‹ Lyon de 1778 au Directoire, notes et documents;Chapitre 2 sur 10 · septembre · texte numérisé non relu

septembre

a Les dernières processions des esclaves rachetés à Alger avoient été faites à Lyon dans les mois de décembre 1759 et 1765. Nous ignorons quelles sont les raisons qui ont si fort retardé le dernier rachat. Ce n'est que vers la fin du mois de mai dernier que la frégate du roi la Minerve, commandée par M. le chevalier de Ligondez, a été expédiée de France pour y ramener trois cent treize François rachetés par les soins des deux ordres religieux institués pour le rachat des esclaves faits par les infidèles. Ces deux ordres sont les chanoines de la Trinité et la Congrégation de la

Merci. Les trois cent treize esclaves qui viennent d'être rachetés ont coûté 639.052 livres, non compris les frais de quarantaine, ceux de route, et ceux qui se trouvent nécessaires pour mettre ces esclaves en état de rejoindre chacun leur famille. On assure que pour remplir cette somme les deux ordres de la rédemption se sont arriérés de 200.000 fr., effort honorable que toute âme sensible ne peut vo^r avec indifférence. On a remarqué que, dans ce nombre de 213 esclaves, il n'y en avoit qu'un du diocèse de Marseille et onze du diocèse de Lyon.

Le lundi, 12 septembre, cent douze de ces esclaves partis de Vienne le matin arrivèrent à la Guillotière à midi. MM. les chanoines de la Trinité allèrent les prendre, accompagnés d'un clergé nombreux ; des décharges de boîtes annoncèrent leur entrée dans la ville; une symphonie militaire ajoutoit à la pompe de la procession, qui se rendit à l'église primatiale de Saint-Jean où l'on chanta le Te Deum.

Le lendemain, à huit heures et demie du matin, la procession solennelle partit de l'église de la Trinité précédée des trompettes et des timbales de la ville à cheval. Elle étoit partagée en quatre divisions, chacune d'environ vingt cinq esclaves, conduits par des enfants richement habillés.

Chaque division étoit suivie de jeunes personnes qui représentoient les cours du Grand Seigneur, du roi de Naples, du roi de France, etc. La beauté et ringénuitc de ces enfants, l'éclat des étoffes, des

gazes, des plumes, des perles, des diamants prodigués pour leur parure, l'idée de la liberté rendue à tant de captifs, l'attendrissement général, les fanfares militaires, les chants religieux, l'affluence incroyable et la joie bruyante du peuple rendoient ce spectacle l'un des plus attendrissans dont il soit possible de jouir,

La procession étoit terminée par deux des quatre commissaires de la rédemption, portant des palmes cueillies sur les côtes d'Afrique.

Le lendemain fut un jour de repos pour les esclaves, et ils sont partis pour Paris, le jeudi 15, à six heures du matin. ;)

Jonriiaî de Lyon, 28 septembre 1785.

17 Septembre

Thomas de l'Académie française, atteint d'une maladie très grave, avait cru trouver quelque adoucissement à ses maux en habitant le climat tempéré de Lyon. A cet effet il loua une habitation à Oullins avec sa sœur et son ami, M. de la Soudraye, ancien conseiller au Conseil supérieur du Cap français. Il pensait y passer l'été et y achever son poème de Pierre Je Graitd. Ducis, son ami, vint l'y rejoindre et tous deux assistèrent à la séance de l'Académie de Lyon, dont on a vu le récit plus haut. Ils y lurent chacun une pièce de vers : Thomas, un fragment de

son poème, et Ducis son Epitre à l'Amitié . Les deux amis s'y donnèrent publiquement des témoignages de de la vive affection qui les unissait, et ils s'embrassèrent en présence de l'assemblée, qui fut vivement touchée de cette scène sentimentale. Une circonstance qui rendait pour Thomas son séjour à OulHns encore plus agréable, c'était le voisinage de son ami, Monseigneur l'archevêque Malvin de Montazet. Le 3 septembre, il fut fortement indisposé chez l'archevêque où il devait dîner ; il se fit porter chez lui, mais le mal empirant, et Monseigneur voulant l'avoir auprès de lui afin qu'il fût mieux soigné, le fit transporter à son château le 10 septembre. Thomas, après avoir reçu les secours spirituels, y mourut le 17 septembre à trois heures du matin.

