mon propre lest, moi debout sur la pelouse des Brotteaux, où j'avais sauté de douze à quinze pieds, je l'ai vu s'élever avec la rapidité d'une
flèche, que j'avais la conscience d'avoir moi-même lancée dans l'espace. Mais pourquoi s'est-il passé plus d'un demi-siècle, sans que les rêves, que Montgolfier et Pilàtre du Rozier faisaient avec nous sur la direction des ballons, se soient quelque peu réalisés? Pourquoi en sommes-nous à laisser courir au hissrd une sorte de vaisseau sans gouvernail, lorsque nous avons un Institut, un Biot, un Arago, et tant d'autres flambeaux, dont les lumières devraient avoir fait découvrir les moyens de naviguer dans le sein de notre atmosphère, comme on le lait sur l'Océan? Ne rassemblerat-on jamais en France, à Paris, une société d'aéronautes ; ne verra- t-on jamais des amis de la science unis à des capitalistes pour faire faire quelques pas à l'aérostation ?
En attendant que les vœux d'un vieillard réveillent une population qu'il a vue naître presque tout entière, il va revenir sur quelques détails de cette célèbre expérience, dont l'accident même, qui l'a terminée, prouva l'existence d'un moyen de translation qui sauva les sept voyageurs d'une mort certaine.
Une estrade de cent cinquante pieds de diamètre, élevée au milieu d'un cirque de quinze cents pieds de circonférence, destiné aux combats de taureaux, fut l'atelier sur lequel Montgolfler fit tailler cinquante bandes d'une double toile écrue d'emballage de cent cinquante pieds de longueur et de huit pieds de largeur, en forme de côtes de melon. Ces cinquante bandes, rassemblées bord à bord par des œillets et
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des anneaux de forte ficelle, devaient à cause de leur surget former un globe de 326 pieds de circonférence, 102 pieds de diamètre. Entre les épaisseurs de cette forte toile claire, étaient intercalées des feuilles de papier devant donner une suffisante imperméabilité à cette vaste amphore, qu'on devait remplir d'air dilaté par un feu clair constamment entretenu par des fascines. E: ce papier, hasard piquant à la fin du xviii^ siècle, était une édition de l'Eiicydopédie [Sic itur adastra.)
Ces cinquante bandes à trois épaisseurs, fortement cousues avec de la ficelle, sont restées étendues pendant six semaines sur cette vaste table ronde, où trente coopérateurs zélés se rendaient chaque jour pour aider le génie patient de Montgolfier. Exposé à la pluie, à la neige, à la gelée, ce ballon enflé plusieurs fois par son vaste réchaud placé au-dessous de la table percée, s'est montré souvent à la foule des Lyonnais qui traversait chaque matin le pont Morand. Une fois le feu prit à sa calotte, et il retomba, en étouffant lui-même le brasier.
Cependant après un mois d'incertitude, pendant la durée duquel de nombreux paris pour et contre son départ furent publiés avec passion, bien que très fatigué par tant d'intempéries, ce ballon géant fut courageusement monté par huit voyageurs, dont deux se placèrent conditionnellement sur les tas de fascines ; sorti de dessus son estrade, il s'échappa latéralement du cirque contenant dix mille specta-
teurs, et se promena en bondissant quelques minutes sur la pelouse des Brotteaux, d'où, lancé par mon saut, il s'éleva sans donner le temps à mon camarade de sauter à son tour.
Le ballon géant monta en ligne parfaitement perpendiculaire à cinq ou six cents toises, mais une ouverture de quatre pieds qui se fit un peu au-dessous de l'équateur et du vaste filet qui ne comprimait que riiémisphère supérieure, détermina une chute plus rapide dix fois que n'avait été l'ascension. La foule, tous les regards et tous les bras en l'air, attendait avec effroi et anxiété sur le sol, où ils devaient arriver et se broyer, les courageux voyageurs, dont la contenance ne parut pas troublée. Mais heureusement ce trou latéral, par un effet physique, dont Montgolfier nous avait expliqué la cause quelques jours auparavant, fit décrire au ballon une diagonale prolongée, et lorsque la nacelle atteignit la terre, elle y fut traînée avec tant de rapidité que le ballon se courba fort en avant des voN'ageurs, qui furent un instant traînés pêle-mêle avec les tisons du réchaud qui se vida sur leurs corps entremêlés. C'était encore, par un autre bonheur, sur un champ labouré et marécageux ; ils en furent quittes pour quelques légères contusions et un peu de boue, ce qui leur valu: la mauvaise chanson citée par le journal.
Joseph Montgolfier et Pilàtre du Rozier, environnés de nombreux collaborateurs, avaient fait en décembre 17S5, dans le cabinet du PC're Lefebvre,
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professeur du collège des Jésuites, de nombreuses expériences sur les moyens de translation et de direction des ballons. Un ballon de vingt pieds de diamètre, suspendu au bout d'un fléau, qui à l'autre bout avait un contre-poids était enflé au moyen d'une lampe à l'esprit de vin qu'on présentait sous l'orifice et s'élevait à l'instant pour se mettre en équilibre. Montgolfier imagina de pratiquer une ouverture latérale à l'équateur du petit ballon et devina que l'expansion, qui devant ce vasistas ne presserait plus les parois, mais l'atmosphère, le ferait reculer ; et en eflfet, le ballon tournait rapidement ainsi que le contre-poids sous le fléau et le moyen de translation était trouvé.
C'est ce vasistas, ouvert par une flammèche au grand ballon, qui a sauvé les sept voyageurs. La chute eut lieu à deux cent toises du cirque, et non dans les marais de Vénissieux, qui sont à sept lieues de Lyon et que le poète canut avait choisis pour la rime, ce qui fit que les voyageurs purent, ramenés en triomphe, assister le soir au théâtre et souper chez l'intendant M. de Flesselles, à la table duquel un autre poète, plus qu'octogénaire aujourd'hui, récita avec son organe si sonore des vers, où la rime à deux fut plus heureusement et plus noblement trouvée.
Voici les vers de M. Malherbe, acteur du théâtre de Lyon, le Mole de cette ville, qui a repris depuis cinquante ans le nom de son ancêtre, le grand
LYON A LA VEILLE DE LA UÉVOLUilON
Boursault et (i) qui travaille encore aujourd'hui à son avant-deniicre tragédie qu'il est près d'achever.
Un espace infini nous séparait des cieux, Mais grâce à Montgolfier^ que le génie inspire, L'aigle de Jupiter a perdu son empire Et le faible mortel peut aborder les dieux.
Agréez, etc.
Dominique Lenoir, de Lyon,
Membre Imwraire de l'^icadémie des beaiix-arls de Florence.
Voici maintenant la chanson en patois lyonnais sur l'expérience aérostatique mentionnée dans le feuilleton du journal auquel fait allusion le correspondant du CoHslitutiouHcl :•
Qu'é-t-ai don cela marveilla , Que raconte Revarchon?
I no baille par novella Qu'on deit vaire un biau balon.
Pilaustre etso camarade Devon montau jusqu'u ciu :
Fau fére una promenade Per vai de no propro ziu.
(i) M. Boursault est plus connu encore par son goût pour l'iioriiculture et pour la beauté de ses jardins de la rue Blauclie, j.irdius de prince, que mon ami Arnault a si spiiiuiellement qualifiés.
Ze no bettous in dispinsa Per allô jusqu'u Brotiau; Z'apercevons una pinsa du'inflet comm'un godiviau ; Ma dié, ore la matina, Que tût d'un coup s'accropi ; Avave, ma fion, la mina De volei resta iqui.
Quauque brave damiselle , Qui ayant de grou chignon, Attesiront de javelle Par reveilli lo balon.
A mesura que s'inflave Et quitave lo t^rottiau, Chacuna d'elle bramave :
Oh ! visa, mare, qui es biau
I sailli de sa coquille, Par s'inleva de noviau, Ma zu vayans, Zarnombille !
Qu'i crevave din sa piau.
Pouai appercevant le boille Qui l'ayant ravicolau, Y se redraissi, lo drôle, E me vin frizi lo nau.
To dou coup ze vis parétre Pilaustre et de Mongorfî, Qi.ravisian per la fenêtre, Et montiant in paradis.
I restiron in parade, Pindan quaiique bon moment.
Avouai tui lieu camarade, Mais dairrie chingi lo vent.
Notra Dama de Forvire, A qui y s'etian voya, Lo sauvi de la revire, Ont'i se serian noya ; Ma par puni ce grenoille.
Que volian monta u cieu, Lo fouaiti din la patroiile, Du coûta de Venissieu.
Lefevre, avouai sa lunetta, Veyant chaire lo ballon, Trossi vite sa zaquetta Per alla passa lo pont.
Il aportave la toaise, Ecrita sur un papi.
Lo sordots li cliarchan noaise, Lo fichir' u charboni.
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Lo sair, à la comédie Veinron lo compagnon Q.Li'étiant, de compagnie, Montaii dedin lo balon.
Du pai'tère, de segonde, Du parquet, du supiriau, Tarti ciiave à la rionde :
Bravo, lo novo ziziau !
On aduisi de coronne De lauri, de sarpolet.
L'intindant que los y donne Groppit Pillaustre u collet.
Que voliet per modestie Sa coronne lo darri, E que lo sarimonie Comminci per Mongorfi.
Ça, tartui de compagnie Fur', itou complimentau De la dama Phigénie, Qu'un gognian voliet buclau, Sin z-un grou monchu Achile, Qin etave son galant, Q.iii sauvi la pura fille Avouai son sôbrc à la main.
LYON A LA VEILLE DE LA RÉVOLUTION ï^
Pui n'aprè à l'intiiidince, Ont'i zetion invitau, Y furon rimpli liu pince, Car y n'ayant gin dinau.
Ysopiron, ydinsiron ; Apre furent se cuchi.
Qauque zou apré partiron, E pouai adiu à tartui.
Si quauqu'un me fa reproclie Que ze n'aye pau tôt dit.
Qui s'in aille chieu Laroche Achetau un bel écrit.
Y zi trcveront l'histoire De celos aréosti.
De biaux vars fa à lieu gloire Par Monchu de Vassali.
Nota. — Cette chanson est altribnée à M. Rêver oui.
II Août
Le prince Henri, frère du roi de Prusse Frédéric II, traverse Lyon voyageant incognito, sous le nom de comte d'Oels.
« Ce prince, dit le Journal de Lyon, venant de Genève, est arrivé à Lyon le m:\rdi 3 août à onze
l8 LYON A LA VEILLE DE LA RÉVOLUTION
heures du soir. La haute réputation qu'il s'est acquise par ses talents militaires, ses vues politiques, son amour pour les lettres, et surtout par les qualités de son âme bienfaisante et sensible, le faisoient attendre dans cette ville avec impatience. Il n'y est resté que huit jours ; et nous rappelons ici les différents objets qui ont fixé chaque jour son attention parce qu'il est rare qu'un étranger, de quelque rang qu'il soit, mette son séjour plus à profit et voie avec plus d'ordre et de choix. Ce petit journal pourroit, en quelque sorte, servir de modèle aux voyageurs qui passent dans cette ville, et aux personnes qui désirent de leur faire connoître en peu de temps les objets qui méritent le mieux d'exciter leur curiosité.
Le mercredi 4, lendemain de son arrivée, le .prince reçut quelques visites. On lui avoit annoncé celle de Monseigneur l'archevêque; il voulut le prévenir. Il le rencontra près du pont de pierre, revint avec lui à rarchevêché, vit ensuite la place des Terreaux, les quais du Rhône, et pour les mieux voir, il fit la plus grande partie de cette promenade à pied. Il voulut ce jour-là dîner à son hôtel. (Le prince était logé à l'hôtel de la Croix de Malte, dans lequel on voit encore l'appartement où logea Louis XIV en 1658).
Après le dîner, il fie avec M. Prost de Royer, qui l'a accompagné partout, la distribution de ses matinées et la note de ce qu'il avoit à voir. Ce prince se lève de bonne heure ; il a dîné presque tous les jours à l'archevêché. Après avoir employé les matinées à
parcourir la ville, il est allé tous les soirs se délasser au spectacle ; il aime principalement la tragédie.
Le jeudi 5, il a vu les manufactures ; il est allé pour cela chez M. de la Salle, M. Pernon, M. Desfarges, M. Fontebrune, MM. Bonnette et Dupin, et chez quelques fabricants de chinés. En sortant de son hôtel, il avoit pris d.ms sa voilure M. Joseph Montgolfier, qu'il désiroit connoître, et qui ne l'a point quitté dans cette matinée.
Le vendredi 6, il a parcouru les antiquités, l'amphithéâtre et la montée des Minimes, la conserve d'eau des Ursulines, Sainte-Geneviève, les aqueducs, plusieurs points de vue, etc.
Samedi 7, il est allé à Pierre-Encise où il a demandé à voir les chambres de MM. de Thou et Cinq Mars ; il est allé ensuite aux Chartreux.
Dimanche 8, il a vu la Charité ; le bureau étoit assemblé, on lui a fait voir les archives, les livres, la charpente, les greniers, les travaux et les enfanstrouvés. Il est allé de là à la chapelle du Confalon et à l'Hôtel-Dieu, où il a vu la pharmacie, la salle du bureau, les archives, les rangs des fiévreux, ceux des b'essés, la salle des militaires et le cabinet d'anatomie ; il a dîné avec MM. les administrateurs.
Dans l'après-dînée, il a vu la promenade des Brotteaux. Après la comédie, il est allé au cercle des Terreaux, où il a soupe, et il a paru au bal paré.
Lundi 9, il a assisté à l'Ecole vétérinaire à une expérience de magnétisme dont il a signé le procès-
verbal. Le soir après la première pièce de notre grand spectacle, il est allé à V Ainbh^ii-Comiqne .
Mardi lo, il a visité le matin les travaux de Perrache ; après le dîner, il a vu l'intérieur de l'hôtel de ville et il a assisté à une séance de l'Académie, dont il a accepté le titre d'associé dans les termes les plus flatteurs et les plus honorables (i) pour l'Académie. Ce prince est parti pour Paris le lendemain à huit heures du matin.
Journal de Lyon ou annonces et variétés littéraires, 11° J/ {iS août 17S4).
16 Décembre
Ce jour a lieu une assemblée des notables pour le renouvellement de l'administration municipale.