On l'inhuma dans la chapelle de ce village et on plaça cette inscription sur son tombeau :

Au Dieu créateur Et rédempteur

Ci-git Léonard-Antoine Thomas, l'un des quarante de l'Académie française, associé de celle de Lyon ; né à Ckrmont en Auvergne le i^^ octobre i'/^2, mort au château d'Oullins le ly septembre ijS^.

Il eut des mœurs exemplaires,

Un génie élevé.

Tous les genres d'esprit.

Grand orateur, grand poète

Bon, modeste, simple et doux

Sêi'ère à lui seul

Il ne connut de passion que celle du bien, de l'étude

Et de l'amitié.

Homme rare par ses talens.

Excellent par ses vertus,

Il couronna sa vie laborieuse par une mort

Edifiante et chrétienne.

C'est ici qu'il attend la véritable immortalité.

Les écrits et les larmes de tous ceux qui l'ont connu, honorent asse:^ sa mémoire. Mais M. Antoine Malvin de Montaiet , archevêque de Lyon , son ami et son confrhe à l'Académie française, après lui avoir procuré dans sa maladie tous les secours de l'amitié et de la religion, a voulu lui ériger ce foible monument de son estime et de ses regrets.

Archives historiques et statistiques du département du Rhône III (Lyon et Paris 1825) pp. 105-108.

Lç Journal de Lyon, qui avait raconté l'ovation dont Thomas fut l'objet à l'Académie de Lyon, consacra à ses derniers moments et à sa vie un article de son numéro 20 (septembre I785)'

« Le jour des applaudissemens et du triomphe, écrivait-il, a été suivi de bien près des jours de deuil. Nous avons annoncé dans le dernier journal la séance publique de l'Académie de Lyon du 30 août, dans lequel un chant du poème de Pierre le Grand par

M. Thomas avoit été entendu avec transports. Qui nous auroit dit que nous devions si peu de jours après annoncer la perte de cet homme dont le génie et les vertus méritent également notre admiration et nos pleurs !

Léonard-Antoine Thomas est né à Clermont 1735 ; il s'est rendu célèbre par ses nombreux travaux littéraires.

L'excès du travail et l'énergie de son âme brûlante parurent, il y a six ou sept ans, porter à sa santé un coup mortel. On crut sa poitrine attaquée. Le repos et l'air d'Auteuil aidèrent à le rétablir. Pour achever sa guérison, on lui conseilla d'aller respirer l'air de la Provence. Il alla à Hyères avec Mademoiselle sa soeur, et de là à Nice. Il revint ensuite passer un an à Paris, et retourna à Nice au commencement de l'hiver dernier. Le séjour à Lyon de M. et M.^^ Necker, à qui il était infiniment attaché, l'attira dans notre ville. La beauté des maisons de campagne des environs lui donna l'idée d'en louer une pour y passer l'été, et le voisinage de Monseigneur l'archevêque le fixa à Oullins.

Après la séance de l'Académie de Lyon du 30 août ; il se disposoit à retourner à Nice; il avait dîné aux Chartreux samedi, 3 septembre, avec M. Terray. Le lendemain, il se trouva légèrement incommodé. Il devait dîner chez Monseigneur l'archevêque; il demanda qu'on le dispensât de se mettre à table. On lui envoya une soupe et quelque nourriture

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Icgère dans l'un des appartements du château. Seul dans cet appartement, l'accueil empressé, les prévenances obligeantes qu'il avoit reçues de M'"^ la marquise de Montazet pendant son séjour se retracèrent vivement à sen esprit. Il écrivit quelques vers adressés à la marquise ; ce sont les derniers sortis de sa plume. Il se trouva mal dans la nuit suivante. Son indisposition augmenta par degrés. Il éprouva une ébuUition considérable dans la nuit du mercredi au jeudi. Le samedi suivant, M. l'archevêque, inquiet de sa situation, craignant qu'il ne fût pas assez à portée des secours, le fit transporter au château. Les symptômes les plus alarmants continuèrent à se déclarer. Le danger étoit imminent . L'archevêque se chargea luimême du soin douloureux d'en avertir son illustre confrère. Il alla à son lit, et trouva M. Thomas disposé