Cette assemblée se composait du prévôt des marchands, des quatre échevins, des douze conseillers de ville, de deux officiers de la sénéchaussée, d'un membre du chapitre de l'église primatiale, d'un membre de l'ordre du clergé, d'un membre de l'ordre de la noblesse, d'un conseiller au siège de l'élection, d'un trésorier de France, d'un membre de l'ordre des avocats, de cinq membres du haut commerce et de quatre membres des communautés d'arts et métiers.
(1) Djus cette sé.iiice de l'Académie, le prince fut complimente p.ir M. Piost de Uoyer. Celui-ci en parlant de ses titres de gloire osa citer Rosbach !
Le nombre de ces notables ét««it donc de trente-six, dont les dix-sept derniers étaient noniinés par des députés élus dans l'assemblée du chapitre de l'église primatiale, dans celle de l'ordre du clergé convoquée par l'archevêque, dans celle de l'ordre de la noblesse convoquée par le sénéchal, dans celle de la sénéchaussée et des autres juridictions, convoquée parles présidents ; dans celle des avocats, notaires et procureurs ; dans celle des corporations d'arts et métiers, convoquée par le prévôt des marchands. Ces convocations avaient lieu dans les premiers jours de décembre. L'assemblée des députés se tenait dans une des salles de l'hôtel de ville sous la convocation et la présidence du prévôt des marchands. Les notables étaient élus pour une année et ils pouvaient être réélus. Ils devaient être âgés de trente-cinq ans et domiciliés à Lyon depuis six années. Les trois candidats élus par eux pour la place de prévôt des marchands devaient être nés à Lyon et jouir des privilèges de la noblesse. Aux notables appartenait également l'élection des quatre échevins et des douze conseillers de ville. Ces derniers étaient élus pour dix ans, et les deux nouveaux échevins étaient pris parmi eux.
21 Décembre
M. Clavier, jeune, avocat, alors âgé de vingt-deux ans, et devenu plus tard célèbre comme helléniste. prononce à l'hôtel-de-Ville, le discours d'usage de
Saint-Thomas, pour l'inauguration des nouveaux magistrats municipaux. Le sujet choisi par lui était ; VInflimice du commerce sur le gotiveniemetit . M. Bérenger dans une lettre, publiée dans le Recueil amusant de voyages envers et et en prose (Pans, 1787, in-i8) et reproduite dans le 'Bulletin de Lyon (20 décembre 1806, n° ici) s'exprime ainsi au sujet de cette cérémonie annuelle du vieux Lyon :
« Le temps de l'élection des échevins approchait ; j'étais annoncé à une famille que la cérémonie de la Saint-Thomas (ou de la fête de l'Eloquence) intéressait vivement. Cette circonstance m'a prociiré des notions dont je me fais un plaisir de vous faire part. Vous saurez donc qu'on élit tousies ans, le 16 décembre les nouveaux échevins. C'est un travail important dans toutes les municipalités ; il met tous les esprits en fermentation, on ne manque point de censurer l'élection et les candidats ; la proclamation se fait le 2 1 du même mois, jour de Saint-Thomas. Ce jour est une fête publique, toutes les boutiques sont fermées, il est défendu de travailler, une harangue est prononcée la veille dans la salle de l'hôtel de ville. Le peuple y est admis : c'est pour lui que ce discours oratoire est composé. Le lendemain, qui est le grand jour, le peuple cède sa place aux notables, devant lesquels l'orateur débite un morceau d'éloquence d'un genre plus grave, plus noble, et sans doute plus profond. Vous croyez peut-être que le beau rôle appartient aux nouveaux échevins : vous
LVON A LA VEILLE DE LA RÉVOLUTION 2y
VOUS trompez, tout est pour l'orateur, c'est la fête de l'Eloquence, un tocsin annonce de deniî-heure en demi-heure l'instant de son triomphe. Midi est ce moment fortuné. Les députés du corps vont le chercher ; il laisse autour des marches de cette tribune sa garde composée de deux cents arquebusiers; on applaudit aussitôt qu'il parait ; les portes de la ville sont fermées, on ne les ouvre qu'après sa harangue, tout se tait, lui seul parle. Certes l'imagination d'un jeune orateur trouve assez d'aliments pour s'animer. Il est bien froid, s'il n'a pas vu dans son cabinet l'entourage pompeux qui l'attendait, et si sa composition n'a point été ennoblie par l'orgueil de sa pensée : à peu de différence près, c'est la tribune aux harangues des anciens. Il ne s'agit plus de parler de la constitution ni d'armer des citoyens, mais en perdant ces grands mouvements et le pathétique qui résultait des tableaux des malheurs de la patrie, l'orateur a conservé assez de moyens pour déployer son génie. Heureux de parler dans une enceinte peuplée de citoyens industrieux et riches, où le commerce n'exclut point l'étude, où on s'instruit en même temps qu'on fabrique, où on trouve tant d'urbanité et tant de ressources, l'orateur voit un champ vaste s'ouvrir devant lui : mille perspectives s'ouvrent à ses regards : tous les points sont marqués, sont embellis. Partout il voit des hommes utiles, une douce civilisation, de grands travaux ; il parle dans une ville qui a bien du droit à la primatie sur les capitales de nos
provinces. Il a la liberté de choisir ses sujets, il est sûr qu'ils seront entendus, quelque abstraits qu'ils soient ; puisse-t-il avoir assez de génie pour s'élever au-dessus de ses auditeurs ! Mais pourquoi ne se débarrasse-t-il pas de ces entraves que le mauvais goût et une basse adulation ont forgées ? Sans doute, il faut saluer les pères de la patrie ; mais pourquoi ce remplissage de compliments adressés aux uns et aux autres? Je sais qu'à Rome, Tibère voulait qu'on s'inclinât devant son effigie ; quelques empereurs exigèrent le même culte. Je sais que Vitellius, père de celui qui fut empereur, poussa la flatterie jusqu'à porter sur son sein un soulier de Mcssaline, maîtresse de l'empereur. Mais en France, dans une assemblée auguste, devrait-on écouter en silence des -éloges adressées à des portraits, auxquels on parle comme si les porsonnages dont ils sont la ressemblance, étaient au nombre des assistants !
La harangue est suivie d'un repas où l'orateur tient le haut bout. On le mène triomphalement au spectacle où de nouveaux applaudissements et peut-être des couronnes, l'attendent. L'orchestre joue aussitôt qu'il se montre, la toile se lève ; il peut demander la pièce qu'il lui plaît. Vous voyez qu'en eflfet c'est la fête de l'orateur.
Je crois cet usage de toute antiquité. La ville de Lyon fut célèbre sous les empereurs romains ; elle favorisa toujours l'éloquence. Des orateurs venaient à des jours réglés, se livr^er des assauts dans le tem-
pie d'Auguste. Cette lutte valait mieux que celles des gladiateurs; mais les vaincus étaient obligés d'effacer avec la langue leurs discours, s'ils ne préféraient d'être jetés dans le Rhône, ou fouettés. C'était terminer un spectacle noble par un acte de barbarie. Il paraît que les habitants de Lyon ont toujours eu de la répugnance à tolérer le mauvais goût, les discours médiocres et les satires. Athènes obligeait les satiriques à manger tout ce qu'ils avaient écrit ; il serait à souhaiter que ce genre de supplice tût un peu plus connu de certains journalistes. Les orateurs romains les plus illustres ont brillé dans le temple d'Auguste : Hortensius ne dédaigna point d'y parler ; je ne saurais vous nommer les orateurs français qui s'y sont distingués. Il me semble qu'on a toujours conféré l'honneur d'y paraître à des avocats, quelquefois à des médecins. Pourquoi un négociant, un fabricant, un citoyen, ne serait-il point chargé de cette tâche honorable ? Il ne faut point de degrés pour avoir le droit de parler devant ses pères, ses amis, ses égaux. Un Français apporte en naissant le dogme fondamental de la patrie gravé dans son cœur ; il n'a pas besoin de baccalauréat pour la louer avec sensibilité et noblesse. »
C'est entre la fin de 1784 et le commencement de 1785 que se place le passage à Lyon du fameux
comte de Cagliostro, de son vrai nom Joseph Balsamo.
Il fit, à Lyon, de nombreuses dupes ; il logeait avec sa femme à l'hôtel du Parc, et exerçait une médecine mystique. Une circonstance qui fit aussi beaucoup de bruit, ce fut une série de fantasmagories exécutées par lui dans la loge de la Sagesse triomphante située au Brotteaux. L'habile magicien fit apparaître aux yeux des Lyonnais ébahis l'ombre d'un illustre magistrat qui était mort tout récemment^ M. Prost de Royer.
Il se disait contemporain de Jésus-Christ ; on le mena vers la chapelle du Confalon,et l'on assure que Cagliostro, après avoir fixé attentivement le Christ qui décore cette chapelle, s'écria d'un ton inspiré : « C'est bien lui ! Ressemblance parfaite ! Je lui avais bien dit qu'il finirait ses jours sur un gibet. » Une autre fois, on demandait à son domestique depuis quand il était au service du comte . o Je le servais ; répondit-il, aux noces de Cana. a
Il fonda, à Lyon^ une loge du rite égyptien, sous le nom de la Sagesse triomphante.
La vie de Joseph 'Balsamo, etc., extraite de la procédure instruite contre lui à %pine en lypo. Paris, Onfroy, ijpi, in-S\
Janvier 1785.
Il se fonde, à Lyon, un institut de bienfaisance pour procurer des mères nourrices aux enfants pauvres. On établit dans les vingt-huit quartiers de la ville, des bureaux particuliers en correspondance avec un bureau central ; ces bureaux sont composés du curé de la paroisse, de trois officiers des penonnages, etc., de plusieurs notables et dames charitables de la ville.
Monseigneur l'Archevêque est protecteur et président perpétuel de l'Institut. Ses administratrices sont: Mmes Terray, intendante. Meunier, Rieussec, Schérer, Regny et Dareste de Saconay.
Journal de Lyon, ou Annonces et variétés littéraires, ijS^ 11" I, p. II.
8 Janvier
Monsieur Antoine Fay , chevalier, baron de Sathonay, noble Philippe Choignard, Antoine Neyrat, Léonard Gay et Louis Joseph Baroud, prévôt des marchands et échevins de Lyon, posent la première pierre des prisons royales, construites par ordre du roi, près le Palaisde Justice, sur les dessins et sous la conduite de M. Pierre Joseph Bugniet, architecte.
Journal de Lyon, ou Annonces et variétés littéraires de Lyon. Lyon, Aimé delà %ocJh, ijSj, in- 12 n° i.
II Janvier
Le i6 décembre, 1784, avait eu lieu l'assemblée des notables pour l'élection d'un prévôt des marchands en remplacement de M. Antoine Fay de Sathonay.
Le Roi, parmi les trois candidats qui lui furent présentés par l'assemblée des notables, choisit pour prévôt des marchands, M. Louis Tolozan de Montfort.
Nommé parle Roi le 2 janvier 178$, le nouveau magistrat fut installé le 11. Cette installation eut lieu en très grande pompe dans la grande salle de l'hôtel de ville.
Voici le serment qu'il prêta :
« Je jure de vivre et de mourir dans la religion catholique, apostolique et romaine, de bien et fidèlement exercer la charge de prévôt des marchands, de rendre la justice dans la juridiction de la Conservation des privilèges royaux des foires de Lyon ; de n'avoir d'autre objet dans l'un et l'autre emploi que celui du service de Dieu et du Roi, de préférer en toute occasion les intérêts du public à mes intérêts particuliers, de tenir secrètes les délibérations consulaires et les propositions qui s'y feront. »
Le même jour, distribution fut faite des clefs des portes de la ville : les clefs des portes du pont du Rhône et celles de Vaise furent données à M. le Prévôt des marchands ; celles de la Croix-Rousse et de
Serin, à M. le premier échevin; celles de la porte et des chaînes d'Ainaj' au second échevin ; celles de Saint-Just et de Saint-Georges au troisième ; enfin celles de la porte du pont Saint-Clair au quatriômc.
17 Janvier
Beaumarchais, qui avait poussé sans y réussir à la création dans la capitale d'un établissement analogue à V Institut de bienfaisance pour les mères nourrices de Lyon, écrit aux administrateurs de l'Institut pour leur offrir son concours pécuniaire sous forme d'une souscription de 1,000 écus. En même temps, et pour faire connaître à Lyon son Mariage de Figaro récemment paru, il faisait abandon de ses droits d'auteur à cette institution de bienfaisance.
Paris, le 17 janvier 1785.
Messieurs,
Les premiers règlements parfaits que j'ai lus sur l'administration d'un hôpital sont ceux que le zèle éclairé de M.\I. les Lyonnais offrit au public il y a quelques années. Plût au ciel qu'on les eût partout adoptés ; nos pauvres s'en trouveroient mieux. Aujourd'hui, Messieurs, j'apprends que Lyon, cette
seconde ville du royaume, est encore la première à saisir un plan de bienfaisance utile à tous les pays, puisque son objet est de rendre à rallaitement maternel tous les enfants des pauvres qui périssent par milliers quand on les abandonne au sein mercenaire et peu soigneux des femmes étrangères. Monseigneur l'archevêque de Lyon, prélat aussi grand qu'éclairé, digne en tous sens, Messieurs, de donner l'essor à mon plan, prête non seulement son palais à vos assemblées, s'honore d'être le chef du plus désirable institut, mais y consacre, dit-on, une partie considérable des sommes que sa charité lui fait répandre : vous le révérez tous comme un homme bien généreux ! Ah ! que je le trouve intéressé dans ses dons ! Il ne se contente pas de les faire acquitter par les actions de grâces de tous les hommes vivans ; il veut forcer encore celles des générations futures. Il a bien calculé. Messieurs, il les lui faut, il les aura. Des milliers d'hommes, qui, sans lui, seroient morts en naissant, atteindront l'âge de la parole pour le bénir à perpétuité . Ils béniront, ces hommes conservés, le souvenir heureux de votre digne et respectable intendante. Madame Terray, dont la bienfaisance et les soins ont cimenté votre association. Ils bénirontM. le comte de Vergennes, ce ministre attentif et vertueux, qui n'a jamais vu faire une action louable sans l'encourager aussitôt par un assentiment public et des éloges très sincères. Enfin, ils vous béniront, Messieurs, vous, qu'un sentiment vif et j'ose ajouter paternel, réunit
pour poser sous nos yeux la première pierre de l'éi-iifice le plus humain, le plus touchant, le plus vraiment patriotique qui ait jamais honoré la sensibilité d'un grand peuple et les lumières d'un siècle philosophe. Pour moi, Messieurs, qui parle tristement dans le désert, et qui n'éprouve encore avec des fonds tout prêts que des contradictions sur mon idée chérie, je voudrois bien m'unir à vous d'effet comme je le suis d'intérêt. Vous avez honoré mon plan en l'adoptant, permettez-moi de concourir â son exécution. Votre exemple ouvrira les yeux de la capitale, et nous vous devrons un bien général que l'intérêt particulier s'efforce, hélas I de retarder chez nous.