à demander les derniers secours de l'Eglise Il se

disposa à la mort avec la résignation la plus parfaite ; le vendredi 16, à six heures du matin, il reçut les derniers sacremens dans des sentimens de foi et de piété qui arrachèrent des larmes aux assistans, et il expira le 17 à trois heures du matin. Telle fut la fin douce et tranquille de cet homme de bien et de talent....,

20 Septembre

Ce jour, mardi, M"e Thomas, sœur de l'académicien, M. Ducis, secrétaire ordinaire de Monsieur, et

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M. de la Soudraye, ancien conseiller au Conseil supérieur du Cap français, ses amis, font célébrer à OuUins un service solennel auquel sont invités plusieurs personnes distinguées et plusieurs membres de l'Académie de la ville de Lyon.

Journal de Lyon, n° 20 (28 septembre 1785) p. 311.

D'après un tableau tracé par Roland de la Platière des personnes employées en 1786 à la fabrique des soieries, le nombre des métiers était alors de quinze mille.

1° Maîtres-fabricants, marchands, faisant

travailler pour leur compte 500

2° Maîtres-fabricants, ouvriers 7.000

50 Compagnons et compagnons du pays. 4.000

40 Compagnons étrangers 300

50 Enfants des uns et des autres compris

ou non, vivant dans la fabrique 12 400

6° Hommes, femmes, filles ou garçons à

gages pour diverses opérations 2 . 300

Total 26,700

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30 Avril 1786

Chaque penonnage, assemblé dès les sept heures du matin sur la place d'armes de chaque quartier, s'est lormé et s'est rendu ensuite sur la place Louis le Grand,

Tous les quartiers y étant arrivés avec leurs officiers à leur tête ont formé un bataillon carré dans l'emplacement des Tilleuls. Ce bataillon, composé d'environ cinq mille hommes en uniforme, alignés et sous différents drapeaux, a offert un coup d'œil sympathique et agréable.

Le départ a été annoncé par trois boîtes : à la première, les troupes se sont assemblées; à la seconde, elles ont porté les armes et les chefs de division, porte-drapeaux et sergents d'escorte se sont mis en avant du premier rang. A la troisième boite, les tambours ont battu aux champs, et les quartiers ont défilé en rompant par la droite, suivant chacun en leur rang la compagnie colonelle, et ayant six hommes de front.

C'est par la rue des Deux-Maisons, la rue du Plat, le quai de Saône, la rue des Orfèvres, la place de l'Herberie, la place et la rue Saint-Pierre qu'ils sont arrivés au Terreaux.

Le Consulat, présidé par Monsieur le Comnicindant et accompagné de l'Etat-major, était au bas du perron

de l'Hôtel de Ville ; chaque quartier s'est rangé en bataille et a fait le salut du drapeau.

Les officiers, qui, après vingt ans d'un service aussi gratuit qu'honorable, ont mérité les épées d'honneur se sont approchés pour les recevoir. Les sergents vétérans ont été récompensés par des médailles, signes honorables qui attestent à leurs compatriotes que pendant la même suite d'années, ils ont donné des exemples de bonne conduite, de courage et de dévouement patriotique.

Après la revue, chaque quartier a défilé pour se rendre devant l'hôtel de M. Tolozan de Montfort, commandant. Tous y étant arrivés, les officiers en chef se sont placés avec leurs drapeaux en avant de leurs troupes, et sous leur commandement on a planté un mai, au bruit des salves d'artillerie, des tambours, des trompettes, d'une musique militaire et des acclamations publiques. Ce mai a été décoré de l'écusson doré et en relief des armoiries de celui à qui il est consacré. Au bas une banderolle présente cette inscription : « Civis dileclo civi »

Les quatre-vingt-quatre officiers ayant à leur tête M. Chaix, leur colonel, se sont présentés au commandant, et M. Chaix leur a prononcé un discours d'ofi"rande auquel M. Tolozan a répondu. Après les discours les troupes ont déiilé et ensuite les officiers et les sergents qui ont obtenu des médailles sont revenus dîner à sa table. Le Consulat, l'Etat-major et un grand nombre des plus notables citoyens y avaient été invités.

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