Je vous prie donc de m'admettre coinme agrégé dans votre administration. A cette demande je joins un don de mille écus pour l'établissement de Lyon en faveur des mères qui nourrissent, et vous pouvez tirer à vue cette somme sur moi. Tout honneur y sera fait à la présentation.
Ayant destiné à ces pauvres mères nourrices tout le produit d'auteur de mon dernier ouvrage dramatique, j'enverrai de plus, si l'on veut, un exemplaire exact du Mariage de Figaro à la Direction du spectacle de Lyon, sous la seule condition qu'en y jouant cette pièce, on prélèvera comme à Paris, le droit de l'auteur, que je consacre entier au nouvel établissement : je ne veux être là, comme ici, que l'administrateur des pauvres.
J'ai fait proposer à M. Rosset, libraire de votre
ville, de faire une édition de cette pièce, pour être vendue à bénéfice commun. Je joins encore ce droit d'auteur aux mille écus que j'offre aux pauvres mères. Votre administration voudra bien s'en entendre avec lui.
En finissant. Monsieur, permettez à l'ami des pauvres une réflexion qui peut leur être utile. Attendezvous assez du zèle charitable que votre exemple échauffe, pour espérer qu'il se soutiendra de luimême ? Vous voulez faire un bien durable : arrêtez vos regards sur un célèbre exemple.
Lorsque Vincent de Paul institua les £«/(i«^ Trouvés, peu riche de son patrimoine, il plaça les premiers dons offerts par la charité, pour former à son établissement un revenu, modique à la vérité, mais continuel. Son cœur ardent espéra que l'aspect d'un si saint emploi ranimeroit sans cesse la charité publique, et feroit joindre aux premiers dons placés de nouveaux dons qu'on placeroit encore.
Il ne s'est point trompé. Messieurs, et c'est ainsi qu'ayant commencé par établir solidement la subsistance de vingt enfants, ce fondateur a la gloire aujourd'hui d'en soulager plus de cent mille.
Je suis avec autant de reconnoissance que de respect. Messieurs, votre très humble et très obéissant serviteur.
Caron de Beal marchais.
Journal de Lyon, année 1785. p. 39.
25 Janvier
Les Administrateurs de VInstitut de bienfaisance adressent à Beaumarchais leurs remercîments du don qu'il avait fait à cet établissement.
Lyon, le 25 janvier 1785.
Monsieur,
Le succès qui dans tous les temps a couronné vos travaux, devoit s'étendre à l'œuvre dont l'idée sublime vous appartient ; et s'il falloit une âme aussi profondément sensible que la vôtre pour la concevoir, il falloit votre plume pour la présenter et la développer avec ce charme, qui, presque toujours fait adopter à Topinion publique vos sentiments particuliers.
Nous nous accuserions d'ingratitude, si, dès le premier moment où quelques-uns de nos concitoyens réunis par le vertueux prélat qui nous préside se sont occupés des moyens de réaliser votre plan, nousn'eussions pas acquitté l'hommage qui vous en est dû en faisant réimprimer votre lettre du 15 août dernier aux auteurs du/o«rKaZ de Paris. Il nous a suffi d'emprunter votre organe pour échauffer tous les cœurs du zèle qui nous anime en faveur des pauvres mères nourrices.
Les vertus, comme les arts, ont leur émulation, et si l'activité des uns s'augmente par la concurrence et les nouvelles routes qui leur sont ouvertes, les autres
veulent également être réveillées par de nouvelles vues et la bienfaisance, ou plutôt la charité, ce sentiment qui paroît se diriger plus particulièrement aux besoins du pauvre, sembloit attendre ce nouvel essor que vous lui donnez.
Une ville où la classe du peuple, celle des ouvriers, est beaucoup plus considérable que dans la capitale même, proportionnellement à son étendue et à sa population, une ville déjà éclairée par un excellent mémoire publié en 1778 sur le nombre des malheureuses victimes immolées à la négligence et à l'avidité des nourrices mercenaires, une ville enfin, où d'après des calculs bien faits, on assure que de six mille enfants qui naissent toutes les années, il en périt plus de quatre mille en nourrice, cette ville devoit être jalous.e d'enlever aux autres l'honneur d'être la première à former un établissement inspiré par la nature, le patriotisme et l'humanité Nos administrateurs, nos citoyens, nos pasteurs, nos femmes et notre peuple l'ont accueilli avec transport. C'est au nom de tous que nous nous empressons de vous en rendre grâces, et peut-être avez vous déjà remarqué, Monsieur, qu'ayant à vous exprimer notre reconnoissance pour des bienfaits particuliers à notre institut, nous ne vous avons encore parlé que de celle qui vous est due par la nation entière. Mais c'est assez ménager votre délicatesse, et il doit nous être permis de vous peindre les sentimens que vous inspirez à notre assemblée. La noblesse et la générosité de vos procédés, en nous pénétrant d'ad-
miration, doublent nos forces, et nous regardons notre institut bien moins encore enrichi de vos dons, qu'il ne le sera des conseils, du zèle et deTintcrêt dont vous contractez l'obligation envers nous par vos propres bienfaits. La posttirité vous en paiera le prix. Si des honneurs rendus à la mémoire de Rousseau, le plus llatteur est celui de l'enfance couvrant son tombeau de Ikurs, si Voltaire, le front ceint de toutes les couronnes du génie, ne paroît sensible à la fin de sa carrière qu'au témoignage de son cœur exprimé dans ce vers si touchant !
J'ai fait un peu de bien, c'est mon plus bel ouvrage,
Vous, Monsieur, qui, par l'éclat et la variété de vos talents et de vos succès, pouvez être nommé après ces grands hommes, que de douces émotions votre âme doit éprouver en vous disant : J'ai ranimé l'esprit public dans ma patrie, je l'ai dirigé sur l'un des objets les plus importants à la société, j'ai donné une grande leçon, et à ma voix la seconde ville du royaume vient de donner un grand exemple ! De pauvres mères me bénissent et slmon nom n'a pas frappé leur oreille dans mes triomphes littéraires, elles l'apprendront en goûtant le bonheur ; leurs enfans le répéteront et le perpétueront dans les races futures.
Nous sommes avec autant de reconnoissance que de respect, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur.
Les Administrateurs de l'Institut de bienfaisance. Journal de Lyon, année 1785, 5 février, n° 3, p. 42.
13 février
Ce jour, dimanche, a lieu la course des bouchers, cérémonie qui avait cessé depuis vingt-sept ou vingthuit ans. « Dès le matin, les bouchers de la ville et des lieux circonvoisins, montés à cheval et élégamment parés, parcourent tous les quartiers de la ville et portent leur hommage aux peisonnes les plus constituées en dignité. L'enceinte destinée à la course avoit été préparée dans la grande allée des Brotteaux ; ils s'y rendirent à trois heures ; cette fête y avoit attiré une foule immense, mais tout se passa avec beaucoup d'ordre. Dans ces sortes d'occasions qui n'aimeroit pas à voir s'agiter et se déployer la population d'une grande ville et surtout à se dire : « Voilà donc enlîn un spectacle, une jouissance que le peuple partage avec moi ? Quarante ou cinquante mille personnes, occupées dans ce moment d'un même objet, oublient leurs fatigues et leur misère. Leurs transports et leurs cris semblent dire qu'elles sont heureuses. Demain elles se livreront peut-être avec moins de regret et de meilleur cœur à leurs pénibles travaux, La gaieté innocente d'un seul jour peut se répandre sur la semaine entière. » Mais si cela est vrai, ne pourroit-on pas s'attacher davantage à multiplier ces sortes de fêtes publiques? Ne pourroiton pas réaliser partout ce que J. -T. Rousseau conseilloit
de faire en Pologne, pour fortifier les corps et attacher en même temps les hommes à la patrie par l'attrait utile et puissant des plaisirs publics. »
Journal de Lyon, n° 4, 178^.
17 Mars
Quelques citoyens, zélés amis des sciences, se léunissent dans une des salles de la maison dite Pilata, et y fondent une société scientifique sous le nom de Société philosophique des sciences et arts utiles de Lyon.
Les fondateurs de cette société furent MM. Lecamus, Carny, Deschamps, Macors, Courvoisier, Rast de Maupas, Boulard, Degourcy, Désarnod, Barre, Jambon, Dumets, Bernardon, Carret, Rivoiron et Corréard.
24 Avril
Le 27 mars 1785 la reine étant accouchée d'un prince, qui prit le nom de duc de Normandie (ce fut l'infortuné Louis XVII), la nouvelle en fut bientôt apportée à Lyon par un courrier dépêché de Versailles au roi de Sardaigne.
Cette nouvelle regardée alors comme heureuse ne tarda pas d'être confirmée par une lettre de M. le
comte de Vergennes, datée du 30 du même mois. En conséquence, le Consulat assemblé le 19 avril, et s'empressaat de donner des marques de son zèle et de son amour pour le roi et son auguste famille, arrêta que le dimanche 24 un Te Dmm serait chanté dans l'église primatiale de Saint-Jean et que les citoyens et habitants de Lyon, de quelque état et condition qu'ils fussent, feraient mettre sur chaque croisée des fenêtres de leurs appartements ayant vue vers les rues, places et quais des lanternes de papier avec des chandelles allumées à la nuit tombante. Il arrêta pareillement que le même jour des fontaines de vin seraient établies sur les places d'armes de chacun des vingt-huit quartiers de la ville et qu'un feu d'artifice serait tiré sur le pont du .Change à huit heures du soir.
Le dimanche, 24 avril, jour indiqué pour le Te Deuin, il fut annoncé par le carillon des cloches de THôtel de Ville et par des salves réitérées de l'artillerie consulaire. Bientôt MM. le Prévôt des marchands et échevins, et l'avocat procureur général de la ville et M. le Trésorier, tous en robes violettes accompagnés de MM. les ex-consuls en robes noires, suivis de MM. les capitaine-colonel et commissaires de la milice bourgeoise, et précédés du fourrier de la ville à cheval et en habit d'ordonnance, sortirent de l'Hôtel de ville et se rendirent en cortège, dans des voitures, à l'église de Saint-Jean, où il turent reçus par des députés de Messieurs du Chapitre de l'église, comtes de Lyon et
placés dans le sanctuaire sur des bancs qui leur avaient été préparés. Après le Te Detivi, le Consulat se retira en traversant le chœur et la nef de l'église au milieu des troupes de la milice bourgeoise qui y étaient rangées en haie, et il se rendit à l'Hôtel de Ville dans le même ordre qu'il en était parti.
Pendant le Te Deum, de nombreuses décharges de l'artillerie de la ville se firent entendre. Après midi les fontaines de vin, placées dans tous les quartiers coulèrent à longs flots.
L'édifice, que le Consulat avait fait élever sur le pont du Change pour le feu d'artifice, était orné de peintures qui représentaient la France tenant dans ses bras un enfant entouré de fleurs de lys; au devant d'elle étaient peintes les armes de France ; de chaque côté deux cornes d'abondance étaient accompagnées des armes de la ville et de celles de M, le duc de Villeroy, gouverneur de Lyon. Sur le socle de l'édifice, on lisait les vers suivants :
M Un prince nouveau-né comble notre espérance. De guirlandes de fleurs entourons son berceau ; Et vous, enfants des arts, saisissez le pinceau : Il fixut peindre à Louis les transports de la France.»
Le soir, aussitôt après le spectacle, le Consulat se rendit à l'ancien hôtel du gouvernement, d'où il fit donner le signal pour tirer le feu d'artifice. Dans l'iUumination de l'Hôtel de Ville, on suivit toutes les
lignes d'architecture de ce superbe édifice, et sur le devant du balcon, on lisait ce vers:
« Père de ses sujets, le roi leur donne un frère. » Revtic du Lyonnais, VI, ^o-ç}2.
12 Mai
Le Consulat rend l'ordonnance suivante concernant la police des spectacles :
« Les Prévôt des marchands et échevins de la ville de Lyon y commandant.
Le maintien de la tranquillité et de la décence publiques dans les spectacles étant un des objets les plus essentiels de la bonne police, il est de notre devoir de faire cesser tous les abus qui peuvent y être contraires. Celui qu'on paroît vouloir renouveler en jetant sur le théâtre des couronnes et des bouquets, avec des vers à la louange des acteurs ou actrices, ne sauroit être toléré.
Cette manière de leur témoigner le contentement que l'on ressent peut en effet entraîner de véritables inconvéniens. Chacun voulant s'en servir pour faire connoître son opinion, il arriveroit que le spectacle seroit interrompu et troublé ; il arriveroit peut-être aussi que ce moyen qui paroît innocent à celui qui ne l'emploie qu'à la louange seroit également mis en
usage par l'ennemi de quelque sujet pour le mortifier aux yeux du public, quoiqu'il ne lui fût pas désagréable. Une pareille licence, si elle avoit lieu, ne pourroit qu'exciter du désordre, fomenter des cabales et arrêter le progrès de quelques sujets de théâtre, dont les talents n'auroient besoin que d'être encouragés.
Par ces considérations, et après avoir ouï Marie Pierre Prost, avoué et procureur général de cette ville et communauté, nous avons ordonné et ordonnons ce qui suit :
Article premier. — Défendons très expressément, à peine de prison et d'interdiction de l'entrée au spectacle, à toutes personnes de quelque qualité et condition qu'elles soient, de jeter ni faire jeter, sous quelque prétexte que ce puisse être, sur le théâtre, aucun papier attaché à des couronnes, bouquets, rubans ou autrement.
Article second. — Si malgré toute la vigilance qui sera employée, on ne peut découvrir les personnes qui auront jeté aucun papier sur le théâtre, ils seront aussitôt ramassés pour être remis à M. le Commandant et dans aucun cas ils ne pourront être lus.
Article troisième. — Défendons, sous peine d'interdiction de l'entrée au spectacle, de demander la lectuife des papiers qui auroient été jetés sur le théâtre.
Article ciuatrième. — Ordonnons que tous particuliers qui auroient été arrêtés pour avoir occasionné du tumulte, afin d'obtenir la lecture desdits papiers, seront emprisonnés et punis comme perturbateurs du repos public.
Journal de Lyon, S Juin lyS^.
21 Mai
Le Consulat arrête le 19 mai, qu'en sa qualité de fondateur du collège de la Trinité, il se rendra, selon la coutume, le 21 mai en robes de cérémonie à ce collège, alors occupé par les Pères de la Congrégation de l'Oratoire, afin de recevoir les honneurs qui devaient lui être rendus à la forme des lettres patentes du roi du 29 avril 1764. Parti de l'Hôtelde-Ville à quatre heures après midi, le Consulat fut reçu à la porte de l'église du collège par le R, P. Baillot, supérieur de la maison, assisté de plusieurs autres prêtres de l'Oratoire et conduit à la place qui lui avait été préparée, en face du grand autel, où étaient réunies plusieurs notabilités de la ville. Le P. Baillot s'étant approché du prévôt des marchands et des échevins avec un cierge blanc à la main, sur lequel étaient peintes les armes de la ville, le leur présenta et dit :
« Messieurs,
Chaque année ajoute à notre reconnoissance. Pourrions-nous n'en pas être pénétrés lorsque vous dérobant à vos affaires les plus importantes, vous venez vous rassembler ici, moins pour y recevoir un hommage que pour semer des fleurs dans la carrière épineuses que nous avons à parcourir? C'est que votre sagesse vous fait apercevoir tout le prix de l'éducation dont les avantages s'étendent jusqu'à ces têtes augustes qui par le droit de leur naissance doivent fixer un jour la destinée des peuples.
Qjji de nous, en effet, Messieurs, à la naissance du prince que le Seigneur vient d'accorder à nos prières, après nos premiers transports, après les solennelles actions de grâces dont nos temples ont retenti, qui de nous n'a pas éprouvé le plus vif désir que ce prince si cher à la nation, soit confié à des mains capables, et que les heureuses qualités qu'il a reçues de ses pères, comme par héritage, soient embellies et se perfectionnent par la plus excellente éducation ?
Telle est celle, Messieurs, que vous, qui êtes les pères de la patrie venez solliciter pour vos jeunes concitoyens .
Et vous. Monsieur, dont le zèle, les talens et la générosité sonf de sûrs garans de votre administration, qui n'êtes animé que par la passion du bien public, ne l'envisagez vous pas cette éducation comme digne de vos soins et votre sollicitude ?
Pour nous. Messieurs, tant que nous vous aurons pour témoins et pour modèles, aucune difficulté ne nous rebutera, aucun ménagement ne nous arrêtera, trop satisfaits d'entrer dans vos vues de sagesse et de bienfaisance, et, de mériter de plus en plus votre confiance et vos suffrages. *
Louis Tolozan prenant la parole répondit :
Messieurs,
Le Consulat, en recevant l'hommage que vous venez lui renouveler chaque année, y voit moins une formalité d'usage qu'un nouveau témoignage de votre attachement pour la patrie.
En formant à l'exercice des vertus la jeunesse qui vous est confiée, vous lui préparez des citoyens dignes d'elle.
Le zèle le plus soutenu, la vigilance la plus éclairée vous guident dans les devoirs pénibles que vous vous êtes imposés, et la reconnoissance publique vous nomme parmi ses bienfaiteurs.
Le salutaire eflfet de vos instructions ne se borne pas au bonheur des enfants ; celui des pères devient votre ouvrage ; leur cœur paternel se rassure en voyant les gages de leur tendresse puiser dans vos leçons les principes d'une morale douce et pure, et recevoir de votre exemple celui des vertus qu'ils donneront un jour à la société. La naissance d'un nouveau prince échauf-
fera par vos soins leur cniulation, en même temps qu'elle assure le bonheur des peuples.
Une bonne éducation est un bienfait qui se répand sur chaque action de la vie.
Ce sont là. Messieurs, les services importans que vous rendez à la patrie. Continuez à veiller, avec le même zèle, sur le dépôt de ses plus tendres espérances, et soyez persuadés que si le Consulat peut donner de nouveaux encouragemens à vos travaux , vous le verrez toujours prêt à augmenter la confiance que l'on vous doit et à rendre justice aux sentiments qui vous honorent. »
Revue du Lyonnais, t. VI, pp. PS'P^-
19 Juin
Le commandement en chef de la milice bourgeoise appartenait au prévôt des marchands. Le 19 juin 1785, M. Tolozan de Montfort fit en cette qualité une convocation de la milice bourgeoise, et il en passa la revue sur la place des Terreaux. Dans cette revue, véritable fête de famille, il distribua des épées d'honneur à plusieurs officiers et des médailles d'argent à différents sous-officiers.
Sur la lame des épées d'honneur accordées à MM. les officiers étaient gravés ces mots : « Sous le commandement de ^. Tolozan de Montfort, prévôt des
marchands, et h consulat de MM. Gay, Baroud, Tavernier et Lemoyne » .
Les médailles d'argent données à MAL les sousofficiers portaient pour légende ; « Récompenses accordées aux sous-officiers vétérans ».
Revue du Lyonnais VI, p6-p8.
22 Juin
Le Journal de Lyon du 6 juillet 1785 raconte, comme il suit le séjour à Lyon de La Fayette, alors dans tout l'éclat de la popularité que lui avait value sa participation à la guerre d'Amérique :
« Le passage à Lyon de ce héros jeune et modeste qui fait honneur à la France et a eu tant de part à la révolution de l'Amérique est du nombre de ces faits intéressants que nous nous plaisons surtout à consigner dans ce journal. M. le marquis de La Fayette, maréchal des camps et armées du roi, venant de ses terres d'Auvergne, et se rendant à Paris pour aller de là à Berlin, est arrivé à Lj'on le mercredi 22 juin à dix heures du matin. Il étoit accompagné d'un officier distingué qui l'a suivi dans ses campagnes et est décoré comme lui de l'ordre des Cinciimalus. Il a rendu sa première visite à Monseigneur l'Archevêque, chez qui il a dîné. Après le dîné, M. Th. négociant de cette ville, lui a proposé de lui faire
voiries manufaciures; M. de La Fayette les a examinées dans tous leurs détails et a porté sur le méchanisme (sic) des métiers les yeux les plus attentifs. Il a vu l'hôtel de ville, a paru dans l'un des cafés fréquentés parles principaux négocians et y a accepté des glaces. Il a vu la bibliothèque du Grand collège et est monté à Fourvières pour en connaître les points de vue. Lorsqu'il a passé devant la maison où se réunit la société connue sous le nom du patriotisme, les principaux membres de cette Société sont sortis pour le prier de leur faire l'honneur de paroître un moment dans leur assemblée. M. le marquis de La Fayette s'est rendu à cette invitation avec autant de modestie que de grâce. Lorsqu'il entré M. de Landine qui faisoit ce jour là les fonctions d'orateur, lui a adressé ce compliment in-promptu !
« duelle surprise et quelle gloire pour cette loge de vous recevoir, mon frère ! C'est ainsi qu'autrefois les demi-dieux paraissoient inopinément au milieu de ceux qu'ils vouloient honorer de leurs faveurs. Couronné de lauriers, vainqueur partout où vous avez paru, craint et respecté de nos ennemis, adoré des François, vous consacrez ici un souvenir aussi durable de vos bontés que celui que l'histoire conservera de vos exploits. »
M. le marquis de La Fayette, apprenant que cette réunion était principalement composée des officiers de la milice bourgeoise de cette ville, a accepté la quaUté &' honoraire (\u'on\\.\\ offroit. Il s'est rendu chez
M. le Commandant et se disposoit ensuite à entrer à la comédie; mais voyant l'affluence des personnes arrêtées près de la porte et qui sembloient avoir les yeux sur lui, sa modestie l'engagea à se dérober aux acclamations et aux hommages qui paroissoient l'attendre.
Le lendemain il alla déjeuner chez le négociant qui l'avoit accompagné la veille ; il y observa les diverses préparations des soies, se rendit de là à l'hôpital, où il examina surtout l'ordre qu'on y suit, depuis l'entrée du malade et la visite du médecin, jusqu'à l'accomplissement de ses ordonnances; il demanda les réglemens, en disant qu'il n'avoit jamais vu d'hôpital plus considérable ni plus digne d'attention.
Il vit ensuite dorer des lingots chez M. Berruyer l'aîné, rendit une visite à Mgr l'Archevêque, entra à la loge du Change, où il fut curieux de voir un bilan et s'informa de la manière dont se font entre nos négocians ce qu'ils appellent les viremens.
Lorsqu'il descendit de la loge, la milice bonrgeoise s'empressa de lui rendre les honneurs dûs aux officiers généraux. Il entra au corps de garde, monta dans la salle des officiers, où il examina les inscriptions de cette salle, relatives au privilège honorable pour notre ville de se garder elle-même. Il s'informa avec complaisance de tous les détails du service militaire de la bourgeoisie, accepta un bouquet et des rafraîchissemens, vit renouveller (sic) la garde et inspecta la garde montante. C'étoit ce jour là, le tour du quartier
de la place Confort, compagnie-colonelle et M. Torrent fils la commandoit.
M. le marquis de La Fayette fit quelques visites entre autres à M. le doyen du Chapitre de l'église de Lyon, où il y a eu trojs La Fayette, en 1447, 1603 et 1610. Il dîna chez M. le Commandant qui avoit eu l'intention de réunir à ce dîner plusieurs officiers de la milice bourgeoise, parce que ces Messieurs s'étoient flattés de donner à dîner à M. le marquis de La Fayette avant qu'il eût reçu l'invitation de M. le Commandant. Le dîner fut très brillant ! On ne sauroit peindre la satisfaction de tous les convives et surtout la joie de MM. les officiers de la milice bourgeoise, en voyant ce jeune héros au milieu d'eux. Au dessert sa santé fut portée par M. le Commandant : aussitôt les fanfiires miHtaires se firent entendre et les exclamations les plus vives s'y joignirent. Les couplets que l'on pourra lire à la suite de cet article lui avoient été présentés : ils furent chantés et répécés en chœur avec transport. M. le )narquis de La Fayette ajoutoit encore à l'émotion des convives par le témoignage de sa sensibilité, et surtout par la modestie la plus intéressante et la plus rare. Il sortit au bruit d'une musique militaire, entra au cercle des Terreaux où il permit d'inscrire son nom, alla voir les travaux de Perrache, fit une visite dans la famille du négociant qui l'avoit toujours accompagné, et partit à dix heures et demie du soir, après avoir assisté avec MM. du Consulat à leur feu d'artifice de la Saint-Jean-Baptiste.
Nous n'avons pas cru devoir omettre aucun de ces détails, et ceux qui ont eu le bonheur de suivre M. le marquis de La Fayette se les rappelleront tous avec plaisir. Les vues qu'il a montrées sur le commerce, et l'intèrêtfqu'il a su prendre aux succès de celui de notre ville avec les Américains méritent à la fois notre admiration et notre reconnoissance. Les plus brillantes destinées attendent sans doute un jeune officier aussi avancé et déjà célèbre à l'âge de vingthuit ans.
Lorsqu'il examinait les globes de la bibliothèque du Grand collège on lui fit remarquer le cap Fear, auprès duquel on assure qu'une ville de la Caroline septentrionale doit bientôt porter son nom. Il a été, selon l'usage des anciennes républiques, adopté pour fils par le général Washington, et l'un de ses fils porte le nom de ce général. Tous ces traits rappellent les siècles d'héroïsme, et les qualités personnelles de M. le marquis de La Fayette les retracent encore mieux.
Journal de Lyon, année 1785 (n° 14, 6 juillet, p. 217).
Voici maintenant les couplets chantés au banquet donné en l'honneur du marquis de La Fayette.
Air ; Elle aime à rire.
Amis, quoi ! ce convive aimable Et ce guerrier tant redouté !
Ce La Fayette si vanté Se trouve assis à cette table !
1(,efrain
Ah ! que notre destin est doux, Et que ce héros a de gloire !
Il sait combattre, vaincre et boire, Il daigne chanter avec nous
Oublions cet Hercule antique, Vengeur des rois et des sujets ; Hercule n'étoit pas François, Il n'a pas sauvé rAmérique.
Lorsqu'il s'embarque au gré d'Eole, Aussitôt l'Amour est en pleurs ; Mais après mille exploits vainqueurs.
Par son retour il le console.
Cher à son roi, chéri des belles, Aimé de Mars et de Cypris, Il renverse nos ennemis, Et ne peut trouver de cruelles.
Que La Peyrouse sur les ondes Aille chercher de nouveaux bords ; Amis, ici, sans tant d'efforts.
On voit le héros des deux mondes.
Jonrnal de Lyon, n" 14, (6 juillet 1785, p. 209).
30 Août
La séance de l'Académie de Lyon, écrit le Journal de Lyon du 17 septembre 1785, a été remarquable par la présence de M. Thomas de l'Académie françoise qui y a lu le septième chant de son poème de Pierre le Grand. M. Ducis, aussi de l'Académie françoise, termine la séance parla lecture d'une EpîtreàV amitié, sujet heureux pour la circonstance. Cette épîcre, écrite et prononcée avec chaleur, fait une forte impression sur l'assemblée, et le moment surtout où M. Ducis s'adressant à M. Thomas, son ami, s'abandonnoit à toute l'émotion de son âme honnête et profondément sensible, a arraché des larmes. C'étoit une sorte de triomphe pour la littérature de voir deux hommes du plus grand, du plus rare mérite, liés par une amitié déjà ancienne et qui ne s'est jamais démentie, s'en donner publiquement de nobles témoignages, et l'auditoire enchanté applaudissoit à la fois et aux talens et aux vertus.
Septembre
« Les familles indiennes amenées en Europe par M. de Sufïren, lit-on dans un article du Journal de Lyon du 28 septembre, pour établir des filatures de
coton, ont passé à Lyon vers la fin de la semaine dernière. La variété et la singularité de leur costume, la manière dont les femmes allaitent leurs enfants en les exerçant à grimper sur leurs hanches, leurs physionomies basanées, les anneaux d'or pendus à leurs oreilles, à leur nez, aux doigts de leurs pieds, les bracelets d'or portés par des hommes presque nus, ont vivement excité la curiosité du petit nombre de ceux qui out été à portée de les voir. Cette sorte de colonie n'a fait que passer à Lyon, elle venoit de Malte ; elle a couché au faubourg de la Guillotière et a continué le lendemain sa route pour Paris ».
Journal de Lyon (28 septembre 1785) p. 319.